‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 154 sur 198 · LA GREGE · texte numérisé non relu

LA GREGE

mieux compris cette distinction nécessaire entre les vérités de la foi et le terrain ouvert par Dieu à l'activité humaine : mais cette voie fut fermée par le pharisaïsme vainqueur après la chute du Temple, et elle n'était pas sans périls à défaut d'une autorité enseignante infaillible.

Dans l'ordre de la morale, les Juifs se sentaient supérieurs aux Gentils.' Et certainement leur morale, fixée par une autorité divine, était plus stable et plus imposante que les règles plus ou moins divergentes proposées par les philosophes, sans parler du discrédit que répandait partout l'ironie des sceptiques, dont le doute allait croissant avec la découverte de nouveaux peuples' et de nouvelles mœurs. Les sacerdoces païens ne se croyaient pas chargés de prêcher des vertus dont leurs dieux n'avaient pas dpnné l'exemple ; des mystères on excluait seulement certains criminels notoires.

Pourtant le monde gréco-romain avait sur le judaïsme la supériorité de la monogamie : une seule femme légitime était la gardienne du foyea*. Si les Juifs n'ont pas été induits par là à renoncer au principe de la polygamie, en fait la pratique de la monogamie se développait, non seulement par la difficulté pour les pauvres gens d'entretenir plusieurs femmes, mais par un sentiment de convenance, et ce sentiment était bien un résultat de l'enseignement des prophètes. S'ils n'avaient rien changé au droit de l'homme, appuyé sur l'exemple des patriarches, ils avaient souligné que la multiplicité des femmes avait entraîné Salomon vers le culte des dieux étrangers (/ Rois, xi, 1 ss.), et leur comparaison de l'alliance de Dieu avec la vierge Israël ne se comprenait bien que dans la situation d'un mari qui n'a qu'une épouse {Os., i et ii) (1). Aussi plus d'une fois des rabbins, des particuliers ou des groupes, ont entrepris d'imposer la monogamie aux Juifs (2). Jusqu'à présent ils restent libres en principe, dans les pays où la loi civile permet la polygamie (3), et en tout cas ils l'étaient au temps de Jésus, tant ils étaient attachés à leurs traditions ancestrales (4).

C'est par un attachement profond à leur idéal national, et par un sentiment indéracinable de leur supériorité, beaucoup plus puissant que dans la dispersion, qu'ils n'ont fait en Judée aucun accueil à la doctrine stoïcienne de l'égalité, des races. Il est vrai que le dédain des Grecs, l'orgueil des Romains, leur faisaient sentir que cette doctrine était presque purement théorique. Elle n'en était pas moins déposée dans l'Empire

(1) Toutefois dans Jér., m, 6 ss,, Israël et Juda sont deux épouses; de même dans Ez.; xxiii, 1 ss. OoUa et Ooliba sont Samarie et Jérusalem.

(2) Jewish EncycL, v° Pohjgamy.

(3) On citait quelques cas à Jérusalem sous la domination musulmane : en fait aujourd'hui les Juifs ne prennent une seconde femme que s'ils n'ont pas d'enfant de la première.

(4) Jos., Ant., XVII, I, 2 : Jtatpiov yàp TrXscoc-iv èv "caÙTtp vipiïv auvoixeiv.

Gooime lia gecme d'unité, irréductible, qui aboutit sous Garaealla à proclamer citoyens romains tous les sujets de César. Les Juifs d'Alexandrie, comme Pbilon, se sont targ^ués de cette fraternité avantageuse. Ceux de Judée, fortifiés dans leurinstinctnationalistepar l'existence d'tm état politique, ne se sont pas laissé aller à de semblables compromissions/Sans douteoat-ils vu là un dang-er pour leur foi religieuse. Toujours est-il qu'il se sout: eantonués dans leue isolemeat. De là ce reproche de misanthropie qui figure dans les plus anciens pamphlets écrits contre eux (1), et que Tacite a exprimé si fortement en indiquant sa cause : les Juifs s'aiment trop eatre eux pour ne pas être hostiles aux autres (2). Ge nationalisme exelusif dont nous avons rencontré tant de preuves n'est mentionné ici que pour mettre en garde contre cette réceptivité des croyances étrangères qu'on prête si volontiers à tous les Juifs sans distinction.

t> § 5. — La Gnose mandéenne .

