XXXI
(3) Ps.Li, 12-14.
(4) Nous laissons pour ce qu'elle vaut l'explication de Baetbgen qui met en.^scène la communauté, demandant de n'être pas privée de l'esprit de prophétie !
(5) Reconnu par B. Duhm, Commentaire.
438 XVI. LA VIE MYSTIQUE bu JUDAÏSME.
Aux temps anciens, le plus souvent l'action de l'Esprit se produit dans une circonstance donnée : il pousse à l'héroïsme, ou il éclaire l'intelligence. Dans notre texte il demeure tant que le péché ne l'expulse pas, et c'est lui qui revient pour purifier l'âme du péché. Il est donc synonyme de sainteté intérieure. C'est aussi la pensée du Livre de la Sagesse : si la sagesse n'entre pas dans une âme artificieuse, elle réside donc dans une âme simple, et en effet l'esprit qui forme les hommes, qui est en eux comme un principe éducateur, fuit la ruse (1). L'esprit de Dieu qui est dans l'homme n'y demeure pas oisif; il est une énergie qui éclaire sur la volonté de Dieu et qui incline à l'accomplir. C'est ce qu'enseigne le Ps. cxLUT, 10 :
Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu ; Que ton bon esprit me conduise dans la voie (2) droite.
N'ayant pas à traiter ici de la Théologie de l'A. T., nous nous contentpns de ces quelques traits qui sont significatifs.
C'est très peu, comme théorie; il faut convenir que beaucoup plus de lumière était réservée au Nouveau Testament. Mais, puisqu'il s'agit de vie mystique, il faut surtout envisager cet entraînement vers Dieu qui était l'âme de l'ancienne alliance. L'Israélite avait pour modèles ces anciens Pères qui avaient vécu avec Dieu dans la plus familière amitié. Au Sinaï il avait renoué avec le Dieu des Pères, conclu avec Lui une alliance. Il était admis à sa table en consommant sa part des sacrifices pacifiques, il le savait présent dans son Temple, où l'appelait un rendez-vous qui faisait fondre son âme de tendresse aussitôt que ses pieds avaient pris la direction des sacrés parvis (3). Les prophètes et les psaumes sont remplis de ces sentiments d'adoration, de reconnaissance, d'hunible fidélité, mais aussi d'amour qui désire s'unir au Dieu vivant.
Et cela n'était pas seulement possible au Temple. Même exilé de la terre d'Israël, le disciple des prophètes n'était pas gêné, comme autrefois David (4), par cet éloignement. Grâce à sa propre nature spirituelle et grâce à l'omniprésence de Dieu, il pouvait le trouver partout.
Jérémie a posé le principe de cette omniprésence (5) : « Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre, moi, oracle de Jahvé! » Et le Psalmisle
(1) Sap., I, 4 : oTt elç xaKdxexvov (j^ux^iV oûx eloeXeiiaeTai (xoopta... 5 (xytov yàp îtve\3[ia TraiSefaç <peû|e- Tat ôdXov.
(2) Le texte massorétique : « Dans la terre ». Le Targum : « Ton esprit saint ».
(3) Ps. LXXXIV, 2.
(4) / Sam., XXVI, 19.
(6) Jér., xxni, 24.
l'esprit-saint. 439
a exprimé en termes magnifiques cette présence dans laquelle l'homme est pour ainsi dire plongé (1) :
En avant et en arrière tu m'entoures,
et tu mets ta main sur moi...
Où aller loin de ton esprit,
où fuir loin de ta face ?
Si je monte aux deux, tu y es;
si je me couche dans le chéol, te voilà !
L'esprit de l'homme était donc en face de celui de Dieu sans même le chercher. Sans qu'il s'en rendit toujours compte, c'était l'Esprit de Dieu, présent en lui, qui le poussait à l'union aflf'ective.
Nous ne pouvons citer que quelques traits. Isaïe (2) :
Ton nom et ton souvenir étaient le désir de l'âme. En mon âme je t'ai désiré dans la nuit; oui, dans mon esprit, en moi-même je te poursuivais... Seulement en toi nous célébrons ton nom.
