Var. : « prouffit. » G. — « prochain. » Éd. Vérard
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CHAPPITRE XV.
Comment le Jouvencely pour sa grant renommée, fut fait lieutenant du Roy à Crathor et en tout le païSy et comment le Roy lui envoya ses lettres et trois hommes de son Grant Conseil, dont Vun estoit nommé maistre Jehan Bienassis, qui lui remonstra plusieurs belles doctrines touchant le fait de la justice et de la police du pats.
Le lendemain, arrivèrent trois des gens de Thostel du Roy et ses conseilliers, c'est assavoir : ung maistre en théologie, nonmié maistre Nicolle, le sire de Ghamblay^ et maistre Jehan Bienassiz^. Lesquelx dirent au Jouvenc^i qu'il feist assembler, le jour ensuivant au matin, messeigneurs de l'Eglise et les plus nobles gens de guerre et notables qu'il sceut en la place, aussi des plus gens de bien de la ville, et qu'ilz lui apportoient des lettres du Roy et à eulx aussi et à tous les cappitaines du pays, mais qu'ilz lui vouloient baillier ces lettres et parler à lui en la présence de tous.
1 . D'après le Commentaire, § XVI, et tome I, p. 3, le sire de Ghamblay n'est autre que Guy de Fromentières, appelé plus haut c le mareschal de Crathor. »
2. Ce « maistre Jehan Bienassiz » n'est pas un personnage imaginaire. Il vivait dans le Maine en même temps que Jean de Bueil et dans son voisinage. Dans une pièce de mars 1480, « maistre Jehan Bienassiz, licencié es lois, seigneur de la Muletière en la paroisse de Montigné, » fait aveu pour cette terre à Pierre de Rohan, seigneur de Baugé. ( Arch. nat., P 34S>, n* 1363*3.) Ménage, dans son Histoire de Sablé, p. 250, nomme Jean Bienassis, juge ordinaire du Maine et d'Anjou, Tên 4435.
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Ainsi le fist le Jouvencel. Et, lorsqu'ilz furent assemblez, les trois dessus nommez présentèrent leurs lettres. Et dit le maistre en théologie : < Monseigneur c le lieutenant et vous tous autres, messeigneurs, le € Roy vous salue et vous envoyé ces lettres. Il a char-
< gié à monseigneur maistre Jehan Bienassiz vous c exposer et dire aucune chose de par lui touchant k
< justice, police et gouvernement de ce payz, et veult c qu'il parle le premier pour ce qu'il est homme de c justice, et Dieu veult que justice aille devant. Car,
< sans ce, riens ne se peult bien conduire, soit en
< paix, soit en guerre. Et meismes les brigans et larc rons, qui sont es boys, ont justice entr'eux, et, sans c cela, ilz ne se sauroient bien conduire. Et aprez, c monseigneur de Chamblay vous parlera de la guerre, c Et, ce fait, je vous feray une petite collacion, s'il c vous plaist. Et vous servirons chascun de sa vocac cion et selon sa charge, au mieulx que pourrons, c ainsi qu'il nous a esté commandé. »
Ainsi parla monseigneur maistre Jehan Bienassis, et dist au Jouvencel ces parolles : c Monseigneur, vous c estes yci commis, en l'absence de monseigneur le € conte de Parvanchières, son lieutenant, lequel est c lieutenant gênerai du Roy. Et, pour ce que ung lieuc tenant n'a pas puissance de commettre ung aultre
< lieutenant en si hault et grant estât, ne en si grant € prééminence que soy-meismes, si ce n'est de l'auc- « torité, puissance et congié du Roy, pourquoy le Roy « nous a ici envoyez, messeigneurs qui cy sont et moy
< en leur compaignie, pour vous instituer et constituer € lieutenant de monseigneur le conte de Parvanc chières, son lieutenant. Et toute telle puissance que
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a monseigneur le conte, le Roy veult que vous l'ayez en son absence, pour la bonne et grande renommée et rapport qu'il a eu de vostre personne par la bouche de monseigneur le conte de Parvandiières et aultres. Et veez-en cy voz lettres scellées de son grant seel. » Lesquelles il bailla au Jouvencel. Et, après, reprist les parolles et dist : c Monseigneur, vous voyez la grâce que Dieu vous fait, qui vous a donné premièrement la grâce de naistre de maison noble ; aprez, vous a donné sens et entendement et personnaige pour porter les armes, et de povoir conduire voz faiz en si grant honneur et si grant renonunée que la louenge en va jusques à Dieu. Car, se Dieu ne vous aimoit, la commune renommée ne iroit pas de vous en bien, ainsi qu'elle fait, jusques au prince ne à monseigneur le conte de Parvanchières, son lieutenant, dont les biens vous viengnent. Aussi ung corps seul ne pourroit estre cappable de tant de honneurs ne de tant de biens conmie Dieu vous envoyé, sinon qu'il venist de la voulenté de Nostre-Seigneur Jhesus-Ghrist. Et, pour ce, mettez peine de recongnoistre premièrement Dieu, dont tout vient ; ne pensez ne en vostre force ne en vostre vaillance. Car en vous ne en aultre n'a nulle bonne vertu, se elle ne vient de Dieu premièrement. Si ayez tousjours le cuer à Dieu et à la vocacion en quoy vous estes convoqué; faictes choses louables qui soient plaisant à Dieu et au monde ; ne soyez pas ingrat, et congnoissez l'onneur que Dieu vous fait et l'amour que le peuple a à vous. Car assez en y a qui vous vallent, se Dieu les voulloit appeler où il vous a appelle. Et, pour ce, ne vous
enorgueillissez point et entendez songneusemeot, dilligemment et loyaument à faire ce que vous avez à faire. Gardez justice, tant à ennemiz que aux amjz. Et vous gardez bien qu'il ne soit fait injure ne viÛenie aux marcbans publicques suyvans et frequentans la contrée où vous serez, ne ailleurs où vous pourrez^ ; mais les honnorez et prisez; car \\z vont par tout le monde et rapportent la bonne et la mauvaise renommée des gens, tant du Roy que de ses subjectz, chiefz de guerre et de sa justice. Rendez et faictes rendre à chascun ce qui est sien par bonne justice. Ainsi seront les citez, que vous aurez en gouvernement, garnies de tous biens et les rentes du Roy multipliées, et croistra son honneur et sa gloire et de vous, et serez tous plus crains et redoublez de voz ennemis.
c Et, pour brief vous dire. Justice ne se peult trop louer ; car elle est de la propre nature au glorieux Dieu, et la fit et ordonna sur tous royaumes et sur toutes créatures. Si la gardez songneusemeot, à vostre povoir, sans aucunement la laissier violer ou enfraindre. Et, puisque vous estes chief par desauz tous les gens d*armes de ce pais et que la force est aux gens d'armes, ayez premier Fueil sur eulx, qu'ilz ne usent point de leur force et qu'ilz ne facent violence à nul, pour ce que gens d*armes ne sont pas tousjours si saiges ni si advisez, comme besoing leur feust, et que, entre gens de guerre, sont recueîlliz folz et saiges, et que lexerdce des armes les esmeut à donner coups et à espandre sang et à faire choae