C. Sentiiis SaturninuSj 8-6 av. J.-C
D'abord Pompéien, ce noble Romain se mit du parti d'Octave, et l'aida dans la guerre contre Antoine. Consul en 19 av. J.-C, il fut presqu'aussitôt proconsul d'Afrique, comme on le déduit d'un texte de Tertullien {de Pallio I) et probablement de 17 à 9 av. J.-C.
De là il vint en Syrie en l'an 8 comme légat d'Auguste, avec ses trois fils [Ant., XVI, XI, 3) que Josèphe nomme légats, et qui sont probablement des comités du légat, soit dans le rôle de conseillers juridiques, soit comn\e tribuns militaires. Le procurator (3) était Volumnius, comme Josèphe le dit exactement (èttitpotîoç, BelL, I, xxvir, 2). Celui-ci a donc tort de parler ailleurs des gouverneurs de César ou de Syrie (ot Kafaapoç '/jYei^-ôvsç... ol Trjç Suptaç Y)Ye[;iv£ç [Ant., XVI, ïx, 1. 2; x, 8) comme s'il y avait eu deux légats de Syrie sur le mêm'e rang. Le terme vague de y^y^I^-wv lui permet de ranger sous Ja même rubrique le légat et le procurateur.
C'est à Sentius Saturnimis qu'Hérode s'adressa pour obtenir l'autorisation de mettre un- terme aux chicanes de Syllaios, vizir d'Obodas, roi des Nabatéens, qui allaient jusqu'au brigandage. Le légat se montra complaisant, mais Hérode alla si loin qu'Auguste lui écrivit dans les termes les . plus durs- Il eût été du devoir de Sentius d'excuser Hérode, puisqu'il l'avait couvert par soii autorisation. Nous ne voyons pas qu'il l'ait fait, car le Volumnius chargé d'une lettre d'Hérode pour Auguste n'est pas son procurateur, mais un tribun militaire attaché à Hérode (4) et cette
(1) Prosop. III, 328 s.
(2) PA.ULY-W1SSOWA, 11° série, A, c. 1511-1526 article très remarquable de Groag.
(3) Bleckraann {Klio, XVII (1921) p. 111) l'entend «procurateur d'Hérode », et c'est pour cela qu'il se serait montré plus sévère que les Romains en votant la mort.
(4) i4n^,XVI, X, 7, contre Groag,, l. l. c. 1517.
lettre était un réquisitoire contre les fils de Mariamnie qu'il ne devait remettre à l'empereur que s'il le trouvait dans de bonnes dispositions. Ce fut le cas, grâce au plaidoyer de Nicolas de Damas.
Se sentant désormais en meilleurs termes avec l'empereur, Hérode demanda qu'il lui permît de condamner à mort les deux fils de Mariamnie* Par son ordre de traiter l'afiaire en s'adjoig-nant les fonctionnaires impériaux, et à Béryte, colonie romaine, Auguste faisait éprouver à Hérode sa dépendance. Sentius Saturninus opina pour une condamnation, mais non pas à la peine capitale; Volumnius et la majorité votèrent la mort. Le légat n'imposa pas sa volonté et Hérode fit exécuter ses fî!s.
Lors du complot de Korinthos {ÀnL, XVII, ni, 2; BelL, 1, xxix, 3),. Hérode n'osa faire justice lui-même, et Sentius Saturninus, prévenu par lui, crut devoir envoyer l'inculpé à Rome. Celui-ci était arabe d'origine; peut-être avait-il acquis la qualité de citoyen romain.
On sait que Tertullien a attribué à Sentius Saturninus le recensement qui eut lieu lors de la naissance du Sauveur : Sed et census constat actos sub Auçiusto tune in ludaea per Sentium Saturninum, apud quos genus eius (du Christ) inqinrere potuissent {udv. Mareionem, IV, 19}. Il est très difficile de placer la naissance de Jésus à une date aussi haute. Cependant, comme Fa noté M. Groag (1), Tertullien n'a pas parlé en Tair. Gomme Auguste a fait le recensement des citoyens romains dans tout l'empire de l'an 10 à 8 (2), au moment où Sentius arrivait en Orient, il est très probable qu'il aura été chargé de l'exécuter non seulement en Syrie, mais aussi dans les pays dépendants de sa province. Tertullien a pu croire que ce recensement embrassait tous les habitants de ces pays,
P. Quintilius Varus 6-4 av. J.-C.
La fia de la légation de Sentius Saturninus ne peut être reculée au delà du début de l'an 6 av. J.-C, carPubliiis Quintilius (ou Quinctilius) Varus était légat de Syrie au plus tard en l'an 6, avant l'automne, comme le prouvent ses monnaies dont les premières sont datées de l'an 25 de l'ère actiaque (2 sept. 31). Les dernières monnaies connues sont de l'an 27. •Mais on sait par Josèphe qu'il fut gouverneur de Syrie assez longtemps après la mort d'Hérode poup réprimer les troubles {Ant.j XVII, ix, 3; X, 1.9; xï, 1), c'est-à-dire au moins jusqu'à l'automne de'l'an 4 av. J.^C, Il le fit avec décision, et si le chiffre de deux mille crucifiés donné par Josèphe est exact, avec une extrême dureté. Velleius Paterculus^le regarde
(2) Monum. Ancyr., II, 5; Dion, LIV, 35, 1.
cbmme pillard (1) : Verus... pecunîae vero quamnoncontemptor, Syriâ Cui praefuerat declaravity quam paitper divitem ingressus dives pauperem reliquit.
On peut supposer qu'il fut légat de Syrie après l'an 4, car il ne fut nommé Lég. pr, pr. de Germanie que l'an 6 ap. J.-C. Il se tua lors du désastre de la forêt de Teutobourg qui infligea une si cuisante humiliation aux armes romaines.