Ce dernier mot a paru inexplicable. La difficulté résulte peut-être seulement de la sublime pensée : c'est seulement en union avec Dieu qu'on peut le louer comme il convient.
Un psalmiste (3) :
^^ Pour moi je suis toujours avec toi;
tu as pris ma main droite,
24 tu me conduis selon tes desseins,
et après tu me pL' 3a li:'
2^ Qui ai-je dans le ciel sinon toi?
Et sans toi' rien ne me plaît sur la terre.
^^ Ma chair et mon cœur se consument :
Dieu est le rocher de mon cœur et ma part à jamais...
28 Pour moi mon bien est d'être près (4) de Dieu,
j'ai placé mon refuge en mon Seigneur lahvé.
Voyons maintenant si le Judaïsme a développé le principe de la vie divine par l'Esprit-Saint, ou du moins poursuivi l'union divine avec le même élan que les prophètes et les psalmistes.
Et d'abord les livres les plus anciens, les apocryphes :
(1) Ps. CXXXIX, 5 ss,
(2) Is., XXXVI, 8. 9. 13.
(3) Lxxm, 23 ss.
(4) Le grec beaucoup plus énergiquement : npoa/.oXXaffôai, « être collé à », et ou peut se demander si les Massorètes n'ont pas atténué cette expression.
f|0 XVI. LA VIE fSp^IftP ;PF JUDAÏSME.
Jubilés, quand Moïse dit à Dieu (1) :
Grée en nous un cœur pur et -un.esprjt saint,et.ne .les kisse pas s'embarrasser dans leurs péchés, de maintenant à jamais.
Dieu le promet (2) :
Et je créerai en eux un esprit «aint, -et je les purifierai de 'façon qu'ils ne s'écartent pas de moi depuis ce jour à jamais. -Et leurs âmes adhéreront à moi et à tous mescommandements.
J||içi3 ce||t,e .e;çcellenée |otm^^ jtrPM^ "^^W^ un livre se^cret; is§U{çl',ime révélation faite à Moïse, lo^ijgt§inps te^ue ,e^.i;éi^§ry,e. Elle estigalée^W,^ la littérature apocryph,§. ,()n lit dja grand prêtre 4e l'av;ep,ir ,dgLns les Testaments (3) :
Et la gloire du Très Haut çer^, ^pr.onQncée .sur Ijui,
et l'esprit d'int.ellig,efl.,c$i et(|e ^anctifij;9,Uon/ep,osera siir Ijai dansj'eau.
Mais cela n'est très probablement qu'une réminiscence du baptême de
On a dite JLe .testan\ent de ISfepJtiJtaH ,eii liébreu (4) :
Heureux l'homme qui n'a pas souillé l'Esprit de ^Dieu, '(l'esprit) saint, qu'il aïplacé et insufflé dans son intérieur ; et heureux s'il le rend pur à son créateur cftmme lau jour où il lui a été donné en garde «.
Ne dirait-on pas d'une théorie de la grâce? — PpjLit-r.être., si l'on s'en tenait au premier membre de la .plirMe î la- rS^lSQi^^^^ -qu'il s'agit
simplement de l'âme, qui est un souffle de Dieu (5). D'ailleurs ce texte hébreu n'est, d'après Charles, qu'un remaniement récent.
Le testament de Benjamin (ly, 5) parle de « la grâç,e du ibo^n esprit » ; mais ce passage n'es^l .p£is .^jir.aJQuié? (6). ■
Dans les Psaumes de Salomon, ,1e .se^Qouijs iptérienr ,est çliQibord propre au Messie (7) :
Il ne faiblira , pas pendant ses jours, .appuyé sur son Dieu, car Dieu l'a |ait puissant par l'esprit saint, et sage par le don de conseil éclairé, accompagné de la force et de Ija justice.
(1) Mb., I, 21,
(2) Jub., I, 23 s,
(3) Lévi, xYm, 7,
(5) L'insufflation comme dans Gen.,.u, 7, n33.
(6) Il est omis d'après Charles, p. 220, par le grec qui a traduit la première -recension detPhébrQu.
(7) XVII, 42, trad. Viteau.