Si l'on envisage à l'état concret la question des inâuences étrangères sur le judaïsme, telle qu'elle est traitée par les savants qui n'admettent qu'une action purement naturelle aux origines du christianisme, on discerne un groupe de critiques qui n'essayent guère de remonter à la tradition propre à chaque pays. Partant du fait incontestable au. syncrétisme religieux qui s'est répandu dans tout le monde gréco-oriental depuis la conquête d'Alexandre, y compris l'Egypte, et même en Judée, ils postulent la naissance d'une solution mixte du mystère du salut, une gnose, antérieure aux systèmes auxquels les Pères ont donné ce nom au 11° siècle ap. J.-G., et qui aurait été la source commune du gnosticisme et du christianisme.

Le système le plus eompréhensif de la gnose paraît avoir été le manichéisme, puisqu'il empruntait à l'Iran : mais il est trop clairement daté du 111° siècle, trop dépendant du christianisme, pour fournir le corps principal d'une gnose antérieure.

Après les belles traductions de Lidzbarski des écritures mandéennes (3) on crut avoir découvert cette gnose ancestrale demandée. D'autant que le docte éditeur exprimait nettement l'opinion que la gnose mandéenne

(1) Apollonius Molon fleurissait au premier quart du i<" siècle av. J.-C, dans Jos. c. Apion, II, 36.

(2) Histoires, t, 5: aptcd eos fides obstinata, miserlcordia in promptw; sed adversus omnes

alios hostile odium.

(3) Ginzâ, der Schatz oder das grosse Bach der Mandaer, til>ersetzt und erfclârt, Leipzig, 191» (braducttoa en allemand). — Bas Joliannesbwch der Mandaer, Giessen, 1915 (texte en caractères maadéeas et traduction ea allemand). — Mandaische Litwgien, mitgeteiit, iibersetzt und erklart. Berlin, 19^0 (texte en caractères àébreux carrés et traduction en allemand).

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est sortie dnjudaïsiïie où elle s'est donc djàbord formée. Quelques-uns {%) expliqu-èrent ainsi le caractère pattieiilier de ré\ràîigiie de saint Jean y en dépit dé son insistance sur la nécessité de la foi j parce qu'il fait une large part; à la lumière et à la spéculation iiltelleetuelle sur la foi, ne fùtrce qUe par sofl dogme du Logos.

Qnosef, coUime on sait, signifie connaissance. Une gnose est un système religieuxoùil estdonné à quelques-uns du moins de pénétrer par l'intelligence dans les mystères de la foi. Dans ce sens, qui était celui de Clément d'Alexandrie, la gnose n'est autre chose que la théologie. Elle excède dans le sens du rationalisme lorsqu'ôlle accorde trop aux forces naturelles de rintelligenee (2); elle tombe dans la divagation i&î elle s^emporte jusqu'à construire des systèmes arbitraires, plus ou moins voilés par des symboles et des légendes et néglige 1» pratique morale.

Précisément mandêen signifie gnostique. Le mandaïsme fut ddnc une gnose juive qui influa sur les origines du christiaûistnei

Une manière très radicale de ï-éfuter rargumetit est de regarder les Mandéens Comme les adeptes d'une des gnose S dérivées du christianisme, et non pais même des plus anciennes, d'autant q«e leurs écritures' sont postérieures à l'Islam. C'est le système défendu avec beaucoup de force et d'érudition par M. Erik Peterson (â), et esquissé par M. Burkitt, qui rattache les Mandéens à Marcion (4).

Mais le plus grand nombre a suivi et même beaucoup, esaœéré LMzbarski, surtout Reitzenstein qui a prétepdu démontrer la dépendance littéraire des synoptiques par rapport aux docunaents mandéens (5).

Nous? avons essayé de suivre une voie intermédiaire (6), et sans reproduire ici une discussion très délicate, nous nous excusons d'en reproduife la conelusiony qui a obtenu l'adhésion du R. P. AMo (T).

Notrs regardons le mandaïsme comme une gnose j^uive, et c'est à ce

(1) Lolimeyer, W. Bauer, R. Bullmann.

(2). Ainsi au raoyea âge Abélard, de nos jours Guenthier, FroscHammer, etc.

(3) Bemerlmwjen zur mandaischen LUerdtur, éarii la Z'é'i/tschript fur <M& nûutèsUiméntUelie Wissemchaft, 1926, p, 236-248.

