Var. : « acquitté et deschargé. » A. B
32 LE JOUVENGEL.
c Premièrement, il vous deffent que ne faciez riens à Fentreprise de vostre ennemy. Aprez il vueit que vous chevauchez tousjours en ordonnance, quelque part que vous alliez, soit en paix, soit en guerre, pour duire voz gens à estre tousjours prestz. Car, quant ils Fauront de coustume, quant le besoing y viendra, ne vous ne eulx, ne tra veillerez point à le faire. Car coustume rent maistre et devient nature. Aussi, monseigneur, je vous advertiz que, quant vous vous trouverez en quelque besongne, que vous ne souffrez nulles gens vous dire diverses oppinions ne parler, sinon ceulx que vous appellerez ou aucun qui vous apporte quelque nouvelle. Car plusieurs gens vuellent contrefaire les vaillans et vous diront : Monseigneur, faittes cecy ; monseigneur, faittes cela, » et beaucoup de choses qu'ilz ne sauroient ne n'oseroient faire. Et encores ne saivent se elles sont bonnes ou mauvaises ; mais le dient seullement pour dire : c J'en ay parlé ^ ; » et, si on le fait, pour se vanter : c Qui eust fait ce que j'avoye dit, il en fut bien aie. > Et communément sont gens qui riens ne vallent, et s'appellent ypocrites de guerre. Et je vous vueil bien advertir que vous vous gardez de telles gens et les chassez et faictes chasser d*entour vous et ne les ouez point parler; car ilz rompent Fentendement du chief.
€ Oultre m'a chargé le Roy vous remonstrer trois poins en quoy fault que tout chief se gouverne : c'est assavoir, quant il chevauche aux champs, ou qu^'l est en bataille ou en guerre, qu'il ne doit avoir nul amy
1 . Var. : a J'ay eu povoir et audience d'en avoir parlé. » G. F.
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ne faveur à nul qui rompent ses ordonnances, que incontinent n'en face pugnicion. Et, dès ce qu'il sault aux champs, il doit avoir Tespée au poing et n'espargniar ne amyz ne ennemyz et ne doit plus cognoistre personne. L'autre point si est : quant il est à la ville, il doit tenir ses statuz et ordonnances pour la conduicte de sa compaignie pour les gardes des places ou villes qu'il a en son gouvernement. Le tiers point si est de tenir justice, tant au fort oonune au foible, et n'avoir amour ne hayne. Et, en toutes aultres choses, il doit estre large, honnourable, franc et libéral et famillier à ses compaignons ; car il fault ces choses, especialement à gens d'armes pour bien les faire combattre, qui s'ensuivent, c'est assavoir : obéissance, crainte et amour à leur chief. Pour ce fault-il qu'il les tiengne en justice. Nous sommes nez soubz justice ; nous vivons soubz justice et à la fin nous allons à justice. Et, pour ce, monseigneur maistre Jehan Bienassis l'a bien conqparée de la comparoir au très hault Dieu glorieux. Elle vient de luy et sans lui nous ne povons riens ; il fault remettre tout à lui et soubz lui faire ce qui est possible aux hommes ; car on dit : Ayde-toy , Dieu te aidera.
€ Or retournons à parler ^ de l'excercite des armes qui ne se peult faire sans chevaucher. Et, pour ce que en chevauchant il peult venir beaucoup d'inconveniens, pour ce est dit que on doit tousjours chevaucher en ordonnance. Vous savez assez la manière
i. Var. : c Or retoamons à parler de nosire première matière, c'est assavoir de, etc. » Éd. Vérard.
