‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 157 sur 198 · ÉSOTÉRISME ET MYSTIQUE · texte numérisé non relu

ÉSOTÉRISME ET MYSTIQUE

âme serait brisé (1). Il s'en tient à ce qui lui est imposé par la règle de vie à laquelle il est soumis. L'autorité elle-même doit se garder d'ajouter précepte à précepte. Son devoir est plutôt d'engager à une obéissance qui parte du principe intérieur de l'amour (2). Les fidèles sont invités à lire les livres de piété et non pas les casuistes. Dans le Judaïsme la casuistique était presque tout. L'espri^ des prophètes était si bien étouffé qu'on était persuadé que Dieu n'inspirait plus de prophètes. L'intimité était refroidie. Il est difficile de se refuser à l'évidence de ce fait.

Il ne s'ensuit pas que tel rabbin n'avait pas une piété personnelle très affective, et même à l'occasion d'une observance. M. Abelsori prétend en donner un exemple: « Pour un Chammaï l'observance du sabbat était l'occasion opportune d'une joyeuse union de l'âme avec Dieu » (3). Il trouve cette intention mystique dans ce fait que « ce qu'il mangeait chaque jour était en l'honneur du Sabbat. S'il tombait sur un fin morceau, il disait : Laissons cela pour le Sabbat. Si ensuite il en trouvait un meilleur, il le laissait et ne prenait que du premier » (4). On serait plutôt tenté de se demander si la simplicité de l'amour est compatible avec ce formalisme minutieux. Qu'on se régale un jour de fête, soit;~ mais si le corps est associé à la joie de l'âmcj ce n'est pas précisément par là qu'on pense honorer Dieu, surtout avec ce scrupule de la hiérarchie des bons morceaux.

D'ailleurs nous ne saurions ici montrer jusqu'où alla le légalisme officiel des Rabbins. Nous en avons donné des exemples, surtout à propos du sabbat (5). On en trouvera à satiété dans l'ouvrage de Strack et Billerbeck. Nous souhaiterions plutôt connaître ce que le judaïsme, quoiqu'il fût entré dans une voie qui conduisait à des régions stériles pour le mysticisme, avait conservé de l'enseignement dé la Bible sur ce point. Si nous ne nous trompons nous devrons constater que les anciens germes de vie mystique déjà puissants et développés dans l'Ancien Testament, dont l'Évangile a fait un grand arbre, se sont plutôt atrophiés dans le Rabbinisme, sans qu'il ait toutefois perdu de vue les idées directrices essentielles.

, (1) Le probabilisme a pratiquement mis une limite à la prétention des casuistes de donner des opinions humaines pour des préceptes divins.

(2) « L'âme qui est vraiment colombine, c'est-à-dire qui aime chèrement Dieu, s'applique tout simplement, sans empressement, aux moyens qui luy sont prescrits pour se perfectionner sans en recliercher d'autres, pour parfaits qu'ils puissent être »... « c'est-à-dire que nous ne mettions point notre confiance en tout cela, pour bon qu'il soit, ains en un seul Dieu, qui nous peut seul faire tirer le fruit de tous nos exercices ». {Œuvres de saint François de Sales t VI pp. 108 et 110). ^ " ' ■ '

(3) Op. L, p. 350.

(4) Besa, 16^

(5) Dans nos commentaires de l'BvangUe.

'^B XVlvLAJ.VMM9CSTrQUEi:,IHI JUDAÏSME.

PauKle GonstafeK nous: aurons àparcourii?" successivementltes données prinie^alfesv: l?E's]^i?,it-gamt',. rHabitationr,. la/ ©loice, laDacole, oui llona eru trouver fe preuve' dJune;: vie, mystique parmii lesfR^bbiQSv.

§ 3. — L"Wspni-S'a{ht.

Le' poiut fondknreïïtàl , sinon Te plus souvent' cité v dé* le, relîgionï mystique . ou intérieure est la doctrine sur le Saint-Esprit'.

Nbus'envisag'erons' son* principe" dlins l'a précision' que^ lui a d^onnée' la tHéolbgie catîioHque, pour mesurer d'àprèis ce- canon par fait les coneeptions; de FAncièn; Testament, et celles d:ù judaïsme qui s'en- rapproclïaient le plu& et celles qui nous sembl'ent plutôt eu recul.

B'après t'outie pliilosopliie monothéiste" spirituellb, fîiéu esf présent' à tous l'es êtres qu'il a créés; Cette pré^euce résulté de sou actfou' elle-même qui les maintient dàus" F existence. Elle ne fait naître' eu lui aucun' cbangement; mais Bien une relation spéciale dans l'être' créé envers Dieuqui lui' est présent.