/jgelfjii mppelle Is^tiie, ^xi, 1=^S, mais ep atMfeïiaat à l'EspcilirSi^ii^t ila
En ce temps les fidèles partieipjeripjait.à5C,e;tte;giPAGie;(^i^^^^ :
,s.ous la .verge cle, renseignement du Christ .,d\i;:,Seigneur,
dans la crainte de son Dieu,
dans la sagesse de l'esprit, de la justice et de la 'force.
Ce'qiïi seiïïble vouloir clipe que le Christ instruira ses ^sujets dans la de -crainte de Meu, dans un. esprit de sagesse, de 'justice et de force (2). . Je ne saurais -dire avec M. Viteau (3) que la justice x< désigne l'était moral de l'âme, 'la « vie » morale initérieupe ict extérieure du Juif; cette no^tion, <( -est capitale dans les Psaumes de Scilomon ; cav la « vie » morale du juste jse continuera au delà de 'la mort iCt constituera pour 'lui son immortalité ibienheureuse ».
Gè serait; la notion chrétienne de la vie de fia grâce : on ne la 'trouva pas fdans îles Psaumes de Seîlomon. (Gelle qui egt remplie de Justice (i, -d) ce n'est pas l'âine remplie d'une justice intérieure, c'est la ination. qui se croitien règle avec lia justice ■légale. 0n voit seulpme^it que le Seigneur purifie tout hommesaintet sa maison (in, l'O), ce qui pourrait s'entendre d'une simple absolution du péché.
Venons aux écrits rabbiniques.
Strack et Billerbeck disent d'abord érès exactement (4-) : « A là différence du N. T., l'Esprit saint ne désigne dans l'A. T. que très raremenït l'esprit qui sanctifie l'homme. iPriesque sans exceptian les ïiabbins (désignent coipme esprit de sanctification ou l'esprit de prophétie qui îfait connaître à l'homme la volonté de©ieu, o a l'esprit qui cpnduit les auteurs de l'A. T. dans la composition de leurs écrits (Espri^t de l'Inspiration). En fait les deux inspirations se touchent souvent de très près ». Et en effet ce sont «toujours des grâces transitoires seulement illuminatives.
On voudrait connaître ces rarissimes expressions mises à part dans Billerbeck. Moore dit simplement (5) : « L'Esprit saint est l'esprit de -prophétie. L'esprit saiùt est si spécifiquement l'inspiration prophétique, que quand Aggée, Zacharie et 'Maladhie, les derniers prophètes sont •morts, TEsp rit-Saint s'est éloigné d'Israël. » Cette dernière affirmation trouvait des contradicteurs (6). Les Rabbins ne pouvaient concéder que
(2) C'est la Iraiductpn de Ryleel James. Littéralement la justice et la force dépendent de lia sagiesse, non de l'esprit. ' '
(3) Les Psatimes de Salomon, p. 52. a
(4) T. II, p. 127. , * {^) Jiodaism, 1, 237, citant Tos. Sotah, xin, 2; Sa7ih. 11\ (6) Str;, Billerb., I, p. 128 s.
l'Esprit de Dieu avait abandonné les docteurs ni leurs fidèles disciples. On faisait donc une exception en faveur de l'étude de la Loi, mais cette réserve demeura isolée et était illuminative. .
L'opinion générale était que l'Esprit-Saint avait abandonné le Temple. Cela est dit en plusieurs endroits, par exemple dans le Midrach du Cantique (1) :
« Cinq choses qui existaient dans le premier temple manquaient dans le second : c'étaient le feu d'en haut, l'huile dé l'onction, l'arche, le Saint-Esprit, l'Ôurim et le Toummîoi ». On lit très souvent : « Avec la mort d'Aggée, Zacharie et Malachie, l'Esprit-Saint a cessé dans Israël ».
Cette disparition de l'Esprit-Saint formait un triste contraste avec le temps où l'Esprit-Saint était au milieu d'Israël, sans doute pour le pousser au bien, puisque souvent par leurs révoltes les Israélites « affligeaient son Esprit-Saint » (2). Les Rabbins, constatant ce vide dans la nation, ne devaient pas se sentir portés personnellement par cet Esprit à se rapprocher de lui. Mais, quoi qu'il en soit de cette raison générale,. il faut voir quel pli a pris dans leurs écrits la doctrine de l'Esprit-Saint. S'il est vraiment quelques textes où l'Esprit-Saint soit indiqué comme un facteur de sainteté personnelle, nous les trouverons sûrement soùs la plume de M. Abelson qui s'est appliqué très spécialement à résoudre la question par l'affirmative.
