‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 129 sur 198 · LE CANON · texte numérisé non relu

LE CANON

hiérarchie et son. chef, ils lui ont donné une contrepartie dans le passé sous le nom de « la Synagogue ». Rien de plus propre à fixer les idées par une image : la Synagogue aveuglée au pied de la Croix, et de l'autre côté l'Église (1). Bossuet n'a pas hésité à lui conférer, au nom de Jésus- Christ, l'infaillibilité, bien entendu avant qu'elle fût devenue aveugle par la condamnation de son Messie ; « Il (Jésus-Christ) attribue clairement à la Synagogue une vérité infaillible ; en sorte qu'il fallait tenir pour certaiu tout ce qui avait passé en dogme constant de la Synagogue » (2). La Synagogue aurait donc pu constituer son Canon, et l'aurait transmis à l'Église.

Mais cet être de raison ne résiste pas à l'analyse. Dans le passage que vise Bossuet, Jésus parle des docteurs Pharisiens (Mif., xxiii, 2 s.). Peut-on admettre qu'ils aient constitué la Synagogue à eux seuls, à l'encontre du Sacerdoce? Et le Sacerdoce, infecté d'erreurs sadducéennes, était-il une société infaillible? Il faut donc reconnaître avec Cornely-Merk que l'autorité des témoignages et des écrils des Juifs est en elle-même de nulle valeur pour nous (3), et que par conséquent l'Église n'est nullement liée par la décision des anciens Juifs. Cependant elle honore leurs livres sacrés. Sur quoi se sont-ils appuyés pour les reconnaître? D'après les mêmes auteurs, Josèphe a allégué le vrai motif du Canon, l'autorité des prophètes (4).

Et sans doute quelques prophètes ont fourni eux-mêmes la preuve de la révélation qu'ils avaient reçue. Mais pëut-on en dire autant d'un livre comme le premier des Macchabées qui rend lui-même témoignage de l'interruption de la prophétie (iv, 46; ix, 27; xiv, 4f) et que cependant l'Église tient pour inspiré? Tant de faux prophètes et de voyants alléguaient leurs révélations et leur droit de parler au nom du Seigneur qu'il était impossible de savoir à quoi s'en tenir sans un contrôle qui suppose une autorité constituée.

Cette autorité existait dans le Sacerdoce. C'était aux prêtres à enseigner au peuple son devoir d'après la Loi elle-même [Lev., x, 9 ss. ; Dt., xxxi, 0-13), et le prophète Osée l'avait reconnu (Os., iv, 4. 6). En fait, les prêtres et les lévites n'étaient pas seulement des instructeurs es choses religieuses (Il Rois, XVII, 27 s.), mais aussi des juges (Il Chr., xvii, 7-9; xix, 8-11). Sous les Perses, le pouvoir royal ayant disparu, leurs fonctions n'en furent que plus actives. Encore que tel ou tel grand prêtre se soit montré répréhen-

(1) Dès le iv° siècle dans la basilique de sainte Sabine à Rome.

(2) Méditations sur l'Évangile, 53° jour.

(3) Introductio..,, p. 24. Testiinoniorum vel scriptorum ludaiconcm auclorilas qua talis nulla est pro nobis.

(4) Op. l., p. 34 : Quaestio vero, quomodo ludaei ad agnilionem ss. librorum pervenerint, ita solvenda est, ut prima agnitio sîne dubio repetenda sit ex revelatione ac proinde ex viunere prophetico.

tWi XIIL. EES. SECTES.

stM©, l'hvàcm du sacei^éoce et de l'espéranee; messianique^ avait été s*oleiï^ Keïlïsiïient promulgué© pai? le prophète Zacbarie sous le symbole desideus o^ii^ers (i!V, 12), reppésentani les. deux oirtts, le prêtre et le roi de l'avenk.

C'était doue aux piîêtres qu'il appartenait d'interpréter la M,, de créer k' jurisprudence, et aussi de déterminer quels étaient les livres sacrés, Les^ prophètes; du te;mps du second temple farent admise sans difficulté: Agg:ée., Zaebariev Malaehie. Daniel était daté; de l'époque ba/bylonienne. Les partis n'étant pas( encx3re: nés, l'opinion se faisait, unanime, sous la direction des prêtres;. Mîais bientôt le sacerdoce se désintéressa de son rèle doctrinal ou devint suspect d'indulgence pour les doctrines helléniques. Il était nîaturellement hostile à l'acceptation d'Écritures. nouveliea. Ti?ès: probablement,, absorbé dans l'étude de la loi, qui lui était: indisr pensable pour' rég-ler les cérémonies et rendre la j usMce , il ne regardait psas coMime aussi sacré, — du moins les prêtres attachés aux Saddueéenis — les: histoires, les; prophéties,, les livres d e Sagesse ni les> psaumies anciens. k pîes! forte raison dievaît-il se montrer froid pour des production» nouveMes^.

Cependant d'autres avaient reeueilli k; ministère de llnterprétation d.e la BdiMe de ses mains délaillaintes, et ne demandaient qu'à^ poser les principes d'après lesquels on devait juger. Eux-mêmes, nous lesi avons vus: pén'étrer' daias le tribunal suprême de; la nation. Du coup « la Synagogue « était divisée. Les docte ursE pharisiena faisaient une plus, terge part ài FEspdt, et ilsi omâ composé quelques ouvrages dans le style, des êerits camoniquesv du. moins: des Psaumes.

Pourtant ils n'ont pas; osé heurter de f iront tes opinions conservatrices; ils; ont mê;Me admis uïie intermittence dans: l'aetion de ces envoyés- de Meu qu'étaient les prophètesi, et, qu'un prophète, Zacharie (xiii, 2^6], avait regardés comme un ministère suranné.. Ils donnèrent donc les mains à l'exclusion des écrits; qui ne passaient pas pouiîà peu près contempoi'ains d'JEsdras. Pour eux. il n'y avait qu'une alternative:, le livre était tout k fait sacré ou il ne Féiîait pa& du tou-t^ Seloet leuo? manière de réaliiser les concepts danS' un formsalism;© très estérieuiry le; livre souillait les. mains, ou il. ne les; souillait pas. Regardant l'extrêMie sainteté comme une qualité sensible qui se eommuniqusait. aux mains; par le contacli des livres,, ils jaigeaiên-t que c'était lia profaner que d& se) servir emisuite des mains pour un usage profane, d'où la nécessité de les laver, comme si elles avaient contracté une souillure : sainteté et impureté exigeaient le même rite de lavage, et finissaient par fusionner dans la même qualification d'antérieure souillure (1).

(1)' Étudies- sur les' religiotm sémiPè^ues', 2p édl pi 1I49>.. Bumi,. p. 7 semBle acceptet la raison puéîMe (!■ éviter qu'on s& serve des- roafeau* sacrés ew guise de liou^sses sur les> bêt'ea de samme (7"os. /adaïm, II, 19 s. 684, 2).

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