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LA SUCCESSION DES DOCTEURS

comme Chemaya est son Saméas. Aussi les maximes de ces deux hommes prennent un caractère d'opportunité. Ce ne sont plus des sentences bonnes pour tous les temps; elles conseillent la circonspection que devait suggérer aux Pharisiens la politique soupçonneuse d'Hérode. Nous savons par Josèphe que les deux grands sages avaient recommandé de ne pas résister à l'ami des Romains. N'ayant en vue que les intérêts religieux, ils les jugeaient aussi bien sauvegardés par Hérode que par Antigone. Mais cette neutralité n'impliquait aucune confiance, si bien qu'ensuite ils refusèrent le serment, Le plus sage, pour ne pas entrer en conflit avec un roi si porté à l'hellénisme, était de vivre caché. Saméas recommandait le travail, c'està-dire de travailler pour vivre, au lieu de rechercher les dignités ; ainsi était-il loisible de continuer à faire l'œuvre de Dieu sans attirer l'attention du gouvernement. La police d'Hérode veillait, même sur les propos échangés entre amis. Pour une imprudence, on risquait d'être condamné à l'exil. Et ne serait-ce pas dans un pays où toute l'ambiance porterait à l'oubli de la religion? Le maître tiendrait bon ; mais ses disciples boiraient à la source des mauvaises doctrines, source empoisonnée qui les ferait mourir à Dieu. Et qui désormais soutiendrait l'honneur de son nom? Cette apostasie ellemême serait une occasion d'insulter le Dieu du ciel.

Cinquième paire, Miller et Chammaï. Ce sont les plus célèbres de tous les docteurs, les chefs de deux écoles qui se sont perpétuées. S'ils ne sont pas nommés dans Josèphe, c'est sans doute qu'ils ont suivi les avis de leurs maîtres, et se sont tenus à l'écart des affaires publiques encore plus qu'eux, se consacrant entièrement à l'étude et à l'enseignement de la Loi. D'ailleurs leur gloire alla toujours en augmentant, surtout celle de Hillel. La Michna contient une douzaine de sentences de chacun d'eux (1), et quelques autres sur les divergences des deux écoles. Plus tard on raconta comment Hillel, qui appartenait à la race de David, vint de Babylone en Judée, quelle était son ardeur pour l'étude, sa connaissance de toutes les langues... y compris celle des oiseaux.

Plus sérieusement on opposait la douceur d'Hillel à la dureté de Chammaï. Mais il ne faudrait pas en conclure qu'ils aient été en opposition sur des questions majeures d'humanité, qu'ils aient soulevé le conflit entre la loi et la charité. Tous deux également fermes sur le principe d'une stricte observation de la Loi, ils n'étaient pas toujours d'accord sur l'extension à lui donner, et quoique Hillel fût le plus souvent le moins sévère, cependant il ne permettait pas de manger un œuf pondu un jour de fête, contre l'avis moins rigide de Ciiammaï (2).

(1) ScFiiiREii, II, p. 424 ss.

(2) JResa, 1, 1.

Xlii. LES SECTES..

De ChaiBiïïaï le tcaité Abotk n'a qa'une laaxime :

Fais à ton étude de la Loi une part fixée ; parle peu et agis beaucoup ; accueille tous les hommes avec une bonne figure (IJ.

HaMel a sept laoïaxiraes. Nous diroins les. plus impo-rtantes :

Sois parmi les disciples d'Aaron (2), aimant la paix et poursuivant la paix, aimant toutes les créatures et les amenant â la Loi ('3"J.

C©tte allusion à Aaroit est-elle une iinvitatioa; à suivre; les exemples du saeerdoee? Ce sejcafiit plotôt uiie disccète leecm donnée aux prêtres en leur rappelant leur ancêtre . La maxime est empreinte d'un adlmirable esprit de charité: La Lot devail être la. lumière de taus les homïnes;, il fallait les amener à suivre son enseignement» Comment concilier cette largeur d'esprit ave© la maxime déjà citée; (k) : «. Un rustre ne sauirait avoir la [vTaie] crainte de Dieu;, le peuple dm pays ne peut être pieux »? Sans domt# Hillel conciliaitril les promesses de la soumissi©® des Gentils à la Loi avec la, réalité ^u'il constatait,, de l'impossibilité pouir les gens iacuMes. de la. Man pratiquer. Il y aurait donc toujours une. classe de docteurs pratiquants parmi une masse ignorante et profane, et rien n'empêcliait de recruter les Maîiires parmi les plus cultivés des; païens, à la condition d'en faicre des Pharisiens. Prosélytisme^ et étroitesse d'esprit ne s'excluent pas. Et cela explique bien le reprocke de Jésus (S) : (( Malheur à vous, scmhes et Pharisiens hypocrites^ parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul prosléyte, et.,., vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous ».

HilJiel disait encore (6) :

Qui répand son nom, perd son nom;. c[ui n'amasse pas diminue; qui n'apprend pas, mérite la mort; qui se sert [dans son intérêt] de la couronne, passe vite ».

Le noble maître en quelque mots serrés, gravfe dans la mémoire par des conso-nnances^ mettait en garde ses disciples contre les défauts reprochés aux Pharisiens ; la recherche de la vaine gloire, la satisfactioin de la science acquise, suivie de la péeresse, et l'avarice qui faisait son profit de l'auréole du bonnet de docteur.

(I) AB., I, 15. ^ ^2) Ab.,: if t26.

(3) Mal., ir, 8, de Lévi : « il marchaiit avec raoi dans la paix et la droilure, et il détourna du mal un grand nombre. » Hillël disait Aaro», pour atteindre plus spécialement le haut sacerdoce.

(4) Voir plus haut, p. 277.

(5) Mt., xxiii, 15.

(6) Ab., I, 13.

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