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(5) Gen., xxiv, 7 ; xlviii, 16.
(6) Mt., XXII, 34.
(7) Ant., XX, IX, 1.
toute la nation en niant l'autorité et le ministère des prophètes. Il est probable qu'ils n'ont pas reçu Daniel, et peut-être quelque autre livre récent, mais leur canon n'a pas dû être aussi restreint que celui des Samaritains. C'est plutôt parce que les Juifs ont comparé ironiquement les Sadducéens aux Samaritains (1) que les Pères auront conçu cette idée défavorable (2), fondée d'ailleurs en ceci qu'ils regardaient plus spécialement la Loi, qui était leur Code, comme l'organe essentiel de la volonté de Dieu. Mais les Pharisiens tendaient eux aussi à donner à la Loi une valeur exceptionnelle dans les écrits sacrés.
La difficulté de tomber d'accord sur les Sadducéens doit tenir en grande partie à l'attachement des savants israélites pour les écrits rabbiniques. Une tradition qui a remplacé les grands prêtres par les docteurs comme présidents du sanhédrin a-t-elle quelque valeur historique?Elie a seulement transposé dans le passé ce qui se passait à Jamnia ou à Tibériade. Par la même méconnaissance du passé, les Sadducéens ne sont plus dans le Talmud que des docteurs, disputant contre les vrais docteurs, ceux des Pharisiens, avec la même subtilité, souvent puérile, les mêmes abus d'interprétation, le même acharnement sur des minuties.
Car c'est à peine si un écrit récent, les Aboth de Rabbi Nathan (3), a <îonservé un vague souvenir de cette antinomie essentielle du matérialisme ou des rétributions d'outre-tombe. Antigone de Socco avait posé le principe qu'il ne fallait pas agir pour une récompense. Deux de ses disciples, Sadoq et Boëthos en conclurent qu'il n'y avait pas de rétribution ni de survivance après la mort et fondèrent deux sectes où l'on prenait le parti de jouir au moins de la vie présente : ce sont les Sadducéens et les Boéthosiens qu'on prenait les uns pour les autres.
Ainsi une doctrine d'une portée capitale aurait eu pour origine une parole de la tradition, mal comprise.
Mais ce n'est pas là-dessus que, d'après le Talmud, disputaient les Pharisiens avec les Sadducéens ou Boéthosiens. Ces thèmes étaient tous relatifs à l'interprétation de la Loi. On en énumêre une vingtaine (4). Il est impossible de remonter d'aucune des deux parts à un principe régu-
(1) Nidda, iv, 2 : « Les filles des Sadducéens, si elles marchent dans les sentiers de leurs pères, sont comme les Samaritaines », et Sanh. dO^ où les Sadducéens sont mis pour les Guthéens ou Samaritains.
(2) OatG. c. Cels., I, 49 (xovoy Se Mwascoç 7rapaSex6[Ji.evoi Tàç êt'êXou; Saptapeiç ^^ Sa85ouxaïoi; in Matth., XVII, c. 36. — Hipp. Réf. ix, 29 : auxYi fi atpeartç Tiepi ti^v SafAocoEiav (jiàXXov èxpaTÛvôv). — Ps.-Tertull., adv. ffaer., i, d'où Jér., adv. Luciferianos xxiii, in Matth., xxii, 31-32; Épiph., Haer., xiv, 2 ils viennent du Samaritain Dosithée, ô[jiota SatiapeiTaiç (ppovoïïvTe;. — Schurek, II, p. 480, note 26.
(3) Cap. V. Les deux recensions connues peuvent dater du vni« au ix° siècle d'après Jewish Encycl.
(4) Liste des passages dans Str.-Bill., IV, p. 344-352.
LES SADDUCÉBNS. 305
lateiir. Il arrive que les Sadducéens soient plus stricts, même en matière de pureté, comme quand il s'agissait pour le grand prêtre de brûler la vache rousse (1); les Pharisiens se moquent de ce scrupule. Dans ces controverses ceux-ci, qui tiennent la plume, sont censés avoir toujours raison, mais n'avaient peut-être pas toujours les rieurs de leur côté, comme lorsque les Sadducéens leur reprochaient de faire prendre un bain aux rayons de la lune (2).
Les Sadducéens passaient pour si sévères en matière pénale, que, leur Code ayant été aboli par les Pharisiens, ce jour, le 14 Tammouz, était célébré comme un jour de fête (3). Cependant lorsqu'un faux témoin était condamné à mort, ils ne voulaient pas qu'il fût exécuté si son faux témoignage n'avait pas causé de fait la mise à mort d'un innocent (4).
Il est certain que les Sadducéens s'attachaient plus opiniâtrement à la lettre, et que le progrès appuyé par les Pharisiens sur les traditions leur était suspect.
D'ailleurs si de part et d'autre on obéissait à certaines tendances, elles ne comptaient pas comme argument, il fallait toujours raisonner d'après les textes.
Un cas prend une certaine importance, parce qu'il peut être allégué dans la question du jour de la Pâque à la mort du Sauveur.
Les Boéthosiens, qu'il faut entendre ici littéralement des grands prêtres de la famille de Boéthos, voulaient que la gerbe des prémices fût offerte dans le Temple le lendemain du sabbat lors de la fête des Azymes.
Cinquante jours après c'était la Pentecôte, donc toujours un dimanche.
