‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 125 sur 198 · TEXTES DE JOSÈPHE · texte numérisé non relu

TEXTES DE JOSÈPHE

bien être de l'histoire. A ce propos Josèphe a noté que les Pharisiens se sont fait une seconde nature d'employer des châtiments modérés (1), puis ceci qui est d'importance :

Ant., Xin, X, 6 : Les Pharisiens ont imposé au peuple, comme venant delà succession des pères, des points de droit qui ne sont pas inscrits dans les lois de Moïse, et que la secte des Sadducéens rejette pour cela même, disant qu'il ne faut tenir comme légal que ce qui est écrit, et [qu'on n'est pas obligé] d'observer ce qui vient de la tradition des pères. Ce fut la cause de beaucoup de recherches et de dissensions, les Sadducéens ii'ayant convaincu que les riches sans réussir à se faire suivre du populaire, tandis que les Pharisiens avaient la foule pour alliée.

Hyrcan pensait avoir porté un coup droit aux Pharisiens en condamnant les lois de surérogation qu'ils avaient imposées au peuple. Ce n'est pas par là qu'ils auraient gagné la faveur populaire. Plutôt le peuple leur resta fidèle malgré tout, leur ayant accordé sa confiance pour une autre raison.

La Guerre des Juifs, écrite avant les Antiquités, ne parle des sectes qu'après le temps d'Hérode :

Bell., II, vni, 14 : Des deux premiers (partis), les Pharisiens qui ont la réputation d'expliquer les institutions légales exactement et qui dirigent la première secte, rattachent tout au Destin et à Dieu. Que l'on pratique ou non la justice, cela, pour le principal, dépend des hommes ; cependant le Destin aussi concourt dans chaque cas. Toute âme est impérissable, mais seule celle des bons passe dans un autre corps, tandis que celles des méchants sont punies d'un châtiment éternel. Les Sadducéens, le second parti, suppriment complètement le Destin et n'admettent pas que Dieu fasse quoi que ce soit de mal, ni qu'il exerce un contrôle; ils disent que le bien et le mal sont proposés au libre choix des hommes et que l'un ou l'autre découle de la décision d'un chacun. Ils suppriment la survivance de l'âme et les châtiments et les récompensée dans l'Hadès. Et les Pharisiens s'aiment entre eux et s'efforcent de se maintenir en bon accord avec la nation en général, tandis que les Sadducéens ont des mœurs moins civiles les uns envers les autres, et les relations sont rudes envers ceux du même sentiment comme envers les étrangers.

Nous sommes toujours dans le domaine des questions sur le libre arbitre et le concours divin qui sont même plus approfondies (2). Mais Josèphe aborde en outre le problème essentiel, agité par tout le monde, de la survivance après la mort. De plus il esquisse l'attitude que les partisans des deux sectes prenaient entre eux et envers le reste de la nation : les Pharisiens sont aussi désireux de gagner la sympathie que les Sadducéens en sont dédaigneux.

(1) ft5<Tet wpoç Ta; xoXàffetç èrtteixw; gj^oucrtv ol ^apicraïoi.

(2) Fate and Free Will in ilie Jewish Philosophies according to Josephus, p&r G. Foot Moore (Harvard theol. Rev. oct. 1929). Ce mode de classification aurait été le fait de Nicolas de Damas transcrit par Josèphe : conjecture proposée sous toutes réserves.

^è Xre. EES SECTES'.

Vorcf ntoïiïiteQaHt Ije tableau dféfinitif au moment où les Romains s 'Iels=lallent eif Judée :

Ant., XyiII, I, 3 : Les Pharisiens professent un genre de vie trfe stople, n'accordant' Kien, à la: molLesae^ et ils, règlent leur, estima des biens sur le jug.ement qm leur a transmis la raison, estimant, qu'ils doivent, a'attaclieir à observer ce q^u'elle. a dicté. Ils cèdent à-l'auLoEité de- ceux. q.ui aoat avancés en. âge,, et. aucun audacieux ne s'élève fowE contredire ce qu'ils, ont établi. Estimant q^ue toutes, choses se font par l'ordre du Destin, ih ne. dépouillent cependant pas- la. volonté humaine de son action sur elles, Dieu ayant jrUgé bon. d'opérer une fusion,, en. sorte, qae Le volontaire de.riiamnae con.coure avec son conseil, le résultat étant vertu; ou. vice. Leur foi. est que les- âmes ont une vigueur immortelle et qu'il existe sous la terre des châtiments et des récompenses, s<à&m qu/' elles se sont.appliÉ|uées duraià la. vie; à. la vertuiou au.viee„ avec la perspective pour les unes d'unie prison éternelle, pour Les autres, de La faculté de vivre de nouveau» Et c'est pour cela q^u'ila sont en crédit auprès du peuple, et q^ue toutes les choses divines, prières et oblation des sacrifices sont accomplies selon leur interprétation. Les vilïes ont rendu hommage^ à tant de- rertas, pour l'application à ce qu'iF.f a de plus parfait et dans la pratique et dans la doctrine.

