‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 120 sur 198 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

(xxxviii S.). Cependant rien ne rendait probable celte éventualité avant la prise de Jérusalem par les Parthes au temps d'Antigone (1) : ce fut à ce moment que les Parthes entrèrent dans l'horizon d'Israël, comme une puissance comparable à celle des anciens Mèdes.

Mais ce qui nous frappe le plus, outre la désespérance qui n'atteignait pas encore les Pharisiens après la mort de Pompée, ce sont les reproches d'impiété adressés aux rois. Il est dit constamment qu'ils ont renié le nom du Seigneur des esprits (2). Ce trait ne saurait s'appliquer aux Asmônéens à moins de supposer une apostasie dont l'histoire n'a pas conservé la moindre trace. « Renier », dit-on, suppose précisément une apostasie, les rois étaient donc des Israélites ; ce serait une calomnie; un adversaire a pu se la permettre. — Mais l'expression de « renier » n'a pas ici l'acception qu'on prétend lui donner selon le sens du français : il ne s'agit pas d'une apostasie, mais d'un refus de croire (3).

La haine contre Alexandre Jannée n'autorisait vraiment pas à jeter cette insulte à la tète de tous les rois et puissants, les puissants étant aussi les Sadducéens qui cependant exerçaient ponctuellement le culte du Dieu Très-Haut. L'auteur des Psaumes de Salomon, non moins ulcéré, non moins haineux, ne reproche pas aux Asmonéens une apostasie. Ce sont des maîtres injustes, des prêtres prévaricateurs, des usurpateurs surtout, non pas des idolâtres. Car on trouve même ce dernier reproche, il est vrai à la suite d'un passage sur le Fils de l'homme, mais qui appartient, croyons-nous, au thème de l'Élu :

xivi, 6. Il renversera la face des forts, et il les remplira de honte, les ténèbres seront leur demeure et les vers seiront leur couche, et ils ne pourront pas espérer se soulever de leur couche, parce qu'ils n'ont pas exalté le nom du Seigneur des esprits 7. Ce sont eux qui jugent les étoiles du ciel (4) et qui lèvent leurs mains contre le Très-Haut > qui foulent l'aride et habitent sur elle, et dont toutes les œuvres sont injustes; leur puissance réside dans leur richesse, et leur confiance (va) aux dieux qu'ils ont fait de leurs mains; ils renient le nom du Seigneur des esprits; 8. et ils persécutent ses assemblées, et les fidèles qui sont attachés au nom du Seigneur des esprits.

Le Fils de l'homme (5) reprochait aux rois « de n'avoir pas confessé humblement d'où leur avait été donnée la royauté », ce qui peut passer pour paulinien (6) ; ici la faute est de renier le Seigneur des esprits, ce qui est du fond primitif, et par surcroît' de se confier aux idoles. Il s'agit

(1) Jos. Ant., xm.

(2) XLYi, 7 s.; XLTill, 8-10.

(3) XLV, I, 2; cf. IV Esdr. vu, 37 : et dicet tune /i^Uissimus ad excitatas gentes, videte et intelUgile quem negastis.

(4) Non pas une congrégation de saints, mais les Juifs, comme dans Dan^, vu, 10.

(5) Précisément au v. 5. .

(6) Ro7n., xiii, 1. Les Bsséaiens, il est vrai, enseignaient aussi que tout pouvoir vient de Dieu. ^

* Tr. T«rnw t^no ninin/.rr.o tv'

LE LIVRE DES PARABOLES d'hÉNOCH. 257

donc bien de pouvoirs païens. Ce n'est pas que l'auteur ait eu en vue exclusivement les procurateurs romains ou les maîtres de l'empire. Il fait un bloc. Les Asmonéens, les Hérodiens surtout, étaient des pouvoirs malfaisants. Tous ont fait faillite. Mais enfin cette nuisance, cette indépendance effrontée des pouvoirs par rapport à Dieu, cette négation de Dieu, cette aberration du culte rendu à l'ouvrage des hommes, tout cela a son point culminant dans la domination de Rome, qui s'impose pourtant. Sur la terre il n'y a plus d'espoir. La lutte n'est pas entre deux partis en Judée, mais entre les pouvoirs de chair et le Seigneur des esprits. Ce nom même (1), qui remplace celui de lahwé Sebaoth, le Seigneur des armées célestes, indique le combat entre les puissances célestes, l'Élu à leur tète, et les rois et les puissants d'un monde qui va périr.

C'est la situation que suppose l'Assomption de Moïse, la situation que suggère l'histoire, quand la Judée a perdu son indépendance. Certains croyants n'avaient pas perdu l'espérance dans le secours divin, mais ils désespéraient de la réforme du monde de leur temps. Si, à la différence de l'Assomption de Moïse, les Paraboles placent le séjour des élus non pas dans le ciel, mais sur la terre, c'est sur une terre complètement transformée :

« Et je transformerai l'aride et je la ferai bénédiction; et j'y ferai habiter mes élus; mais ceux qui ont commis le péché et le crime ne la fouleront pas » (2).

■^ La terre est devenue, si l'on peut dire, un compartiment du ciel.

Ce qui commence est définitif, c'est le monde de la récompense et du châtiment, « le monde à venir- » des Rabbins.

Les rois en sont exclus, et les puissants et les grands, toujours nommés avec eux, car c'était à eux surtout que les Juifs avaient à faire, un Sabinus, qui incendiait les portiques du Temple, un Varus qui faisait crucifier deux mille Juifs, et non pas les Sadducéens (3) ou les courtisans des Asmonéens, dont les figures ont si peu de relief.

L'auteur n'était pas un Sadducéen, cela va sans dire, ni un Pharisien traditionnel, ni un révolutionnaire (4). C'est donc lui-même un zélé, qui

(1) Gressmanane le connaît encore que dans IIMaccli., m, 23-24; Deissmann {Licht..., p. 314) a noté l'inscription 816 de Sylloge dé Dittenberger : è7rixa).oî)(ji.at xal à|t(5 tov 6ebv tôv (i^/tsTov, TÔv wptov Twv TtvEUjiâxwv v.cà Ttàffïiç crapxdç. L'inscription est du 1" s. ap. J.-C, juive et non chrétienne, puisqu'elle invoque expressément la loi du talion.

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