LA SUCCESSION DES DOCTEURS
Enfin le pessimisnie que lui saggèpe l'expérience se tourne en apothéose pOnr l'étude de la Tora (1) :
Beaucoup de chair, beaucoup de vers; beaucoup de biens, beaucoup de souci; beaucoup de servantes, beaucoup d'inconduite; beaucoup de serviteurs, beaucoup de vols; beaucoup d'e femmes, beaucoup de sortilèges ; beaucoup de Loi, beaucoup de vie; beaucoup de. sagesse,, beaucoup d'auditoire; beaucoup d'aumônes, beaucoup de salut. Qui a acquis une bonne réputation a acquis pour lui-même ; qui a acquis les paroles de la Loi a acquis pour lui la vie du siècle à venir.
La râleur des œuvres est affirmée, mais la scieiïee de la Loi est la racine de tous biens et le gage du salut.
Nous avons tenu à citer quelques belles paroles des docteurs, sous cette forme énigmatîque que nous trouvons parfois même dans révangile. C'est la pure tradition du Mâchai sémitique, un écho des proverbes de la Bible. Mais ces sentences morales ne sont pas les exercices ordinaires des docteurs. Le traité Ahoth est une infime exception dans le Talmud. Leur étude était plus précise, visant la solution de cas douteux, qu'il fallait appuyer sur la Loi par une ingénieuse explication tle son texte,
Hill'el est demeuré célèbre pour avoir codifié les règles mises en pratique dans l'exégèse (2), qui furent développées dans les èges suivants'.
H se permit même une innovation qui eût pu paraître une abrogation de la Loi écrite et qui fut plus tard jugée comme telle. Hillel se conformait en ce cas aux principes déjà posés par le droit romain qui dérogeait à une loi sans l'abroger au moyen d'une fiction légale. L'exemple est caractéristique.
La charité recommandée par le Beutéronome envers les Israélites faisait une loi de leur remettre toutes leurs dettes à la septième année, seîom un cours régulier de périodes (3). Elle avertissait même de ne pas céder à la tentation mauvaise de refuser de prêter à l'approche du délai fatal. En fait on y cédait. « Le Prosbol, dît la Michna (4), est une des institiitioïis de Hillel l'ancien. Gomme il voyait que le peuple se refusait à prêter l'un à l'autre » — peu avant la septième année — « il institua le Prosbol. » ïl suffisait que le créancier remit aux juges un billet par lequel il se réservait de recouvrer sa créance en n'importe quel temps, et la septième année passait, sans porter atteinte à son droit (5).
(1) Al., rr, 7.
(2) STKiGK, Einleîfung m den Talmud, 5° éd, p. 97 ss. I. Coneîusion a minori ad mams; 2. Conclusion d'après l'analogie; 3. Constitution d'un groupe de textes qui éclaireronf un: seul texte reconnu comme a;>parenté; 4. Même opération avec deux textes. On groupe deux textes, et ce qui en découle sert de principe général; 5. Le général explique fe spécial', et! le spécial le général; 6. Explication d'après un passage semblable; 7. Solution d'après le conteste.
(3) BeuL, XV, 2-9.
(4) CheUUhr IV, 1.
(5) Preisigke, Wôrierbuch, sub verbo lïpoaSoXiQ. Le mot est grec, et oa l'a trouvé plusieus* fois
On fait surtout honneur à Hillel d'avoir cité comme le principe fondamental de la Loi : « Ce qui t'est odieux, ne le fais pas à ton prochain (1). »' Ce n'est cependant que l'aspect négatif du principe énoncé dans la loi « Aime ton prochain comme toi-même (2). » Entre les deux maximes, est presque toute la distance qu'il y a entre la justice et la charité.
Qu'aurait pensé Hillel de l'enseignement de Jésus? Aucun indice ne permet d'affirmer qu'il ait vécu jusqu'au temps de l'Évangile. Les Pharisiens isont un groupe anonyme, sauf Nicodème, au cara:ctère hésitant. Hillel était la décision en personne, et il avait insisté sur la nécessité de fonder la jurisprudence sur l'exégèse de la lettre de la Loi. Il n'était donc pas préparé à comprendre l'esprit de Jésus, et on peut penser qu'il l'eût combattu plus violemment que personne. Il eût cependant répugné à s'entendre pour le perdre avec le sacerdoce dont il faisait peu de cas.
Renan (3) a dit très justement que Jésus n'avait pas fréquenté les Pharisiens de Galilée, et que « quand il toucha plus tard cette casuistique niaise, elle ne lui inspira que le dégoût ». Il n'a pu subitement oublier que Hillel en fut un illustre maître. Cependant il a avancé que celui-ci avait prononcé des aphorismes qui ont beaucoup d'analogie avec ceux de Jésus, et par une de ces formules à deux faces dans lesquelles il excellait, il a déclaré que « Hillel fut le maître de Jésus, s'il est permis de parler de maître quand il s'agit d'une si haute originalité ».
La première partie de la formule est devenue chère à beaucoup de, savants juii's, fiers de cette dette du christianisme envers un de leurs grands docteurs. Il est aisé de constater, en faisant la part belle aux plus nobles accents de Hillel, que Jésus a bien dépassé, ses meilleurs aphorismes et que tout son esprit est aux antipodes de ce iittéralisme (4).
Josèphe a nommé deux illustres maîtres, chefs d'école, plus récents que les cinq couples du traité Aboth, victimes de leur zèle à la fin du règne d'Hérode, quand ils jugèrent que la mesure était comble, et qu'il fallait
dans les papyrus avec le sens de : « adjudication de la propriété du gage dans la procédure exécutoire ».
La Michna exige absolument pour que l'exception soit valable que le débileur donne un gage sur ses biens, et s'il n'en avait pas, le créancier lui en constituait un sur ses propres biens, si petit qu'il fût. J'imagine qu'à la septième année le créancier satisfait à la loi eu faisant remise du gage, tout en conservant sa créance. On s'expliquerait ainsi le nom de TtpoffSoXiQ. Les Rabbins estimaient que la loi était ' satisfaite parce que la propriété de la créance était transférée au tribunal qui en faisait ce qu'il voulait, d'après Bt., xv, 3 : « pour ce qui t'appartient chez ton frère, ta maiu fera rémission ». [Sifré, ad fi. l.)
(1) Tiaïrn vh -j-iam ijd -jSv^, chab. zw
(2) Lév., XIX, 18.
(3) Vie de Jésus, "ç. 37 s.
(4) Strack déclare la conjecture de Renan « très invraisemblable « [Einleitiing..., 5' éd.