XLVIII
(2) LXli, 7 s.
(3) L'Élu est nommé une quinzaine de fois.
(4) Au V. 1 : « sa figure était pleine de grdce, comme un des Anges saints », exclut plutôt qu'il ne suppose la nature angélique, cf. Act., vi, 15, de s. Jitienne.
(5) XLVIU, 4.
2SSI' Xlf. TA VICTOIRE DiET DIBtr ATTENDITE.
Le peste de l'cBUvre d'u Fils de l'homme papalt être rêsepvé au temps-^ où il aura vamcu, lorsque, de même que l'Élu, il sera révélé au jour dm jugement et charge de juger. €'est alors qu'il fera lever les rois de leurs coucîies, les renversera de leurs trônes, ete. Il y a cependant une sorte de pérrode intermédiaire, dans laquelle il sera révélé aux saints et aux. justes (1) :
La sagesse du. Seigneur des esprits l'a révélé aux saints et aux justes, car il a consecvéla. part des justes parce qu'ils ont haï et méprisé ce monde d'injlistîce et qulls en ont. haï toute l'œuvre et les voies au nom du Seigneur des esprits ;^ car c'est par son nom (2) qu'ils seront sauvés, et il sera le vengeur de leur vie.
un reconnaît la situation des chrétiens qui méprisent le monde et: acquièrent un trésor dans le ciel, la part que le Fils de l'homme leurconserve.
C'est en son nom qu'ils seront sauvés, comme l'admettent Martin,, Béeret Charles qui citent sans sourciller cette expression de la foi chrétienne dans l'évangile, dans les Actes et dans saint JPaul (3),
Après un long silence dans les Paraboles, le nom du Fils de l'homme reparaît, et pour ces derniers endroits, Messel n'hésite pas à les regardercomme des interpolations chrétiennes.
Au ch. LXiiy après que le Seigneur des esprits s'est assis sur le trône de sa gloire (v. 2), on lit au v* 5 que les réprouvés « verront ce Fils de l'homme assis sur le trône de sa gloire ». Cela est inconciliable.. Dillmann a proposé de lire au premier endroit : « il le fit asseoir. » Mais il s'agis-^ sait de l'Élu qui ne méritait pas tant d'honneur. Le second endroit est donc une interpolation : on. a mis le Fils de l'homme sur le trône de sa. gloire pour juger, comme dans M^- xix, 28 (cf.. ML xxv, 31 ; x,, 33).
Au V. 7 : « Car devant lui (Dieu) est caché le Fils de l'homme, et ce Très- Haut l'a gardé devant sa puissance,, et l'a révélé aux élus ». Le Fils de l'homme sans la Tête des jours et sans le Seigneur des esprits, avec le Très-Haut, est justement suspect d'interpolation.
Au V.. 9 « Tous les rois, et les puissants.... espéreront en ce Fils deritomme,, et ils le supplieront et lui demanderont miséricorde. » — Ilnesemble pas qu'un Juif ait pu dire cela d'un autre que de Dieu, mais c'est; bien l'attitude de ceux qui sont à gauche dans la scène du jugement de Ml., XXV,. 44. Aussi au v. 10„ c'est le Seigneur des esprits qui reprend sesdroits, comme si le v. 9 n'avait parlé que de lui, et qui chasse les. réprouvés.
(1) XLVint, 7. ■
(2) Le nom du Fils évidemment, car c'est lui qui est le vengeur, le GoëL
(3) Mt. I, 21; Âct. IV, 12; / Cor. vi, 11.
EE EIVRE DES PARABOLES d'hÔNOGH. 2^
Etifin au' V. t* : « Et îe S'eignear ëe^ esprits èemeure^ra amp ewL », trouve sa suite au v. 15 : « Et les justes et les élus se lèveront à& terre », tandis que la seco^nde partie duv. 14 l'es montre déjà instalMsi: a et avec ce Fils âe l'homme ils man-geront, ilsse coucberontetse lèveroïDEt pofurle» sïêcres des siècles' ». M. Miartin' ciffe; très à propos Le, xxii, 29-30, ©lèle- Fils dfe Fliomme nommé- au v. 22^ prononce : « et moi |e dispose en votre faveur... afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table d'an» mon.' royaume »., — L'interpolatiQn. est donc signalée comme. ajjoutée au. texte, et son caractère cbrétien est iQicontestaible.,
Au ch. LXTiT, c'est le Seigneur des esprits qui juge, entouré de ses anges, et c'est à se demander si ce morceau faisait partie des Paraboles, . puisque l'Élu en est absent. Les puissants et les rois confessent leurs péchés devant le Seigneur, ils se désolent et prennent à témoin les anges au V. 10. La conclusion est fournie au v. 12 par le Seigneur des esprits. Le V. 11 est donc une iaterpolation : « Et après cela leur face sera remplie d'obscurité et dé confusion devant ce Fils de l'homme (1) et ils seront chassés dé devant sa face, et le glaive demeurera devant sa face au milieu d'eux » (2). Ce verset suspect d'interpolation (3) dit du Fîl's de l'homme ce qui était dit déjà du Seigneur dés esprits (lxii, 10). C'est l'œuvre d'un chrétien plutM que; d'un juif.
