‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 152 sur 198 · BABYLONE · texte numérisé non relu

BABYLONE

Voilà enfin l'humanité créée avec une étincelle d'origine divine et préexistante : à la manière platonicienne et pythagoricienne, ou d'après la Genèse? Gayomard, l'homme primitif, ne fournit que l'élément matériel. Si nous avons tant insisté sur un document qu'on nous donne comme un témoignage de l'iranisme primitif, c'est afin de n'avoir plus à discuter des origines du Fils de l'homme, de l'Horame-Dieu, Sauveur et sauvé, et de tout ce qui est sorti de l'imagination érudite de Reitzenstein. La pièce démonstrative est en effet écrasante... pour son système. Laissons tomber ce mystère de salut qui est une mystification.

§ 2. — Babylone.

D'après la tradition sacrée, Abraham venait d'Our au sud-est de Babylone. L'influence de cette antique patrie sur les traditions hébraïques primitives n'est pas contestée. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. On se demande si, depuis l'exil et surtout depuis la restauration sous Gyrus, l'influence de Babylone s'est exercée sur le judaïsme pour le faire devenir ce qu'il fut. Dans le domaine purement religieux, on concède généralement que l'antinomie était trop accusée, les haines trop fortes pour que les Juifs aient eu même la pensée de s'assimiler quelque chose d'une religion qu'ils exécraient, de ces dieux que lahvé avait vaincus en suscitant Gyrus. Mais dans le domaine de la science, surtout de l'astronomie, les Babyloniens ont été les maîtres des anciens, même des Grecs. On soutient maintenant (1) que la précession des équinoxes, dont on attribuait la découverte à Hipparque (ii" s. av. J.-G.) était déjà connue du Babylonien Kidinnu, vers 314 av. J.-G., quoique mal calculée de façon à constituer une grande année de 30.000 ans.

De là l'idée de la Grande année, d'un éon remplacé par un autre éon, et la tendance à utiliser cette donnée pour les conceptions des fins dernières des hommes. De Babylone sortit aussi l'astrologie, cette sœur malfaisante de l'astronomie, dont le pouvoir s'étendit jusqu'en Occident. Tout était écrit d'avance dans le ciel, tout s'accomplissait selon les influences astrales : en connaissant sous quelles conjonctions des astres un homme était né, on pouvait prédire quelle serait sa destinée (2).

Galciils des périodes, calculs des destinées, rôle des planètes, action incessante des démons, consultation des présages, philtres nuisibles ou préservateurs, talismans, amulettes, c'était tout un attirail d'apparence scientifique qui envahissait le domaine religieux.

fl) ScHNABEL, Berossos, p. 227 ss., d'après Bousset, p. 503.

(2) CuMONT, Les religions orientales..., ch. vu, L'astrologie et la magie.

Le ChristiarnsHie n'a pas: tonjouDS céu-ssii à pj?és©Ever ses fiéèles àes séductions malsaiaes; de l'a&trologie;©!; de la sorcellepie : le; judaïscne: auraitil em pins de snccèa? Assurément non, et l'on a écrit; plus d'une raonogîirar-' pMe intéressante sur les superstitions juives^. Maisi nous; parlons ici de; la religion de Féldte du judaïsme, divisé profondément miême; sur- des thèmes importants:, mais qui n'aurait pas consenti, du moins ouvertement, à pactiser ave© ce qu'on nommait souvent en gros la magie-. Plus o>u m'oiias favoratoles à Faction de Bien, oiu au libre arMtre dans les aetes humains, ils n'admettaient aucune cause nécessitant© à la façon des pratiques suspectes de l'astrologie.

Les calculs sur les périodes mondiales n'avaient pas le même inconvénient. Voit-OQ cependant que les auteurs d'apocalypses aient adopté eeux des Babyloniens? Les livres sacrés; des Juifs étaient les seuls qui leur permissent de diviser, l'histoirei du monde en un ceiftain nombre, d'époques qui dans les temps moins anciens divisaient leur proipre histoire;, Usn'onA pas? manqué de les noter. Eii cela aucun emprunt (1). Ils ont aussi opposé te: monde actuel au mionde futur, Qnt-ilsi donné à. réoa qui pi?ée.èdle le jugement la durée de la grande année:,, qu'on évaluait à 30,0i0' ans? Non, car le; texte- grec. d'Hénoeb parle de lO.OiOO ans (2)u . D'après, Sénèque (3), Biérose admettait des confiagrations périodiqiues, alternant avee des déluges: le déluge biblique devait demeurer uni(|ue. On trosuve, un indi^îe de la conflagration du monde fi-) dans Hénoch uiy 6 qu'on attribue d'ailleurs, à une influence iranienne.