D'après la théologie catholique, Dîeu donue^ sa grâ*ce aux justes comme^ un principe d'action qui' complète Ik nature et qui s'épanouit par la foi et par la ctiarite. Ëiï vertu dé ce don, Bien est présent par un mode nouveau (1), non plus seulement comme Créateur, mais comme àmi. C'est ainsi que l'Orne est rendue par la grâce capable « d'étreihdre^s^pirifuellement le Dieu qui lui est intiiuenrent pressent... C'est un étkt de propension virtuelle, caractérisé par une sensibilité' extrême au moindre clioc de rbbjet divin » (2). La continuité du pfeu divin nous oblige àreconnaître le même don dans les justes de l'Ancien Testament; Mais, pour suivre la métapliore du P. Gardeil, combien le choc dé l'oBj et divin est plus véhément lorsque la foi envisage l'kmouï infini' de Dieu- d'ans rincarnatibn et la Réd*emption,' combien l'objet diviu parait plus- aimable lorsqu'il apparaît comme le Père, lé Fils et le- Saint-Esprit', mTseul'DieUi présent d'ans l'âme qu'il vient habiter, non seulement pour l' enrichir dé ses dons, mais pour s'unir à elle étroitement.

L'Ancien Testament était loin de cette clarté. Cependant il contenait le principe delà présence de' Dieu dans l'âme par son Esprit-Saint, littéralement son. Esprit, de saintetéi,

iLest' vrai quedi'a.prèS'leS' prophètes cette' pénétration paraissait, réservée

(1) Le P: A. GARoEip, La structure de V âme et V expérience mystique, II^ pv 6 ss;.U est bieu évident que cette présence ne peut être conçue sans la présence d'immensité, mais, enfin on peut parler avec Jean de Saint Thomas, cité p. 42, d'une autre présence qui.' « résulte dans là créature du nouveau rapport qui s'établit, par le moyen de la grâce, entre elle et' Dieu. »i

(2) Gardeïl, op. l, II, 142 s.

l'es'prit-saînt. , ^"^^^

au temps où '©ieu iMerviendrait îpour établir son .règne en rendaiEit^son peuple docile à ses 'leçons :

;Et,j,e vous dojmerai un cœur no,uv.eau,

et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau ;

j '^ôter ai de votre chair le cœur de pierre ,

et 'je VOUS' donnerai un cœur de chair.

>Je imettraiiau deitansidevousmonfEsprit, «te. (1).

Jérémie était moins précis ,(2) :

Je mettrai ma loi en eux, et dans leur cœur je l'écrirai.

Ainsi, dans ce texte, ce n'est pas l'Esprit de Dieu'qui sera dans le cœur, mais la Loi. N'étaitrce pas cependant une manière de dire que la Loi cesserait d'être un principe extérieur de conduite pour être imprimée .dans la volonté humaine, comme un principe dont la pratique aussi bien que la connaissance seraient inspirées jparDiau? C'est de toute façon un ,£^ppel à la religion intérieure, mais toujours .pour les temps à venir. Aussi les Rabbins ne s'en sont-ils ipas préoccupés. Cependant ils avaient sous les yeux un texte très clair, émanant d'un pécheur,. de David d'après le titre du Psaume (3) ,:

Dieu, crée-moi un cœur pur,

et renouvelle en 'moi un esprit stable.

Ne 'm -écarte ipas :de fta face,

et ne me jprive .pas de ton ;esprit -saint,.

Bends-moi la joie de ton salut,

et soutiens-moi par un esprit de bonne volonté.

Le 'pécheur repentant (4) demande à Dieu de lui pardonner son péch«, ce qui équivaut pour lui à recevoir à nouveau un .esprit saint, esprit qui le rendra docile et stable dans Faccomplissement des préceptes. « Ton esprit saint », 'littéralement « ton esprit de sainteté », n'«^t pas .une personnalité distincte, mais une participation delà sainteté de Dieu. L'auteur du psaume est en harmonie avec les textes cités 'd'Ézéchi:er(5), maîs^l entend de chaque homme, dès son temps, ce qii'Ézéchiél; annonce pour l'avenir comme une éâusion considérable.

(1) Ez. XXXVI, 26, s.; cf. XI, 19. Passage cité par les Rabbins, pour prouver l'existence du mauvais instinct, qui s.era-détruit.dans.lemondeà vienir del!au-delà; cf. Mooke, p. 49â.

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