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LES TENDANCES DU JUDAÏSME DANS SES RAPPORTS INTIMES AVEC DIEU

C'est le point essentiel de tonte étude siip la religion : c'est aussi celui qui se dérobe le plus à l'enquête. Celui qui ne professe pas une religion est toujours un profane pour ses adeptes, et les profanes ne sont pas admis dans le sanctuaire. Mais cela est encore plus vrai pour les Juifs, puisque chez eux les prêtres seuls entraient dans le sanctuaire, et le grand prêtre seul dans le Saint des saints. Aussi ne se sont -ils jamais souciés de faire connaître le fond de leurs sentiments religieux. Dernièrement cependant ils ont compris qu'ils ne pouvaient garder le silence sur ce point sans risquer qu'on mit en doute la profondeur et la valeur intérieure de leur religion, ce qui est à vrai dire l'essence même de leur divergence avec le christianisme, manifestée dès les premières prédications de Jésus. En dépit des difficultés nous abordons aussi ce sujet, dont les côtés extérieurs ont seuls été étudiés, car on ne saurait comprendre les oppositions qu'a renconr trées. la doctrine de Jésus parmi les chefs du judaïsme si l'on n'avait du moins quelque idée de leurs tendances soit vers la vie mystique, soit vers le rationalisme, tendances qui se sont accusées avec le temps.

§ 1. — La m/ijstique dtc judaïsme.

Le judaïsme avant le temps de Jésus fut-il empreint de mysticisme? On le nie communément, et les Juifs ennemis de la Gabbale en conviennent volontiers. Une autorité aussi considérable que Graetz datait l'invasion de la mystique dans le judaïsme du commencement du neuvième siècle (1). Mais qu'entend-on par mystique? Quand il s'agit des Juifs, ce mot est synonyme de doctrine secrète, de spéculations théologiqiies purement intellectuelles et qui devaient être fondées sur la lettre de l'Écriture, mais en réalité provenaient d'une ti'adition sans cesse accrue par l'imagination et l'ingéniosité des rabbins. C'est ainsi que si l'on cherche le raot mysticisme dans le célèbre ouvrage de Moore, on est renvoyé à enseigne- Ci) « Die Mystik mag sicti also ersi ura S2'0 Bahn gebrocàen haben » (cité par Odeberg, 3 Enoch, p. 28).

ment ésdtérique (1). L'existence d'un enseignement réservé est prouvée par la Michna, qui pose le principe : « Les maîtres « ne s'expliquent pas sur les causes d'inceste devant trois individus, ni sur l'œuvre de la création devant deux, ni sur le char devant un, à moins qu'il ne soit sage et comprenne le sens (2). » Le premier thème n'était évité que par une raison de convenance. Celui de la création [ma'^aseh bereshit) et celui du Char (merkabah)^ c'est-à-dire de la vision d'Ézéchiel, sont des sujets sublimes dont l'explication est réservée aux disciples qui donnent le plus d'espérance. Le principe de l'enseignement esotérique ou réservé est sûrement très ancien. Il est attesté expressément pour les Esséniens. La spéculation sur le char d'Ézéchiel, à savoir sur les quatre animaux [hayyot), les roues animées [ofannim) etc., était censée remonter à Johanan ben Zakkaï, de la première génération après la prise de Jérusalem (3). Les discussions sur la création sont sûrement antérieures.

Il était permis d'exposer le texte, simplement, mais non pas d'en déduire toute une doctrine. On peut penser que la plus grande partie du l'ivre d'Hénoch, tout ce qui regarde les cieux, la lumière, les ténèbres, la prison des mauvais anges, le séjour des âmes etc. etc., faisait partie de cette doctrine réservée, puisque le patriarche est censé révéler des secrets. C'est même le titre du second ouvrage de la série : « Le livre des secrets d'Hénoch ». Les noms des anges étaient confiés aux Esséniens sous le secret *, or l'angélologie tient une grande place dans toute la production hénochienne.

Mais on sait que toute cette littérature a été répudiée par le rabbinisme. Serait-ce précisément parce que les Rabbins n'approuvaient pas cet enseignement esotérique? Il ne semble pas, car le texte de la Michna déjà cité prouve seulement qu'ils entendaient lui conserver son caractère secret, et le fcommentaire qu'en donne le ïalmud de Babylone est précisément une spéculation sur la création et sur le char (4). Il faut donc donner raison à ceux qui regardent le Zohar comme le développement

(1) Judaism, II, p. 432 : mysticism see Esoteric teachings. De même dans la Jewish Encyclopedia, au mot mysticism on est renvoyé à Cabala et â Sodé ha Torafi (article qui n'existe pas au mot sodé). 11 est vrai qu'au mot Cabala on parle des antécédents mystiques du Talmud, mais toujours dans le sens de spéculations tiiéosophiques. Dans la grande encyclopédie : Die Religion in Geschichte und Geyenwart 2° éd., au mot JUdiscfie Mystik (1930), il semble bien qu'on ne parle que de la mystique de la Cabbale [Baeck).

(2) ffagigah (des fêtes solennelles), ii, 1.

(3) MooRE, I, p. 411 citant Tas. JSiagigah, ii, 2.

(4) Odebeug, 3 Enoch, p. 31 ss. sut Jffagigah, ll''-16". M. Joach. Jeremias (op. l. p. 106 ss.) a beaucoup insisté, peut-être trop, sur cet esotérisme des docteurs qui se seraient donnés ainsi comme « les successeurs immédiats des prophètes, étant instruits eux aussi de la science secrète divine» (p. 110). Ce n'est pas comme agents secrets, mais comme ambassadeurs qu'ils se sont comparés aux prophètes : « le prophète et le docteur de la Loi, à qui ressemblent-ils? A deux ambassadeurs d'un seul et même Roi » (Jer. Ber, i, 3''26).

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