‹ Le Jubilé pontifical à l'université Laval [microforme]Chapitre 16 sur 34 · NES · texte numérisé non relu

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France, de l'Italie et de l'Allemagne et contribua ainsi à former une protestation sublime, comme il ne s’en était peut-être pas vu contre l'ouvrage d’un sectaire.

Mais entre toutes ses lettres il en est deux sur l’Æglise et lu Civilisation qui signalèrent leur auteur à l'admiration du monde entier et méritèrent d'être traduites dans toutes les langues. Elles parurent en 1876 et 1878. Quel éloquent plaidoyer en faveur de l'Eglise ! Quel savant exposé de son influence et de ses bienfaits dans tous les âges et sur toutes les erres ! Je voudrais vous les lire l’une et l’autre. Ecoutez au moins célébrer les gloires du progrès moderne et, à ce noble langage, reconnaissez l’homme de son siècle et de son époque: “ Quelle grandeur et quelle majesté dans l’homme alors qu’il saisit la foudre et la fait tomber impuissante à ses pieds ; alors qu’il appelle l’étincelle électrique et l'envoie, messagère de ses volontés, à travers les abîmes de la mer, par delà les montagnes abruptes et les plaines immenses. Il ordonne à la vapeur d’attacher en quelque sorte des ailes à ses épaules et de le transporter partout avec la rapidité de l'éclair. Par des procédés ingénieux où se révèle sa puissance, il emprisonne cette force mystérieuse et la conduit à travers des sentiers qui sont encore son ouvrage pour donner le mouvement, on serait tenté de dire l'intelligence, à la matière. N'est-ce pas comme une étincelle de son Créateur qui brille en lui, lorsque évoquant l'électricité, il lui commande de dissiper les ténèbres de la nuit, et de répandre ses splendeurs dans les vastes salles et les palais ? L'Eglise qui sait tout cela, loin de vouloir mettre des obstacles au progrès se réjouit et bat des mains. ?

Cette thèse si savamment développée à été appelée le testament de l’évêque et comme le programme du pape. Le mot était heureux. Depuis dix ans, le pape a été fidèle à ce programme grandiose,

Pacificr l'Eglise et rapprocher du Vatican les gouvernements de l’Europe, tel est le but que sembla se proposer Léon XIIT en ceignant la tiare pontificale. Mais afin que cette pacification fût durable, il voulut travailler à guérir au sein de la société la plaie mortelle de l'ignorance. Dans ses encycliques sur le socialisme, sur le mariage, sur les Etats chrétiens, il dira sur quelles bases augustes reposent la famille et la société.

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Mais ce n’est pas seulement par des discours, même par des discours de pape, que l’on transforme les nations. Il faut une action plus persistante et plus intime ; il faut toucher les intelligences, les prendre vierges encore et les façonner : c'est l’œuvre de l'éducation. Donnez donc aux enfants du peuple des maîtres chrétiens, soustrayez-les aux influences pernicieuses, et si les sacrifices sont nécessaires pour cela, ayez le courage de ne pas reculer devant eux. Voilà ce que prêche Léon XIIT qui, dans une seule année, fonde vingt-neuf écoles à Rome pour les enfants, les jeunes gens et les ouvriers. Cette lumière du ciel se devait d’abord aux petits et aux pauvres. Mais les hautes études, comment les négliger ? Entendez-vous ces sceptiques qui demandent : qu'est-ce que la vérité ? Il faut leur répondre et les éclairer, Vous savez la malheureuse scission qui a éclaté entre la révélation et la philosophie moderne. A qui la faute ? Pas à la révélation, certes, elle est aujourd’hui ce qu'eile a toujours été. La faute en est à cette raison téméraire qui, lasse de suivre les vieilles routes, s’est lancée dans des sentiers nouveaux et dangereux et qui, perdant les justes notions de la sagesse humaine en est arrivée à ne plus rien comprendre dans la sagesse divine. Le remède à ce mal se trouve dans le retour à “ la mâle école du syllogisme” et aux traditions malheureusement abandonnées de nos pères.

Cette pensée qu'il entretenait depuis longtemps, Léon XIIT la développa dans un document céièbre qui fut à la fois le panégyrique d’un grand docteur et le signal d’une réforme dans l’enseignement de la philosophie.

Le moyen âge, Messieurs, vit paraître un saint, penseur merveilleux dont le génie n’a pas encore eu d’égal et n’en aura probablement jamais. Platon revenant sur la terre l'aurait appelé son maître. Il mourut à cinquante ans, dans la pauvre cellule d’un monastère, couché sur la cendre, adorant, sous l’image d’un pain sacré, le Dieu dont sa plume avait si admirablement exposé les mystères. Ses contemporains l’appelaient l’Ange de l’école ; il a été aussi l'ange de l’Eucharistie. Dans sa courte carrière, il composa des ouvrages dont l'étendue confond l'imagination. “ Son livre, écrit le P. Gratry, est un de ces quartiers de roc que dix hommes de nos jours ne pourraient soulever.” Au concile de Trente, il était l’oracle humain consulté par les Pères. Quiconque l'a étudié, n’a pas tardé à reconnaître en lui le maître, le premier

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des moralistes et des docteurs, J'ai nommé Saint-Thomas d'Aquin. J'aime à le contempler sur ces hauteurs de la pensée où nous le fait voir un orateur contemporain, ‘“ montrant à l'Eglise qui l’envoie, à la science qui l'écoute, aux siècles qui l’admirent, ce que peuvent pour l'agrandissement d’un homme la raison et la foi se rencontrant ensemble dans les splendeurs d’un même génie. Sa théologie à sa droite, sa philosophie à sa gauche, lui au milieu, aussi hardi philosophe que profond théologien, face à face avec le monde chrétien et le monde païen, aussi illuminé de foi que rayonnant d'intelligence, montrant ses deux chefs-d’œuvre de la pensée, et lui-même plus grand que ces chefs-d'œuvre, il dit en jetant à toutes les incrédulités et à tous les rationalismes ses invincibles défis : “ Je suis la synthèse humaine de la philosophie et de la théologie, je suis l’agrandissement de l'intelligence de l’homme par le Verbe de Dieu, je suis l'harmonie de la raison et de la foi.” *

Voilà celui que Léon XIIT voulut donner pour protecteur et pour maître à la philosophie de nos jours et dont son encyclique loua si hautement la méthode et la doctrine.

Le résultat de cette apostolique parole vous est connu. Des divisions regrettables ont fait place dans l’enseignement à l'unité, ce gage certain de force et de progrès ; dans les études sérieuses il a été, pour ainsi dire, infusé un sang nouveau ; des livres et des articles de revue, en grand nombre, ont été consacrés aux plus hautes questions de la méthaphysique et de la psycologie. Thomas d'Aquin est remonté après six siècles dans les chaires philosophiques des Universités, méritant lui aussi comme le pontife qui l’y a installé la mystérieuse devise: Lumen in cœlo !

À Rome, les plus beaux exemples suivent de près les préceptes. Sous l'égide de Saint-Thomas une académie se fonde, composée de ce que le collège cardinalice et le monde savant comptent de plus illustre, et la main qui a rédigé l’encyclique Æterni Patrès n'hésite pas à souscrire 30,000 francs pour la réédition des œuvres de l’angélique docteur.

Est-ce tout ? Non, messieurs ; à côté de l’Académie philosophique et théologique, Léon XIII en crée une autre, juridicohistorique où s’enseignent le droit public des Romains, le droit

* P, Félix, 1ère conférence de 1862. 3

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