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de descouvrir le pais, d'avoir gens devant et derrière et sur les costez, de ne passer nulz pas estroitz ne nulles embusches que tout ne soit desoouvert, et avez assez aooustumé ces choses; et, pour ce, je ne les vous vueil plus declairer. Ung grant dangier y a au logeis. Les remeddes sont de faire grans escoutes, grans feux et groz guet et tenir vos gens prest, quant on est en païz doubteux. Et aussi, au loger et au desloger, on doit faire tirer quelque nombre de gens aux champs, selon la puissance qu'on a, avant que les escouttes ne gudles soyent retournées des champs, pour servir de guet et pour arrester les ennemyz, s'ilz survenoient, tant que le logeiz puisse estre en ordonnance de bataille pour combatre^ Car communément au desloger y a grant bruit et grant desroy et, avant qu'on ait priz champ ne soy miz en bataille, si les ennemiz surprenoient la compaignie, ilz la pourroient mettre en desconfiture. Pareillement, au loger, le chief doit demourer aux champs avecques ung nombre de gens, tant que tous soyent logiez et que le bruit soit passé et tout bien rapaisé et que les escoutes et guetz soient aux champs ; et doit estre le premier à cheval et le derrenier descendu. Et, quant vous saurez qu'il n'y a ame qui vous demande riens, vous devez séjourner voz gens le plus que povez sans les rompre ne travailler, afïin que quant le besoing vient, qu'ilz en soient plus durs et plus fors, c Ung prince doit mettre la tierce partie de sa des-
1. Var. : c s^ilz survenoient, tant comme on est au logeis ou qu'on veult partir d'icelui pour aller en bataille combatre. i Éd. Lenoir et Vérard.
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penoe en espies^; et, pour ce, n'espargnez point Targent du Roy pour conduire ses fais ; car il ne le veolt pas*. Et ainsi vous ne serez jamais surpris et saurez tousjours la convine des ennemyz et pourrez entreprendre saigement sur eulx et eschever beaucoup de inconveniens.
c II fault parier de tout, combien que je scay que vous en savez assez ; mais cbascun n'est pas adverty • Pour ce, veult le Roy que je die icy devant tous le groz des batailles et des sièges et vous subtillerez par dessus en faisant l'excercice. Premièrement, en tant qu'il toudie une bataille à cheval, vous savez bien qu'il fault descouvreurs de payz. Aprez il y fault courreurs et les mettez voulentîers fors, affin qu'ilz reboutent les courreurs des ennemyz, qu'ilz ne voient vostre convine et vostre puissance. Et, si les vostres sont les plus fors, ilz verront celles de voz ennemiz et voz ennemiz ne verront point la vostre. Âprez, on met une bataUle, qui s'appelle avant^garde ; on met sur les deux costez deux esles ; et chascune esle a des courreurs, afifin qu'ilz ne soient surpnz. La grosse bataille vient aprez avecques les bannières et enseignes; et là est voulentiers le chief. Âprez ce, a une petite bataille, nommée arrière-garde. Et, aprez ceste arrière-garde, doit avoir ung petit tropellet de gens, affin que, par derrière, on ne viengne point faire crier alarme ne aussi que on ne leur courre sus; car
4. Yar. : c de aa deepence et seigneurie ou paiement et sonlte des gens d'armes. » Éd. Lenoir et Vérard. — Voyes, à prc^KM de ce précepte attribué à Louis XI, t. I, p. ccxciii, note 7.
2. Var. : c car le menu pueple ne vous peut pas supporter. > Éd. Lenoir et Vérard.
36 LE JOUVENŒL.
ung bruit, qui vient par derrière, fait plus de mal que celluy qui vient par devant. On doit avoir davantaige une petite bataille secrète, qui soit en une valée ou à Tombre d*ung petit boys, qui vienne aprez que toutes les batailles seront assemblées, pour secourir où ilz verront que sera le besoing ; et cestelà est vouUentiers cause de gaigner la bataille ; car voz ennemyz ont autant de batailles comme vous, et, se Dieu vous a fait la grâce que vous ayez ceste-là davantaige, c'est grant gain pour vous. Mais prenez que voz ennemiz en eussent une comme vous ; au moings sera la vostre pour contredire à la leur ; ainsi vous ne povez faillir à Tavoir. Les Ytaliens en ont encores plus la moittié ; car ilz combattent tousjours à cheval ; ce que autres nacions ne font pas. Et, se vous avez à faire à eux, il vous en fauldroit avoir plus largement. Mais, communément, les autres nacions n'en ont plus. Touteffoys, si vous voyez quelque chose de nouveau, à nouveau fait nouveau conseil^.
c La bataille de cheval doit counîr sus à ses ennemis et y doit aller par fureur ; mais qu'ilz voient qu'ilz soient en païz où ilz puissent passer oultre ; car faire une pointe et retourner seroit perte de bataille. Et, pour ce, je ne le conseille pas, sinon qu'on le fit de propotz délibéré pour les tirer hors de là où ilz sont, s'ilz sont en lieu desavantaigeux. ToutefTois on doit tousjours laisser à ses ennemyz, soit à pié ou à cheval, ung trou ouvert derrière, par où ilz s'en puissent fuir.
