‹ Le JouvencelChapitre 66 sur 184 · Var. : « cachier en mer en lointain pais. » F · texte numérisé non relu

Var. : « cachier en mer en lointain pais. » F

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c VOUS le prometz, > dist le Jouvencel. Et, sur ce, rhcHiime qui parloit luy dist, aprez la promesse prise : c Vous savez le grant service que vous avez fait au c duc d'Ath et comment vous lui avez sauvé le corps c et les biens ; et croyez qu'il se tient plus tenu à vous c que à tous les hommes du monde. Et, pour ce, se c vous le râliez avecques vous, vous tiendrez le roy c Amydas toute vostre vie et la sienne en subjection, c et ne pourroit parvenir à ses fins. » — c Dea! dist € le Jouvencel, comment savez- vous que le roy Amyc das voulsist jamaiz mal à ma personne? » Et Tautre lui respondist : € Par les raisons que je vous ay dit. » Le Jouvencel dist : « Les raisons me sont nulles; car je tiens le roy Amydas pour bon homme. Et, se ainsi est qu'il ait ung filz et qu'il Tait cachié, affin que moy ou ung autre vcnist à son secours plus volentiers, il a fait que saige. Et moy, qui suis un pouvre gentilhomme, à qui Dieu a donné la grâce de espouser madame sa fille, si belle dame et bonne, tant saige et honneste, ne suis-je mye doncques bien recompensé? Et n'eussè-je jamais autre chose, par ma foy! si suis et m'en tiens pour payé, agréé, assigné et bien content. Et, pour ce que pour l'amour de Dieu il a pardonné au duc d'Ath , Dieu a voulu que je soye adverti de ceste chose. Et vrayement c'est le plus grant bien qui lui advint oncques; car brief je lui en feray son cuer cler et l'en mettray hors de melencolie, par quoy il sera seur de moy et moy de lui et congnoistra ma voulenté; et, ma voulenté congneue, il me aymera plus que devant. » Et à cellui qui parloit à lui dit ainsi le Jouvencel : c Ces € choses viennent-elles du duc d'Ath? > — t Nennil,

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€ sans faulte, commença à dire Favant parleof • Je le c dy pour Tamour de vous seul ; car je ne suis tenu ne c au roy Âmidas ne au duc d'Âth. Et, pour oe, je vous c en prie et requiers, ne me mettez point en avant. > — c Non feray-je, dist le Jouvenoel ; ne vous en souc ciez. > Sur ces paroUes, s'enquist le Jouvenoel et trouva qu'il estoit vray que le roy Âmydas avoit encores ung filz avec sa fille. Et adoncq parla le Jouvencel à sa femme et lui dist en ceste manière : Madame , je scay pour certain que le Roy vostre père a ung très beau filz, qui est vostre firere et doit hériter au royaume d'Âmydoine premier que vous, par raison. Se le Roy vostre père Ta celé pour mieulx estre servi et pour mieulx faire ses besongnes, je ne lui en scay point de mauvaiz gré, ne à vous d'avoir obey à vostre père. Et sçay bien les doubtes que aviez et povyez faire en ceste matière, qui ne sont pas sans cause. Mais tenezvous seure que je n'auray nul desplaisir ne contre lui ne contre vous; car le bon seigneur a &it ce qu'il a peu honnestement pour recouvrer sa seigneurie. Pour ce, je vous pry, madame ma mye, que vous lui dictes qu'il n'ait point de souspeçon contre moy et qu'il se fie en moy et qu'il me die franchement son cas. » Et adonc la dame lui respondist en disant : c Mon amy, qui vous a dit oecy? > Dist le Jouvence] : € Je le sçay de vray. Je vous prî, € ne le me celez plus ; car je vous en sauroye mauvais c gré. > Et adonc la dame lui respondist : c Mon père c me faisoit tant de pitié, aussi la paour que j'avoye c que ne venissez point et que je faillisse* à vous

i. Var. : t et qu'il faillist. i F.

