‹ Le JouvencelChapitre 67 sur 184 · Voyez ce que dit notre collaborateur, t. I, p. ccxcvii · texte numérisé non relu

Voyez ce que dit notre collaborateur, t. I, p. ccxcvii

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les choses de son adversaire soient refrénées et modérées; la tierce si est affin que, par ce moyen, paix et repoz soit donné au peuple; et ne pensons point avoir paix par force d'argent.

Scipion dit que, quant on veult aucune chose entreprendre en guerre, qu'il n'est riens de si vergongneux, aprez les choses mal advenues, que de dire : c Je ne le cuidoye pas. > Car ung cappitaine ou chief de guerre doit prévenir avant la main ad ce qui lui peut advenir. Et dist le Jouvencel qu'on doit tousjours faire les choses par messaiges seurs et qu'onques messaige qu'on trouvast d'avantaige ne fit riens qui vaulsist, especialment quant ce sont choses qui portent effect. Puis, racompta qu'il avoit trouvé ung chevalier en son chemin, que ung prince avoit mandé querre pour la grant renommée de son sens et de sa vaillance, et n'y fut gueres. Et puis le trouva sur son retour et lui demanda pourquoy il n'y estoit demeuré, veu que, où payz de là d'où il venoit, n'avoit pas gens qui eussent gueres veu, ne gens de grant fait, et que il y devoit fleurir et y povoit acquérir grant honneur et grant bien. Et il respondit que le sens et la vaillance du plus saige homme et vaillant du monde, entre tant de gens incorrigibles et envieux, est aussi bien perdue que seroit une bouteille de vin qu'on espandroit en une grant rivière ; et aussi peu de sustance peut-il avoir ou sens et en la vaillance d'ung homme, quant elle est respandue entre ung grant nombre de gens plains de leur voulenté sans avoir aucune raison. Et par ce congneust bien qu'il ne plaisoit pas à la compaignie dont il venoit, aussi n'y vouloit-il pas demeurer. Et dist qu'on ne doit jamaiz servir maistre oultre son gré

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et pareillement que les maistres ne doivent retenir les serviteurs, quant ilz demandent congé, qu'ilz oe leur donnent libéralement. Aucuns en son temps voulurent partir de luy, les ungs o congié, les autres sans congié. Touteffoys il estoit homme humain et naturel et les rctenoit pour Tamour qu'il avoit à eulx, dont beaucoup de mal lui en advint ; car tousjours lui pourchassèrent mal. L'Ytalien dit qu'offende non pardonne moy^ Le Jouvencel est d'oppinion qu'on ne les doit point retenir pour Texperience qui lui en est advenue. Il dit que ung serviteur est lasche de servir son maistre oultre son gré, et fault dire, quant il ne le sert par amour, qu'il le sert par haine et pour lui faire mal. Aussi, quant le serviteur voit que le maistre ne se veult servir de lui, il peult bien penser que le guerredon qu'il en aura sera petit.

Le Jouvencel mercie Dieu des biens et honneurs qu'il lui a faiz. Aussi se loue de beaucoup de bonnes gens qu'il a trouvez, et especialment ceulx à qui il estoit tenu, qui ont esté commenceurs de son bien. Car Dieu dist que, aprez père et mère, on est tenu aux commenceurs. Touteffoys il en a trouvé beaucoup d'autres dont il a esté le commenceur, en quoy il n'a pas trouvé bonne foy*. Et, pour ce, dit-il qu'on se doit fier de tous poins en Dieu , non pas es fîlz des hommes, où il n'a point de salut.

Ceulx qui ont escript les faiz du Jouvencel et les aultres exemples de guerre prient et requièrent, s'il

i . Voyez nutre 1. 1, p. cocvii, note 1 .

2. Ce reproche s'adresse surtout à Charles d'Anjou, comte du Maine. Voyez notre t. I, p. lx, cxxxii et suivantes, et ccxcvn, et le Commentaire de Tringant, §§ XXII et XXVIII.

y a aucunes choses en quoy il y ait faulte d'entendement et choses ennuyeuses aux lisans, qu'il leur plaise pardonner, en suppléant aux faultes, et prier Diai pour Tame de eulx.

Explicit le livre monseigneur du Bueil, nonmié Le

JOUYENGEL.

Cy fine le livre du Jouvencel compilé par ung dis-eret et honnourable chevallier pour introduire et donner cauraige et hardement à tous jeunes hommes qui ont désir et voullenté de sieuvyr le noble stille et exercite des armes ^ èsquelles on puet bien faire et acquérir son sauvement, qui s'i scet bien conduire et gouverner en droit et bonne justice.

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