\ . Var. : <t à nouvelle chose fault avoir nouveau conseil. • B. — - « à nouveau fault nouveau conseil. » E.
LE JOUYENGEL. 37
c Quant à la bataille à pié, elle est tout au contraire de la bataille à cheval ; car gens à pié ne doivent jamaiz quérir ne requérir leurs ennemie; mais doivent demourer pié coy et garder leur alaine et trouver toutes les subtilitez qu'ilz pourront de faire mardiier leurs ennemiz. Et, se leurs ennemiz ne veullent marcher, il leur vault mieulx demourer en leur place que eulx desroyer ne marcher ; car moult batailles s'en sont perdues. Et, pour ce, dit-on que une puissance ne se doit jamaiz mettre en lieu où ilz n'aient ung chemin ouvert pour avoir leurs vivres, affin que neccessité ne les contraingne point de faire chose à leur deshonneur ne à leur desavant aige. Car faulte de vivres les contraint d'aller assaillir leurs ennemis ; faulte de vivres les contraint d'eulx en aller et desemparer le lieu honteusement. La manière de renger sa bataille à pié est que on doit eslire et choisir place la plus avantaigeuse que on peult, et puis mettre une grosse tourbe de gens d'armes ou mUlieu ; et, devant et entour voz enseignes, doit avoir une bonne tourbe de gens d'armes, afïin que on ne les puisse legièrement à terre porter ; et, aux deux costez, tout le traict, afïin qu'il batte sur les costez de la bataille des ennemiz; et, aux deux boutz de vostre traict, à chacun, une tourbe de gens d'armes pour les garder; derrière vostre grosse bataille, ung bon tropeau de gens d'armes pour garder que homme ne reculle et aussi que on ne vous face nul bruit et qu'ilz puissent résister, si on vous y vouloit aucunement donner à besongner, et aussi, quant la grosse bataille est mesiée, pour secourir où ilz voient qu'il est besoing, combien que
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VOUS devez mettre le cul de vostre bataille en lieu fort et avantaigeux, se vous povés. Vostre traict ei vos esles doibvent diarger sur les costez à Teure que on assemble à la grosse bataille. Aucunes f^eoB font une avant-garde ; mais je ne suis pas de ceste oppinion que elle serve de riens à gens de pié. Et soufiist d'une grosse tourbe de gens bien esleuz devant vostre bataille ; et j'entens que vostre bataOle soit à leur talions. La cause pourquoy je suis d*oppinion que vostre bataille soit en tourbe, est afifin qu'elle perce la bataille des ennemiz. Car, si une foys une bataille est percée, elle est perdue; et, quant elle est clere, elle est aisée à percer. Et, pour ce, je suis d'oppinion que vostre bataille soit en tontine. Il pourroit avenir beaucoup de choses que on ne pourroit pas faire tousjours ainsi, ne à pié ne à cheval ; car les lieux ne les places ne s'i adonnent pas, pour ce qu'on est aucuneffoys surpriz de si prez que on n'a pas loysir de choisir lieu ne de eslire place et que on ne peult pas avoir le loysir de faire son ordonnance. En ce cas, il fault que le chief soit diligent et qu'il ait sens prompt. Et, avec ce qu'il pourra recouvrer de ses gens, qu'il viengne rencontrer ses ennemyz le plus furieusement qu'il pourra ; et soufiist seullement qu'il ordonne ung chief pour tenir quelque nombre de gens ensemble qui le suivent de prez; car, en ce cas, se vous n'estes en ordonnance, ne sont pas voz ennemiz et fault qu'ilz se desroient pour vous cuider surprendre. Et, pour ce, s'ilz treuvent resistence en vous, si petit n'en pevent-ilz trouver qu'ilz ne soyent esbahiz. Et vous di qu'il fault peu de gens à deflTaire gens qui