(4) The journal oftheolôgieal Studies, avriï 1928, p. 225-235. — D'ans îe même sens M. HaHs Jiiietz;màiin, Em Beiùrdg zur M'anditerfrape^ dans! les séances de F Aèad'émie prussienne des sciences', 1930, xxvii. Il conclut: « Les Mandéens n'ont aucun lien avec les disciples.de Jean; les écrits parvenus jusqu'à nous aussi bien que leurs usages rituels ont été très fortement influencés par, le Christianisme développé. Ils n'ont aucun droit as figurer Comliie témoins d'ôn mouvement au temps du Christianisme primitif». — Thès'e solidement établie, si l'on envisage les Mandéens et leurs écrits tels qu'ils sont, mais qui ne résout pas la question de leur origine.

(5) Das mandâische Buch des Herrn der Grosse iind die<EvangêUênûbérlieferiing; Sitzungsberichte, Ileidelberg Ak., 1919; Das Iranische ErlôsungsmysteriwM, l&ai; zur Mandâerfrage; ZeUsclir: f die-n. W., 1927,, p. 39; ss.

(6) La gnos^e- inawdéenne et la tradition évangéliqm; RB.^ 19'27,' p. 3^21-349;^ p. 48:l-5l;5-

(7) RB., 1928, p. 220, note : « Nous serions maintenant tout prêt à noUs ranger à l'ensemble <lés conclusions' données par le P. Lagrangei dans les' derniers' nuniépoff de cette Revue (mars 1928). »

Goœtnte ue gepine d'uaitéy irrédmetible, qui aboutit sous Garaealla à proclamer citoyens romains toiiis les sujets de Gésar. Les Juifs d'Alexandrie, comme Phibn, se sont targués de cette fratemité avantageuse» Ceux de Judée, fortifiés dans leurinstinct nationaliste par l'existence d'un état politique, ne se sant pas laissé aller à de semblables compromissions. Sans douteout-ilsvulàun danger pour leur foi religieuse. Toujours est-il qu'il se sont eantonnés dans leur isolement. Delà ce reproche de misanthropie qui fîigure dans les plus anciens pamphlets écrits contre eux (1), et que Tacite a exprimé si fortement en indiquant sa cause : les Juifs s'aiment trop eoitre eux pour ne pas être hostiles aux autres (2). Ce nationalisme exclusif dont nous avons rencontré tant de preuves n'est mentionné ici que pour mettre en garde contre cette réceptivité des croyances étrangères qu'on prête si volontiers à tous les Juifs sans distinction.

* § 5. — La Gnose mandêenne .

Si Ton envisage à Fêtât concret la question des influences étrangères sur le judaïsme, telle qu'elle est traitée par les savants qui n'admettent qu'une action purement naturelle aux origines du christianisme, on discerne un groupe de critiques qui n'essayent guère de remonter à la tradition propre à chaque pays. Partant du fait incontestable du synerétisme religieux qui s'est répandu dans tout le monde gréco-oriental depuis la conquête d'Alexandre, y compris l'Egypte, et même en Judée, ils postulent la naissance d'une solution mixte du mystère du salut, une gnose, antérieure aux systèmes auxquels les Pères ont donné ce nom au II" siècle ap. J.-G., et qui aurait été la source commune du gnosticisme et du christianisme.

Le système te plus eompréhensif de la gnose paraît avoir été le manichéisme, puisqu'il empruntait à l'Iran : mais il est trop clairement daté du 111° siècle, trop dépendant du christianisme, pour fournir le corps priaeipal d'une gnose antérieure.

Après les belles traductions de Lidzbarskî des écritures mandéenn es (3) on crut avoir découvert cette gnose ancestrale demandée. D'autant que le doete éditeur exprimait nettement l'opinion que la gnose mandêenne

(1) Apollonius Molon fleurissait au premier quart du i" siècle av. J.-C, dans Jos. c. Apion, 11, 36.

(2) Histoires, \, 5 : apmd eos fides obstinata, misericordia mpromptu; sed adversns omnes alios hostile odium.

(3) Ginzâ, der Schatz oder das grosse Buch der Mandaer, xihevsetzi und erkîârt, Leipzig, 19t» (tradttctîoa en allemand). — JDas Joimnnesbuch der Mandâer, Giessea, 1915 (texte en caractères maadéeas et traduction en allemand). — Manddiscke Lifurçfien, mitgefeilt, ubersetzt und erliliirt. Berlin, 1920 (texte en caractères kébreuï carrés et traduction en allemand).

