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LES ÉCOLES ET LA MÉTHODE

dehors des formules stéréotypées dans la tradition, a-t-il employé volontiers nomicos et nomodidascalos, le mattre ès-lois, ou plutôt celui qui enseigne la Loi.

Celui qui enseigne de vive voix, même aujourd'hui le professeur dont le cours ne sera pas publié, â sur ses élèves le,. double prestige de la parole vivante et d'une parole qu'il faut entendre si on veut la connaître. Aussi l'enseignement dans les écoles était-il très suivi. Les scribes en tiraient vanité (1).

Dès le début ils avaient une haute idée de leur mérite, tournant presque au mépris du populaire :

La sagesse du scribe augmente la sagesse, Et celui qui est libre des affaires devient sage, ^ Comment pourrait-il devenir sage celui qui tient l'aiguillon, Et qui fait claquer le fouet du conducteur, Qui conduit ses bœufs et les ramène en chantant, Et ne cause qu'avec les veaux? (2).

L'opinion flatteuse que les Scribes avaient d'eux-mêmes était partagée par la foule, qui prit l'habitude de les interpeller : rabbi, « mon maître ». Cette formule de politesse eût pu signifier seulement Monsieur. Appliquée couramment aux docteurs, elle devint synonyme de maître, dans le sens d'instructeur (3).

Qu'enseignaient donc ces maîtres ? Ils ne prétendaient pas sortir de la Loi. Mais les lois les plus abondantes ne peuvent tout prévoir. Certains législateurs féconds se sont servis de ce prétexte pour édicter loi sur loi (4).

En Israël on n'avait pas cette ressource. La Loi, révélée par Dieu à Moïse, était intangible. Il ne pouvait être question d'y apporter le moindre changement. Et l'embarras était d'autant plus grand qu'elle statuait sur un domaine plus étendu.

Comment trouver dans une lettre morte tous les développements d'une vie en marche? Et si les solutions qui paraissaient s'imposer n'étaient pas dans l'Écriture, comment les faire prévaloir? Que pouvait l'autorité d'un scribe contre la majesté de la Loi?

A la longue cependant la tradition se forma. Elle avait pour elle de répondre aux nécessités de chaque jour, elle se fortifiait avec le temps quand des suffrages nouveaux s'ajoutaient aux anciens, et le moment vint où elle eut assez de crédit pour faire figure à côté de la Loi et pour être

(1) Pour ce qui suit, cf. Messianisme..., p, 148 ss.

(2) Eccli., xxxviii, 24 s. D'après l'hébreu ; traduction un peu douteuse.

(3) /o., I, 38 : 'Paêol o XeYSTai |i.e9ep(j.yiVEu6[J.svov AiSâcrxa).c.

(4) Formule assez plaisante dans la novelie LX [Auth. Coll., V, tit. XV) : « on nous reproclie de trop légiférer sans se rendre compte qu'il arrive toujours des laits imprévus que l'ancienne législation ne peut atteindre », etc.

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écrite ci!){]a)inei une répétitioa de la Loi^ répétitioiL qui était îin, dévelop-

ementj mais cpii piPéteadait, d'abord n'être qWuue exégèse. Cependant les décisions de tel ou tel docteur [halakôth) ne pouvaient passer pour une simple explication, stirtout, lorsq^u'en somme, elles s'écartaient du texte. On QÉi vini à les Gonsidlérer comme ayant une autorité propre, celle de la tradition,; mais d'une tradition q,ui remontait à; Moïse. M,aïse n'avait pas tout écrit.. lili avait, transmis une; loi orasle parvenue j^usqu'aux maîtres anciens. Grâce à celte fîciion, les décisions des docteurs avaient pleine valeur. En principe elles ne pouvaient être en contradiction avec; la Loi écrite : on les préférait comme plus claires, sauf à les rattacher le plus possible à des textes, de préférence aux plus obscurs, parce que plus complaisants.

Entre les mains des docteurs la jurisprudence était souvent liumaine et sensée, néanmoins avec une tendance incontestable à, étendre l'empire de la Loi à des cas qu'elle n'avait pas prévus. Mais la solution fût-elle irréprochable, elle avait le plus souvent un caractère de fiction dans sa prétention d'être conforme à la lettre. Quand une doctrine avait prévalu, on se croyait obligé de la trouver dans l'Écriture, au prix de quelles tortures, infligées au texte ! Cette préoccupation qui s'imposait d'avance au docteur n'était pas sans donner un pli particulier à ses raisonnements et l'ensemble en reçoit un caractère contraint,, subtil et arbitraire.