D'après ce savant, les Rabbins ont même développé sur plusieurs points la doctrine de l'A. T.
1. Tandis que l'Esprit-Saint n'était désigné qu'en deux endroits (3) par ce terme propre, les Rabbins l'emploient pour l'Esprit de Dieu, l'Esprit de lahvé, même la Sagesse, ou encore pour Dieu lui-même, pour indiquer que Dieu est proche de l'homme et pour faciliter l'approche de l'homme vers Dieu.
2. Cependant on a en quelque sorte matérialisé ses manifestations : c'est une lumière, un bruit qui retentit, un vent qui souffle, une eau qu'on puise.
3. Ce n'est point une individualité distincte de Dieu, mais on dit de lui comme on dirait d'une personne qu'il élève la voix, qu'il parle, qu'il exhorte, qu'il révèle, qu'il assiste : il représente l'amitié protectrice de Dieu.
4. C'est surtout l'esprit de prophétie. Mais il ne faut pas entendre par là seulement la pénétration de l'avenir. Le prophète est l'instrument de Dieu; il doit être digne de son rôle; la sainteté est le fondement de la
(1) ^m, p. 267 n° 2 cité par Abelson p. 261.
(2) Is., Lxui, 11 et 10.
(3) Ps. Li, 11 et Is., Lxni, 10 et 11.
l'esprit-saint, 443
prophétie. Entre la prophétie et la justice le rapport était si étroit que la prophétie, œuvre de l'Esprit-Saint, est aussi le fait de la sainteté.
5. Spécialement l'Esprit-Saint est l'auteur des livres saints, surtout du Pentateuque.
En somme, si le rôle de l'Esprit-Saint dans les écrits rabbiniques est beaucoup moins accusé que dans le N. T., ils auraient cependant développé beaucoup ce que l'A. T. enseignait sur ce point.
Il va sans dire que nous concédons tout qui a été dit de la prophétie et de l'inspiration des livres saints .
S'il s'agit des anciens maîtres et d'une sanctification intérieure, il nous est impossible de la voir. Tous les textes cités ne nous paraissent pas dépasser un don intellectuel ou peut-être de force miraculeuse, à moins que ce ne soit un texte tout à fait récent.
On nous dit par exemple que l'Esprit-Saint confère le degré le plus élevé de la sainteté et dans un texte delà Michna (1), reproduit dans le Talmud de Babylone (2) sur l'autorité de R. Pinchas b. laïr (ii^ s. ap. J.-C.) :
La Torah conduit à la prévoyance, la prévoyance à la diligence, la diligence à éviter le^ fautes, la préservation des fautes à la séparation (3), la séparation à la pureté, la pureté à la piété, la piété à l'humilité, l'humilité à Ja crainte du péché, la crainte du péché à la sainteté, la sainteté à l'Esprit-Saint, l'Esprit-Saint à la résurrection des morts, et la résurrection des morts vient par le fait d'Élie.
L'Esprit-Saint serait donc au sommet de cette échelle des vertus, acquises par un effort persévérant selon les méthodes pharisiennes. Un mystique le mettrait à la base.
Est-il vrai d'ailleurs que l'Esprit-Saint désigne dans le Talmud une très haute sainteté (4)? Ce serait plutôt, d'après M. Abelson, après M. Luzzato, le don du miracle suprême de la résurrection des morts, accordé à Élie, qui serait ici l'image du prophète le plus favorisé de Dieu.
Le plus souvent, le don du Saint-Esprit, toujours une récompense, et non un don gratuit, germe des vertus, ne dépasse pas nécessairement la sphère d'une connaissance, surnaturelle il est vrai, mais qui n'est pas de l'ordre de la sainteté (5). C'est donc la sainteté personnelle, que chacun acquiert par ses efforts, qui est récompensée par un don intellectuel.
