LXI, 8SS
(2) XUX, 2 SS.
(3). Cette pens€e> êtirange est claite d'après ce context«'. L'esprit des morts; ne servirait à rien, à l'Élu durant sa viej mais il lui est nécessaire pour connaître lès pensées secrètes des morts et les juger : il lit dans leur âme comme dans la sienne.
(4)' Lxij 1:0. Le Seigneur des esprite est procliamé saint-: « Et elle (lé) proclamera toute Fàrmée des cieux, et tous les saints en haut, et l'armée du Seigneur dé l'Univers, lés ehérubins,Jes Séraphins, les Ophanim, tous les anges de puissance et tous les anges des prinGipautéa, etl'lÊI'u, et les autres puissances, qui sont sur FaridC' et stu» l'feau ».
(5) On trouve en éthiopien : ivalda 'egualê. emma'-h.eymo. « fils û'& la. mère de la vie », équivalent de ô u!bç toû àvôptonou, 8 passages dans lxii-lxxi; ivalda sabe' (xlvi, 2-4; xeviii, 2)
lE IIVRE BES PARABOLES D^HÉNOCH. 247
xtvi, i. Là je vis qiielqu'an qui avait une (c tête de joars », et sa ;tête était comme de la laine blanclie, et avec lui un autre dont la figure avait l'apparence d'un homme,, et sa figure était pleine de grâce, comme un des anges saints. 2. J'interrogeai l'ange qui marcliait avec moi, et qui me faisait connaître tous les secrets au sujet de ce Fils de rtiomme: « Qui est-il, et d'où vient-il; pourquoi marche-t-îl ayec la Tête des jours? ». 3. Il me répondit et me dit : « C'est le Fils de l'homme, qui possède la justice et avec lequel la justice habite, qui /révélera tous les trésors des secrets^ parce que le Seigneur des esprits l'a choisi, et son sort a vaincu par le droit devant le Seigneur des es|)rits jpour l'éternité. 4. Le Fils de l'homme que tu as vu fera lever les rois et les puissants de leurs couches, et les forts de leurs sièges, et il brisera les dents des pécheurs ; 5. et il renversera les rois de leurs trônes et de leur pouvoir, parce qu'ils ne l'ont pas exalté ;et qu'ils lïe l'ont pas glorifié et qu'ils n'ont pas confessé humblement d'où leur avait été 'donnée la royauté.
XLViir, 2. Après la mention d'une source de justice :
2. Et à ce moment, ce Fils de l'homme fut nommé auprès du Seigaear des esprits, et son nom (fut nommé) devant la « Tète des jours ». 3. Et avant que le soleil et les signes fussent créés, avant que les étoiles du ciel fussent faites, son nom fut nommé devant le Seigneur des esprits. 4. Il sera un bâton pour les justes, afin qu'ils puissent s'appuyer sur lui et rie pas tomber; il sera la lumière des peuples, et il sera l'espérance de ceux qui soilffrent dans leur cœur. S. Tous ceux qui habitent sur faride se proaterneront et l'adoreront; et ils béniront et ils glorilieront le Seigneur des esprits.
Gressmann a fort bien noté que le Fils de l'homme est une individualité' distincte, dans la fleur de la jeunesse, mais il prétend, non sans paradoxe, que la vision a une autre source que Daniel. Messel a reconnu l'origine daniéïiqué (1), mais en a conclu, en dépit des précisions du texte, que le Fils de l'homme représente Israël. La vérité est que l'addition a développé dans le sens d'une grande personnalité le Fils de l'homme de Daniel, qui d'ailleurs s'y prêtait, puisque le Fils de l'homme, comme les Têtes symboliques, représentait le chef d'un royaiume qm est cette fois le royaume de .Dieu, plutôt que les citoyens du royaume (2).
On ne saurait donc élever aucune objection de principe contre l'hypothèse d'un interpolateur qui aurait rendu plus explicite la conception de Daniel. On peut seulement objecter que si un chrétien avait fait ce développement, il aurait donné plus de place à la vie terrestre du Sauveur, et c'est pour cela^ avons-nous dit, que la critique n'admet pas aujourd'hui l'origine chrétienne de tout le livre des Paraboles. Cependant la situation d'un interpolateur n'est pas la même que celle d'un auteur.
Un interpolateur qui a du tact doit tenir compte du caractère du livre
filius hominis; walda be'esi (lxii, 5; lxix, 29; lxxi, 14), fiHus viri et encore walda be'esit, « fiîs de la femme ». Maïs on ire saurait insister sur ces modalités pour découvrir des sens différents.
(1) Da7i., VII, 9-27,
(2) Voir plus haut, p. 66 s.
qu'il entreprend de compléter. Tout le plan des Paraboles était sur le thème du jugement et des suites du jugement. Un interpolateur chrétien devait donc insérer avec discrétion ce qu'il fa.llait dire pour que Jésus- Christ, le Fils de l'homme, fût reconnu dans cet Élu juge des vivants et des morts.