Les Pharisiens entendaient par ce jour le lendemain du premier jour des azymes qui était le 15 nisan. Tout roulait sur le sens d'un verset (6) et d'un mot, les Boéthosiens étant plus fidèles au sens matériel de sabbat, un jour fixe de la semaine, non pas un jour de repos (5). Au temps de Jésus, l'opinioii des Pharisiens avait déjà prévalu dans un cercle étendu, comme on le voit par Philon (7).
Mais il n'est pas prouvé qu'elle ait prévalu dans le Temple de Jérusalem. C'est la seule que mentionne Philon, car il suivait les Pharisiens. Ils avaient, semble-t-il, pour eux l'esprit de la Loi, qui était d'établir un rapport fixe entre les deux fêtes. La controverse était très ardente. On ne voit pas cependant que l'acharnement des Pharisiens ait été tel qu'ils
(1) i^am, m, 7. •
(2) Tas. Khagiga, m, 35 (238), lorsque les Pharisiens voulaient qu'on trempât le chandelier d'or.
(3) Str. et Bill., IV, 349.
(4) MakkôUi, I, 6.
(5) Menakhot, x, 3.
(6) Lev., xxm, il.
(7) De Septenario, Mangey II, 294; dans l'éd. de Cohn, De spécial. leg,,ll, g 162.
'306 XKk. LE& SECTES-
aient avancé la luae d'tta jpap pou» ne, past célébEer la Pejiteeôte ua: dimanche, c'eat-à-dire, le même joue (jue les SadducéenS;, si le 45 nisan tombait un vendredi (1).
Les Pharisiens- finirent par l'emporter et leur victoire a été célébrée brayanament, avec quolibets contre les Sadducéens^^ vaincus définitiv^e^ ment par k ruine du Temple (2). Ce n'est que par une allusion qu'on connaît une autre de leurs victoires, remportée par Billel. LesSadducéenS; ne permettaient pas qu'on immolât If agneau pascal le Jour du Sabbat. Hillel leur répondait qu'eux-mêmes immolaient chaque sabbat l'agneau du sacrifice quotidien. Et si on lui objectait que les prêtres ne laisseraient, pas entrer les Israélites avec leurs couteaux la veille de la Pâque un jour de sabbat, le docteur résolu, sûr que le peuple, inspipé par l'Esprit-Saint puisqu'il lui était docile, saurait trouver un stratagème, imagina qu'il cacherait ses couteaux dans la laine des agneaux et dans les cornes des; chevreaux (3). Et, en effet, le principe prévalut que la Pâque primait; le sabbat (4).
Le triomphe des Pharisiens fut si complet q^ue le nom des. Sadducéens
ne fut plus qu'un souvenir néfaste. On donna ce nom à tous les hérétiques,
.*sans parler des cas où par crainte de la censure on écrivit Sadouqâm^ au
vlieu de Miîiim, nom employé quelquefois pour désigner les chrétiens. (5).
Le judaïsme n'a pas à regretter que la tendance pharisienne ait prévalu. lEn dépit de leurs allures plus mondaines, les Saddueéens ne semblent pas avoir eu l'esprit plus ouvert aux tendances les plus nobles de l'esprit grec. LeuK matérialisme se conciliait parfaitement avec un conservatisme étroit, qui assurait leur domination dans ce monde, le seuldotitils sesoueiassent. Moins- d!esprit religieux, et cependant autant d'iatolérance, aucun sentiment; de la nécessité de compléter la lettre et au besoin de la tourner. Les. Phansiens étaient; plus en contact avec les réalités de la vie du peuple. Quand on lit leurs écrits on est surtout^ frappé du caractère chimérique de leurs discussions. Ce n'est pas, certes, ridéal,. et c'est souvent un, abus du raisonnement contre la raisoa : avec les Sadducéens c'eût été pire.
(1) C'est aiasl que Sir. et Bill. (Il, 852) expliquent la divergeace entre les Synoptiques «t saint Jean sur le jour- où les Juifs ont mangé l'agneau pascal. Ils supposent que de guerre lasse les Sadducéens qui avaient placé cette année le 15 nisan un samedi, auraient permis aux pjiarisiens de le placer un vendredi, dé façon que les Pharisiens auraient mangé l'agneau lé jeudi et les prêtres le vendredi. Cette opinion n'e^sfc pas invraisemblable; si l'on suppose que les Pharisiens ont été de bonne foi sur le jour de la lune, et les Sadducéens aussi, car aucun des deux partis n'avait intérêt à tricher, mais alors cela revient à dire que la divergence n'avait d'autre cause qu'une simple appréciation des faits. Il est intéressant de constater que Billerbeck, l'auteur principal du savant ouvrage, ait admis qu'une pareille divergence pouvait être
entrée dans les mœurs. , t n, u r, i , ■• , v o.n
(2) On discutait encore théoriquement au temps de lokhanan ben Zakkai (f vers 80).
(3) Tos. Pesakhim, iv, 1 s. (162).
' (4) Pesakhim, vi, 1.
(5) "Ze 3Iessianisme.,., p. 290 ssi]
EES ÉSSÉNIENS. 307
§.4. — Les Esséniens (1).
Les Esséniens ne sont pas nommés dans le Nouveau Testament. Mais il se pourrait bien que leur secte ait joué un rôle dans les origines du christianisme, et en tout cas ils ont été à un moment un élément important du judaïsme. Les questions agitées à leur endroit sont toujours résolues €h des sens divers. Comme elles roulent uniquement sur quelques textes, nous croyons devoir les reproduire, soit intégralement, soit, pour les moins importants, par des analyses.