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viennent en œlle façon et en quelque estât qu'ilz se treuvent. A la guerre, le principal point qui y soit, c'est de ne se esbahir point et d'avoir tousjours son sens avec soi et diligence sur toutes riens. On dit communément que fortune aide aux hardiz ; et, pour ce, soyez hardi en toutes les. manières que pourrez avoir à besongner à la guerre ; car c'est ung point qui y est bien requis avec la bonne conduicte. c Je vous vueil advertir d'une chose, qui est bien neccessaire à ung chief de guerre et sert en logeis, en champ et à mettre sièges. Ce sont une manière de chaynes où il y a paulx ferrez d'ung bout, pointuz pour entrer en la terre, et de l'autre bout d'amont, ilz sont ferrez [en] moulgnons^, affin que on les puisse cogner avecques un mail de fer. Les pauU sont loing l'ung de l'autre de toise et demye ou, au plus, loing de deux toises. Les chaisnes doibvent estre si fortes que on ne les puisse coupper avecques une espée ou ung voulge ou une hache à coupper boys* ; et il souffira (car les plus legières sont les meilleures) qu'elles se puissent garantir contre ce que j'ay dit. Il ne fault que deux chainnes parmy les paulx, qui passeront parmy anneaulx de fer qui tiendront aux paulx. Il en fault de grandes et de petites ; mais toutes s'entretiendront par crochetz de fer qui se mettront les ungs dedans les autres. Les plus petites serviront, quant on vient
4. Var. : t moux. » C, D. — t molx. » E. — Ce passage manque dans le ms. B. et Tédition de Lenoir. L*édition de Vérard dit : « ils soient encore mieuix ferrez. » — Ferrés en moignon.
2. Var. : « ne d'une hache, ne d'une coignée à fendre bois. » Éd. Vérard.
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en ung log^, pour tendre aux venues, et en y aura de la largeur d'une rue seullement. Les auitres, plus grandes ainsi que les advenues, seront pour mettre ung guet devant une porte ou saillie. Quant on vient mettre le siège en une place, si la place est puissante de gens, il y fault grotz guet, conmie vous savez ; et, selon que le guet sera, il vous fault tendre des cbaynes. S'il y a grant guet, grans chaynes ; s'il y a petit guet, moings de chaynes fauldra. Et fauH apporter quant et soy les diaynes contre la ville et les taudeys tout charpentés et prests à dreder ^ . Et, ce fait, vous mettrez vostre guet en seureté. Et, les saillies rompues, vous devez prendre vostre champ le plus avantaigeux que vous pourrez, et le devez prendre si grant que tous voz gens y puissent bien estre rengez. Touteffoys je n'entens point qu'il soit si grant que on ne s'i puisse veoir Tung l'autre. Et, se vous aviez tant de gens que vostre champ fut si grant que on ne se peust veoir Tung l'autre, je vous dy que vous mettez ou milieu de vostre champ une bataille de gens qui soient tous prestz pour secourir où le besoing sera. Encores, quant vous ne aurez largement de gens, si est-il neccessité que vous ayez tousjours ung reffort ou millieu de vostre champ et le faictes avant plus petit. Et prenez vostre champ en lieu où ceulx de la ville ne puissent saillir sur vous ne vous batre de leur artillerie, se vous povez. Et puis vous povez partir de vostre logeis seurement et faire voz approches et descendre vostre artillerie ; aultrement non. Quant aux mines, par les mineurs
i. Var. : c Et fault apporter, quant on veuit tendre les diayne» contre une ville, toute la charpente, et preste à drecier. » G.
