‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 153 sur 198 · XX · texte numérisé non relu

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(4) Sén.y. xcy 21.

(5) Zach.,, IV, to.

<6) Zach.y i\, 2, IL est. admis que l'Apocaljpse de saint. Jean dépend de Zacharie.

(7) Hén., IX et x.

(8) Eén., XL, 9.

Hénoch parle encore de soixante-dix pasteurs, qui doivent bien être des anges (1). Mais rattacher ce chiffre aux soixante-douze semaines de cinq jours des Babyloniens, comme fait Bousset, c'est à tout le moins se perdre dans une antiquité insondable. D'où vient l'importance du chiffre de soixante-dix dans la Bible? Il est difficile de le dire, mais il était des plus courants avant le Judaïsme. On peut consulter une concordance. Le plus simple est de penser aux anges des nations qui étaient au nombre de soixante-dix selon le nombre des fils de Jacob (2), et qui avaient chacune son ange, ou au conseil des soixante-dix vieillards choisis par Moïse (3). Dieu lui aussi avait ses ministres, formant un conseil d'honneur et chargés de ses missions.

Au contraire nous reconnaissons volontiers que les guides des quatre saisons et des douze mois ainsi que les chefs des mille qui séparent les trois cent soixante jours (^i.) sont une création astronomique, destinée à mettre tout le mouvement des astres sous l'empire des ministres de Dieu. Tout cela appartient au livre des luminaires du ciel {Hén., lxxii-lxxxii), sur lequel nous allons revenir.

La durée du monde ne suppose aucune connaissance des calculs de Bérose. On lui donne 6000 ans parce que mille ans sont un jour pour le monde, et qu'il a été créé en six jours. On pourra ajouter 1000 ans de repos avant l'éternité (5). Tous les calculs sur là durée des temps messianiques postérieurs à notre ère reposent sur des textes bibliques interprétés. Le livre des Jubilés est la preuve la plus éclatante du parti pris de ne pas chercher à l'étranger un système pour calculer les périodes et dater les faits de l'histoire, d'abord de l'humanité, puis d'Israël.

La Géographie eschatologiqne louchait, elle aussi, à la religion. Mais là encore il faut se défier des apparences d'un emprunt. Ou c'est l'imagination qui parle seule, ou elle se joue d'après des réminiscences. L'arbre de vie futur sera planté près de la Jérusalem nouvelle, mais il rappellera l'arbre de vie du Paradis {Gen., ii, 9). Dieu reviendra juger sur le Sinaï {Hén.y 1, 4), et peut-être la montagne du jugement, dit le trône de Dieu, placée entre trois et trois montagnes, est-elle encore le Sinaï (6). Elle sert à Dieu de trône, et ce trône est en saphir, comme dans Ézéchiel (i, 26) (7). Si le Très-Haut descend au midi {Hén,, lxxvii, 1) la réminis-

(1) Lxxxix, 59, d'après Charles, Schûrer, Martin.

(2) En combinant Ex., i, 5, avec Dt., xxxii, 8.

(3) Ex., XXIV, 1-9.

(4) Hén., Lxxxii.

(5) // Hén., xxxm, 1.

(6) Hén., XXIV, 3 et xxv, 3, contre Charles et Martin. Par une caracléristique bien étrange, elle est placée entre des montagnes à l'orient, et des montagnes au sud. C'est la situation du Ms Safsafeh, dominant la plaine comme un véritable piédestal, avec des montagnes à l'orient^ et dominé au midi par le Dj. Mousa et le Dj. Katherin.

(7) Cf. le saphir sous les pieds de Dieu au Sinaï, Ex. xxiv, 10.

BABYLONB, 413

cence n'a rien de babylonien : c'est la situation du Sinaï par rapport à la Palestine. Si le jardin de justice est au nord {Hén., lxxvii, 3), l'idée première vient peut-être de Babylone, mais elle était acclimatée dans Israël (1). Hénoch parle aussi de sept fleuves. Pour avancer que leur cours a été emprunté au haut plateau de l'Iran, il faut que le premier soit l'Araxe qui se jetterait dans la Caspienne, nommée la grande mer. Mais ce peut être le Nil, censé venu de l'Occident. D'ailleurs les fleuves ne sont même pas nommés, non plus que les sept lies (2).

