LES SYNAGOGUES
bénédiction sacerdotale {Num. vi, 22 ss.) qui n'était donnée que s'il y avait un prêtre dans l'assistance; autrement elle était simplement implorée. Les prêtres et les lévites avaient conservé un autre reste de leur ancienne prédominance. C'était à eux de lire les livres saints, s'il s'en trouvait dans l'assemblée (1 ) . Mais n'importe qui pouvait faire la prédication.
Les choses ne se passaient pas toujours dans les synagogues avec le calme que semblait exiger leur but d'édification. Le prédicateur pouvait soulever des orages par ses opinions. La synagogue se transformait en tribunal religieux : on y interrogeait les prévenus [Le, xii, 11); on châtiait ceux qu'on avait jugés coupables (Me, xiii, 9; Act., xxii, 19), parfois on y traitait des affaires politiques (2).
Il semble que, dans les petites villes du moins, le chef de la synagogue ait été en même temps le principal personnage politique de l'endroit. C'était surtout le cas à l'étranger où la congrégation des Juifs ayant la liberté de s'administrer elle-même, ne pouvait avoir deux chefs ni deux lieux de culte dans les petits endroits. Dans une grande ville comme MexB.nAvie, Talabarque, chargé de tous les intérêts de la très florissante colonie juive, ne s'occupait pas du service de chacune des proseuques, et le conseil suprême de la nation était sans doute distinct des anciens de chaque lieu de culte. Il va sans dire qu'un ancien d'une synagogue pouvait avoir rang dans un conseil supérieur (3).
Ce qui prouve à quel point les fonctionnaires d'une synagogue avaient peu le caractère que nous nommerions ecclésiastique, c'est qu'ils n'exerçaient pas des offices spéciaux, comme chargés de réciter les prières, de faire les lectures, de prêcher. Nous avons dit que ce pouvait être le fait du premier venu. Lorsque la communauté n'avait qu'un chef, on pouvait l'appeler ou bien le chef, où bien l'archisynagogue (4). Mais ils étaient parfois distincts. Les deux termes se trouvent dans le Nouveau Testament (5), mais seulement pour désigner un chef de la synagogue. Dans la vie de Josèphe, Jésus fils de Sapphias, qui est chez lui dans la synagogue où il est qualifié de « chef », joua un rôle politique et militaire important (6).
(1) Guittin, V, 8 « Le prêtre lit le premier, ensuite le lévite, ensuite l'Israélite, pour le bieu ■de la paix », — Ne dirait-on pas d'une concession des Pharisiens?
(2) Jos., Vita, hiv, Niese 277.
(3) C'est ainsi que nous résoudrions la question traitée par Schurer (II, p. 501-504) qui ne nous paraît pas susceptible d'une solution absolue, même en distinguant les villes purement juives, plutôt païennes, ou mixtes.
(4; Citations dans ScHixRER, p. 511, n. 33, par exemple CIL, x, n. 3905 Alflus Juda arcon arcosynagogus. CIG., n. 9906 'louXtavàç tepeù^ âp^^wv... uîoç 'louXiavoO àp')(t(jyvaY«»>Yûu.
(5) Dans Le, vm, 41 le chef de la synagogue est un archisynagogue dans viii, 49. Mt. emploie seulement âp^wv et Me. seulement àp^icruvâytoyoç.
(6) Vita, 278 (Niese) et passim.
2% XIIÏ. LES SECTiiS.
L'arehisynagogiie avait liakirelle ment à veiller sur la bonne tenue d\i semœ (ic, xni, 14). Il ne p-ouvait y en avoir qn'un. Si donc on parle de plusieurs archisynagognes, il faut croire que c'est un titre d'honneur donné aux principaux, comme les évangiles parlent des grands prêtres (1). En effet, selon la tradition constante dans Israél, le chef était entouré d'un conseil d'anciens, prototype des preshytres qni prendront rang dans les églises chrétiennes après les apôtres.
A eux étaient réservées les meilienres places, si recherchées par les Pharisiens,. Ils interv«naient sûrement dans les enquêtes sur Ja doctrine et dans la condamnation des ^coupables.
Chaque synagogue avait un serviteur (2), que nous regarderions, comme un sacristain, et qui en Egypte était assimilé à ceux qui étaient chargés de l'entretien des temples (3), La Miehna parle aussi d'un collecteur des aumônes (4), qui peut-être existait déjà au temps de Jésus (5).