Saint Paul a renversé cet ordre. Aussi M. Abelson fait-il remarquer
(t) Sota, IX, 15.
(2) '^Abodah Zarah 20''.
(3) nittrns.
(4) C'est l'opinion de M. Perles : « le plus haut degré moral ». Dans sa réponse à M. Bpiisset. Perles n'a consacré qu'une quinzaine de lignes au mysticisme {Bousset's Religion des Judentums %m neuiestamentlicher Zeitalter kritisch untersucht, p. 181)
(5) Gratia gratis data.
M'4 , XVI. LA VIE tMYSTrQDË ::DU JUDAÏSME. ,
que 'le;môt « foi » (rraïaK) — que saint fPaul acvaititoujouBSîà h. bouphe ne se trouve pas souvent Sans Ja littérature ralb'hiriique.. ¥oiei sgui pessjQiU'- Meraitâ'Paul, isl liceuvTe m'était encore le point de dépajBit ,: «H. :^e}iemiah dit : Quiconque prend sur lui un précepte avec loi est ;difg;ne ^qW l'^spi?itiSaÉnft repose fsur lui (ili). »
Gitons encore : «îGeliti qui étudie (:1a ïlorah) avec l'intention 4'^b.Q;utir à pratiquer ce qu'il étudie,. >méritera de recevoir rjE^prit-Saint ,(2). »
Il ifaiït descendre jusqn'au mif <siè,ele ipoui' irenGontjger iaiormule décisive :
<( iQuoi ;que fassent îles saintg, ils lie font ipar le pouvoir de J.'JEsprit~ Saint (3). -Miôu bien son rlaérouvera dans un Jarg-um, plus en contact ;aveje le ftex^te biblique et ipanconséquent )plus, directement sous sonîiniluence (4?) ;?: « N'ai-je pas mis mon Esprit en mi^,, afin qu'ils puissent laccQmpiii' ^de bonnes actions ? Mais lisant jf ait d^mauvaijses actions. »
Gequ'il ya deiou^.à lait exc>ep;tionnel dians ce teixte, c'est qu'il .attribue l'Esprit-Saint à ,tous les ihommes. ILest vrai gjue c'était avant le déluge.
Normalement l'Esprit-Saint n'était donné qu'à Israël. Si Dieu faisait; une exception, c'était en faveur de l'étude de la Torah : « Un non Juif qui (étudie la Toràh e^t aussi,grand ,que le g'rand prêtre (5). »
.ljn,e rtradition qu'on feisait remonter ,à Xanna Debe Eliyahou Rabba (x^ isiècle) disait mèm^ ..: ;« l'^dteste .le icigl et la terre que i'Esprit-S,aint habite sur un non Juif aussi 'bien que sur un Xuif , îsur une femme taussi bien que sur mx shomine, sur une servante, aussi bien que sur un servij;eur. Tout dépend des çepvres de l'individu en particulier (6). »
M. Perles range ce texte sous la rubrique mysticisme. Mais, sans insister sur l'époque très basse où pénétra ce sentiment uriiversaliste, ce qui est immuable c'est la doctrine piharisienne des oeuvres. Il faut le répéter ; rJEsprit-Saint n'est point un principe d'action (7), mais une récompense. Il faut noter aussi qu'il habite sur les justes, c'est-à-dire iqu'il plane sur eux comme un protecteur, il n'habite pas en eux. 'Et il iaud Fait faire souvent cette jf.éserve en lisant Abélson :al cite des passages qui marquent l'approche de Dieu, l'I^sprit-Sàint reposant sur les justes,
fl) 'Mekilta (p. 33, éd. Fried.j, sur le teste : « et ils crurent en 'Dieu et en 'Moïse son servi* .teur p),
(2) J^ev. Rabb.axxx, 7, cité pa,r Abels.on, p. 273. I.amêïne pensée dans Yalqout sur Ps. xsn,
(3) Y&lqoïit sur Gen. xux.
(4) Psetido Jonathan sur Gen. n, 3.
(5) 'Abodah zarah, 26".
(6) Dans Yalqout sur Juges iv, 4.
