‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 127 sur 198 · LES PHARISIENS · texte numérisé non relu

LES PHARISIENS

en particulier à n'acheter aucun légume vert ou sec à un '«m ha-aretz. Au lieu de créer un lien surnaturel, d'être le principe d'une action féconde par la charité, temporelle et spirituelle, elle mettait une barrière, elle isolait, elle retranchait le Pharisien dans sa supériorité intellectuelle et morale (1). M. Moore (2) suppose que le Pharisien dans son zèle faisait tout pour amener la masse du peuple à la pratique de la Loi. Il ne cite aucun texte qui le prouve.

On admet volontiers que telle était l'intention ultime du Docteur. Mais son premier devoir était d'éviter le contact du vulgaire pour ne pas se contaminer, de ne faire du commerce avec lui que le moins possible. De sorte que l'état normal était du côté du Pharisien la défiance qui soupçonne et déjà condamne, et par conséquent le mépris. C'est la sentence du grand Hillel : « L'homme qui n'est pas cultivé n'a pas la crainte du péché, le peuple du pays ne peut pas être pieux » (3), en hébreu Khasid. On ne pouvait marquer plus énergiquement que le vulgaire et les Assidéens forment deux classes distinctes. Le principe de l'isolement orgueilleux, toujours à craindre pour les groupes avantagés intellectuellement, même dans les ordres religieux, sortait ici tous ses effets, parce que la préservation du contact était la condition même qui constituait le groupe dans son intégrité et sa sainteté. L'esprit de secte faisait le reste, si bien que tout docteur, fût-il d'une science reconnue et d'une vie intègre, qui n'appartenait pas à l'association était bien près d'être un 'am ha-aretz, ou plutôt l'était formellement (4).

La faute des (( saints » fat de faire de leur pureté légale la base même de leur sainteté ; cette pureté ne pouvant être acquise que par l'isolement, le peuple a eu raison de les nommer Pharisiens (5). Les Associés étaient à leurs propres yeux l'élite du parti, son cœur et son âme. Us existaient dès le temps de Jean Hyrcan, puisque leur repoussoir V^am ha-aretz existait. €e sont les 6.000 Pharisiens (6) dont parlait Josèphe, car leurs adeptes moins engagés devaient être bien plus nombreux.

(1) Deviaïyii, 3 que Slr.-Bill. estiment dater au plus lard du temps de Hillel : « Celui qui se résout à être un khaber ne doit vendre à un 'Am ha-aretz aucun fruit, ni frais ni sec, (de peur qu'il ne le rende impur) ni acheter de lui aucun fruit frais (peut-être contaminé) et il ne se rend pas l'hôte d'un '^Am ha-aretz, et il ne le reçoit pas comme hôte dans ses vêtements à lui ».

(3) Aboth, II, 6 : ""^^On yiKH UV iUl^ Nun >S*^^^ y>'2 ]1N. Un Bour, d'après le parallélisme,

■est un rustre, comme un terrain demeuré en friche (du verbe 1^3).

(4) Str. Bill., II, p. 496, citant So!;a, 22" : « Il a été dit : Si quelqu'un a étudié l'Écriture et le Michna, mais n'a pas fait son service auprès des disciples des écoles, d'après R. Éléazar (vers 270) c'est un 'am ha-aretz; d'après R. Samuel hen Nachman (vers 260), c'est un rustre. » Même parallélisme que dans Hillel !

(5) Dans 'Aruk : « un Pharisien est quelqu'un qui se sépare de toute impureté et s'abstient de manger quoi que ce soit d'impur ». (Cité par Moore, I, p. 60 )

(6) Ant., XVII, n, 4.

■^8 %m. mws^Gnm.

€é^ mmi etix c|ut o^fit iî<5nïmé le vïtlgaire' 'mn kà-met:S: pa? tïïie alliïswii liiàfiiileste à ee pettple dû pay^^ qui était à moitié païen, tandis ^tfewx éMeiît le véritable Ispaël. Ce sciïrt ettx que FÉvaûgile désrgne sous le lojïi de PMï'ïsieiîSf, et cjui oTit-mérMé les reproches du SeigEtetip.

1« c'est pour s'opposer à ce mépris des peliiles gens par les doctes qiïe Jémi^ a fait app^l à la co^iïïîaissaiice qn''û avait éonime Fife des complaisances du Père, ce sont ces prudents et ces sages dont il a di^ ; « Je te lo^e. Père, Seiguefiir du ciel et de la terre, pottr avoir caché ces choses aux sages et aux eiîténdus:, et pour les aroir réréîéjes aux petits % (1).

CïtiaM à la doctriue des Pharisienô sur ce qoe îioUS' appellerions l'oniniseieïïce de Dieu et sa causalité ttûiverselle, elle découlait des termes plus simples- et aussi forts de l'Aitéieû Teslaffieiït. La- JibePté humaine n'y était pa^ moiùs affirmée, sirton paï une déductioai psychologique, du moins par la ïespottsabiïité de l'his^mme capable de choisir le bien ou le mal. Les Pharisiens ont teuu^ comme dira Bossuet, les deiiïX bouts de la chaîne, saiï» es^yer Uite théorie de coiiciliatioBt : les termiCS que leur prête Josèphe né sont pas jpatticulïèremeiît heureux, et seuïbleïït atteler ensemble la liberté et l'action divinie, au lieu de suboirdoïinei' l'humain au Mvin.

