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Ce sera l’éternelle gloire de Léon XIII d’avoir réussi à démontrer que le gouvernement de l'Eglise est essentiellement celui que la raison, que la liberté humaine choisiraient de préférence dans leurs aspirations, si d’un côté on ne les trompait par d'indignes artifices, par d’odieux mensonges, et si de l’autre on n’entourait l'Eglise d’un cercle effrayant de rigueurs, barrières rebutantes qui éloignent tant d’âmes qui ne demanderaient qu’à être admises.
On ne changera pas l'humanité qui survivra, avec ses qualités et ses défauts, à tous les pouvoirs qui règneront sur elle. Ceux qui l'ont le mieux dominée, sont ceux qui ont conquis son cœur et sa raison.
Le Christ lui-même n’a-t-il pas indiqué d’une manière sublime la manière d'attirer les âmes, de conduire l'humanité ?
Pour imposer sa doctrine, pour établir son règne, il n’a pas eu d'autre arme que l'exemple et la persuasion. Il a demandé pour son Père que son nom soit sanctifié, et pour son roi que son droit soit respecté. Il a parlé à l'esprit et au cœur de l’homme, et toute sa vie s’est résumée dans deux grands actes de prédication, s’adressant l’un à l'esprit, l'autre au cœur: le Sermon de la Montagne et le sermon du Golgotha. Il n’a pas flagell'é les hommes pour les amener à sa Croix, il s’y est suspendu lui-même et y est mort, avec une prière de pardon pour le monde qui le reniait, pour le monde qu'il venait sauver et ennoblir. Il ne paraît avoir cédé qu'une fois à un mouvement de juste colère, c'est quand il s’arma du fouet pour châtier ceux qui se servaient de la religion pour en faire un trafic, ceux qui battaient monnaie dans les parvis du temple.
Léon XIIT s'est inspiré de cette grande idée évangélique: la conquête des intelligences par la persuasion, la domination des âmes par l'exemple et la prédication.
Il a voulu se faire l’incarnation de l’Église qu'il dirige. “ Catholique,” c'est à dire “ pour tous,” voilà l’universalité qu'il a entrepris de lui donner comme cachet dans le monde des gouvernements, comme le Christ le lui avait donnée dans la société des peuples.
Cette grande idée de modération dans la forre, de suavité dans l’application de la doctrine, domine tous les actes de ce
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pontificat, commencé d'hier et déjà si rempli. C’est là ce qui explique, en le justifiant, cet esprit de conciliation manifesté partout dans les relations du Suint-Siège avec les pouvoirs humains.
Pie IX, aigri par l’ingratitude du peuple italien dont il avait rêvé l’unité longtemps avant Garibaldi et Victor-Emmanuel, effrayé de l’envahissement des idées funestes de la philosophie moderne, dégoûté de l'indifférence des Souverains qui avaient laissé dépouiller la Papauté d’un prestige et d’une autorité qui pouvait, plus que toute autre force, protéser leurs couronnes, Pie IX s'était posé devant la société comme le gardien armé de la vérité éternelle, et pendant trente ans il n'avait cessé de prècher “la vraie, la seule doctrine,” sans faiblesse, sans peur, sans ménagements. Les rois, pas plus que les philosophes, n'avaient trouvé grâce devant lui. Ce pontificat de trente-deux années, le plus long de l'Eglise, en fut aussi le plus éclatant, le plus heureux pour la consolidation et l'unification des idées catholiques.
Mais la situation de l'Eglise était des plus graves au point de vue de son influence sur les gouvernements, quand le prédécesseur de Léon XIIT mourut,
Oui, l’état du monde catholique était sombre et troublant, Pie IX avait eu à lutter tout ensemble pour l'intégrité de la foi et pour la conservation du domaine temporel de l'Eglise. Il avait vu les gouvernements européens, indifférents ou sceptiques, s’éloigner d'elle, et la spoliation s’accomplir au milieu de l’abandon universel, si on en excepte la protestation héroïque du petit corps d'armée que les catholiques du monde entier avaient jeté autour de sa personne, pour marquer de leur sang les bornes du domaine de l'Eglise du Christ que le vandalisme révolutionnaire envahissait sous l’anathème du successeur de St. Pierre.
Captif volontaire au Vatican, il aurait pu dire comme son illustre prédécesseur Grégoire VIT: “Je meurs captif, parce que j'ai haï lu fraude et détesté l’iniquité.” Et puis, cédant à cette profonde douleur que lui causait l'éloignement des gouvernements, il avait bien le droit de répéter :
‘ Nolte confidere principibus terræ.”
Voici quelle était la situation en 1878 : refroidissement avec
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l'Autriche ; menace de rupture avec la Belgique ; relations rompues avec la Russie. En Suisse, le catholicisme proscrit, les évêques exilés ; en Allemagne, le Xulturkampf ; en France, le triomphe de l’Article 7. De tous côtés, difficultés dans l’œuvre des catholiques ; les partis politiques, confondant trop souvent l'intérêt de l'Eglise avec l'intérêt des partis, organisés pour la défense et l'attaque, peu disposés à la conciliation ; divisions, non sur le dogme, mais sur la politique à suivre vis-à-vis la société moderne.
Quelle sera la conduite du Saint-Siège au milieu de ces ruines amoncelées, de ces dislocations qui menacent ?
Au dehors, on disait partout : “ L'Eglise est incompatible avec la société moderne.”
Léon XIII répond : ‘“ Non, l'Eglise n’est pas incompatible avec la vraie civilisation; non, le Pontife romain ne l’a pas condamnée.” Et il ajoute:
‘“ Si ceux qui se servent du Syllabus pour le dresser comme un ‘“ épouvantail en face du monde, avaient réfléchi qu'il ne suffit “pas d’être habile, mais qu’il convient surtout d’être honnête, ils “ne se seraient pas contentés d'offrir à la haine du monde une “ proposition détachée d’un long discours, mais ils auraient cherché à en fixer le sens d’après l’ensemble des documents où on l’a prise et qui étaient indiqués avec soin. En procédant ainsi, ils se seraient aisément convaincus que ce n’est pas la civilisation véritable, issue comme une fleur et un fruit de la racine ‘ du Christianisme, qui a été condamnée par le Saint Père, mais “ bien cette chose bâtarde qui n’a conservé de la civilisation que “le nom, et qui est l’ennemie implacable de la civilisation légi- ‘ time. ”
On avait dit: “ L'Etat moderne à abandonné l'Eglise ; il s’en est désintéressé et peut vivre sans elle !”
Léon XIII répond: “ Vous qui avez abandonné l'Eglise, ce n’est pas elle qui a besoin de vous; c’est vous qui avez besoin d'elle, et l’Eglise ne vous abandonnera pas.” Cette sublime et fière déclaration se traduit en un appel d’une douceur éloquente dans l’encyclique Znscrutabili du 21 avril 1878:
“ Nous élevons en même temps Notre voix vers les princes et “ les augustes guides des peuples, et Nous les conjurons de nou-
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