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éat sortie du judaïsme où. elle s'est donc djàbord formée. Quelques-uns expliquèrent ainsi le caractère partiGulier de l'évàûgile de saint Jean^ en dépit dé son insistance sur la nécessité de la foi j parce qu'il fait une lafPgè part à la lumière et à la spéculatioïi intellectuelle sur la foi, ne fùtrce qtte par soU dogme du Logos.

Onose,. comme on sait, signifie conBaissance. Une gnose est un système religieux où il est donné à quelqties-uns; du moins de pénétrer par l'intelligence dans les mystères de la foi. Bans ce sens, qui était celui de Glément d'Alexandrie, la gnose n'est autre chose que la théologie. Elle excède dans le sens du rationalisme lorgqu'ôlle accordé. trop aux forces naturelles de rintelligence (2); elle tombe dans la divagation si elle «^emporte jusqu'à construire des systèmes arbiti^àir es, plus ou moins voilés par des symboles et des légendes et néglige la pr'âtique morale.

Précisément mandêen signifié gnostique. Lé mandaïsme fut donc une gnose juive qui influa sur les origines du chfistianisméi

Une manière très radicale de ï-éfuter l'argumetit est de regai*der les Mandéens comme les adeptes d'une des gnose i^ dérivées du christianisme, et non pas même des plus anciennes, d'autant que leurs écritures' sont postérieures à l'Islam. C'est le système défendu avec beaucoiip de force et d'érudition par M. Erik Peterson (â), et esquissé par M. Burkitt, qui rattache les Mandéens à Marcion {k).

Mais le plus grand nombre a suivi et même beaucoup: exagéré LMzbarski, surtout Reitzenstein qui a prétendu démontrer la dépendance littéraire des synoptiques par rapport aux documaents mandéens (3).

Nous» avons essayé de suivre une voie intermédiaire (6), et sans reproduire ici une discussion très délicate, nous nous excusons d'en reproduir'e la eonélwsiony qui a obtenu l'adhésion du R. P. Allô (7).

Noas: regardons le raandaïsme comme une gnose juive, et c'est à ce

(1) Lolimeyer, W. Bauer, R. Bultmann.

(2).Ainsi au raoyea âge Abélard, de nos jours Guenther, Froscîiammer, etc.

(3) Beinerkungen zur inandâischen Literatuf, (ïa;ns la^ ZéitSûIirif^ fur die TWuiéstttnténtUche Wissemchaft, 1926, p. 236-246.

(4) T/ie journal of theoïogical Studies, avriï 1928, p. 2â5-235. — D'ans le môme sens M. Hàas liietzlmaûn, Em Beih'dg sur Mandaerfracje^ datis! les séanêes de F Académie prussienne des sciences', 1930, xxvii. Il conclut: « Les Mandéens n'ont aucun lien avec les disciples de Jean; les écrits parvenus jusqu'à nous aussi bien qu& leurs usages rituels ont été très fortement influeacés par, le Christianisme développé. Ils n'ont aucun droit à figurer comliie lémO'ms d'ôn mouvement au temps du Christianisme primitif ». — Thèse solidement établie, si l'on envisage les Mandéens et leurs écrits tels qu'ils sont, mais qui ne résout pas la question de leur origine.

(5) Bas manddische Buch des Herrn der Grosse und die^Evangéliénubevliéferiing ; Sitzungsberichte, Heidelberg Ak., 1919; Das iranische Erlôsungsmysteriwn'ù, 1921; zur Mandëerfrage; ZeUscJir. p dien. W., 1927,, p. 39 s9.

(6) La gno&e mawdéenne et la tradition. évangéUqm ; MB^, 19>27/ p. S21-3â9;' p. 48'l-5t5; 1928, p. &46.

(7) RB., 1928, p. 220, note : « Nous serions maintenant tout prêt à nous ïanger à l'enseiûble 4és conclusions' données par le P. Lagrangei dans les- dernier» nuniéros^ de cette Revue (mars 1928}. »

titre que nous en parlons ici. Nous n'y voyons aueun inconvénient^ puisque l'essénisme est bien une gnose de ce genre, et même, croyons-nous; l'origine première du mandaïsme. Mais ce serait être bien crédule que de reporter à cette haute époque toutes les doctrines dont les écritures mandéennes sont un conglomérat. En quittant la Judée, les Mandéens ont contredit leur origine par une haine inexpiable contre les Juifs, suivie et presque remplacée par une animosité non moins vive contre les chrétiens. Placés par les circonstances sous la domination des Perses, ils leur ont emprunté quelques termes, et plus encore aux Babyloniens, s'étant définitivement installés dans leur région.