Leur foi en la rétribution après la mort était ferme, et aussi en la ïésurrection. Nous Favoïisdéjà constaté à propos des Psaumes de Salomon. Au^i n'y aura-t-il aucune controverse entre Jésius et eux sur ces points fondamentaux. Il a plutôt recommandé leur autorité comme docteurs quand ils commentaient la loi de Moïse (2).

C'est comme docteurs que ks Pharisiens sont représentés par Josèphe . Et incoiïtestablement ks docteurs étaient l'élite du parti, ceux qui donnaienfe le ton par leur enseignement, leur conduite, leurs allures, le prestige de leurs écoles et le nombre de leurs disciples. Mais il va sans dire que beaucoup de Juifs zélés étaient admis dans l'association, quand ils n'auraient fait aucune étudie spéciale de la Loi, à la condilioïï d'être présentés par un Maître, et de suivre les règles de la pureté. C'est aittsi que des laïcs zélés suivent la direction de certaines écoles dans le christianisme, ordinairement plus affirmatifs que leurs maîtres, parce qu'ils ne font pas les distinctions nécessaires, et plus intolérants, parce que moins expérimentés. L'autorité des chefs, docteurs et gens du monde, s'étendait beaucoup plus loin que l'association des purs. D'après Josèphe, nous l'avons vu, ils avaient tellement conquis l'opinion, que les Sadducéens eux-mêmes étaient obligés de se parer de leurs maximes devant le peuple, s'ils ne voulaient pas s'aliéner les esprits.

Il est impossible cependant qu'ils n'aient pas rencontré des adversaires

(1) Mt., XI, 26. •

(2) Mt., xxni, 1.2.

m. CAN0N'.. 27.9f

Eésotes piaiîMm ces; (« peuples du pays >» qu'ils^ méprisaient, ou mêm'apai?mî? d^ exalMs, qui les jugeaienli trop politiqiaîes. Parmi ces d;erniers> il' faut ciéer.lfaL!iéeT!PB de T Assomption' deAMsev dontii««s;déta)eboîas-icice.<jiiiLest^ ciïoyoMSi-'nous, nelsàïî axm Plmcisiens (:viiy a-i-Ot)! ;:

Et. on verra régner sur eux d'es hommes pestilentiels et impies se disant justes eiqut s'fexci'teront à la colère. Ce seront des hommes frauduleux se complaisant en eux-mêmes,., dëgursés: de toute- façon et' aimant' l'es festins', gîloutons... , devoTant les Biens... et disantqu'ilsilefontpaT? piété;.... faux, se cachant-pour qu'on ne puisse les connaître', sans feelio) de piété dans le crime,, remplis d-iniquité de l/Grient à l'Occident,, projetant la. débaujclker et la luxure, mangeant et buvant,; se croyant, déjà- princes,, et tandis- que leurs, maina et leurs esprits touchent des choses impures, leur bouclie profère des paroles.,., superbes, et ils osent dire : « ne me touche pas, tu me souillerais ».

Manifestemenit. lax charge esli ex.Ge9sive. Oa ii!a. jiamais- reprocbié au«: Phapisiens. une vm èe, Imxe; et de- débaucbe oui^erte,, et, pour cette, raisom M'., Charles a. désigne l'es Saddaicéens (1),. Mais l'auteurr n'a, pajs parlé d'une luxaare effrénée, dans le style- d'Alexandre^ Jannée :. il a em S0m de âhv&qmi ces h^aaames se cachaient.. Ce sont. donc feieiï des Pharisien» qp'il a ent VTue,, quoique le reppocbe d'liypoei?i«ie soit pluS) aeeentué. que dans l'ÉvangiLei, qui n'attaque pas la morale sexaelle des Pharisiensi.

§. ^., — Les ffems dm livre.

Qn, sait que- Mahomet a nommé less Juifs> et ksr ehrétiems. « gens dui Li\^re » (2).- Dans la. bouche, de- ce nomade p-resqjUe inculte,, c'étfalt un titre; honorable. Ses disciples ont G0rap:osé un.li;\fra eo^ soainom,,, et ses partisans^ résolus à n'a.voir d'autre loi. que celle duPBo;phète, ontcoimposé une trardition qui le faisait parler pour résoudre les cas nouveaux. Ce fut comm&, une réédition de ce qui s'était passé dian* le judaïsmie,, dont les docteurs MLêriteat par excellence, ce titre, de. gens du livrer

Le livre,, pour eux, c'est la Bible^ c'est-àrdire un certain nombre d'écpits> reGonnus pour inspirés par l'Esprit d.e Die us,, dictési par Bieu,. enain mot revêtus d'une autorité, divine.,,

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