‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 124 sur 198 · LA SITUATION DU JUDAÏSME EN JUDÉE · texte numérisé non relu

LA SITUATION DU JUDAÏSME EN JUDÉE

Il nous a paru nécessaire, poiarfcîen comprendipece que fut 'le Judaïsme en Judée avant Jésus-Christ, de suivre sa formation dans les laits et dans les livres éclos au fil des éyénemenls. Nous devons cependant envisager en Ini-imêpe le point où. les faits et la réflexion ont «ond.uit les doctrines (1). C'est nons eng-ager sur la voie <àe répétitions ^ui ne manqueront pas de paraître fastidieuses, mais qui seraient justifiées sî elles faisaient quelqu-e lumière. Les dissensions politiques, les controverses relîgienses ont atîoutî à la formation de plusieurs partis, auxquels Favenir ne ménageait pas la même importance, mais qu'il faut apprécier au temps où nous sommes arrivés. Nous ne les connaissons guère que par Josèplie, et les traits qn'ill trace de chacun ne suffisent pas à les distinguer. En énumérant les grands thèmes du judaïsme, il faudrait pouvoir répartir entre les sectes les opinions difPérentes : si déjà les Pharisiens dominent, ils ne sont pas encore les seuls à se faire entendre.

En dehors d'Israël, d'autres doctrines étaient professées et avec des allures conquérantes : quelle avait été leur action définitive dans la formation religieuse du judaïsme? Enfin quelle était la tendance de l'ancienne religion, quelque peu transformée dans le judaïsme, sur le point essentiel de ses rapports avec Dieu? Il faudrait être au clair sur tous ces points pour comprendre quelle fut rorîgînallté du Christianisme, dans qnelie niiesure il profita dn progrès accompli, dans quelle mesure il reprit la bonne direction dont on s'écartait, â supposer qu'ai y ait eu progrès ou déviation.

. (1) La SGolasMque dirait qu'après les avoir suivies in fieri, il faut les voir in facto esse.

Les Pharisiens et les Sadducéens vont toujours ensemble dans les textes de Josèphe. Nous donnons ces textes d'abord, en suivant l'ordre chronologique, non de ses œuvres, mais des faits (1),

Ant., XIII, V, 9 : Dans ce temps là (2), il y avait trois sectes parmi les Juifs, qui pensaient différemment des choses humaines. On les nommait les Pharisiens, les Sadducéens, les Esséniens. Les Pharisiens disent que certaines choses, mais non pas toutes, sont l'œuvre du Destin, que pour d'autres il est en notre pouvoir qu'elles se produisent ou ne se produisent pas. Le parti des Esséniens montre que le Destin est le maître de tout, que rien n'arrive aux hommes qui ne soit selon son : arrêt. Les Sadducéens suppriment le Destin, opinant qu'il n'existe pas et que les choses humaines n'arrivent pas à leur terme par son fait, mais que tout dépend de nous-mêmes, de sorte que nous sommes cause des biens qui nous adviennent, et que nous recevons des maux par suite de notre imprudence.

On se demande si au temps de Jona than trois sectes pouvaient se fonder sur la question psychologique et théologique de la part relative de la volonté et de l'action divine dans les événements.

Le destin est là pour employer un terme familier aux Grecs. Si on le remplace par Dieu, on s'étonne de voir se former dans une époque, où le culte même de Dieu était mis en cause, trois écoles sur une question aussi difficile et aussi éloignée des préoccupations du grand nombre.

Voici qui est plus dans le train ordinaire des choses. Hyrcan était mal va des Pharisiens, jaloux de ses succès :

Ant., XIII, X, 5 : Ils ont tant' d'autorité sur la foule, qu'on les croit aussitôt^ même lorsqu'ils parlent contre le roi et le grand prêtre.

Il n'y avait pas encore de roi. Hyrcan P" irrité du franc-parler d'un Pharisien qui proférait contre lui une calomnie, et du châtiment très léger que proposaient les autres, abandonne les Pharisiens dont il suivait jusqu'alors les conseils et passe aux Sadducéens : son premier acte est d'abroger les pratiques imposées au peuple par les Pharisiens. Cela paraît

(1) Nous essayons une traduction très lillérale.

(2) Au tempsde Jonathan, 7 Macch., xii, 13.

Page 1