Les maîtres habitués à prendre la parole dans les synagogues n'^oubliaient pas qu'ils avaient mission, non seulement d'expliquer la Loi, mais aussi d'exhorter à la pratique des bonnes mœurs, d'encourager le peuple dans ieS' jours d'épreuve, de l'exhorter à la pénitence et à la prière. Cette partie de leur enseignement se retrouve dans leurs œuvres : on lui a donné le nom è-ehaggada. Mais cette prédication elle-même était toujours soudée à l'Écriture (1).

Ainsi le docteur est-il toujours le scribe attaché à la lettre. Il la sollicite pour lui donner le sens qui paraît le plus opportun dans chaque cas. Toutefois il ne peut rien avancer sans elle. Il en use à sa fantaisie, et il en est l'esclave: disposition d'esprit aussi incompatible avec une exégèse historique littérale qu'avec une exégèse spirituelle comme celle des Apôtres et des premiers Pères qui allaient à l'enseignement religieux sans trop s'arrêter à des traits qu'ils prenaient résolument pour des symboles. L'acharnement des rabbins à exiger l'accomplissement littéral de tous les détails descriptifs de la. période messianique, qu'ils ont encore exagérés jusqu'à l'absurde, est ce qui distingue le plus leur méthode de celle des Apôtres; c'est un des obstacles les plus sérieux qui les tiennent éloignés du christianisme.

(1) Nous y revienclrons à propos de la vie intérieure des Juifsj p. 432.

LA SUCCSSSrON BES l&OCTEURS. 29d

ÏV. La succession traditionnelle des Docteurs.

Nous voudrions du moins connaître les pers^onnalités les plus mar^jcrantes parmi les âocteifrs antérieurs à l'Évangile. Ciuelcfues noms ont été conservés dans le traité des Pères (t) . Le déb-ut énonce le principe même de la tradïSïoa pharisaï^e :

Morse a reçu la f.oî dir Sinaï et Fa transmise k Somë, et Jbsité atfx anciens, et les anciens aux prophètes, et les prophètes l'ont transmise aux hommes de. la grandie synagogue (2). Ceux-ci posèrent trois maximes : Soyez lents à. juger. Dressez beaEcoU'pée ■disciples. Faites une liaie à la ïorah.

Puis vient Siméon le Juste, dont le tombeau à Jérus^alem est Ie%ut d'^un pèleTÎnage, le seul à vrai dire,, caries Juifs n'y visitent aucun des tombeaux attribués aux Prophètes. D'ailleurs ils ne savent pas l'identifier avec une personne historique (3). Il esh pouir eux le type du Juste, c'est-à-dire du Docteur Pharisien. Les critiques sont partagés entre Siméon ¥% grand prêtre au début du m^ sïècle ou Siméon II, à la Sn de ce même siècle. Joséphe a pensé au premier (4), mais l'éloge du Siracide (xnx, 15 et l, 1-24) montre quelle impression profonde a laissée le second avant l'invasion, de rheiléuisme dans le sacerdoce.

, B'aiUeurs aucun de ces deux grands prêtres ne peut être rangé parmi les Pharisiens, et nous ne pouvons regarder le fantôme talmudique comme une persounaïité historique (5).

Il faut en dire autant de Siméon ben Chetah, dont Sch tirer (6) récite quelques traits en. notant qu'ils n'onl rien d'historique. La légende lui attribue un rôle décisif dans les différends des Pharisiens avec Alexandre Jannée, dont il aurait été le beau-frère (7).

Nous revenons à la série du traité Ahottï. Siméon le Juste a transmis la tradition à Antigone (8) — un nom grec — de Socco^ sûrement la Socco de Judée (/ Sam., xvif, 1) dont on voit l'emplacement au kh. Souweiké, en allant d'Bébron h Bei't-Djebrm. Sa maxime (9) paraît signiier : Vous n'avez

(1) Aboth., éd., tradiiclibn et commentaire' par Marti et Béer, Gtesïîen,, 1927. (2)i Une création de l'imaginalion des Scribes.