4. La doctrine des- S-addueéens Eaiit évanouiarles âme& en même temps, que les corps^ et ils ne se soucient aucunement d'observer autre chose que les lois ;, être en désaccord avec les maîtres de la sagesse qu'ils professent est pour eux une vertu (1). Cette doctrMej n'a;' pénétré que: chez, peu;, de personnes, à, vrai dire les premières en dignité. Ik m'ont, pour ainsi dire aucune aetLoo.. Car lorsqu'ils arrivent, aux changes, malgré eux, eli par nécessité, Us concèdent touifc ce que dit le Pharisien, pour' ne pas se readre^ insupportables! à la. fouki.

Ce portrait des S'adducéens: est complété par un trart en opposition aveff ce qui a été dit des Pharisiens sous Hyrcan :

Amt..f XX, IX,, 1 : Le grand prêtre Anan «- professait la secte, des Saddoacêens! qui sont au tribiiual (criminel); plus cruels qm& tous^ les Juifs».

On pourrait s'étonner que les PharisieHS, si zêl'és' pour la Loi, se soient montrés moins stricts dans l'a répression qae les' Sadducéens" manifestement entachés de scepticisme. Mais ce scepticisme même rendait les. Sadducéeas indifférents au sang versé. Ayant la responsabilité des, trans,gressions évidentes, ils ne badinaient pas dans la répression, pour peu que la cause eût quelque aspect poïïtrque qui risquât de les compromettre, teff Pharisiens auraient desiérvi lenr cause auprès du peuple par trop de sévérité dans les peines, et ils- éprouvaient une yérîtable tendresse pt)utr le sang dTsraéL

Après tous ces textes on ne s"étonne pas^ que Josëphe ait embrassé le parti des PhaFisiens".

Vita, 2 : Je commençai à mener la yie publique d'après les vues de la secte des Pharisiens, qui se rapproche de ce qu'est le Stoïcisme chez les Grecs,

Vita. 38 : la secte des Pharisiens qui. semble L'emporter sm les autres. pa-E ï'exactitude touchant les- înstf (Jutions- légales des ancêtres.

d) C'esl-à-dirc que chacmi pense à sa- façon, -^ ce sont dés sceptiques'.

, tES' PKARISIEi»».- â.7i

En eomparanf les Pfearisieris aax Staîeiens, imè^he peaiïsait les honorer atrx yeax des CîFeeSv et des Ro^mfaias,' il ne* songeaiis pas à pousser ta ex)>m-: papaisott tro-p ïoin : h paiïtfcéisMe des Stoïciens, s^aecommodaiîfe du Gulte des dreux, même^ idolâtpi'Gfue, détail lui faire horreur. Mais réïévation morale du Portique lui a parra pi?oehe de la rigueur des Pharisiens^ efe S€>a déterfflfinîsine absolu prétendait ne pas exclure l'autonomie de la. v^loaté;: il devait aussi lui être sympathicpie- par son dog-nae de la Protvidence. Il n'a pas cependant cédé à la tentation de comparer les. Saddueéens aux Épicuriens pour imiter l'eppositioiï des deux sectes grecques. Il eût cru îeoE faire une injure îoiméritêe, car; les Êpieuriensï furent toujours chez les Juifs le typ& des impies .

Après cela, si l'on ns connaissait le procédé de l'historien qui suit successive ment des sources d'un esprit tout di-ffèrent, et sans pré veoir, à moins qu'il ne protesfe contre l'allégation qu'il veut cependàmt faire c^Bua^trey^ on serait étonné de trouver sous sa plume un jugement sur lesPharisieus qui reflète Fhostiiité ironique d'un* courtisan d'Hérode, de Nicolas de !>amas très probablement (f ) :

Ant., XVII, I, 4 : II y avait une faction parmi les Juifs de gens très fiers de leur exacte connaissance de la loi ancestrale. Gomme ils se donnaient pour agréables à DTeu, le sexe féminin leur était soumis : on l'es nomme Pharisiens; ce sont les- plus capables de- résister à un roi, avisés', assez liardis- pour faire- une opposilion ouverte; et néfaste.