Le système astronomique d'Hénoch dans le Livre du changement des luminaires du ciel (lxxii-lxxii) ne nous parait pas non plus emprunté à la Babylonie. Peut-être les portes du ciel par où passe le soleil sont-elles en effet une réminiscence de termes sémitiques datant des premières origines des Hébreux, où le terme s'était perpétué [Ps., lxxviii, 23), mais l'auteur parait si peu soucieux d'emprunter qu'il s'efforce plutôt de créer une année solaire autonome de 364- jours (3), qui paraît bien avoir été déduite de l'histoire du déluge {k). Dans ces conditions il serait plus juste de dire avec Charles (5) que ces portes sont destinées à dispenser de l'emploi des signes du zodiaque que de souligner avec Martin (6) qu'elles répondent aux douze signes du zodiaque babylonien.

Naturellement ces portes par où passe le soleil servent à indiquer l'augmentation successive des jours et des nuits. L'auteur constate que les jours les plus longs sont doubles de la nuit, c'est-à-dire de 16 heures (7). On a remarqué que cela supposait une latitude d'environ 41° (8) ce qui conviendrait mieux à la Macédoine qu'à la Babylonie : mais l'auteur aura pris les choses très en gros : en Palestine il y a des jours de fait de 15 heures. D'ailleurs ces points, et d'autres qui ont été énumérés (9), ne touchent pas à la religion elle-même. îl a été plus facile

(t) Is., XIV, 13.

(2) [léïi., LXXVII, 8, deux près de la terre et ciaq dans la grande mer: ce sont les cinq de Jubilés vm, 29.

(3) Lxxxii, 32.

(4) Charles (d'après Bacon), Jubilés, p. 561. A la vérité il dit aussi 360 jours!

(5) Sur Lxxn, 8.

(6) Hénoch, p. 165, note. Il faut d'ailleurs reconna^tre que le Judaïsme postérieur se montra beaucoup moins scrupuleux comme lé prouvent les représentations en mosaïque du zodiaque dans les deux synagogues récemment découvertes de '■Mn Douq (RB., 1921, p. 242) et de Bei(- Alpha {RB., 1930, p. 265 ss.) ; dans les deux cas le soleil sur son char est figuré comme un jeune homme, les signes du zodiaque sont représentés et nommés. La mosaïque de Beit Alfa est datée -du règne de Justin. Justin P'' de 518 à 527 ou Justin II de 565 à 578; celle d'Aïn Douq semble être du 111° s. de notre ère.

(7) Lxxii, 28 ss.

(8) Martin, sur lxxii, 34. Dans Cliarles le 49° degré!

(9) Martin, Le livre d'Hénoch, cii : « Le division du monde par les Babyloniens en sept tapqâti, sept zones... a inspiré sans doute plusieurs divisions géographiques en sept parties, V. g., sept montagnes, sept fleuves » mais les auteurs d'Hénoch, comme celui des Jubilés, avaient le nombre sept dans Je sang, héritage de leurs ancêtres.

'M4 XV. LES INFIitJENCES {ÉTRANGÈRES.

de les iTajpproclier des antiefuies poèmes babylomieïis «fue de la ^sisliuation seientifique igui a suivi da conquêite d'Alexaadre. €e sont .d'anciennes rémi- MisGenees déjà ada/ptëes, plutôt que des emprunts même ineonsoients d-n tedaïsine.

^Charles n'a pas eu tort de dire ((1) que « le but de l'auteur de «e livre est de combiner en un système les diverses expiressions de l'Ancien 9}estamenl iregardant les phénomènes iphysiq^ues »,. Le Judaïsme à cette époque, avant 135 av. J.-C.., est ;en matière scientifique l)eaucoup ipiu& saucieux de caordonner ses projpres élémefn^s qtue de s'informer .ailleurs et de ts'ouvrir à la science naissante ide l'astronomie .