Naturellement les Juifs souhaitaient que leurs proseuques fussent reconnues eomme des lieux inviolables. Us l'obtinrent dans certains cas (6). Mais ce qfui nous étonne, c'est que, désireux comme ils l'étaient de traiter entre eux leurs affaires, ils n'aient pas pris ce parti an moins, dans l'enceinte de laproseuque. Or nous voyons par le papyrus de Magdôla (7) qu'une Juive réclamait auprès du roi pour obtenir qu'on lui rendît son manteau qu'elle avait perdu à la proseuque et qu'on essayait de lui dérober avec la complicité du sacristain. C'était inviter la police à pénétrer dans l'oratoire pour peu de chose (8), Peut-être craignait-on davantage les faux frères, qui se donnant pour Juifs, et osant même prêcher dans les synagogues, n'étaient point en conformité de sentiments avec les docteurs. Si l'on ne pouvait mettre la main sur eux et les châtier, de peur d'entrer en conflit avec le pouvoir civil, il restait la ressource de leur interdire l'entrée dans les synagogues, ce qui équivalait à lesfchasser de la communauté. Cette mesure était tellement nécessaire pour des grou- . pements où il importait absolument de traiter les affaires en confiance,
(1) Scliûrer le reconnaît de Me, v, 22. Dans Aci., xiii, 15 ànéGXBÙ.av oî àp^tffuvàYwyot on pensera à une délibération de l'archisynagogue avec les principaux anciens. Schiirer cite les inscriptions païennes qui parlent d'un àpxt<ïvjvàYWYoç; ou d'un cruvaywYdç (ou cuvaYWYsu;). On croirait plusvolontiers à une influence des Juifs. De toute façon «a ne peut regard«r les Juifs comme ayant emprunté leur titre aux païens. Lui-même a montré un syncrétisme judéo-païen dans quelques-unes de ces inscriptions, surtout le n° 573 de Ditt., Or. Gr.
(2) le, IV, 20, iiTcripixri^.
(3) vaxôpo; pour vgwxépoe, d'un gardien où sacristain d'une proseuque Juive du nv siècle aVc. J.-G. {Bull. corr. helL, XXVII (1903) p. 200, Papyrus de Magdôla,
(4) Demaï, m, 1 ; Qidduchin, iv, 5.
(5) 3It., VI, 2.
(6) cCeryXov npoo-sujjjjVj Ditt., Or, Gr., 129.
(7) Cité à la note 3.
(8) Saint Paul ne l'eût pas admis, 1 Coi'., vi, 6.
LES ÉCOLES ET LA MÉTHODE. âS'il
qu'elle dut être p l'aise par le (ck«f id'aocopd avec tes anâeiïs, ams&itèt cjiaie il'©cca«io'n se préscala, et TBgîairdée comme ^émaïiaiilt dtu .droi^t de towt co»rps constitué de se défendre. Eik fnt éprise ©oiaitre Jésas, eomme saint Jean l'affirme expressëment (ix, 22) et ses parftisans -en étaient menaces (/o.., xii, 4^). Elle était en vue po^iar ceux de l'^aTeair {Le, viï, '2^; Jo., xvi, 2). U est assez vraisemblable qu'à cette (occasi<on an proïiionçait contre le délinquant l'antique sunatihè me [Dt.., vm, 2i6, etc.; cf. I Rois, xx, 42). Mais rien n'autorise pour cette période â distinguer une excommunication temporaire et une aultire définitive. Excoimmfunié, on l'était pour ^out de bon, pour toujours, — ce qui n'exclnait pas la pénitence et le pardon (1)-. Nous n'avons pas à parler ici de la construction des synagogues^ Comme elles sont toutes sur le même plan, à i^éios, à Gorintbe, à Milet,, à Capharnatim, elles ont donc été bâties sur un type ancien qui s'est imposé partout. Nous avons là une preuve matérielle de l'unité de pensée des Juifs dans le même culte ispiritiiet de la Loi. Toujours un espaced'honneur était réservé pour renfermer l'Écriture, mais sans une orientation spéciale nécessaire. Des bancs de pierre couraient le long des mnrs,^ et une chaire sculptée avec soin était la place réservée au prophète Élie ; «elle demeurait donc toujours vide. Auprès se trouvaient ces places de choix que les Pharisiens recherchaient tant {Me, xn, 39 et parall.). Il y avait sûrement un espace réservé aux femmes. Des insoriptions (du moins en pays grecs) contônaieat dBS prières ou des remereiements au Dieu très haut, ou le souvenir d'un affranchissement. La plus ancienne connue est probablement celle de Déios, de la fin du ii° siècle ou du début du 1^^' siècle av. J.-C. (2).
m. Les écoles et la méthode.
