‹ Le Jubilé pontifical à l'université Laval [microforme]Chapitre 15 sur 34 · PP PAL · texte numérisé non relu

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langue du peuple catholique, c’est-à-dire la langue universelle. Il le parle non pas à la manière d’un barbare, mais comme on le parlait au siècle d’Auguste et nous ne pouvons entendre sans un orgueil filial les plus habiles lettrés rapprocher les éloquents discours qui du Vatican s'adressent au monde des immortelles harangues tombées jadis de la tribune du Forum.

La tribune est brisée depuis longtemps ; le Forum n’a plus que des ruines ; mais la majestueuse langue qui a retenti là est devenue la langue des papes : voilà ce qui assure son indestructibilité au milieu des vicissitudes et des transformations des idiômes: ‘“ Elle sera sur la terre, dit un de ses défenseurs, la langue des enfants de Dieu, jusqu’à ce qu’il y ait de nouveaux cieux, une nouvelle terre, des temps nouveaux ; jusqu’à ce que se soit révélée cette langue inconnue, toujours ancienne et toujours nouvelle, réservée de Dieu pour dire les mystères et les joies des siècles sans fin.” *

Léon XIII est un élève du Collège Romain, et lui-même a célébré dans ses vers le talent de ses illustres maîtres : Manera, Pranciani, Perrone, Patrizi : “ Tu aimeras à te rappeler, dit-il, ces beaux jours où Manera et ses doctes collègues initièrent ton esprit aux secrets de la science humaine et de la science divine.”

Tempore quo (meminisse juvat) prædivite vena Manera et Patrum nobilis illa cohors Mentem alit, et puro latices de fonte recludens

Te Sophiæ atque Dei scita verenda docet.

Les succès de ses argumentations publiques sur la théologie faisaient entrevoir pour lui--les régistres du collège l’attestent —la plus brillante carrière ; à vingt-un ans il avait conquis les palmes du doctorat. Ces détails d’une telle jeunesse ont leur charme, mais c’est l’évêque, c’est le pape qu’il faut vous montrer à l'œuvre.

Le voici à Pérouse, ville de 1500 âmes seulement, où le moyen age avait fixé une de ses Universités, où se retrouvent de nombreux souvenirs du Pérugin et de Raphaël. C’est là qu’il passera trente-deux années de sa vie, belles et fécondes années pendant

* Mgr Dupanloup: De la haute éducation intellectuelle, ch. 11, p. 122.

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lesquelles, sur un théâtre modeste, il commencera les réformes et les œuvres qu'il continuera dans la Ville Eternelle. Les règlements de son petit séminaire ne lui semblent pas complets, il les change ; les programmes d’étude ne mettent pas assez les jeunes clercs au courant des découvertes modernes, il les refait ; il fonde des académies où se discutent les questions qui se rapportent aux erreurs de nos temps contre la foi et la raison, et lui-même trouve son bonheur à présider ces séances où la jeunesse, sous le regard de ses maîtres, essaie ses forces et se prépare pour les combats de l’avenir.

Instruire son peuple et lui prêcher la vertu, tel est sans doute le premier de ses devoirs. Mais, prince de l’Eglise, comment restera-t-il étranger à ses intérêts sacrés dans le reste du monde ? Il a la garde de Pérouse, mais au-delà de Pérouse ne voyez-vous pas la Révolution qui trame ses complots contre la monarchie pontificale ? Au delà de Pérouse il y a de grandes questions doctrinales qui se discutent ; il y a un concile qui se prépare, le plus imposant peut-être depuis la fondation de l'Eglise. Tous ces événements fournissent à l’évêque le sujet de ses lettres pastorales de chaque année.

En 1862, un homme qui avait autrefois porté le surplis de séminariste, publiait en France le plus odieux des livres, tissu de blasphèmes couverts des fleurs de la littérature, et dérisoirement intitulé : Vie de Jésus. Il venait tard, et après bien d’autres pour détruire des dogmes éternels. Mais dans la haute opinion qu'il avait de lui-même il croyait qu'il lui suffirait de quelques coups de plume passés sur l'Evangile pour donner au christianisme le coup de mort. Hélas! Vous souvenez-vous, messieurs de ce ridicule monarque qui, pour punir l’Océan de briser ses ponts, le faisait battre sérieusement à coups de fouet ? Les esclaves avaient beau frapper de toute la force de leurs bras, l'Océan, riant des fouets de Xerxès, continuait à réfléchir l’azur du ciel et gardait la majesté de ses flots. Aïnsi l'Evangile, malgré les coups de plume empoisonnée du nouveau critique, conservait ses charmes incomparables et son caractère divin. Tout de même, le scandale était grand et la douleur des croyants plus grande encore. L’archevêque de Pérouse ne crut pas devoir garder le silence ; il unit sa voix à celle des plus savants apologistes de la

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