Les ancêtres des Jnifs ont été campés en Egypte,. Il est imipossible -qu'ils n'aient pas subi l'influence de cette vieille et pr<estigieuse civilisation. 4es traces qu'on en trouve dans les écrits des «Hébreux confirment ce ^qu'ils nous disent du séjour en Egypte et J'antiqnité de leur tradition (2),

iMais cet antique contact Ji'est j)oint de .notre «sujet. On .avance qu'il a été repris plus tard d'une façon plus secrète -et qu'il a favorisé dans Israël l'efflorescence de la littérature dite de la Sagesse, sentences de morale, règles de vie, ^proverbes, manière de se bien comporter et de réussir, avec une hâse de ^principes. religieux. Et il est certain que dès le& premières ^dynasties l'Egypte a excellé dans ice ^genre, et avec une allure particulière. Ckezles Grecs, Hésiode, dans les Ihavaiiac et les Joints, donne la , parole à un frère, Théognis s'adresse à son jeune ^ami Cymos. ;Chez. les Égyptiens, c'est le père qui transmet k son fils la sagesse des aïeux. De même chez les Hébreux. Hien n'em^pêche de supposer que les demi- Bédouins installés dans le pays de Canaan, si longtemps sous la domination égyptienne, toujours fortement impressionnés par la grande monarchie voisine, se soient mis à son école de sagesse pratique. Toutefois un chef-d'œuvre comme le livre de Job, les sentences d'Ahikar, prouvent quelles dispositions natives leur permettaient d'y réussir. !L'emprunt n'est point aussi démontré (![u'il a iparu à certains égyptologues -dmit on a irècemment groupé les opinions et les résultaîts (3).

(Il) Pseudepigra^pha, ,p. :169.

(2) JÉtude ireprise récemment par M. A. ;S. Yahuda, Die Sprache des tPentaieucli inilmen Beziehungen zum Aegyptischen, 1929. Voir le compte rendu du P. Dhorme, {.RB., 1929, P- 441 ss).

(3) Paul HuMRERT, Recherches sur les isources égyptiennes de la diitérature .mpienUale d'Israël. Neuchâtel, 1929. — La.recension du P. Dhorme (ft^., 1929, ^p. «22-^624) jnï>us paraît avoir touché.juste: la "ressemblance la ;pluB signaLée, celle de Prou., xxii. 17 ~ xxm, 11 aT«c les Maximes d'Amenemoj)© n'est ipas décisi\^Éî, parce qu'elle m'est pas obtenue sansîdes changeraBat& assez arbitraires du texte hébreu et paice que la suite des sentences n'est pas la même.

lies analogies se pôui'suivent jiusqii'au temps d'Me'xandre, ca/r c'est Ters Vam. MQ uv. J.-G, <jue M. iLefètowe a plaeé le tombeau de faniiMe de Pdfosiris îqui lui a permis de les mettre en ilumière. Il eonckt cepeindaiit (jae »ee parallélisme se réduit, « iprobablemfent, à une reiiGontîre fordîuite d'expressions et dldées » i(l). Il a somlig-né d'ailleurs le sentiment très religieux des /textes de Petosiris : « Toute la nuit l'esprit de Dieu était dans mon émîe, et dès l'aube je faisais ce cfu'il voulait » (2),

M. Lefèbvre a surtout insisté sur le mobile dominant de la vertu 'de Petosiris : « J'ai fait tout cela, en pensant que j'arriverais à Dieu après ma mort » (3).

La rétribution après la mort est en Egypte un thème dont il est difficile d'indiquer d'origine. Il est exprimé d'une façon splendide dès l'Ancien Empire, dans les précepi;es de Mirikara (4) ':

'Quant aiTX magistraits qui jugent lès pécheers (Osirîs et ses assesseurs), sache bien qu'ils ne montreront aucune indulgence le jour où ils jugeront des méciianfe, à cette heure où ils accompliront leurs londliions. Malheur siile Sage (Thot) se fait accusateur. Ne te fie pas à la longueur des années, car ils considèrent une vie humaine comme une heure seulement. L'homme survit -à 'la mort, et ses actions sont placées auprès de lui comme son seul trésor. Cette existence-là sera éternelle; bien fou celui qui ne s'en sera pas soucié. Quant 'à celui qui y parvient sans avoir fait le mal, il vivra là-bas comme un dieu, circulant dans l'autre monde comme le maître de l'éternité.

