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LES SADDUCÉENS

abattre l'aigle sacrilège du Temple. Il les nomme Judas fils de Sariphaios et Matthias, fils de Margalothos.

Aucun d'eux n'a été mentionné dans la littérature rabbinique.

^3. — Les Sadducéens (1).

Les Pharisiens ont toujours suivi la même ligne et, en dépit de discussions acharnées entre eux, ont toujours été unis pour assurer leur crédit sans cesse croissant, jusqu'à devenir la seule autorité parmi les Juifs. Et cependant ce n'était pas une caste.

Les Sadducéens formaient un corps dont la situation sociale était manifeste à tous par leur profession, par leur origine distinguée, et cependant ils n'ont pas eu la même cohésion ni la même suite dans l'effort. Comme les docteurs formaient le noyau du parti des Pharisiens, les Sadducéens se groupaient auprès des prêtres, qui étaient Sadducéens par naissance, c'est-à-dire fils de Sadoq (2) ou Sadducéens.

Sous les Perses le grand prêtre était la véritable autorité des Juifs, du moins pour l'administration intérieure de la nation. Ses conseillers étaient naturellement les prêtres des principales familles, ceux qu'on nommait les grands prêtres (3). Nous avons vu que les grands propriétaires fonciers leur avaient été adjoints.

C'était le « Sénat » que les Asmonéens avaient reconstitué auprès d'eux. Lorsque les docteurs ligués en un parti très compact eurent, durant un certain temps, dirigé Jean Hyrcan selon leurs vues, ceux des prêtres et des gens influents qui n'acceptaient pas leur domination furent obligés de former eux aussi un parti, qui finit par l'emporter auprès d'Hyrcan. On les nomma Sadducéens, parce que les prêtres en étaient le noyau. Mais il serait sûrement très faux de leur attribuer alors le scepticisme matérialiste dont parle Josèphe. Le clergé des premiers Asmonéens n'était pas entaché de paganisme, ni leurs ministres ni leurs capitaines. Hyrcan lui-même qui était favorisé de communications célestes ne pouvait passer pour enclin au scepticisme. La première note caractéristique fut le refus

(1) BiLLERBECK, t. IV, p. 339 SS.

(2) Celui qui inaugure une nouvelle lignée {II Sam., ym, 17), qu'Ezéchiel regarde comme seule légitime {Ez., xl, 46; xLin, 19; xliv, 15; xlviii, 11 et le Siracide, u, 12 en hébreu). En grec 2a58ouxaTot, en hébreu D'ip'nï. — Cette étymologie est toujours contestée en ce sens qu'Ed. Meyer {op. l.. Il, p. 20 s.), suppose un Sadoq (inconnu) du n» s., et Hœlscher {Der Sadduzâismus... », p. 107 ss.), les rattache bien aux prêtres Sadocites, mais en fait un sobriquet qui leur aurait été appliqué, lors de la fondation du parti au 1" s. av. J.-C, en souvenir des anciens prêtres hellénistes. D'autres hésitent.

(3) D'après Joach. Jeremias {op. L, p. 38), les grands prêtres étaient le groupe parfaitement défini des prêtres investis de charges importantes, comme le supérieur du Temple, l'inspecteur, trois trésoriers et quelques autres. Nous croyons devoir nous en tenir à un groupement moins distinct, les représentants des principales familles sacerdotales (cf. sur Me. vm, 31).

de suivre les traditions des Pharisiens^ que le prince essaya même d'abolir. Dès lors les Sadducéens étaient cantonnes dans une sorte de conservatisme qui se figea dans la lettre ancienne. Le livre des prêtres^ c'était la Loi, qui ne parlait pas explicitement des récompenses d'outre tombe. La résurrection fut un développement du dogme qu'ils refusèrent d'admettre, et leur opposition se faisant de plus en plus radicale, ils en vinrent à nier la survivance des âmes. Qu'il se soit formé un groupe doctrinal de Sadducéens sur cette base, ïe Nouveau Testament l'enseigne aussi clairement que Josèphe. Mais le parti garda toujours de ses origines quelque chose de flottant dans l'ordre intellectuel. Il était moins uni par la doctrine que par la communauté des intérêts, du sacerdoce, ou de l'aristocratie.