(7) On lit dans Str.-B,, p. 347 : « Dans la littérature rabbinique, nous n'avons rencontré aucun endroit où l'Esprit-Saint soit smêlé à la rprière sd'un Israélite », S'il est dit dans MèMlta Ex. Axiiv, 31 40"^, que llEsprit^Saint a ireposé sur Israël m récompense ,de sa foi, o» 'V:eut .dire simplement que le chaftt de l^sc.. ssav.es.t .inspiré. Tout Icipauple a r^eçu .en ■réG.qmpense de «a foi le don de prophétie ». — En contraste avec Rom. viii, 15.
«ti il €filtbïi(È que^fEispii?ti nejpeut; éciairerf l'inM agi» sur la
Tiôloïité' sans y pénétrer, et» tel était bien lœ sens; d'Isaïe en parlant, du M(3SSïeî (11). Eais^ lorsqu'il ne^ slagdt que; deî rintelligénce, qui peUt être ^claitféë par' des'; visions extérieures oU; instruite pacdesc paroles», la péné?tî?âtion3 est censéernioins^ intinïe:;. et: il: semble^ bien; que les Rabbins; aient évité' d'insistert sur: la présence; dfe BiButdans^ IJbomaie, même euiSfe servant du mot'Esprit-Saini qui aurait atténué pour ainsi dire le contact entre le fini et l'infini, ou comme ils- disaient ens termes bibMqpesy entre- la ekïairret l'Esprit;
Agoutons que: l'Esprit-Saintjv s>'ii n^estipass: le^principe des.bonttes* actibns>, n^es<) pas même' dans: Fliomme celui quii donne llimpulsioni à laiprière^, S'il est-' dit qu^il prie, c'est qu'il' joint sai voix à ceux- qui prienti,> iL fait partie du cbeeur de ceux^qui^ ItJuenfcDieu,- ce; n'est pas lui em qui? nous crioiis; : Abba,. Père (2) !
Cependant les docteursadinettaient sanss hésiter, parce- qu^' ils- le lisaiefit au' récit de la création*, que Dieu^ a insuMfô' dkns^ Khommev uïi;; souifle de vie (3). G'est'par son âme que l'homme était à rimagedeDieuv
On sait combien il est difficile d'analyser les idées des Hébreux: sur l'âme, tantôt âme {nefech), tantôt esprit {rouah) iantùi souffle {?ieckamak). Sans doute n'étaient-elles pas très précises-. Il est certain cependant que la Bible admettait une analogie spéciale entre l'âme et Dieu. Les Rabbins employaient' de préférence^ necHamah pour' désigner' îe principe intellectuel, selon* ce que disent les PrpYerbes (4) :
L'âme (nechamaK) de rhomme est un flambeau de lalivé', elle pénètre jusqu'au' fond' dès entfàilïes.
Ce principe d'intelligence vient du souffle même de Dieu (5) :
Mais c'est un .esprit dans l'homme,
le souffle de Chaddaï qui rond intelligent.
Même sens, encore dans Job, en. renversant les deuts. termes (6) :
Tant que mon^ souffle sera encore en"moi"j et fEsppit d'Éloali'dàns ma narine.^
Il y. a donc en l'homme un principe spirituel, le même en quelque manière que l'Esprit de Dieu, et cela. est,. d'après M. Odeberg, « la coneeption cardinale dé toute mystiqpe » (t).
(1) Is., XI, 1-3.
(2) Ro7n., vin; 15.
(3) Gèn„ ïïyl.
i^^P.rov., xXy 27. ■
(5) J(J6., xïxii^.8.
(6) xxvii, 3.
(7) The fourth gospel, p. 172.
Or les Rabbins l'auraient parfaitement compris et auraient ainsi posé une base à leur mystique. Nous résumons ce qu'on lit dans lemidrach sur le Lévitique (l). L'âme remplit le corps comme Dieu remplit le monde; «lie doit donc louer Dieu. Elle porte le corps et Dieu porte le monde ; elle survit au corps et Dieu demeure quand le monde passe ; elle est unique dans le corps et Dieu est unique dans le monde*, l'âme ne mange pas, elle voit sans être vue; elle est pure, elle ne dort pas : autant de ressemblances avec Dieu, autant de raisons de le louer.