Le sentiment religieux, pleinement satisfait par cette justice, est heurté cependant par cette pluralité des dieux dont la troupe s'augmente de chaque nouvel élu. D'ailleurs une conception aussi élevée de la valeur des actes bons, qui ipar eux-mêmes assurent une existence heureuse., était exceptionnelle. Nous l'avons déjà dit (5) : aux origines surtout, l'exisiience du défunt dans l'antre monde dépendait absd'iument de la pratique des rites funéraires et demeurart subordonnée à la fidélité de ses descendants à répéter les mots qui avaient valeur d'offrandes ponr entretenir sa vie. M. Moore affirme que dans l'Ancien Empire « l' élément; moral dans la doctrine est adventice, et toujours subordonné » (6).

Ce qui nous intéresse ici, c'est qu'au temps de Petosiris l'élément moral et T'élément magiqne demeurent étroitement unis. Le défurit, admis par

.{i);Le tombemi de.Petosiris, Description, ;p. 41;; déjà «dans /{iî., 1922, 481-488 : Égijptiens et Hébreux.

(2) 'Cette ^prière nocturne qui'prépare'racliivîtë lie la (journée est une ^tliéorieascétique : dans le Ps. XLu, 9, tel que l'ont compris les Septante la même pensée est dans un ordre imoinsjparfait : In die mandavit Dominus misericordiam suam, et nocte canticum eius. Is,, xxvi, 9 a bien la méditiàtiou ardente de la nuit, 'mais le Matin est unie traduction étymologique de Jérôme.

(3) Insc. 116, 1. 6. M. Lefèbvre note (p. 41) .■-. « Idée et formule qui se rencontrent déjà au tombeau d'Hapidjefa; Gripfitii, Siût, p. 6. 1. 267.

(4) D'après Sxtys, Vie de Petosiris ; Bruxelles, 1927.

(5) Voir plus haut, p. 346.

(6) G. F. Moore, History of Religions, p. 165.

Thot dans sa compagnie à cause de ses vertus, a le pouvoir d'intercéder pour sa postérité. Mais s'il a pris tant de peine pour organiser une sépulture pour son père, pour son frère aîné, pour un fils mort en bas âge, pour sa femme et pour lui-même, avec de nombreuses inscriptions, c'est que de la fidélité des siens à redire ces écritures dépendait sa félicité et même son existence. La prière du mort avait son prix pour les vivants, mais combien plus précieuse aux morts la récitation accomplie par les vivants ! Écoutons Petosiris :

J'ai construit ce tombeau dans cette nécropole, à côté des esprits supérieurs qui (se trouvent) là, afin que soit prononcé le nom de mon père et (celui) de mon frère aîné : c'est (en effet) faire vivre un homme que de prononcer son nom » (1),

Voici maintenant un petit Osiris, Thotrekh, fils de Petosiris :

vivants, actuellement sur terre qui viennent vers cette montagne, et tous ceux qui viendront (dans l'avenir) pour déposer des offrandes dans cette nécropole, ah ! prononcez mon nom en versant d'abondantes libations...

Et il promet les plus divines récompenses :

Si vous dites en chaque occasion où on se rend à cette nécropole : « Que ton ka jouisse de toutes bonnes choses, petit enfant, dont la vie s'en est allée brusquement, sans que tu aies pu réaliser sur terre tous tes désirs » (2).

D'ailleurs ce jeune mort était innocent :

Quand j'arrivai à cette terre de désolation, (où) les hommes rendent leurs comptes devant le maître des dieux, on ne trouva pas de péché (en moi).

Mélange d'idées très hautes et de pratiques suspectes, nourriture creuse pour un esprit rassis comme celui des Sémites, moins disposés que les Égyptiens à se bercer au murmure des formules contradictoires de ces morts devenus Osiris, et donc divinisés, qui s'évanouiraient — comme les dieux eux-mêmes — faute d'un secours d'une valeur magique, dont dépendent même les dieux. On voit maintenant pourquoi il nous a paru plus conforme à la réalité des choses, aux indications de l'histoire et de la psychologie., que l'idée de la rétribution chez lésé Hbreux, si supérieure à celle des Égyptiens, ait été déduite par un sentiment profond et invétéré de la justice de Dieu et de la perpétuité de l'âme, sans le secours d'un culte extérieur, sévèrement prohibé.

Oserons-nous dire que les inscriptions superstitieuses de l'Egypte, chéries des archéologues, ont déterminé chez les Juifs une pratique

(1) Lefèbvre, op. L, p. 136.

