III. — Le Messie
Le Messie, fils de David, le futur roi d'Israël^ n'avait pas de place dans le livre des Paraboles sous son nom propre de Messie ou Oint : i'Èlu le remplaçait. De même que TÊlu fut complété par leFils de l'homme, aux temps chrétiens on ajouta deux fois le Messie. ^
Dans XL VIII, 10, quand les rois et les puissants tomberont, il n'y aura personne pour les relever «parce qu'ils ont renié le Seigneur des esprits et son Messie », — où le Messie est une interpolation chrétienne, comme on en convient, était mis sur le même rang que Dieu. Ordinairement la négation ne porte que contre le Seigneur des esprits (â).
Le cas de lu, 4 est plus difficile. A une question posée sur les montagnes des métaux il y a deux réponses, faites par deux anges. La deuxième est dans l'esprit du livre : les métaux se fondront en présence de l'Élu. La première : « Tout ce que tu as vu servira au pouvoir (oxi ^ sera au pouvoir) de son Messie pour qu'il soit fort et puissant sur la terre », est donc une addition. On ne peut guère supposer qu'un Juif soit intervenu, méconnaissant le caractère du livre, pour faire une part, si petite qu'elle fût, au Messie selon Tidèal des Psaumes de Salomon, c'est donc plutôt un chrétien qui ne pouvant se passer du Messie qu'il confessait l'a introduit comma un roi puissant, régnant déjà en droit en attendant qu'il manifeste sa gloire. Si des chrétiens ont ajouté le Messie, n'ont-ils pas pu aussi doubler FÉlu par le Fils de l'homme?
(1) AcL, VII, 55.
(2) XXXVIII, 2 ; XLI, 2 ; XLV, 1 S. ; XLVl, 7.
LE LIVRE DES /PARABOLES d'hÉNOCE, ââS
B. l'esprit et la date du livre des paraboles.
Si rànalyse que nous avons tentée est exacte, l'esprit et la date des ^Paraboles doivent être conclus seulement de la masse primitiT'e, s»ns 'teniï' compte des additions chrétiennes.
Il reste ainsi un fonds solide, qui a sa physionomie propre. Les Paraboles sont beaucoup moins riches que l'Assomption de Moïse en ;atfe- •sions historiques, ou plutôt elles n'en contiennent pas du tout. LeuT moment est celui où. le monde est jug^é, à rapparition de l'Élu : son existence dans le ciel parmi les anciens élus n'est point un thème d'histoire. Cependant elles paraissent bien refléter les mêmes tendances et être de la même époque. On dirait volontiers quelles complètent l'Âssomptioai, en s'é tendant sur la personne du Sauveur et sur les destinées qui suivent le jugement. Le point de départ du salut est le mêm«, au moment ou tont est désespéré, oiî l'oa ne songe plus — du moins dans un certain «ercle — au salut temporel d'Israël, à sa prospérité sous un roi Messie, mais seulement à la revanche des saints sur leurs oppresseurs par l'intervention éclatante de Dieu révélant l'Élu, roi du siècle futur, oiî Israël est naturellement au premier pian.
Quels sont ces oppresseurs? Tous les critiques sont d'accord que l'auteur met en scène les rois et les puissants. Assurément ils sont pécheurs, mais l'opposition littéraire n'est pas entre les pécheurs et les justes; la malédiction s'attaque constamment (1) et presque exclusivement^ aux souverains et auX;grandSj dominateurs injustes, pécheurs par conséquent, mais «urtout des tyrans, dressés contre le Seigneur qui triomphera d'eux et délivrera ceux qu'ils ont opprimés qui ne peuvent être que le fidèle Jisraël.
Qui sont ces rois et ces puissants? G'esiici que les critiques se divisent. :Le plus grand nombre, Béer, Charles, Martin, etc., y voient les Asmo- ^éens et les Sadducéens : le livre des Paraboles serait un manifeste des Pharisiens contre Alexandre Jannée et ses partisans. D'autres, comme 'Schûrer et tout récemment M. Messel, se prononcent pour une époque plus basse, au plus tôt après l'an 40 av. J.-C, et même après l'annexion romaine. C'est ropinibn que nous avons soutenue (2) et qui nous parait toujours de beaucoup la plus probable. Il y a d'abord l'allusion aux Parthes (3). Assurément, aussitôt que cette puissance a apparu en Orient, on a pu être tenté de la faire figurer parmi les derniers ennemis du peuple de Dieu, au lieu de Gog et Magog, amenés par Ézéchiel
(1) XXXVm, 4-5; XLVi, 7-8; XLYIII, 8-10; LUI, 5; LIV, 2; LV, 4; LXII, 1. 3. 6. 9-11; LXIII, 1-12.
(2) Le Messianisme..,^ p. 88.