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c avoir; pour riens je n'eusse voulu que l'eussiez c soeu ; et puis je vouloye savoir quel homme vous c estiez ; et les sermens que j'avoye fais de n'en dire € riens ; et, quant je le vous celay au commencement, c j'euz paour que vous en fussiez mal content et c depuis ay dissimullé tousjours à vous le dire. Si c vous pri que le me pardonnez; car il n'est riens c que je vous celé; la vérité est telle. > Et se print à plorer en disant : c Mon amy, je vous pry qu'il n'en c soit point de pire à monseigneur mon père. > Et il respondist que non feroit-il. Puis la print entre ses bras en disant qu'il luy monstreroit tant de franchise et de bonté en ceste matière qu'il l'aymeroit plus que devant. Et, sur ce, lui dist : c Madame ma mye, je vous € pri que vous aillez devers le Roy vostre père et c lui dictes qu'il se fye franchement en moy et qu'il c face venir son filz ; car je vueil que, quelque pro- € messe qu'il m'ait faicte, il soit seigneur ; car, quant € à moy, je n'euz oncques intencion, ne viel ne jeune, € de tenir tort à aultruy. Et, se le Roy vostre père c m'a fait aucunes promesses et il me les tenoit, ce c seroit toUir à vostre frere son heritaige ; ce que je ne € veul faire pour nulle chose de ce mondée Et, pour

i. Ici s'arrêtent les mss. D, H (Genève) et I (fragments). Le ms. F intercale ici le passage suivant : « ...pour nulle chose c de ce monde. J'ay bien souvenance que une foiz je vys un c chevalier que ung prince manda querre pour la grant renom- « mée de son sens et de sa vaillance ; et n'y fut gueres. Et puis « le trouvay sur son retour et luy demanday pourquoy il n'estoit « demouré, et que, au pais de là où il venoit, n'a voit pas gens c qui eussent gueres veu ne gens de grant fait et que il devoit € fleurir et y povoit acquérir grant honneur et grant bien. Et il c me respondit : « Le sens et la vaillance d*ung homme, entre c tant de folles gens incorrigibles et envieulx, est aussi bien

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c ce, on ne doit point avoir de double de moy. > Et sur ce point envoya son ambaxade. Ainsi se achemina la dame, bien seure de son mari, et parla à son pane si bien et si saigement que le père adjousta foy à ce qu'elle dist. Puis retourna devers son mari et le amena devers le Roy, acompaigné de tous ses cappîtaines, qui dist toutes les parolles qui s'ensuivent : Monseigneur, n'ayez point de deffiance de moy pour le fait de monseigneur vostre filz ; car j'ay bien la congnoissance qu'il failloit que vous en usissiez ainsi que vous en avez usé. Je vous ay trouvé homme de bonne foy et tous les vostres pareillement. Aussi vous n'avez point trouvé en moy de tromperie, Dieu mercy ! Et pour ces causes je vous veul monstrer que je m'y fie plus que jamaiz. Yéez-cy tous les cappitaines, tant de gens d'armes que des places , que je vous ay amenez , èsquelz je quicte tous les sermens et promesses qu'ilz ont en moy, et vueil qu'il les vous facent et l'obéissance, tant de gens d'armes que de places. » Et, quant le roy

perdue que seroit une bouteille de vin qu'on respendroit en une grande rivière ; car aussi peu de substance il peut y avoir. Car elle est espendue par ung grand nombre de gens plains de leurs voulcntez sans raison nulle. » Et, pour ce, je vous dys que on peut mieulx prouffîter avecques les saiges que avecques les folz. Et, puisque Dieu m*a faicte la grâce de trouver prince « saige et preudomme, acompaigné de notables gens, saiges et « preudes hommes, que pour riens de ce monde je ne vouldroye c perdre la compaignie; et prens exemple au chevalier et à la «( response qu'il me ûst. Et, pour ce, le Roy vostre père ne doit a point avoir de double de moy. » Et sur ce point envoya son a ambassade, etc. » — La plus grande partie de ce passage se trouve dans notre texte quelques pages plus loin, ci-après, p. 259. Mais le ms. F le répète aussi à cet endroit.