Nous disons un chrétien plutôt qu'un juif. En effet Gressmann a insisté avec raison sur ce que le mot de Fils de l'homme, qui à l'origine signifiait seulement un homme, fils de l'homme et de la femme, est en soi tout à fait insuffisant pour caractériser un homme aussi extraordinaire, aussi élevé au-dessus du commun que le Roi-Messie (1). Dans Daniel le terme avait une noblesse incontestable, par oppositioii aux autres souverains comparés à des animaux. Mais si l'on isolait 1' « Homme » du contexte daniélique, rien ne Te prédestinait à un rôle dépassant l'humanité. Le cas d'un chrétien était différent. Jésus avait adopté cette expression pour accentuer la bassesse dé sa nature humaine et l'avait ensuite rapprochée de la visipn de Daniel : désormais elle était dans sa personne synonyme du Messie qu'il était. Dès lors on pouvait le mettre à côté de l'Élu dans un rôle transcendant. En fait d'ailleurs, sa personne est à la fois beaucoup plus sublime, et cependant assujettie à un office terrestre; c'est donc bien celle que les chrétiens adoraient en Jésus-Christ, esquissée cependant en des traits qui ne le rendaient pas trop disparate dans le livre d'un voyant de l'ancienne alliance.
Relevons donc les traits du Fils de l'homme, surtout ceux qui le distinguent de l'Élu : ils ne se touchent que dans la fonction de Juge.
Le Fils de l'homme a une véritable préexistence, puisqu'il existait avant la création (2):
3. Et avant que le soleil et les signes fussent créés, avant que les étoiles du ciel fussent faites, son nom fut nommé devant le Seigneur des esprits.
L'interpolateur a mis le Seigneur des esprits, pour qu'il n'y ait pas de doute sur l'identité de la Tête des jours (3) avec Dieu. Ce passage est même plus explicite que celui de Proverbes (vin, 24-31), qui donna- tant à faire aux Pères grecs, surtout d'après la Version des Septante, car ils tenaient à maintenir l'éternité du Fils. Comme l'a très bien vu Martin, « être nommé d'un nom », signifie « exister », comme le prouve l'usage constant des Assyriens.
Le Seigneur l'a donc « élu », ce qui le rapproche de l'Élu et « caché
(1) L. l., p. 375, à vrai dire c'est pour lui trouver un litre de noblesse dans une tradition sur l'Homme en soi dont il n'y a ici aucun indice.
(2) xLviii, 3.
(3) Les deux noms sont juxtaposés dans le v. 2.
LE LIVRE DES PARABOLES d'hBNOCH» 249
devant lui avant la création du monde et pour l'éternité (1) ». Qu'il ait été caché et gardé devant Dieu, puis révélé au moment où se forme la société des élus (2), c'est un trait que nous avons trouvé dans l'Élu, mais sans aucune allusion à cette préexistence absolue dans aucun texte (3).
De plus, et c'est là son trait distinctif, il a eu une destinée qu'on ne peut entendre que comme une existence sur la terre
Le premier passage est déjà caractéristique, en tenant compte du titre même de Fils de l'homme (4) :
a) « C'est le fils de l'homme qui possède la justice et avec lequel la justice habite ». Cette justice n'est pas la justice vindicative de Dieu; il n'est même pas dit qu'elle ait été donnée au Fils, il la possède, non pour en user dans le grand acte du jugement, mais à l'état stable. Elle habite en lui. — Jésus apparut aux disciples comme le juste {Act., m, 14; XXII, 14; / Pet. m, 16), et la justice habitera dans ceux qui espèrent en lui {H Pet. m, 13).
b) « Il révélera tous les trésors des secrets », comme a fait Jésus en révélant les mystères cachés {Mt., xiii, 10, 34).
c) « Parce que le Seigneur des esprits Ta choisi », trait qui le rapproche de l'Élu, mais aussi de Jésus {Le, ix, 35).
d) « Son sort a vaincu par le droit devant le Seigneur des Esprits pour l'éternité », ce qui suppose un procès engagé contre le Fils de l'homme, et dont il est sorti vainqueur, comme le Christ (Jo. xvi, 8 ss. 33).
Le second texte est encore plus net dans le sens d'une carrière terrestre (5):
« a) « Il i^era un bâton pour les justes », sans doute au cours de leur pèlerinage, par la confiance qu'ils auront en lui, comme les chrétiens en Jésus, quoique la métaphore du bâton ne se trouve pas dans le Nouveau Testament.
b) « il sera la lumière des peuples », comme Isaïe l'avait prédit (xlix, 6) et comme Siméon le dit de Jésus {Le, ii, 32), qui le dit de lui-même {Jo., VIII, 12).
c) « l'espérance de ceux qui souffrent dans leur cœur », pour encourager sur la terre les justes qui y ont à souffrir, comme l'avait dit encore Isaïe (lxi, 1-2), et ce que Jésus s'était appliqué {Le. iv, 18). Ce sont des traits légers; on dirait que l'interpolateur, avec beaucoup de tact, s'est arrêté à ceux qui étaient dans l'Ancien Testament et que le Nouveau avait retenus.