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VOUS y pourrez conseiller. Et, quant vostre guet est en seureté et vostre logeiz departy et tous voz gens bien assiz, vous devez faire trenchées pour aller d*ung siège à autre et rompre les saillies et deffences, tant canonnières que archières, et generallement toutes les choses où ceulx de dedans la place pourroient faire guerre, et, s'il y a aucunes tours ou triangles, les batre et abatre le plus que on peult. Et que tous les logeiz se puissent veoir et visiter, par les fossez et trenchées que ferez, sans doubte du traict de la ville. Aprez, vous devez faire trenchées pour approucher vostre artillerie, et, vostre artillerie assise, vous devez commencer à batre. Et, quant vous commencez à batre, que vostre artillerie soit toute preste. Et, quant voz bombardes commenceront, faictes que les veugloires et la menue artillerie tirent quant et quant aprez le coup de la bombarde, affin que ceux de dedans n*ayent puissance de riens boulvarder ne de amender le donmiaige que la bombarde leur aura fait. Vous devez, durant la baterie de voz bombardes, faire trenchées pour entrer es fossez. S'il y a eaue que vous puissiez oster, ostez là. Si vous ne la povez oster, on peult faire ponts de claies et butes de terre. S'il y a comblement à faire, le faire, affin que tout aille d'ung quanta Et, s'il y a aucun logeis à part, à qui on ne puisse donner secours, on le doit fortiffîer en telle manière que le surplus du siège le puisse secourrir, et n'en doit-on riens laisser en dangier que on puisse. Et au derrenier, qui ne treuve bon traictié et hono-
1. Var. : « affin que l'on y puisse aller Tung quant et Tautre. > C.
4S LE JOUYEIfCEL.
rable, il fault venir à Tassault ; mais ce doibt estre le plus tart que on peult pour les inconveniens qui en ensuivent : premièrement on y pert son traict, on y fouUe ses gens et y en perd Ten ; et, si les ennemyz estoient prez, on en seroit beaucoup pirs pour donner la bataille. Aussi il y a des faultes, et peu de chose fait aucuneffoys faillir ung assault. On ne doibt donner l'assault que pour cinq poincts. L'ung, quant il y a faultes de vivres ou mortalité et qu'on ne peult plus tenir le siège. L'autre, quant on sent les ennemiz venir et que on se sent le plus foeble et que on ne les peult attendre. En ces deux points il fault donner l'assault pour en jouer à double ou à quitte. L'autre point, à quoy gueres de gens ne se laissent soubmettre, c'est que la place soit tant battue qu'il n'y ait plus de deffence. Le quart point est par deffault de soulde. Le quint point est que on aille au devant de ses ennemiz pour les combatre pour plus grant avantaige. Quant à la forme de donner l'assault, de raison les approches sont si bien faictes que on entre ^ ou fossé sans perdre riens et envoyé l'en une compaignie de gens pour le premier assault. Et puis, quant ceste-là a fait son effort, on y envoyé une aultre aprez. La tierce doit estre la plus puissante et là où l'on doit garder le fort de l'artillerie et des gens. Ainsi on doit donner l'assault par trois foys, qui ne prent la place dès le premier, et le derrenier assault est le plus fort. Et, s'il y a lieux convenables, on doit assaillir en trois lieux et donner effroy en plu-
i. Var. : c qu'il n*y a que redire et que on entre, etc. » Éd. Lenoir et Vérard.
LK JOUVKIfGEL. 48
aieors. Et, s'ilz ont point de retraict, on ne leur doit pas estoupper ; car, en bataille ou en assault ou en quelque manière que on combate gens, on leur doit toujours laisser ung huys ouvert par derrière pour eulx enfuir. Et, quant on veult donner l'assauU, il fault envoyer aux champs quelque nombre de gens à cheval pour garder qu'il ne viengne riens, aussi pour retenir ceulx de la place qui s'enfuyront. Item, je vous conseille que vous ne assiégez jamais cité ne place où il y ait grosses gens tant que vous ayez conquis le pays d'environ ; car trop de romptures d*armes j'en ay veu advenir en mon temps. Les raisons sont que, se vous assiégez une cité ou autre place, où il y ait grosse garnison, il vous fault grosses gens et grans guetz et tousjours estre en armes devant voz ennemiz. Vous avez les places au derrière par quoy il ne peult venir vivres au siège; vous estes tous les jours buffetez des places; et, en la fin, il vous fault avitailler vostre siège à puissance ; vous avez affaire à ceuU de dedans et à ceulx de dehors, la ville ou place est bien plus legièrement secourue, quant elle a ses amis tout autour de elle, que quant iiz en seroient loing ; les assiégez ont tous les jours des nouvelles et sont plus courraigeux et plus vaillans que s'U n'y avoit point de places prez d'eubc ; et, si vous aviez prins les places d'environ, la cité, place ou ville, demourroit en neccessité et les vivres lui fauldroient et, parce qu'il n'y auroit que menger, il fauldroit que les gens d'armes vuidassent. Et, quant la place demourroit qu'il n'y auroit seulement que les habitants ou peu de gens, vous trouverez tousjours des moyens pour l'avoir ; car une place
ii LE JOUVENGEL.