Mais le texte dit, seulement, que les six montagnes de métaux « seront toutes devant l'Élu comme la cire devante le feu (5) et comme l'eau qui tombe d'en haut sur ces montagnes, et elles s'amolliront à ses pieds »;, nom point que le monde soit détruit par le feu, mais il devient apte au gouvernement divin avec la destruction de ce qui alimente le; luxe et, la gueiîre. Et il! en est toujours ainsi. Les Juifs ne s'occupent pas comme les Babyloniens et les Grecs des destinées du monde d'après les éléments qu'il contient, mais de la transformation du monde en vue du règne de Dieu. Ils ne sont point eurieux des phénomènes naturels en eux-mêmes, mais soucieux; de leà ramener à la causalité divine. Il pourra leur arriver d'accepter des données reçues par la pseudo-science babylonienne,, qui met partout des génies, qui donne l'intelligence aux planètes, mais en

(t) Oa ne voit: pas que les, Apocalypses aient usé des calculs de Bêrose, qui paraUsenit de plus en plus établis sur de bonnes soutces babyloniennea; cf. Dhorme, L'aurore de l'histoire babylonienne; RB., 1924, p. 549 ss;

(2) Hén., xvm, 13.

(3) Quaest. nat, ni, 29.

(4) La Sibylle ressortit au judaïsme eu Egypte..

(5) Cf. Ps. LXYiu,, 3,, et les deux conaparatsans avec le; feu et l'eau daas; Is., i\w, t..

bab'YKqîke; Mi

jÊaisaBciles i'ectiricasti«>nfS néGessaires. L'espiiit eu toruierre;, de la. Bai©r,. de la gelée, du: brouilla^â, de la neige,, soit ; majis l'esprit de la grêle:, doïhtmm îie po^uvait pienser rien deJi)on est malgré tout nu* bon ange [Hén:., ex, IT)., Rien déplias net contre le dinalisme et le trop d'empire aeecrdé awx éémans.

Il est vrai qu'on trouvait dans la Bible mônae des monstres qxà faiisaiient vaguemient figure é' animaux domptés: autrefois par Dieu : Béhémot et surtout Léviathan (/^.^ xxvii, 1). Désormais on leur donne un sexe à cbaewn, siraiiple développement de l'imagination, et, pour qu'ils' servent qiuand même au bien des justes, Léviathan (d'après IV Esd., 49-52;)' leurservira de nourriture. Si les étoiles jouissent de l'intelligence et de l'indépendance — à Babylone les planètes sont des divinités, — et qu'elles se eoBLdiiisent mal, elles seront eneliaînées; en attendant un pire cbâtiinent (ffén., xvm, 3). On pourrait soutenip sans paradoxe que Finfluen ce s'exerce encote,. même lorsqu'elle détermine une réaction. Aussi a-t-on proposé de voir dans les sept archanges une hiérarchie opposée aux sept planètes, ou aux: sept AineshasSpentasde rAvesta. Mais Bousset lui-même reconnaît que ce rapprochement ne saurait être poussé dans le détail, tant les sept anges du judaïsme s:ont: peu caracMrisés (1). ïl s'agirait donc seulement du nombre sept choisi pour indiquer les sept esprits les plus élevés qui se tienaienli devant Dieu.

On les trouve dansTobie (2). Raphaël est « l'un des sept anges saints qui offrent les prières des saints et se présentent devant la gloire du Saint »'. Hénoeh éthiopien (3) en nomme six : Uriel, Raphaël, R.aguel„ Michaël„ Saraqiel, Gabriel. Le septième, Remeiel, préposé sur les ressuscites, e&t ajouté par le texte gfec,, probablement pour obtenir le chiffre, le plus ordinaire. On voit que les noms des anges sont tous formés avec le nom de Dieu, et ils ne sont pas assimilés, aux étoiles, puisque, au coatrairev ce sont les sept êtres blancs qui amènent les étoiles devant: Dieu pour être jugées fi). Les sept anges sont probablement une précision des sept lampes de Zacharie (5), expliquées comme les yeux de lahvé qui parcourent toute la terre : or il esl clair que ces sept lampes sont celles du chandelier à sept branches (6). Nous n'avons donc pas k cherGher à Babylone, Aussi bien d'autres textes ne connaissent q^ue quatre anges principaux,, qui sont Mchaël, Uriel, Raphaël, Gabriel (T), tandis qu' Uriel est remplacé par Phanuel dans le Livre des Paraboles (8).

(1) BOUSSET, p. 500.

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