(2) Op. L, 113 s.

l'égypte. 417

contraire, par une réaction plus ou moins consciente? Combien de fois n'avons-nous pas été déçus en visitant des tombes sculptées dans le roc avec un effort, et parfois avec un art admirable, de n'y rencontrer jamais d'inscriptions? (1) Ce silence absolu des tombes qu'on ne craignait pas de décorer, même en empruntant des motifs grecs d'ornementation, est évidemment voulu. Est-il certain qa'on ne craignait pas un emploi superstitieux da nom du défunt, pour l'aider ou pour lui nuire?

La règle a été observée même par les Nabatéens dans le voisinage du pays d'Israël à Pétra(2), malgré un assez grand nombre de proscynèmes ou inscriptions par lesquelles on se recommandait aux dieux (3), proscynèmes qui font défaut dans le pays d'Israël.

Au contraire à Médaïn Saleh (4) les tombeaux sont munis d'inscriptions et de noms propres, véritables titres de propriété.

Le silence des tombeaux des Juifs (5) est peut-être un dernier témoignage de la répugnance qu'ils avaient toujours eue à sonder le mystère de l'au-delà.

D'ailleurs dans les apocalypses on ne relève aucune analogie avec les concepts égyptiens, si ce n'est que la région des morts s'ouvrait à l'ouest, comme dans la chaîne libyque (6). L'embaumement des Juifs était sommaire et ne prétendait pas disputer le défunt à la décomposition de la tombe, tandis qu'en Egypte les rites de la momification étaient une base nécessaire à l'espérance de la résurrection.

Cette résurrection à l'égyptienne, à l'instar d'Osiris, était expliquée par le mythe avec des détails si étranges et si scabreux qu'elle aurait plutôt détourné les Juifs de croire à la résurrection, s'ils n'y avaient été portés par les raisons très hautes dont nous avons parlé, et par l'autorité de prophètes reconnus comme parlant au nom de Dieu.

Si le mythe Osirien s'est glissé dans la légende rabbinique du patriarche

(1) Uae seule exception notable, à ma connaissance, celle du tombeau dit de saint Jacques près de Jérusalem qui nomme les Bené Hézir , mais c'était une famille sacerdotale qui sans doute ne s'est pas souciée d'observer la règle. Le sarcophage d'Hélène d'Adiabène portait son nom sémitique, mais dans les cachettes d'un splendide monument dépourvu de toute inscription. Quelques mots sur un tombeau au nord de Jérusalem ont disparu récemment.

(2) Môme au tombeau du Turkemanieh, découvert par le P. Vincent en 1897, la longue inscription ne contient aucun nom propre. Cependant nous avons découvert à Pétra le tombeau d'Anicbou (iîi5., 1897, p.. 225).

(3) RB., 1898; Recherches épigraphiques à Pétra (p. 165-182).

(4) Mission archéologique en Arabie (Mars-mai 1907) de Jérusalem au Hedjaz. Médain-Saleh, par les Pères JAussE^ et Savignac, Paris 1909.

(5) Les ossuaires et les tituli étant déposés à l'intérieur des tombeaux on eut moins de répugnance à y mettre des noms : ce ne fut d'ailleurs que tardivement. On savait à quelle famille appartenaient les grands tombeaux ; les ossuaires devaient être inscrits pour éviter les confusions. — Sur ces ossuaires voir l'étude du P. Vincent dans Rendiconti délia Pontificia Accademia Romana di Archeologia cristiana, séance du 26 mars 1931.

(6) Hén., XXII, 1, d'après Martin, p. cm.

418 XV. LES INFIiXJËWCES 'ÉTRANGÈRES.

losepli (1), «es traits âe couieuF locale n'affectent en rien les principes de la religion. L'historiette est racontée dans les sources avec des variantes assez notables. Il en ressort ^ue les ossements du patriarche avaient été renfermés dans un cercuéiil en métal par les Égyptiens eux-mèm«s, qui "l'avaient plongé dans le Nil. L'endroit est signalé à Moïse par Sarah, une vieille israélite, et, sur J'invitatioin de Moïse, le cercueil remonte à la surface. Il est probable quô les Juifs ont conçu cette aventure d'après le mythe d'Qsiris, dont le cercueil était plongé dans le Nil pour le féconder Mais tandis que toute la prétention d'un Égyptien défunt était de devenir un Osiris, le Juif, conscient de sa supériorité, imagioae que les Égyptiens avaient plongé Joseph dans le Nil pour le bénir (2). S'il emprunte, c'est à la condition de se faire valoir. On le voit assez par la littérature judéogrecque. C'est ici le cas des écrits rabbiniques, quelle que soit la date de la première tradition.