Amydas vit la grant fiance que son filz le Jouvencel avoit à luy, les lermes lui vindrent aux yeulx en disant : c Mon filz» je vueil que tout vous demeure et € plus que devant. > Adonc le Jouvencel respondist : c Monseigneur, tousjours y auroit-il rapporteurs et € gens qui vous mettroient en doubtes. Et, quant € vous aurez les gens d*armes et les places , vous c aurez la puissance. Ainsi serez hors de toutes € doubtes. Et ne vous peult-on riens rapporter de € moy, sur quoy vous ayez souspeçon. > Et le Roy respondist : < Il n'est riens en ce monde ne en l'autre € qui vaille foy ; car sans foy nul n'yroit en paradiz ; € sans foy jamaiz homme n'auroit seurté Tung à c l'aultre. Et je vous dy que ma foy et ma fiance est c en vous si grande que je n'en aurois jamais doubté. € Et vous mettez hors de ces ymaginacions, je vous € en pri. > Ainsi fut le Jouvencel hors de toutes doubtes et pourveut à son fait pour la foy et seureté qu'il print du roy Amydas, dont bien lui print. Et, toutes choses faictes à bonne équité, il en vient communément bien; et, quoy que ce soit, on fait selon Dieu et met-on la raison devers soy, combien que je ne vueil pas dire que en gens de mauvaise foy on se doye fyer; et ne fault point sercher les choses où elles ne sont point. Car se vous serchez foy à ung mauvaiz honune, vous ne la trouverez point; car il n*en y a point. Le Jouvencel voulut vivre le surplus de sa vie en seurté et, pour ce, remist de tous poins son fait à Dieu et à Dieu soit-il. La principalle cause des guerres et questions qui sont entre les princes et roix est pour la deffiance qu'ilz ont les ungs entre les aultres. Les ungs l'ont pour paour d'estre deceupz; u 17

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les aultres l'ont pour ce qu*ilz veuUent decepvoir ; et, pour ce, ne pevent-ilz prendre foy ensemble, ne eulx entre amer. Et pour faulte de foy et de bonne amour sont les guerres et questions qui tousjours durent ; et ceulx qui ont bonne foy la treuvent vouUentiers, et Dieu leur aide, quant ilz ne tendent à riens avoir de Fautruy. Ceux qui y pensent mal engin, leur mal engin leur vient et les déçoit. Ainsi qu*ilz ne veulleot donner paix ne pardon aux aultres, ne l'aurontilz jamaiz. Et, pour ce, n*est-il tel que de requérir à Dieu paix et pardon et de la donner aux autres, tout ainsi qu'ilz la requièrent à Dieu.

Le Jouvencel ne fut oncques vindicatif et pardonna voulentiers à tous ceulx qui lui avoient meffait. H fut de bonne foy et à son povoir ne fît oncques guerre que à bonne et juste querelle et pour garder justice, et estoit bien content d'avoir paix toutes les foys que on la lay ofTroit, en gardant sa conscience, son honneur et justice^. Il donna aucuns advertissemens à ses amyz et successeurs, et, entre autres, dist que on ne doit point revocquer en doubte que Fart de bataille ne soit la meilleure chose de toutes les autres choses, par laquelle liberté est retenue, richesse est acreue, les cités sont gardées et l'empire ou royaulme est augmenté. Et, selon toutes les hystoires ou orateurs, l'art de bataille oste de oysiveté le pueple. Et sont trois choses à considérer en guerre : la première que la chose pour quoy on meut guerre soit en l'honneur* de Dieu et de la foy procurée et menée par force* d'homme; la seconde si est affin que, par ce moyen,

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