Var. : « les villains. » B
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grande et chaude aprez ces courreurs. Et tantost le guet du Jouvencely qui estoit en ung arbre, dit : c Sus! c sus ! vecy nez gens qui viennent tost. Il y a bruit, c Je voy là ung cheval en main. Il y a des espées c tirées. Seurement ilz ont la chasse. » Sur piez le Jouvencel monte sur son cheval et dist à ses compaignons tout doulcement : c À l'arme ! À l'arme ! sans c bruit ^ » Et, quant il fut prest, lui et ses compaignons, il mist trente lances et les archiers à part et bailla la charge à Gervaise Nardereau, et luy dit : c Gervaise, gardez que vous chargiez ces gens yci c jusques à la porte, et je vous suivray avec le surplus c sans ce qu'il en départe aujourd'hui homme. » Et se tourne vers ses gens et leur dit : c Je vous defiends c à vous tous qui demourez avec moy que homme ne soit c si hardy de me laisser ennuit, et nous serons tous c à butin jusques au priz d'une esguillette. Car ilz c sont grosses gens dedans Escallon, et, se nous ne c tenons ordonnance, nous serions bien taillez qu'il ne c nous en prist mal. » Ghascun respondit : c Jouvenc cel, ne te soulcie ; tu ne trouveras aujourd'uy homme c qui te laisse ne qui ne face ton commandement. » Âdonc fait partir Gervaise devant luy atout ses trentes lances, qui ne faignist pas ; et, là où il vit ses ennemis, qui estoient terre couverte [sic] , à pié et à dieval aprez les courreurs, qui les menoient si chaudement que ja en avoient priz de beaulx et de bons, Gervaise donne dedans au beau millieu, et le Jouvencel le suit, lui et sa bataille, toute de bien prez. Et,
i. Var. : c et dUt à ses compaignons : c Tout doulcement; c arme ne face brait. » A. — « Arrive! arrive! tost sans brait. » CF. — « Aux armes! aax armes I » Ëd. Lenoir et Vérard.
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quant ceulx d'Escallon le virent venir, ilz tournèrent en fuitte devers leur ville, et Gervaise les chace au désespéré. Et les courreurs, qui avoient courru devant la ville, tournent quant et lui, tant archiers que coustilleurs ; et, aprez luy, le Jouvencel, qui demoura ferme, lui et sa bataille, en ung lieu bon et avantaigeux qu'il sceust bien choisir assez prez de la ville.
Et tantost Gervaise se conunença à soy retraire et tous ceulx qui avoient donné la chace avecques lui, chargez de chevaulx et de prisonniers comme un hérisson de pommes. Et, quant le Jouvencel le vit venir, il marcha au devant de lui le petit pas, lui et tous les siens. Si rencontra Gervaise et luy dit : c Gervaise, tirez avant au large, droit à Crathor, et c que chascun aille aprez vous : tous voz paiges et les c nostres devant et dix lances devant eux; voz pric sonniers, voz coustilleurs et voz archiers aprez, € tirant tousjours vostre chemin. Et me laissiez yci c derrière, moy et ma bataille. »
Ainsi le fit Gervaise, comme son cappitaine lui eust commandé. Et le Jouvencel marcha tousjours droit à la ville pour savoir que ses gens feroient et les secourrir, s'ilz en avoient besoing. Ainsi, conune il marchoit, il vit venir deux compaignons qui amenoient ung homme d'armes de la ville d'Escallon, nommé Péniche, lequel le Jouvencel congnoissoit bien et le tenoit à bien saige et vaillant homme. Et ja estoit homme d'aage et avoit beaucoup veu. Et, pour ce, le Jouvencel luy demanda : c Et comment, Peruche, c faictes-vous maintenant le fol ? Devez- vous saillir à « l'entreprise de vostre ennemy? > — « Bon gré en c ayt Dieu ! dist Peruche. Je n'y ay oncques sceu
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c mettre remedde; tous noz cappitaines dormoient c encores, quant ces gens-yci sont sailliz au bruit de c je ne scay quelz folz qui avoient perdu leurs chec vaulx. Et je suis sailli en espérance de les faire c retraire, et, quant j'ay esté aux champs, j'ay fait le c fol comme eulx, et follement m'en est priz. » Et le Jouvencel dit : c On ne doit pas attendre à mettre le c remède au besoing. On doit faire son ordonnance, c avant que le besoing viengne. » Péniche respondist : c Elle estoit faitte. Que bon gré en ayt Dieu ! > — c Yoyre, dist le Jouvencel ; mais elle a esté très € mal tenue. > — c II est vray, dist Perruche. Venezc vous-^n et ne musez plus yci ; car il n'en sauldra c meshuy homme, je vous en asseure. Aussi, tous c voz gens sont devant et n'y a plus honune derc rière. » — c II dit vray, » dit ung des compaignons qui avoit prins Perruche. Ainsi le Jouvencel attendit ung bien petit et envoya Perruche devant avec les autres. Puis envoya deux ou trois compaignons droit à la ville veoir s'il y avoit plus ame, et ilz lui rapportèrent que non.