Très influents dans les synagogues dont ils se servaient pour répandre leur doctrine et asseoir leur autorité sur les gens du peuple, les docteurs donnaient un enseignement plus relevé dans les écoles. Leur principal souci était de former des disciples, aiin de perpétuer la tradition. La discussion n'était pas exclue. Au contraire les maîtres aimaient à poser des questions, c'est-à-dire à exposer les problèmes, et ils acceptaient d'être interrogés. C'est ainsi que Jésus encore enfant apparut parmi les docteurs, « les écoutant et les interrogeant » {Le, ii, 46). Si on ne l'interrogeait pas, c'est qu'on le Jugeait trop jeune. Comme l'enseignement était oral, le
(1) Aussitôt les communautés ckfétieanes constituées, Paul les croit iavesties du droit d'excommunication, par l'accord du chef et des anciens : cette excommunication est définitive puisque lé coupable est livré à Satan, ce qui n'exclut pas son salut (f Cor^ n, 2-5). Ce doit être à l'instar de ce qui se passait dans les synagogues.
(2) La synagogue juive de Délos, par A. Plassaut, RB,, 1914,:, p. 523-554,
maître devait s'assurer que l'élève avait bien compris en le faisant répéter souvent la même chose. C'est ainsi que les leçons particulières où l'élève, pris à part, a plus l'occasion de parler sont des répétitions. Le maître répète ce ce qu'il dit en classe et le fait répéter. Chez les Juifs la répétition était encore en scène parce qu'un docteur répétait ce qu'avait dit son maître. Ce sont ces dernières répétitions qui ont constitué la Michna (1).
Dans le cas de l'Invention de Jésus au temple, les docteurs étaient réunis. C'est au Temple que se tenait leur réunion. Mais les principaux avaient une salle consacrée à l'instruction. C'était déjà le cas de Jésus le Siracide, qui emploie l'expression de Beth-Midrach conservée dans le Talmud (2). Chez les Grecs on connaissait l'Académie, le Lycée, le Portique, mais les philosophes ne semblent pas avoir fondé autant de maisons particulières destinées à l'enseignement. Le Siracide a même nommé la lechiba (3) (la séance), l'institution la plus populaire du judaïsme moderne, popularisée partout par les romans (4) :
Que votre âme se réjouisse dans ma séance, Et ne rougissez pas de ma cantilène !
Les élèves répètent la leçon en psalmodiant tous à haute voix ; c'est un plaisir!
Gela se passe encore ainsi dans les écoles juives et musulmanes.
Il va sans dire que le sujet de la leçon était la Loi, avec son double enseignement religieux et juridique. Mais le dogme religieux était très réduit et n'était pas mis en discussion. L'esprit des Juifs se portait peu sur les questions spéculatives et philosophiques. La jurisprudence était donc le thème principal.
C'est de là qu'est sorti le Talmud. Ce n'est pas qu'avant l'évangile la tradition ait été rédigée. Elle ne le fut que vers l'an 200 ap. J.-G. Si les docteurs sont nommés dans le N. T. grammateis que nous traduisons par « scribes », ce n'est pas qu'ils fussent des écrivains ou des gens de lettres. Ils étaient les successeurs de ce grand scribe, Esdras, qui avait pror mulgué la Loi. Un docteur devait copier la Loi et la réciter comme le grammateus grec était le greffier, chargé d'enregistrer les documents et d'en donner lecture. Mais sa fonction principale était de l'interpréter et de l'enseigner. Aussi saint Luc qui tient à être compris des Grecs, en
(1) De njU?, « recommencer ». Jérôme [episL ad Algasiam, qu. x) : Doctores eorum coçoî hoc est sapientes vocantur. 'Et si quando certis diebus traditiones suas exponunt discipuUs suis, soient dicere : ol «toçoi SeuTepûaiv, id est sapientes docent traditiones.
(2) EccU., u, 23, en grec èv q\y.(i^ waiSetaç.
(3) Li, 29, corrigé à tort par Peters, si ce n'est que nous lisons : « votre âme » et non « mon âme » avec grec et syriaque.
(4) Des frères Tharaud en particulier.