‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 142 sur 198 · II. — Le serviteur de lahvé · texte numérisé non relu

II. — Le serviteur de lahvé

Telle est l'importance suprême du tableau tracé dans Isaïe du serviteur de lahvé, que nous sommes obligé de nous y arrêter, quoique le sujet appartienne à la théologie de TAncien Testament. L'histoire de l'exégèse de ce morceau ne fait guère honneur à la critique qui s'est écartée du sens naturel pour écarter le surnaturel. Elle a cependant été mise sur la bonne voie par le Commentaire de Bernh. Duhm (1), qui a seulement exagéré peut-être le caractère autonome des passages qui traitent du même thème, en refusant de les attribuer à l'auteur de toute la section Is., xl-lv. Quelques-uns prétendent encore que si tous ces morceaux peuvent être enlevés sans que l'ensemble perde rien de sa cohérence, ils sont cependant en harmonie avec le tout où ils ont été versés, probablement après coup. Us comprennent selon nous : xlii, 1-7 ; xlix, 1-9 ; l, 4-9; lu, 13-liii, 12 (2).

Qu'ils aient été ou non écrits par l'auteur de toute la prophétie, ils sont homogènes en eux-mêmes, et il n'est pas prouve que leur ordre laisse à désirer, de sorte que le plus probable est qu'ils ont eu une existence distincte. D'autre part ils ne se réfèrent pas à une situation connue, du passé ou du présent, puisque l'auteur en présente le point culminant comme une chose inouïe qu'on aura peine à croire. C'est donc la révélation d'un mystère extraordinaire, encore qu'il ne soit pas proposé à des esprits complètement fermés à cet ordre d'idées.

Les erreurs de la critique ont porté sur trois points principaux :

1. Le Serviteur n'est point un individu, mais le peuple d'Israël ou du moins l'élite de ce peuple"(3).

2. Si c'est un individu, c'est un malade, qui a été bien proche de la mort, mais il n'est pas mort en réalité.

3. S'il est mort, sa mort étant considérée comme ancienne, on peut l'identifier avec un roi de Juda, comme Josias ou Joiachin. Nous avons vu avec plaisir ces erreurs réfutées dans le grand ouvrage posthume de Gressmann-(4.), réfutation malheureusement mêlée de conjectures hasardées, mais parfaitement solide pour le fond.

(1) GôUingen, 1892.

(2) C'est l'opinion de Lorenz DiiuR, Ursprung und Ausbau dèr israelUiseh-Jildischen Heilandserwartung, Berlin, 1925, p. 125. Duhm et de môme Condamin ne comprennent pas xui, 5-7, ni XLix, 7-9, tandis que Gressmann ajoute xlix, 10-13 et u, 10. Movvinckel {Zeitschr. Aittest. Wiss., 1931, p. 87 ss. retranche xlii, 5-9 qu'il entend de Cyrus (?), et xlix, 7-8.

(3) Tlie servant ofJehovali or the Passion-prophecy of Scripture analysed and elucidated, by George Coulson Workmann, Londres, 1907. — The Proùlem of Suffering in the old testament, by Arthur S. Peake, London, 1904, Compromis : The Prophet inlended Israël and not Jésus of Nazareth by Ihe Servant. But a nation was inadéquate to the functions assigned to the Servant, which were completely realized by Jésus, who concenlrated in Himself the essential Israël (p. XI). Voir aussi : Le Serviteur de lahvé du R. P. Condamin {RB., 1908; p. 162-181), et les études'de Sellin, Ellinger, Mowinckel pour le sens individuel.

(4) Der Messias., Gôltingen 1929, p. 287-339,

LE SERVITEUR DE lAHVÉ. 369

La vraie interprétation repose sur le texte qu'il suffit de lire ; il n'est pas moins sûr que le reste d'isaïe; quelques corrections, surtout d'après les Septante, et suggérées par le contexte, ne font que ramener divers détails à l'harmonie des grandes lignes qui sont certaines :

XLii, i. Voici mon serviteur, dont je suis le soutien, mon élu, en qui se complaît mon âme; j'ai répandu sur lui mon Esprit :

il fera connaître aux nations le Droit divin.

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