sans gens ne se pealt deffendre. Et, pour ce, ne doit-on point assiéger une bonne place, tant que les menues places d'environ soient conquises, encores moings la bastiller; car bastilles sont encores plus fortes à conduire et entretenir que n'est ung ost ou ung siège ; car en bastUles on ne peult tenir chevaulx ; bastilles sont séparées Tune de Fautre et ne se pevent secourir ; s'il n'y a que une bastille seulle, elle est mieulx assiégée que n'est la ville devant qui elle est faicte ; car la cité ou ville est meilleure de soy mesme que n'est la bastille et de plus grant puissance d'argent, d'hommes, de manouvriers et de conseils. Oultre, il y a gens herittez qui ont leurs provisions de longue main et deffendent la ville pour sauver le leur tant qu'ilz pevent. On plaint plus à perdre une cité ou une ville que une bastille ; et, tant pour l'honneur que pour le proufïit, la cité ou ville sera plustost secourue que une bastille et, tant pour l'honneur que pour le proufïit, sera plustost espargniée de destruire ou cancheller que une bastille. J'ay tousjours ouy dire qu'il en est advenu mal, et encores en France de ces derrenières guerres les ay-je veu prendre et desconfire devant Orléans, devant Gompiègne, devant Dieppe et devant le Mont Saint-Michel ^; et je crois qu'elles ont plus proffité,
1. A Orléans, les bastilles que les Anglais avaient élevées autour de la ville furent enlevées successivement par Jeanne d'Arc. -^ En 1430, à Gumpiègne, ils avaient fait des bastilles devant toutes les portes de la ville et s'étaient enfermés dedans ; le comte de Vendôme et le maréchal de Boussac les emportèrent Tune après l'autre (Monstrelet, ch. xcvi; — J. Ghartier, ch. lxxi). — En 1443, Talbot, assiégeant Dieppe, s'était établi dans une grande bastille en bois; le Dauphin et Dunois l'attaquèrent dans
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quelque part qu'elles ayent esté mises, aux ennemyz que à ceux à qui elles estoient ^ Et me semble qu'on ne peult mieux bastiller ne assiéger une place puissante ne une cité que de prendre les places d'environ.
€ Je ne vous ay point parlé des angins volans ; aussi n'ay-je de pontz, qui se font de pipes liées à cordes, ou de dayes pour passer rivières. Vous trouverez toufljours charpentiers ou ouvriers subtilz qui vous sauront mieulx diviser cela que je ne feroye. De pavoys, de pics, de pelés, trenches, cables pour remuer vostre artillerie, je m'en rapporte aux maistres de l'artillerie ; aussi de quantité des bombardes, canons, pierres à bombardes pour voz sièges, voz canonniers vous le sauront bien dire ; car c'est leur mestier. Le Roi vous envoyé touchant cela aucunes choses prinses en Vegece, lesquelles s'ensuivent :
S'ensuit Voppinian de Vegece^ pour assiéger une
forte ville.
€ Vegece dit de la forme et manière d'assiéger citez,
sa bastille et détruisirent son armée (J. Ghartier, ch. clvii; — Monstrelet, ch. cclxxv). — Eaûn, au Mont-Saint-Michel, les Anglais avaient fait, en 1424, une bastille à Ardevon pour harceler la garnison du Mont ; mais l'approche d'une armée française les força à l'incendier. En 1444, ils recommencèrent; mais le voisinage du duc d'Alençon les força à la détruire de nouveau (Siméon Luce, Chronique du Mont-Saint-Michel, p. 27 et 35). Voy. notre tome I, p. xi, note 3 ; zxin, note 1, et xxxv, note 5.
i. Var. : • et je croy qu'elles ont peu profiBté, quelque part qu'elles ayent été mises. » A. G. D. F. Éd. Lenoir et Vérard.