Au ch. LXBX, les, vv. 2.6-2a terminent la troisième; parabole. «; Nous revenons: », dit Martin,. « au véritable thèmie; des paraboles..., Maisi à, quelle partie du Livre, des. Pmaboies; faUifc.-il rattacber ce fragment?.,.». Serait-ce au txi ou à un chapitre, quenousine possédons? plus? » — Autant dire; que: ce passage, est interpolé,, ou plutôt c'est la scène- du jsUigement qui revient une dernièiie fois; :;
26. M ils ont ressenti une. grande joie,, et ils ont héni et loué et exalté (le Seigneur)' parce que leur avait été" révèle le nom de ce Fils de Ftiomme (4). 27'. Il' s"est assis sur le trône de sa gloire/ et ïa somme d'u jugement ai éïé donnée aui FHs de Fliomme-, et il éloignera et il détruira les pécheurs... 28. Ils seront attachés avec des; chaînes.... 20* Et dès Ifors il n'y aurai rie»! dé; c.orajptihle^ car- ce^ Fils de l'homme; a apparu et s'est assis, sur la trône; de. sai gloire,, et tout mal s'éloignei^a et. s.' en. ira, de devant, sa^face,;, mais la. parole, de ce Fils, de Uhamme. restera devant le Seigneur des, esprits.
C'est donc bien la scène du jugement parle Fils de Fhomme du Nouveau Testament sur son trône de gloire {Mt. xxv, 31-46)', avec la raison dt^nnée par Jean (v, 22)., « Le Pèrene juge personne, mais il a remis au
(1); Me. Yili,, 38.
(2|C£ Ap.i, m.
(3) Même à Bousset.
(4) Cf. Lxn, T. La révélation dU' nom du Fil!» de TMomnie est' un trait particulier : cf. Mt. xxiv,, 30 : « alors apparaîtra le signe du Fils de l'Homme dans le ciel. «
Fils le jugement tout entier », et là valeur étemelle de la parole du Fils: (Me, XIII, 31).
Le problème des chapitres Lxx et lxxi est particulièrement délicat. Il était assez indiqué de terminer le livre des paraboles par l'ascension définitive du voyant. Comme il disparaissait à jamais de la terre, on pouvait seulement conjecturer ce qui s'était passé. Gela est raconté à la troisième personne dans lxx, 1-2, auquel on peut ajouter lxxi, 17 (1).
1. Il arriva ensuite que son nom (d'Hénoch) fut élevé, de son vivant, auprès de ce Fils de riiomme et auprès du Seigneur des esprits, loin de ceux qui habitent sur l'aride. . Il fut élevé sur le char du vent, et le nom (d'Hénoch) disparut du milieu d'eux. — ixxi, 17 : Et il se passera ainsi de longs jours avec ce Fils de l'homme, et la paix sera aux justes, et la voie droite aux justes, au nom du Seigneur des esprits pour les siècles des siècles.
On estimera avec Messel que ce morceau est d'origine chrétienne. Les Juifs n'ont jamais écrit que la vie du ciel se passerait avec le Messie et avec Dieu. La pensée est chrétienne; cf. II Cor. v, 8; Phil. i, 23. Il est vrai que l'enlèvement d'Hénoch eut lieu au commencement du monde, mais le Fils de l'homme préexistait d'après notre interpolateur, comme Fils de Dieu, selon des termes plus exacts.