Ainsi se adiemina le Jouvencel aprez ses gens tout bellement droit à Grathor. Et, quant ilz furent prez de Grathor, ceulx qui estoient demourez dedans saillirent dehors au devant d'eulx et leur firent bonne chière et dirent au Jouvencel : c Nostre maistre, il c fault que vous soyez meshoan plus saige. » Et il leur rebondit : c Ne suis-je pas bien saige d'avoir « yci destroussé deux ou trois cens hommes ^ ? »
i . Des expéditions de ce genre sont si fréquentes pendant les guerres du xt« siècle qu'il est impossible d'identifier ce petit fait, surtout avec le peu de renseignements que nous donne le
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Ainsi entrèrent dedans la ville, faisant grant chière, étala à son logeiz soy désarmer, et chascun au sien. Et, ce soir, vindrent la pluspart des gens de bien de la ville soupper avec le Jouvencel et devisèrent de leur besongne qu'ilz avoient faicte. Et y souppa Perruche, qui leur dist qu'il avoit plus de trente ans que il avoit esté trompé premièrement par telle entreprinse, et qu'il ne s'en estoit sceu garder ; et moult de bonnes choses leur dist au soupper, de quoy il les fist rire. Et, quant Perruche les vit rire, entre les autres choses, il leur dit qu'ilz avoient beau rire et qu'ilz avoient gaigné le jeu. Ainsi passa le soupper et la serée joyeusement entre le Jouvencel et la compaignie qui là estoit. Puis le Jouvencel se esjouit et dist : c C'est
< joyeuse chose que la guerre; on y oït, on y voit c beaucoup de bonnes choses, et y apprent moult de c bien. Quant elle est en bonne querelle, c'est justice, c c'est deffendre droicture. Et croy que Dieu ayme c bien ceulx qui exposent leur corps à vouloir faire c la guerre et faire la raison aux ingratz et desconc gneuz, aux prosternés et orgueilleux, et qui vont c contre bonne équité. Ceulx qui se peinent de les
< reprimer sont à louer. Et, quant la guerre prent c en cest entendement, c'est ung plaisant mestier et c bon à jeunes gens. Car ilz en sont amez de Dieu et
< du monde. On s'entr'ayme tant à la guerre. On pense c en soy-meismes : Laisseray-je ad ce tirant oster par c sa cruauté le bien d'autruy, où il n'a riens. Quant on
récit de Jean de Bueil. — Escallon ne signifie plus ici, comme plus haut, Marchenoir ni Meung-sur-Loire ; c'est une ville quelconque devant laquelle Jean de Bueil remporta un petit succès ttur la garnison anglaise qui Toccupait.
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voit sa querelle bonne et son sang bien combatre, la larme en vient à Fueil. Il vient une doulceur au cueur de loyaulté et de pitié de veoir son amy, qui si vaillamment expose son corps pour faire et acomplir le conrmiandement de nostre Créateur. Et puis on se dispose d aller mourir ou vivre avec luy, et pour amour ne Tabandonner point. En cela vient une delectacion telle que, qui ne Fa essaiée, il n'est honune qui sceust dire quel bien c'est. Pensezvous que homme qui face cela craingne la mort? Nennil ; car il est tant reconforté, il est si ravi qu'il ne scet où il est. Yraiement il n'a paour de rien. Je croy qu'il est bienheureux en cest monde et en Tautre, qui sert les armes en ceste oppinion, et qu'il est vray commis de Dieu. Pour ce, je vous pri tous, mes frères, amys et compaignons, que vous ayez ceste voulenté et que jamaiz en guerre vous n'aillez sur mauvaise querelle, et que vous ne exploictiez pas ce don de grâce que Dieu vous a donné, d'estre bons et vaillans au service du deable ; c'est assavoir, de servir gens en mauvaise querelle, orgueilleux, envieux, ne gens plains de vengeance, et, si Dieu plaist, nous acquerrons nostre sauvement à l'excercite des armes aussi bien comme nous ferions à estre en contemplacion et à ne mangier que racines. Adssi ceulx à qui Dieu fait la grâce d'avoir bon corps, le doivent bien abandonner pour la foy de Nostre-Seigneur Jhesus-Christ et pour soustenir bonne querelle, non pas à boire d'autant et faire choses dissollues et desraisonnables ne excès sans cause, dont ilz ne sont requiz et ne prouffitent à eulx ne à aultrui, sans avoir conside-
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racion de quelque bonne fin, comme ung cheval ou ung cerf, qui, de sa voulenté, saulte une haye ou ung fossé ou rochier là où il se met ung pal ou ventre ou se romp le col et les membres pour saillir de hault en bas sans penser le péril qui lui en peult advenir. Pour ce, je dy que cellui qui exploicte son corps et le destruit sans grant cause, est pire que une beste mue ; car Dieu a donné aux hommes leur sens de nature pour l'exploicter en bonnes euvres ; c'est assavoir : à ceulx qui sont en religion, pour adorer nostre Créateur et prier pour tout le monde ; aux aultres, pour labourer et faire venir les biens de la terre, de quoy eux et les autres puissent vivre ; et aux gens de guerre est ordonnée la deffence des orateurs^ et des laboureurs de toute la chose publique et de ceulx à qui on fait tort; en quoy ilz doivent employer leurs forces, non pas en euvres infructueuses qui ne servent, sinon à Fabreviacion de leur vie. Si vous pri que vous ne exploictez pas voz corps en telz exploictz et excès ne en choses qui ne servent à Dieu, à vostre proysine^, à la chose publicque ou à vous-meismes. » Ainsi passa le Jouvencel toute cette vesprée, luy et ses compaignons. Et voulentiers, quant il estoit de loisir, leur disoit tousjours quelque bonne chose. Gy fine le xiy* chappitre et ènsieut le quinziesme chappitre.
i. Ceux qui prient.