Voyez t. I, p. v et note
270 GOMMEIfTAIRE DU c JOUYEIIIGEL ».
de Texposition du Jouvencely pour qui le livre fut faict et pour qui mes maistres le firent, c'est le seigneur de Bueil, mon maistre. Et, pour commencer à dire la vérité du faict, il avoit dix-huit ans, quant la bataille de Yerneil fut faicte, et avoit esté page do viconte de Narbonne ^ , qui morut en ladicte bataille, en la compagnie du duc d'Alençon, qui y fut prios prisonnier, du duc de Glas et son filz James de Glas' d'Escosse, le conte de Boucan, connestable de France, le conte d'Aumalle et plusieurs autres seigneurs, dievaliers et escuiers de France et d'Escosse mors en icelle bataille, dont le duc de Bethfort estoit chef, le conte de Salbry et le conte de Siffort, le seigneur d'Escalles et autres chevaliers et escuyers du royaulme d'Angleterre, acompagnez d'aucuns Normans.
IV. — Et, quant ceste bataille fut gaignée par les Anglois, ainsi qu'avez oy, ilz marchèrent jusques au Mans et prindrcnt la cité^, et plus avant jusques sur le Loir prindrent le Ghasteau-du-Loir, le Lude et Gallerande^. Et le roy Gharles septiesme, fort desnué de sa puissance et noblesse, print cueur vertueusement et tellement résista, moyennant la grâce de
\. Voyez notre t. I, p. x et xi et note 2.
2. Archibald, comte do Douglas, était venu d'Ecosse au secours do Gharles VU (1422) avec sept ou huit mille hommes. Le roi lui donna le duché de Touraine. Il mourut à la bataille de Vernouil (17 août ii2i) avec James de Douglas, son fils, et Jean l^tuart, comte de Buchan, que Charles VII avait fait connétable.
3. IjO Mans, assiégé'* dès le 12 juillet par les lieutenants de Salishury, se rendit le 2 août (voyez Le Fèvre^Saint-Remy, t. Il, p. 115, et Bcaucourt, Histoire de Charles VU, t. II, p. 20).
•i. Ces trois places furent prises dans l'automne de 1425. Voyei les chroui(iues de Gousinot et de Jean Raoulet.
*AIRE DU c JOirVENGEL >. S71
Dieu, qu*il airesta les Anglois sur la rivière du Loir, et ne marchèrent plus avant. Il ralia gens de tous estatz, vieux et jeunes rotiers qui estoient dessus les champs, estrangiers , et toute manière de gens de quoy il se povoit ayder.
V. — Le sire de Bueîl, de quoy j'ay parlé, comançoit adonc à porter armes et, en petites places remparées et autres, hantoit avec les gens de guerre ; ne homme ne le povoit tirer en cour. Aussi n'estoit-ce pas sa vocation ; si y eust-il de ses amys qui lui conseilloient assez. Il avoit quelque congnoissance de la guerre, pour ce qu'il avoit esté avec ce vaillant chevalier, le viconte de Narbonne, avec lequel il avoit appris. Et depuis anta ung très vaillant chevalier S nommé Estienne de Yignolles, dit Lahyre, lequel fut cappitaine de Yendosme^; et, pour ce que ledit seigneur de Bueil se tenoit souvent à Goursillon, La Marchere et au Val-Joyeux^, dont il povoit saillir de trente à quarante hommes à cheval et de trois à quatre cens hommes à pied , Lahire Tenvoyoit quérir aucuneffoys; et il y alloit volentiers et menoit ce qu'il povoit, et tout le plaisir qu'il povoit faire à Lahire il le faisoit, pour tousjours apprendre le mestier de la guerre; car c'estoit tout son entendement et autre plaisir n'avoit.
VI. — En ce temps avoit une grosse garnison à Harchenoir de Bourguignons, et Lahire y fit une emprise, ainsi que vous orrez^. Il alla courir devant,
i, Var. : t eBcuier. » F. I.
2. De novembre 1424 à octobre 1425. Voyez notre t. I, p. xii.
3. Voyez sur ces trois forteresses notre t. I, p. xii, notes 2-4.
4. Voyez notre t. I, p. 130 et suivantes, où cette surprise de
873 GOMMENTAIRE DU c JOUYKHGKL ».
ainsi que souvent luy et ses gens faisoient, et pour oe que les Bourguignons saillirent hors de leur place bien avant, Lahire se pansa qu'il iroit courir devant, et embucha gens la nuyt à ung fumier au plus près de k place qu'il peult sans estre descouvers, et fit monter gens de pied derrière tous ses hommes d'armes et avec une lime sorde seyer une barrière à quoy lesditz Bourguignons se fioient, et mist de la cyre et de la terre par dessus afin qu'on n'aperceust le cyage qu'il avoit fait; puis vint courir devant, ainsi qu'on avoit acoustumé. Les Bourguignons saillirent oi^eilleusement dehors ; Lahyre partit de son embûche, lui et sa compagnie, et hurterent la barrière de poictrine de chevaulx et la portèrent par terre et les gens de pied, qui estoient derrière les hommes d'armes, saillirent i pied et ceulx du fumier d'autre costé. Ainsi fut la garnison de Marchenoir destroussée et desconfite, qui est appel lée Escallon ou livre de Jouvencel.
VIL — En celluy temps monseigneur de Dunois^ et Lahyre levèrent le siège de Montargis*, et beaucoup d'autres gens de bien en leur compagnie. Et, pour ce que je ne veulx pas dire que le Jouvencel ayt faict toutes les choses escriptes en son livre; mais ce sont chouses faictes et advenues de son temps et où il estoit à la plusparl; mais je veulx déclarer les chouses qu'il a faictes et dont il estoit chef, moyennant la grâce de Dieu, non pas toutes les petites entre-
MarchcDoir par La Hire est racontée en détail sous le nom de prise d'ËscalIon, et Vlntroduction biographique, p. xiv et suivantes.
1. Jean, bâtard d'Orléans, ne reçut le titre de comte de Dunois que douze ans plus tard, en 1439.