Prendre le résultat de cette longue évolution comme un système cohérent auquel aurait emprunté le christianisme, c'est renoncer à la méthode critique, plus encore qu'en exploitant les textes manichéens (1), qui sont plus anciens. Voici donc comment nous concevons les origines de la secte el ses premières destinées (2).

Nous plaçons à l'origine un fondateur, non point un sacerdoce ou une communauté, parce que telle est d'ordinaire la voie de l'histoire. Les anciens l'ont compris. Ils ont seulement exagéré en imaginant un nom de fondateur, lorsqu'ils l'ignoraient, souvent extrait du nom collectif donné à ses adhérents. Pour nous le fondateur demeure anonyme. D'ailleurs il n'a pas tout créé. Le mandaïsme étant saturé de notions bibliques, si détigurées qu'elles soient (3), nous pensons que le fondateur, s'il n'était pas juif de naissance, fut du moins prosélyte et imbu des principes du judaïsme. Il fut, comme beaucoup de juifs — dont l'Ancien Testament, Isaïe surtout et certains psaumes reflètent les impressions, — très frappé de l'infériorité des sacrifices sanglants comme culte du Dieu dont la nature mystérieuse est tellement supérieure au monde qu'il a créé. Et que penser de la circoncision qui é lait une sorte de sacrifice sanglant, pour initier l'homme au commerce avec Dieu?

De plus, et c'est le point caractéristique-, notre penseur fut entièrement acquis aux idées qu'on nommera dé préférence pythagoriciennes. Il y eut, avant le premier siècle de notre ère, en dehors de toute précision philosophique, une grande vague qui entraînait les hommes à chercher le salut de l'âme dans la délivrance du corps où cette entité céleste était enfermée comme dans une prison [k),

(1) Cf. RB., 1928, p. 156.

(2) RB., 1927, p. 510 SS.

(3) D'après Burkitt ces emprunts auraient été faits plus tard à la traduction syriaque de la Bible; mais, dans cette hypothèse ils ne seraient pas si nombreux de la pari d'une secte hostile, et probablement plus exacts, comme des emprunts à un écrit s'en rapprochent plus que des réminiscences traditionnelles.

(4) Cargopino, La basilique pythagoricienne de la porte majeure,]). 161 ss.; Paris, 1927.

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Que certains^Juifs aienb été délerminés par cette foi nouvelle à se mettre à l'écart de la communauté religieuse nationale, et cela avant le temps de J.-C, c'est ce que prouve avec évidence le fait des Esséniens. Une telle allure schismatique pouvait être tolérée si les sectaires s'exilaient eux-mêmes sans bruit, et sans rompre entièrement avec le culte du Temple. Elle avait des chances d'être persécutée si elle prenait dans la cité une attitude aggressive.

De ce chef rien n'empêcherait de placer les origines de la secte des Mandéens dès le commencement du i®"" siècle de notre ère. En même temps qu'elle se caractérise elle-mênie comme née en opposition avec le Judaïsme, la secte atteste une opposition identique au christianisme, et toujours en conservant certains éléments, déguisés pour laisser à l'hostilité libre cours. Il suffît de rappeler la date de l'origine, marquée par le nom de Paltus (Pilate), les miracles attribués à Anoch, qui remplace Jésus, le baptême de Jean-Baptiste par l'être divin éponyme. Manda d'Haiyé, « gnose de vie ».

Dans cette tradition la ruine de Jérusalem est regardée comme un, châtiment divin de la persécution par les Juifs de la secte nouvelle. Comme les Esséniens ont pris part à la révolte sous Néron, cette destruction de Jérusalem serait plutôt celle qui a suivi la révolte de Bar-Cochébas, hostile à tout ce qui n'appartenait pas strictement à son parti. A ce moment aurait eu lieu l'exode des Mandéens, déjà imprégnés de christianisme, ou du moins confondus avec les chrétiens à cause du rite du baptême, puisqu'ils ont porté le même nom qu'eux. Nazaréens (1).