Les Israélites seraient-ils redevables aux anciens Égyptiens de leur prophétisme et de leurs thèmes niessianiques ? C'est ce que Gressmann (3),. s'est demandé, mais, d'après des signes peu sûrs. D'ailleurs il accorde que les Égyptiens n'^ont eu ni une olasse de prophètes, ni des extatiques, du moins à notre connaissance. Assurément on rencontre chez eux des oracles et des présages iomina) interprétés, l'annonce de calamités et de temps heureux, comme chez les Babyloniens. Mais si Gressmann reconnaît que chez les Babyloniens on ne découvre rien de vraiment messianique (4)5,, on en dira autant de l'Egypte où les indices sont encore plus légers.

§ 4. — La Grèce .

L'influence de l'hellénisme, acceptée ou combattue par les Juifs, est le sujet même de cet ouvrage* Nous n'avons à grouper ici que quelques notions générales.

Tout d'abord l'helléuisme parut triompher, grâce à la connivence du sacerdoce. Mais quand il voulut achever sa victoire en s'attaquant directement à la religion nationale, il échoua et cette défaite le fit reculer sur toute la ligne de l'assimiktion. 11 se reprit cependant, toujours avec l'aide du sacerdoce. Les grfinds prêtres asmonéens devenus rois se prêtèrent aux mœurs plus polies des cours grecques, d'où leur rupture avec le

K (1) Excellent exposé dans G. Kittel {Die Problème^.., p. 169-194,) qui isite in extenso l& Targuin, le Talmud et les midraehim,

(2) Sofa 13" (cité par Kittel) : « Elle (Sarah) dit ■: Les Égyptiens ont fait pour lui un cercueil de métal, et l'orit fixé dans le fleuve du Nil, pour que ses eaux soient bénies. »

(8) Der Messias; NU" Livre : L'espérance messianique égyptienne, 417-445, citant plusieurs études d'Ed. Meyer qui. concluait pour l'affirmative.

(4) Op. laud., p. 445.

LA GEÈCE. 419

parti fidèle à la Loi et aux traditioï3S qui se retire sur l'Aventin du Pharisaïsrae, ou plutôt se rattache plus étroitement au Sinaï. Nous aTous vu comment les prêtres, tout en pratiquant le culte selon les formules de la Loi, se sont crus autorisés à méconnaître les espérances d'outre -tombe. Sous le règne d'Hérode, les grands prêtres, souvent changés, durent se prêter à plus d'une innovation scandaleuse; il leur était difficile de refuser une invitation au théâtre quand le roi y assistait. Sous les Romains u.n sentiment de dignité amena sans doute une réaction nationaliste, mais très mitigée et très prudente. Plus ou moins satisfaits du présent, les Sadducéens se raillaient des revanches qu'on fondait sur le dogme de la résurrection, et n'attendaient pas grand'chose de plus du messianisme. Le grand jugement de Dieu sur le monde ne devait pas les émouvoir davantage.

Les Esséniens eux aussi ont été touchés par l'esprit grec, mais dans un sens complètement opposé. Ce sont les extrémistes pacifiques du parti engagé dans la lutte contre les étrangers, plus assidus que les Pharisiens eux-mêmes aux purifications, plus séparés que ces Séparés par définition^ ne vivant plus que dans l'attente de la grande intervention de Dieu. Dans ces dispositions d'hostilité contre les contaminations inséparables du corps, devenues une véritable répugnance à exercer ses fondions, ils se sont laissé entraîner à des doctrines reçues par des Grecs, quoiqu'elles ne fussent probablement pas d'origine grecque, et n'aient jamais été jugées parle grand nombre conformes au génie de la race grecque, à ce spiritualisme pythagorique, recueilli par Platon, ennobli par la poésie incomparable de son ascension sur les ailes de l'amour. Les Esséniens attendaient donc leur salut de la délivrance du corps, et si ce mépris de tout ce qui était corporel leur a fait envisager comme peu agréables à Dieu les sacrifices des choses corporelles et leur a inspiré peu de confiance dans un Messie humain, leur attente du jugement n'en était que plus anxieuse de voir le Seigneur des Esprits installer son Élu, chef du monde des Esprits, pour régner sur un monde nouveau, dans les régions célestes