(3)' Dans les écrits rabbiniq^ues, Alexandre s'rnclhie devant lut en SSS, et c'est toujours un seuî «t même personnage qui est Siméon le juste {Jeivish Encycl., X, p. 352 ss.). f4)^ AnL, Xir, iiv t. ■

(5) D'après J. Jeremias [L L, p. 5 n. 2) M. G. F. Moore a démontré dans Siméon Ihe RigrMeous (1927) que le prétendu Simon I" qui aurait vécu aa temps de Ptoféraée I"" (323-285) doit son existence à un doublement de Joséphe {Ant., Ml, lï, 5; ïv, tj.

(6) I, p. 279 Sv

(î) Tout eela semble pris très au s;érieux dans Th& Jewish Eneyet, Xt, p. 257 s.

(&) Moth., I, ».

(y) Voir p. 304 et surtout p. 477.

vraiment la crainte de Dieu que si vous le servez comme des serviteurs qui n'attendent pas de récompense. C'est le sentiment du devoir qui porte ici le nom de cr^îinte, plus traditionnel.

Après lui viennent cinq paires de docteurs. La légende, déjà au deuxième siècle (1) , les regardait comme ayant été les présidents et les vice-présidents du Sanhédrin. Les Pharisiens attribuaient ainsi à leurs anciens maîtres les fonctions qui avaient été exercées par les grands prêtres : les docteurs n'étaient-ils pas les chefs des écoles, et la science de la Loi le véritable titre à gouverner? C'est ainsi que si souvent leurs opinions sont transformées en histoire.

Première paire : José ben loezer de Sereda disait : « Que ta maison soit une maison de rassemblement pour les sages ; saupoudre-toi de la poussière de leurs pieds et bois avidement leurs paroles ». José ben loklianan de Jérusalem disait: « Que ta maison soit ouverte largement; que les pauvres soient les fils de la maison; et ne cause pas trop avec une femme « (2).

Deuxième paire : leochouaben Perukhia disait : « Prends un maître, et acquiers un ami,, et juge tout homme selon la justice » (3).

Mattaï d'Arbèles disait: « Éloigne-toi d'un mauvais voisin et ne t'associe pas à un impie, et n'aie pas de doute sur la rétribution )> (4).

Troisième paire. lehouda ben Tabaï disait : « Ne sois pas comme les avocats (qui prennent parti pour leur client), et lorsque les plaideurs seront en ta présence, regarde les tous deux comme coupables (puisqu'il y en a bien un qui a fait tort et qu'il s'agit de le découvrir), et quand ils ont pris congé de toi, regarde-les tous deux comme justes, puisqu'ils ont reçu le jugement» (qui remet les choses en bon état).

Siméon ben Ghatah (5) disait: « Scrute longuement les témoins et sois avisé dans tes paroles, de peur qu'ils n'apprennent de toi, comment ils pourront mentir ». — Bon conseil donné aux magistrats de ne pas suggérer aux témoins leur réponse!

Quatrième paire : Chemaya disait : <c Aime le travail, hais les grandeurs, et ne cherche pas à être connu du gouvernement. »

Abtalion disait : « Sages, prenez garde à vos discours, de peur d'encourir la peine de la déportation, et si vous êtes transportés dans un pays où les eaux sont mauvaises, et que vos disciples qui viendront après vous en boivent, et qu'ils meurent, il arrivera que le nom du Ciel soit profané. »

Ici nous rejoignons l'histoire. Abtalion est le Pollion de Josèphe (6),

(1) Khagiga, n, 2 : ."jn nl3 nllN Urh DlJUTT Dl><'iU7J 11.1 Dl^IttriSin.

(2) Ua grand docteur n'aurait pas formulé le précepte banal d'éviter un entretien suspect, d'après un glossateur qui a ajouté : « Cela doit s'entendre de sa propre femme, coFnbien plus de la femme du prochain !»

(3) On traduit toujours : « favorablement », — 11137 '=]3 ;, mais n'est-ce pas simplement « selon; le mérite » V

(4) C'est-à-dire sur le châtiment, d'après le contexte.

(5) Le prétendu beau-frère d'Alexandre Jannée.

(6) Ant., XIV, IX, 4; XVI, i, 1 ; x, 4. Chemaya est un nom hébreu fréquent dans la Bible, transcrit en grec Sajjiataç; l'autre nom est utoXXIwv comme en Egypte dont on a fait Abtalion en, Judée et dans Josèphe IloXXtwv. Si Joseph dit dans Jnif., XV, i, 1 que SafAata; est le disciple de Pollion, c'est probablement qu'il le confond avec Chammaï, dont il va être parlé.

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