Le reste (c'est-à-dire lxx, 3-lxxi, 16), ne doit pas être divisé en deux visions : c'est l'ascension d'Hénoch en trois échelons. Il arrive d'abord dans une région intermédiaire, séjour des premiers pères, c'est-à-dire au Paradis (lxx, 3-4) ; puis il monte au ciel (lxxi, 1-4); enfin il arrive au ciel des cieux dans la demeure où Dieu lui-même réside au milieu de ses anges (lxxi, 5-16). Seulement ce qu'il y a d'étrange, c'est qu'Hénoch raconte lui-même cette vision en parlant à la première personne, et pourtant l'ascension paraît bien définitive; en tout cas rien n'indique qu'Hénoch soit redescendu. Qui aurait pu l'entendre? Il y a donc là une addition, pour laquelle l'interpolateur a employé sans réflexion le style des visions.
Autre contradiction. Tandis que jusque là Hénoch voyait au ciel le Fils de l'homme, il est lui-même le Fils de l'homme, déclaré tel par la Tête des jours. Cela est tellement absurde par rapport à ce qui précède, que Charles l'a évité en changeant le texte ; mais on ne saurait admettre un procédé aussi arbitraire (2).
(1) Ce verset ne peut absolument pas se rattacher à ce qui précède : Hénoch devenu le Fils <Ie l'homme ne peut vivre avec le Fils de l'homme.
(2) Charles suppose une lacune: Hénoch demande à la Tête des jours quel est le personnage qui apparaît. Elle répond que c'est le Fils de l'homme, et tous les pronoms qui s'adressent à Hénoch à la seconde personne sont changés en pronoms de la troisième personne, désignant le Fils de l'homme. Mais, outre l'arbitraire, la Tête des Jours ne saurait déchoir au rang d'ange interprèle (ce qu'ont évité certains mss. qui mettent un ange). Si elle se dérange, ce qui est déjà inouï, c'est pour constituer Hénoch Fils de l'homme.
LE LIVRE DES PARABOLES d'dÉNOCH. 2535
Il faut donc se résoudre à prendre le texte tel qu'il est (1) :
10. Et avec eux (les anges) (était) la Tête des jours; sa tète était blanche et pure comme la laine, ainsi que ses vêtements qui étaient indescriptibles. 11. Je tombai sur ma face et mon corps fondit, et mon âme fut changée... et je bénis... 12. Et ces bénédictions qui sortirent de ma bouche furent (trouvées) agréables devant cette tête desjours... 13. Et cette tête des jours vint avec Michaël... 14. Etoile vint à moi, et elle me salua de la voix et me dit : « Toi, tu es le fils de l'homme (2) qui a été engendré pour la justice, et la justice demeure sur toi, et la justice de la Tête des jours ne t'abandonnera plus etc.
Si une fois on a reconnu le caractère adventice de cette ascension définitive racontée à la première personne, on ne sera pas porté à voir dans le titre de fils de l'homme donné à Hénoch l'indice d'une véritable Incarnation du Fils de l'homme-Messie, mais plutôt l'ascension d'un homme dans la sphère divine. Hénoch est un patriarche; il est donc paressence un fils de l'homme, il n'a pas à le devenir, si ce n'est pas une assimilation au vrai Fils de l'homme. Son ascension avait pour terme d'être assimilé au vrai Fils de l'homme.
Comment un juif aurait-il pu concevoir ainsi le personnage d'Hénoch? Toute cette fiction suppose une connaissance très répandue du Fils de l'homme comme chef des élus, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Et de la part des Rabbins, ce ne fut pas seulement le silence, mais un dessein arrêté de ravaler avec mépris le terme de fils de l'homme.
Le troisième livre d'Hénoch nous paraît faire ici pleine lumière. Hénoch est le Métatron, l'ange, le prince de la présence, le prince du Très-Haut, etc. Mais les anges lui reprochent d'avoir révélé les secrets du ciel « à un fils d'homme, né de la femme, souillé et impur, un homme issu d'une goutte^ pourrie » (4)...
Il s'excuse parce que Dieu lui a donné autorité. Mais comment, après cela, aurait-il reçu en manière de titre d'honneur le nom de Fils de l'homme? Il y a là plutôt une dépréciation voulue de ce nom. Les Rabbins se sont bien gardés d'insister sur l'homme ou le fils de l'homme de Daniel. Nous avons cité déjà (5) l'affirmation si énergique de R. Abbahou : « Si un homme te dit : Je suis Dieu ! il ment. [S'il dit] : Je suis Fils de l'homme f à la fin il s'en repentira. [S'il dit] : Je monte au ciel! il le dira mais ne Je fera pas ».
Gomment aurail-ou imaginé chez les Juifs que la suprême récompense d'un homme était d'être reconnu semblable à un Fils de l'homme?