I. Le CaHon
Le développement de ce thème appartient à la théologie de l'Ancifini, Testament.
Nous voul'ons seulement noter ici quel fiit le point de vue du judaïsme . Le principe du Canon, c'est-à-dire l'existence d'ouvrages inspirés par
(1) Apocrypha and Pseudepigraplia, II, p. 419.
(2) Comn., sourate i, 109; m, 64.65,69,70;,71,72,75, etc.
(3) Kanon und Text des Alten Testaments..., von Dr. Frantz Buiil, Leipzlig^ l'891.
Dieu, qui sont pour tout juif fidèle la règle de ce qu'il doit croire et pratiquer, c'est le principe même du judaïsme que nous avons vu se former lors de la proclamation solennelle par Esdras de la loi de Moïse. Elle fut toujours la partie essentielle de l'Écriture. Mais si les Israélites furent souvent rebelles aux prophètes envoyés par Dieu, personne ne niait le fait des communications divines. On se demandait seulement si Dieu avait vraiment parlé à tel ou tel. Après le retour de la captivité, la preuve était faite pour les envoyés de Dieu d'après la confirmation de la prophétie par les faits. Les prières liturgiques employées dans le Temple et attribuées à David devaient avoir le même rang. Il était tout indiqué d'en former" une bibliothèque. On voyait dans les archives et dans les mémoires de Néhémie « comment Néhémie fonda une bibliothèque et y recueillit les livres concernant les rois et les prophètes, ceux de David, et les lettres des rois (de Perse) au sujet des présents (offerts par eux) (1) ». Judas Macchabée imita son exemple : « Il recueillit tous les livres qui avaient été dispersés pendant la guerre que nous avons eue à soutenir, et ils sont entre nos mains. Si donc vous avez besoin d'en (avoir des exemplaires), envoyez-nous des messagers qui vous les porteront », écrivaient les Juifs de Jérusalem à ceux d'Egypte (2).
Au temps de Judas on ne se souciait plus autant des- lettres des rois de Perse, et ce sont les livres des pères qui faisaient le lien entre les Juifs dispersés. Quand le petit fils de Jésus, fils de Sirach, traduisit en grec pour les Juifs d'Egypte l'œuvre de son aïeul, il note comme son mérite principal de s'être « beaucoup appliqué à la lecture de la loi, des prophètes et des autres livres de nos pères » (3). C'est l'ordre que suivent encore les Juifs dans leur Bible : la loi, les prophètes et les (autres) écrits.
Il existait donc une sorte de bibliothèque sacrée. La loi l'était par excellence. Les Prophètes avaient parlé au nom de Dieu. Quels étaient les autres livres dignes d'être associés à ceux-Jà, et placés en quelque sorte sur le même rang? Qui avait le droit de faire ce choix ? Était-il fait une fois pour toutes? Ces questions ont préoccupé les critiques et les théologiens, et l'accord est loin d'être établi. Nous dirons ce qui nous parait le plus vraisemblable.
Incontestablement pour reconnaître à certains livres une autorité divine, il faut posséder une autorité du même ordre.
Autrefois plusieurs théologiens catholiques ont résolu la question par « la Synagogue ». Habitués à l'autorité d'une Église visible, avec sa
(1) U Macch.,n, 13.
(2) Il Macch., n, U.
(3) Eccli., Prologue.