La nature spirituelle de l'homme est bien en effet ce qui fait naître en lui le désir de s'unir à Dieu qui est Esprit. C'est la base de la mystique d'un Plotin. Mais cela ne suppose dans l'âme aucune adaptation surnaturelle. Encore est-il que la mystique grecque a tiré toutes les conséquences de cette ressemblance pour aboutir à une véritable union, tandis que les docteurs juifs ne parlent que du devoir pour l'âme de louer Dieu. Rien ne montre mieux que cette page, alléguée en faveur de leur vie mystique, à quel point ils se sont tenus sur la réserve. L'homme doit à Dieu le service et là louange. Dieu les accepte : chacun garde son rang. ,
§ 4. — La Chekinah (2).
Ce mot hébreu doit se traduire a habitation » plutôt que « présence». Il désigne ce fait que Dieu habite quelque part : il y a son habitation. Tandis que la présence n'indique aucun lien, aucun attachement, aucune préférence, l'habitation suppose qu'on a fait choix d'un lieu pour y «demeurer. Selon l'histoire de l'A. T., le choix du lieu est à vrai dire secondaire. Dieu voulait être avec les enfants d'Israël lorsqu'il est devenu leur dieu au Sinaï. Il avait donc son habitation parmi eux. Comme ils étaient nomades, il habitait une tente, sans aucune attache à un lieu (3). Quand ils sont devenus sédentaires. Dieu a fait choix d'un lieu pour y habiter, ou, comme dit le Deutéronome, pour ne pas laisser croire que Dieu ne se trouve pas ailleurs, il y a fait habiter son nom (4-), c'est-à-dire qu'il se proposait d'y rendre son action plus sensible et plus énergique. La manifestation était parfois une nuée, lumineuse pendant la nuit, la gloire de Iahvé(Ea?.^ xl, 35; Num., ix, 15-22). Cette habitation de Dieu dans son Temple était le plus ferme espoir d'Israël,
(1) Lev. JR.., 4 (107) dans S.-B,, II, p. 437 s. avec renvois aux passages parallèles.
(2; En araméen NrU''Diy. De toute façon sur le thème QatU, plutôt neutre que causatif.
(3) Ex., XXV, 8. Les Israélites avaient CiemgLaàél{Ex., xvii, 7) : « lahvé est-il oui ou non au milieu de nous? » Il avait prouvé son dessein de demeurer avec eux en habitant dans un sanctuaire mobile.
(4) Dt.. XII, 11.
LA GHEKINAH. 447
espoir qui fut même exagéré au temps de Jérémie, car on la croyait éternelle. Mais Dieu ne pouvait consentir à habiter avec un Israël qui se détournait de lui (1). L'arche fut enlevée. Pourtant, même au temps du second Temple qui ne la possédait plus, Israël se flattait que Dieu habitait dans Sion où la Sagesse divine était son ministre et par conséquent son représentant (2) :
J'ai exercé le ministère devant lui dans le saint tabernacle, et ainsi j'ai eu une demeure fixe en Sion, De même il m'a fait reposer dans la cité bien-aimée, et dans Jérusalem est mon empire...
Ainsi Dieu est encore dans son saint tabernacle, où la Sagesse se tient devant lui; mais dans cette personnification de la Sagesse émanée de Dieu, il y a déjà une précaution pour éviter de donner à Dieu un séjour matériel, et surtout peut-être pour ne pas laisser croire que le séjour de Dieu n'était pas partout. Il était important aussi que l'habitation de Dieu fût placée dans les hauteurs, pour donner quelque idée de l'éminence et de la transcendance de sa nature. Mais le Siracide conservait du moins cette proximité de Dieu dans l'activité de sa Sagesse, si consolante pour l'Israélite fidèle. Sans doute Dieu est partout. Mais selon notre façon de distinguer sa présence et son action, et parce que son action est la raison d'être de sa présence, il est plus présent où il agit davantage.
Le pieux Israélite ne faisait pas ce raisonnement philosophique, mais il savait par la foi et sentait par le cœur, que Dieu exerçait une providence spéciale sur Israël, le favorisait de ses grâces, ec un mot, vivait avec lui. Telle est incontestablement la notion première de la Chekinah.