P. Sulpicius Quirinius (?) 3-2 av. J.-G. (2).
Une conjecture de Mommsen, généralement adoptée, place ici une première légation de ce personnage, qui fut légat de Syrie depuis 6/7 ap. J.-G. P. Sulpicius Quirinius est célèbre à cause du recensement de Luc, ii, 2. Il n'appartenait pas à l'ancienne famille des Sulpicii, et était né au municipe de Lanuvium. A propos de sa mort en l'an 21, Tacite dit de lui (3) : impiger militiae et acribus ministeriis consulatum sub divo Aiiguslo, mox expugnatis per Ciliciàm Homonadensium castellis insignia triumphi adeptus, datusqiierector G. Caesari Armeniam obtinenti. Tiberiiim quoqiie Rhodi agentem coluerat. Tacite qui le méprise (III, xxii, xxiii) ne parle pas de ces premières campagnes. Consul en 12 av. J.-G., il avait combattu en Afrique les tribus des Marmarides et des Garamantes (Florus, II, 31) et Mommsen a pensé que c'était en qualité de Proconsul de la Grète et de la Gyrénaïque. Vient ensuite sa campagne contre les Homonadiens, qui lui valut les honneurs du triomphe, et c'est après cette campagne qu'Auguste le nomma conseiller ou rector, presque tuteur, de son petit fils Gains Gésar, qu'il envoyait en Orient avec les pouvoirs les plus étendus, en l'an 1 av. J.-G.
Mommsen a conjecturé que Quirinius avait fait sa campagne contre les montagnards de la Gilicie comme légat de Syrie. S'il eût été alors proconsul d'Asie, il n'aurait pas eu de troupes à sa disposition. Les autres provinces voisines de Pamphylie, de Galatie et de Gilicie, étaient prétoriennes et un consulaire n'aurait pu les gouverner sans déroger.
La raison n'est cependant pas démonstrative. Si Quirinius a pu conduire des troupes contre les Garamantes comme proconsul de Grète et de Gyrénaïque, pourquoi Auguste ne lui aurait-il pas confié des troupes çpipruntées aux" provinces voisines pour réduire les Homonadiens ?
Quirinius n'avait pas omis de rendre ses hommages à Tibère, alors à Rhodes dans un demi exil, probablement en allant remplir auprès de
(i) II, 117, 2 cité par Schiirer.
(2) Prosop.^ m, 287 ss.
(3) Anti., III, xM'Hi.
G. César cette mission de si fâcheux augure pour Tibère. Nous le retrouvons ensuite légat de Syrie en l'an 6/7,
La conjeclure de Mommsen ne s'impose donc pas. Elle a paru cependant confirmée par la célèbre inscription de Tibur que nous donnons avec ses restitutions certaines :
[r] egem, qua redacta in pot[estatem divi]
Augusti popîdique Roinani senahi[s dis immortalibus]
supplicationes binas oh res prosp[ere ah eo gestas et']
ipsi ornamenta triumph[alia decrevit]
pro consul. Asiam provinciam op[tînuit legatus pr. pr,]
divi Augusti [i]tenim Syriam et Ph[oenicem optinuii].
Mommsen considérant comme presque certain d'après sa conjecture que Quirinius avait été deux fois légat de Syrie, ne pouvait hésiter à lui attribuer cette inscription, d'autant que le fait d'une double légation dans une même province ne se présenta peut être que dans ce cas. A cette opinion, devenue générale, quoique Schurer l'ait présentée comme douteuse, M. Groag, professeur d'histoire romaine à Vienne, a opposé des raisons dont quelques-unes sont très fortes (1).
D'après Mommsen, obligé d'expliquer les insignes du triomphe par la campagne contre les montagnards Giliciens, le roi du début de l'inscription serait Amyntas de Galatie en metttant en tête : hélium gessit cum g ente homonadensium quae interfecerat Amyntam regem, etc.
M. Groag objecte que le roi Amyntas a été tué par ces barbares en l'an 25 av. J.-G. (2). Les Romains n'auraient pas fait la guerre pour venger ce prince, surtout si tard. — Cependant Strabon établit une connexion entre les deux faits. Amyntas avait d'abord conquis les Homonadiens, mais avait été pris par ruse et tué. Strabon (3) : xai tcïïtov [yiv IxEiVoi BilçGeipav (c'est-à-dire Amyntas), ey-sivouç Se (les Homonadiens) Kopt'vioç £^£7:ôp6vj(7S }vi[j.à) xal TSTpajctcr^^tXiouç à'vâpaç elwypvjffe %oîi (7UVW3tiaev elç Taç £YY''^? TcôXeiç, tï]V os yj^çiot,^ octccXitcsv ep'/jj^.ov -cwv ev àxi^^YJ. D'ailleurs, puisque Strabon parle d'un tyran de ces peuples, l'inscription a pu lui donner le titre de roi. L'inscription disait peut-être tout ce qu'avait fait Quirinius dans le pays et finalement qu'il avait tué le roi, ce qui détruit complètement l'objection de M. Groag.
Ce savant ajoute que l'inscription aurait dû parler après cette guerre de la mission de Quirinius, cornes et rector du jeune G. César, r— Mais cela paraissait peut-être imprudent sous Tibère. L'empereur se plut à relever
(1) Dans les Jahreshefte des Ôsterreichischen archâologischen Insiitutes in Wien, Band XXI-XXII (1924), II" Teil, c. 445-478.
(2) Réduction de la Galalie en province romaine en 729 de Rome, d'après Dion^ LUI, 26, 3.