Leur attachement aux Asmonéens n'empêcha pas les dissensions quand la famille elle-même fut divisée. Ils se retrouvèrent unis dans ]a disgrâce, au temps d'Hérode qui les décima cruellement et les rendit impuissants. Il diminua même l'ascendant de leurs chefs naturels en créant des grandsprêtres étrangers, qu'il changeait selon son bon plaisir. Les Sadducéens étant un parti, plutôt qu'une école, il va de soi que parmi les représentants du sacerdoce et des familles qui subissaient son influence il se rencontrât des Pharisiens (1), quoique rarement, car l'esprit de corps, maintenu malgré tout, en détournait les prêtres. Plus aisément eût-on rencontré parmi eux un docteur très compétent dans la Loi, qu'ils devaient connaître pour exécuter les rites, et aussi pour alimenter la controverse avec les Pharisiens.

En dépit de son affaiblissement, le Sacerdoce conservait absolument la haute main dans le Temple et dans le Culte. Son influence politique était d'autant plus sérieuse que ses chefs étaient auprès des Romains les représentants des Juifs. Quand Josèphe dit qu'ils n'aeceptaient les charges que par nécessité et qu'alors ils adoptaient les vues des Pharisiens, son opinion doit être quelque peu teintée par ce qui se passait de son temps : depuis la révolte, l'autorité des Sadducéens avait été submergée dans la tempête et ne se releva jamais; ils disparurent peu à peu, presque complètement, quoique leur esprit ait en quelque sorte revécu dans la secte Caraïte (2).

On peut aussi se demander si Josèphe n'a pas cédé à la pression de l'antithèse quand il leur fait nier la Providence de Dieu ou sa prescience (3).

C'eût été nier toute rÉcriture, y compris le Pentateu que. A supposer

(1) Sur un grand prêtre pharisien d'après un papyrus, voir RB., 1908, p. 539 6S.

(2) M. Sclaechter a intitulé Fragments of a Zadokiie work un docuraeat sur la secte Juive de la nouTCÏle alliance au pays de Damas; cf. RË., 1912, p. 213-240; 321-360 et plus bas, p. 331 ss»

(3) Bell., II, Tni, 14.

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qiu'ils aient abordé les problèmes psychologiques, ils se sont probablement bornés à affiroier nettement le libre arbitre et la responsabiiiié dans les actes humains (1). Ni eux ni les Pharisiens n'ont parlé de la fatalité ni du Destin : sous les masques philosophiques dont les affuble Josèphe,, on ne peut discerner nettement leurs traits.

Sauf ce point, le Nouveau Testament confirme ce qui résulte des qualifications de Josèphe et de son histoire. Les Sadducéens sont le grand prête et son parti (2) ; ils forment cependant un groupe doctrinal qui nie la résurrection des morts et qui aime à discuter (3). D'après .les ^«^65 (4), ils niaient même qu'il existât des anges ou des esprits.

Cette assertion ne se trouve nulle part ailleurs. Elle est la déduction logique de leur négation de la survivance de l'âme, mais elle n'excluait peut-être pas l'existence d'êtres vivant dans un corps moins grossier que le nôtre, de sorte qu'ils auraient nié seulement l'existence de purs esprits ou d'anges communiquant avec les hommes sans une forme sensible. Autrement ils auraient été indociles à la doctrine de la Loi [ellemême sur le ministère des anges (5). L'évangile a constaté leurs discussions avec les Pharisiens (6).

Leur sévérité dans les Jugements est un caractère des Sénats aristocratiques : Carthage, Rome, ¥eaise en font foi. La condamnation de Jésus par Gaïphe prélude à la condamnation de Jacques par Ananos (7). Dans le premier cas la raison politique a été révélée en plein sanhédrin; Ananos affecta de défendre la Loi, mais profita d'une circonstance politique favorable : l'absence du procurateur.

Toutefois les Sadducéens ne sauraient être confondus avec les prêtres hellénisés du temps des Syriens. Une vie mondaine, dés goûts de luxe, la dépendance vis-à-vis d'Hérode et des princes de sa maison, les complaisances inévitables dans les relations avec des païens ont dû donner aux Sadducéens des allures de tiédeur relativement à la loi divine, mais surtout aux yeux des Pharisiens, car leur respect de la Loi était entier, et s'il y avait parmi eux des hypocrites, les Pharisiens furent toujours plus suspects de feindre la piété.

Les Pères les mieux informés, Origène, Hippolyte, saint Épiphane, saint Jérôme, ont affirmé qu'ils ne recevaient que le Pentateuque comme Ecriture sacrée. Mais ils se seraient mis en opposition avec le Judaïsme de

(1) Ant., Xiri, V, 9.

(2) Act., V, 17; IV, 1.

(3) Mt. xxu, 23-33; Me, xii, 18-27; Le, xx, 27-33.

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