LE RÉGIME DES PROCURATEURS
ailes de cavalerie. Les cohortes auxiliaires (1) étaient des unités tactiques distinctes, composées de cinq cents à mille hommes, avec leur commandant, le tribun ou chiliarque. Rome ne répugnait pas à lever dans une province procuratorienne les troupes qui devaient y maintenir l'ordre. En Judée ce recrutement avait quelque chose de paradoxal. Les Juifs tenaient absolument au privilège que leur avait concédé Jules César, de n'être pas soumis à des levées de troupes : « Personne, magistrat, préteur ou légat, ne pourra lever sur le territoire juif des troupes auxiliaires (2) »,
Il en résultait donc que n'ayant plus de princes à eux en Judée, ils avaient cessé de faire partie de l'armée. C'était renoncer à se défendre eux-mêmes, se condamner à une infériorité notoire dans une région qu'ils n'étaient pas seuls à habiter : ainsi les chrétiens exempts du service militaire sous le régime des Turcs.
Où Rome pouvait-elle donc recruter ses auxiliaires? Parmi les Samaritains,' ces ennemis héréditaires des Juifs, et autres étrangers fixés en Judée.
Nous avons rencontré au temps des troubles après la mort d'Hérode un corps de Sébasténiens, infanterie et cavalerie, de trois mille hommes. Ce sont bien ceux-là qui reparaissent en kk ap. J.-C, sous le nom de Césaréens et de Sébasténiens (3), cinq cohortes (de cinq cents hommes) et une aile de cavalerie (aussi de cinq cents hommes), donc en tout trois mille hommes, et qui témoignèrent une joie indécente à la mort d' Agrippa, le regardant plutôt comme le roi des Juifs que le leur. Josèphe n'a pas tort de voir dans cette organisation étrange le germe de la guerre de l'insurrection. Cumanus lança contre les Juifs les cohortes Sébasténiennes, et distribua encore des armes aux Samaritains pour les combattre. Leur privilège les avait mis à la merci de leurs adversaires, et ils ne pouvaient compter que les Romains leur donneraient toujours raison. A la fin ils comprirent qu'ils devaient eux-mêmes lever une armée.
Il serait cependant étrange que les Romains n'aient eu d'autres troupes en Palestine que ces cohortes d'indigènes si peu sûres que Claude avait déjà voulu les éloigner, ce qui fut exécuté par Vespasien (4).
On est donc disposé d'avance à accueillir le renseignement que nous donnent les Actes de la présence à Césarée d'une cohorte italique (Act., X, 1}.
(1) C'est toujours dans ce sens que nous parlerons des cohortes; on nommait aussi cohorte une division de la légion.
(2) Ant., XIV, X, 6 xal ÔTtwç [AviSel;- [aVîte apxwv \j.r[XZ crTpaTYiybi; -1^ TrpsdgeyT^i; èv toÏç Ôpoi; tôv- /louSafwv àvtffTtf au|i,[xaxîav, d'après le texte préféré par Schûrer; Niese lit àvtdTdç x. t. >i
(3) Ant., XIX, IX, 2.
(4) Ant., XIX, IX, 2.
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2ÏS XI. 1LAÎBT>ÉE APRÈS fflÉB©DE,
ScMper regarde ce renseignement couïmenn reftet iégendair-e delà situation .postérieure, parce qu'une cohorte italique, composée de ■citoyens romains, n'aurait pu être placée sous l'autorité d'Agrippa de 41 à 44. Mais Luc parle de l'an 40. On a pu, dans la suite, mettre cette eohorte sous les ordres du gouverneur de Syrie, Sa présence en Syrie est en e^et attelée pour le premier siècle, et il n'y a pas lieu de contester qu'elle ait été un moment à Césarée (1). Le Procurateur n'avait pas d'autorité sur une légion, mais pourquoi n'aurait-il pas donné des ordres à une cohorte, même composée de citoyens romains, qui avaient préfiéré s'engager dans les troupes auxiliaires?
Ces troupes étaient réparties selon les nécessités du service d'ordre. La cohorte italique était h Césarée; Jérusalem avait aussi une cohorte ((rwelpoc)^ qui figure avec son tribun ou chilîarque dans le N. T., lors de l'arrestation de Jésus et lors de l'arrestation de Paul. (2). Josèphe lui donne le nom grec ordinairement réservé à la légion. €'est ainsi qu'il dit qu'il y avait toujours un tagma dans la forteresse Antonia qui dominait le temple au nord-ouest (3). Les escaliers dont il parle sont les degrés des Actes par où les soldats pënétraierit dans l'enceinte sacrée pour y rétablir l'ordre ou y faire une arrestation. L'ancien palais royal dominant à son tour la ville haute, était aussi défendu par une forte garnison. C'est de là que Sabinus avait bravé les efforts des insurgés, et ce fut toujours le principal point d'appui de la domination romaine. Il est vraisemlî)lable que de petits postes étaient <lisséminés dans le pays, pour prêter main forte 4 la poliee. On pouvait y employer les cavaliers dont la cohorte était inunie, et qu'il était facile de détacher en service commandé (4), avec ou sans fantassins..
Ce sont eneore les soldats qui servaient au gouverneur pour l'exécution des arrêts de mort. Ce point n'est pas sans heurter le sentiment moderne de l'honneur militaire qui répugne à faire le métier de bourreau, et l'on a soutenu que les évangélistes, en parlant des soldats qui ont crucifié
(1) Cichorius {Panly-Wissoiva, IV, îJ04) radmet volontiers et nomme cette cokorte Cohors II italica cimwn Romanorum Volunùariorum miîiaria. — Une inscription de Pannonie (à Oarauntum) parle d'un Proculus, fils de Rabil (nom nabatéen) de Pttiladelpliie (de Palestine) venu -de Syrie vers la fin de 69 ap. J.-C. avec sa vexillatio (Ta.c., Hist. ii, 83). ScMrer demande comment l'existence d'une cohorte italique en Syrie en l'an 69 prouve l'existence de cette cohorte à Césarée en l'an 40. — Elle ne la prouve pas assurément, mais si la présence de la cohorte à Césarée est attestée par un document digne de foi, il faut convenir que l'atteststimn d'un soldat de PhiladelpMe constitue un rapprochement très fort. Les inscriptions en parlant de la Syrie entendent-elles la Syrie au sens propre, distincte de la Palestine?
(2) /o., XVIH, 12-, cf. Mt.., xxvisi, 17; Jfc, xv, 16; Jo. xvin, 3^ et Act. xxi, 31.
(3) Bell. Y, V, 8 : « La tour communiquait avec deux {lortiques du Temple par deux «scaliers par où descendaient les gardes, car îl y avait toujours là un corps (iràyjjia) de troupes romaines. »
(4) Act., xxm, 23.