D'ailleurs, si les Mandéens se rattachent aux Esséniens, célèbres par leurs bains rituels multiples, ce n'est pas aux chrétiens qu'ils ont emprunté le fait du baptême. Probablement ils y ont greffé l'efficacité de remettre le péché en imitation du baptême chrétien. Le personnage du Baptiste leur a paru tout indiqué comme fondateur de leur groupe, mais cette conjecture, apparemment secondaire, ne nous apprend rien au nom de l'histoire. Il se peut que les Esséniens se soient laissé pénétrer aussi par une croyance superstitieuse sur le pouvoir des eaux vives. Dieu n'est pas seulement la source de la vie {Ps. xxxvi, 10) mais encore la source des eaux vives (2).

Les Mandéens ont emprunté dans la suite d'autres éléments au christianisme, mais la ressemblance foncière originelle est surtout dans l'effi-

(1) Pour l'explication de ce fait, cf. RB., 1927, p. 498 ss., ou Comm. Ml., 3° éd., p. 37 ss.

(2) On notera que le livre d'Hénoch que nous regardons du moins en partie, comme Essénien, connaît une eau vive sinon dans le ciel, du moins dans des régions merveilleuses; cf. Hén., xva, 4 et xxn, 1, la source d'eau (de vie) lumineuse pour les âmes des justes. Quelques mss. omettent « de vie », mais non le grec-

426 XV. LES ÏNl^UËKCBS ÉTRANGÈRES.

cacité du baptême. Ils n'avaieût pas besoin d'ua pédeaipteur, puisque l'eau vive suffisait à la réraissiont des péchés* Ils n'attendaient donc pas leur salut d'un Messiô humain. Selon k logique de leur système très spiritualiste, les anges suffisaient, à tout, ces grandes créatures qu'ils nommaient les Outihrm. L'abîme entre la matière et le monde spirituel obligeait à juger la descente des âmes sur la terre comme une déchéance réparée par la mort. Les êtres supérieurs avec lescfuels les âmes tenaient de si touchants colloques n'avaient besoin pour cette inti mité que d'une apparence humaine. Donc ni Incarnation, ni Rédemption. .0 II est difficile d'imaginer comment le Mândaïsmef même en admettant) comme nous le faisons, l'origine juive de la secte au temps de Jésus-Christ ^1), aurait pu fournir des éléments au christianisme.

Supposons qu'il ne; soit pas l'emprunteur de refâcaeité du baptême.

Le caractère efficace du baptême chrétien lui est venu authentiquemônt, nous le savons par saint Paul, de la mort de Jésus-Christ {Rom., vi, 1 ss.) avec qui s'unit le baptisé par la foi. Si les Mandéens ne lui ont attribué d'efficacité que par la verfcu des eaux vives, ils n'ont donc eu aucune action sur les chrétiens.

On peut seulement dire que les deux religions tinrent un certain compte de la connaissance Ou gnose. Chez les Mandéens elle domina tout;, elle demeura dans le christianisme subordonnée; à la foi. Aussi bien cette notion du rôle de rintelligence! dans la spéculation religieuse n'est poiat un trait expressif de parenté spéciale : c'est la part de la Grèce trop souvent dangereuse pour la religion. Dans le christianisme ce fut la condition du développement: de la théologie; dans le mandaïsme un souvenir confus des origines qui n'engendra que des rêveries, quelquesunes d'un sentiment touchant (2).

(1) Thèse; certaine : le mandaïsme n'a eu aucuae influence sur le: chrlstianisms. Thèse probable : il est issu de l'essénisme juif. A cette seconde opinion on oppose la condamnation fanatique dtt célibat par les Mandéens. Mais itotïé atoins fait remarquer qite les Mandéens avaient conseïvé le souvenir du célibat primitif de Jean-Baptiste. Les Esséniens préféraient le célibat parce qu'ils attendaient la fln d'un monde indigne de l'existence : les Mandéens y ont renoncé pour perpétuer leur secte, qui ne se recruta point par k propagande.

(2) Reitzenstein est revenu sur l'influence des Mandéens. dans : Die Vorgeschiehtë der christUchen Taufe, mais voir les réserves de Dibelius dans la Theol. Littz. 1931, 128 ss. Le sophisme de R. consiste à attribuer à un groupe inconnu ce que lès documents atlfibnefiit à Jean-Baptiste et à Jésus avec ses Apôtres,, en vertu- de ce canoiav sousrentendu et trèsfaux que les personnes ne font rien dans l'histoire.

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