Les Pharisiens sont encore donnés comme un parti religieux, mais qui n'hésiterait pas à se lancer dans une intrigue politique. Josèphe avait luimême signalé comment ils avaient abusé cruellement de la faveur d'Alexandra. Il n'eût peut-être pas écrit ces lignes, mais, les trouvant dans sa source, il ne les a pas désavouées.

§ 1. — Les Pharisiens

Grâce aux textes spéciaux de Josèphe, et surtout à son histoire, nous pouvons nous faire une idée nette des Pharisiens avant le temps où ils apparaissent avec un si vif éclat dans l'Évangile. On peut même dire qa'ils. n'ont pas changé jusqu'^à nos jours : il n'existe pas dans rhistoîre de parti aussi fidèle à lui-même et au rôle qu'il s'^est assigné.

(l) Le texte de Niese est inintelligible, mais on peut établir un très, bon texte avec l'apparat de la grande édition, en lisant avec- Schtfrer TtçoaKocoviKivoiç; au Ireu d& ■KçoaTzonoMjxivwy olç.

{!) Ëtades les plus réceutes: The: Pharisee& and their temhmgs, hy. Jacob» Z. Laaterbaek CHebiew Union collège Annual VI (1929) p. 69-139), panégyrique des Pharisiens, plus universalîstesque le ChrisÉianisme; ils n'ont pas fémorgné é'hostîlité à Jésus; cf. RB., igst, p. 104 (Dhorme). — Finkelstein, L. : The Pharisees, their origin and their Philosophy, Harvard theol. Rev. july 1929. Les Pharisiens sont des citadins, les Sadducéens des gens de la campagne ; cf. Theol. - Litz. 1930 p. 583 s. (W. Baumgartner).

Ce n'est pas un parti démocratique opposé au parti aristocratique des Sadducéens. S'il a eu cette apparence, ce fut par suite de circonstances qui se sont modifiées sans qu'il cessât d'être ce qu'il était essentiellement.

Ce n'est pas un parti de nationalistes farouches en face d'un parti disposé à pactiser avec l'étranger. Quelques Pharisiens ont pris cette attitude, mais parce qu'ils l'ont crue commandée parle principe supérieur qui les guidait. Les francs nationalistes ont été les partisans des Asmonéens, puis les Zélotes.

Ce n'est point une école philosophique, en dépit de quelques termes de Josèphe et de l'analogie qu'il relève avec les Stoïciens, pour prouver aux Romains que les Juifs, aussi bien que les Grecs, avaient cultivé la philosophie.

C'est un parti purement religieux, la religion étant d'ailleurs nationale ; ce fut toujours sa force, le secret de son influence persévérante, à peine ce fut son honneur, entamée de nos jours parmi les Juifs.

Nous voudrions les définir : une association qui se flattait de connaître plus exactement que quiconque la loi de Dieu, dans son texte et dans sa tradition, organisée pour la pratiquer plus ponctuellement, et pour l'imposer aux autres.

Nous les avons rencontrés d'abord au temps de la persécution syrienne. Ils formaient un groupe nommé les A'èsidéens, c'est-à-dire les personnes pieuses, fidèles à leur foi Israélite et à lia, Loi. C'est parmi eux que Judas ' Macchabée recruta ses meilleures troupes luttant héroïquement pour la cause de Dieu. Ils crurent que cette cause était sauve lorsque les Syriens leur donnèrent pour grand prêtre Alcime, et ne voulurent plus combattre au nom des seuls intérêts de l'indépendance nationale. Détrompés, ils se reprirent et de nouveau se mirent au service de Judas.

C'est sous Jonathan qu'ils apparaissent dans Josèphe avec le nom de Pharisiens. Car ce sont bien les mêmes, personne n'en doute. Pourquoi ce changement de nom, et que s'était-il passé?

Le texte de Josèphe (1) est une véritable parenthèse sur les trois sectes des Juifs, et pourtant elles ne figurent pas dans l'histoire de ce temps, même dans son ouvrage. Les livres des Macchabées ne parlent pas des Pharisiens. Nous concluons que le renseignement de Josèphe est antidaté dans sa précision. Les Pharisiens naissent, mais leur personnalité n'a pas encore été reconnue.

C'est sous Jean Hyrcan seulement qu'ils entrent en scène, avec leur caractère distinctif : les Pharisiens ont imposé au peuple « comme venant 4e la succession des pères, des points de droit qui ne sont pas inscrits dans

(1) AnL,xnî, v,9.

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