Ce qu'ils avaient emprunté à l'hellénisme ne les inclinait nullement vers la civilisation grecque, vers sa gloire militaire, l'éclat des arts l'agrément de la vie, voire dissolue : de tous les Juifs ils étaient les plus opposés à cet idéal trompeur, ne rêvant que de joies meilleures dont ils goûtaient les prémices dans leurs contemplations.

Entre ces deux extrêmes les Pharisiens étaient, et ils sont demeurés les

représentants les plus résolus et les plus conscients de la lutte contre

l'hellénisme. Résolus à ne pas le laisser pénétrer dans l'enceinte sacrée de

la Loi, ils entouraient sa lettre d'une haie infranchissable de gloses et de

traditions. Leur fidélité à la foi religieuse en un seul Dieu, le dieu d'Israël

ne se pouvait conserver intacte, à leur jugement, si l'on s'inspirait de l'hellénistne, fût-ce dans le dessein de se servir de sa culture de l'esprit comme d'une arme pour la défense des intérêts religieux. Contre la négation des Épicuriens, le doute des Académiciens et des Sceptiques où le naturalisme des Stoïciens, les Docteurs maintenaient l'existence d'une Loi révélée par Dieu qui fixait leurs convictions et dirigeait toute leur pratique morale. Les Juifs d'Egypte, comme nous le verrons, ne pensaient pas être infidèles à leur foi en s'initiant aux sciences et aux lettres de la Grèce. Les Juifs de Judée ne s'y crurent pas autorisés, non seulement par la crainte de l'entraînement sur une voie où les fleurs cachaient des pièges, mais parce qu'ils ont estimé que leur loi, donnée par Dieu, inspirée par son Esprit, suffisait à les instruire sur toute chose. Il fallait seulement savoir l'interpréter.

Dédaigneux des recherches de l'astronomie expérimentale et raisonnée, ils ont fixé l'année à 364 jours. L'origine du monde, souvent mêlée chez les païens à l'origine des dieux, leur parut avoir été racontée de la façon la plus exacte par le récit de Moïse, d'autant qu'elle servait de base au repos du septième jour. L'exégèse elle-même du texte sacré ne devait pas se faire d'après les procédés de la rhétorique grecque, mais d'après des règles spéciales, elles-mêmes fondées sur l'Écriture. Ajouter à cette histoire un récit des temps nouveaux parut cependant légitime aux auteurs des livres des Macchabées, mais le second n'est qu'un résumé de Jasoh de Cyrène, étranger à la Judée, et il fallut attendre la fin du i'''^ siècle pour qu'un Juif de Judée, Josèphe, osât écrire toute l'histoire biblique pour la faire goûter des Romains, ouvrage longtemps exécré des Juifs.

En somme les Pharisiens regardaient la Bible comme une règle universelle et suffisante des connaissances nécessaires à l'homme. Il est inutile de rappeler que ce principe transmis parfois au christianisme pesa sur certaines recherches, surtout lorsque le protestantisme ancien eut repris dans son intransigeance le principe des Pharisiens. C'est seulement grâce à Léon XIII qu'il fut admis universellement dans les écoles catholiques que la Bible ne contient pas- un enseignement proprement dit des matières scientifiques, et parle des choses visibles selon les apparences. Mais les premiers docteurs chrétiens avaient déjà le sentiment, agréablement formulé par Baronius, que la Révélation enseigne à aller au ciel, et non pas comment va le ciel, et l'essor intellectuel dans l'Église ne fut que rarement gêné par les scrupules où les Pharisiens s'enlisèrent. C'est en tournant le dos aux légitimes conquêtes de l'étude, à l'art de composer et de s'exprimer clairement, aux progrès du droit rationnel, qu'ils ont cru ne pouvoir sauver la vérité religieuse du monothéisme qu'au prix de la stagnation dans l'ordre humain. Les Juifs d'Egypte avaient

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