Il n'est pas moins évident qu'au \temps des apocalypses le respect pour Dieu tendit surtout à mettre en relief sa transcendance. Dieu habite dans le ciel sur son trône de gloire. Le trône de gloire est une véritable Chekinah. On en trouve l'expression dans les Testaments des patriarches : « La grande gloire loge au sommet des choses, dans le saint des saints, au-dessus de toute sainteté » (3).
Tout le livre d'Hénoch suppose que Dieu n'a aucune habitation sur la terre. Sa maison céleste que l'auteur s'essouffle à décrire, bâtie en langues de feu (4), contient son trône de gloire. S'il est question encore de la
(1) Jér., vxi, 4.
(2) Eccli., XXIV, 10 s.
(3) Lévi, m, 4 d'après le texte B de Charles. D'après son texle a : èv tô) àvwiréptj) Se jràvrtov xaTaXij(xaxt -/i [AeyàXyi ôd?a, La gloire elle-même est déjà un synonyme de la Chekinah : mais celle-ci est encore plus clairement désignée comme le sijour de la grande gloire.
(4) Hén., XIV, 15.
Mé XVI. LA VIE MreîïgtfÊ ÔCf JUDAÏSME.
dëtHetoe dîe DièUji stïr là-térfe, c^es^ afprês> le jugement^K par ûiife restaura" ^ùni âXt pfïtssél (4)^ otf' pMôt^ tiîief; i5értïiîiiistieiïce\
Dâàffis^ ûiàe! autres dfesbMptiion: pliis^ nëttenïeiit' messiaiirqùev uùéï nouv&llé J^MsaleMi est i^efbâlliîe, iïiàis ii lai'estï pasf dit- q;ue Meut y habitera (^i>
DailS' le Èi'V^re des! sBcrets dlHénoehj ,DîteU;*eMi déôîiitLv^meiitânstfetllé au» sommet des sept cieux.
Le troisième livre d'Hénoch, conservé en hébreu, parle souvent de la Chekinah. L'auteur, plus prébc'cupô'dè'coïïciïieï'1'li'abitation de Dieu dans le ciel avec rancienne haliitàtibn de Ûieu sur la terre, voit d'abord la Chekinah dans le Paradis, sur un chérubin- et sous l'arbre de vie (3). Le péché d'Adam ne la délogea pas, puisqu'il fut lui-même expulsé, et elle' contiiïUaii à b!rilfôr cbïriméuïïfe graudë lumiète, mais enfiu; KidkilâMe quîfcomuïéîïeït'aved ÈnoH la fbrë&: dé^ s'ëxilër : Biki' l'eMeVâ âû (Siel âveo Hêuôcb (h^). La; C/5Je/;î>feï/i appa,rtifeUl^siBieïi a#nïôildë celëstè qUlorPnou^ pl'â^i^lë dés (juâlirè càtops* de la Oiekificth, qUî Sbn?t des anges soUS le comiïïaïidëmeiït: dé qUata<e' pitoôefs (S). Il' séffiÉilë doiïc qaë' la* CheUînak stdt le trôîië de gMrfe; et que^, dàti^ ce" liv^ifë, elle n'est^ pais employée eyotme" syiionyMe^ dë'Diëîïi
D'ànsle Livre des Jubilé^, iJieU promet- à'ffiôï'sé^ de dersceiidi*è' et d'hâfeitéi^ âVéb sës^ fîls^ jusqu'^l'étîevnitë (6). Ilsêïû^le'qJUë'cé serà/atixiiëmp^ lïïes-^ éfÎ8i?niquesi.
Ée's Fâafuffles de Sàlortioii'i eux' âiis^i, placent ' la demeure de Diëti dàiis le ciel (7). Cependant un auteur, parlant des prêtres indigiiesy prôfloiïcë au'nom d^rDlëu" :' «' Rejëtlez^ës Mn! dé' moi » (8). Il' suppose doue ' q;ue Biëtf habile dMs- Ife ' Ifemplëi
Il pïtfrâllr par couséqlieiït biôïi' avéï^é' qu'ati' it^'et afu' i^''' siècle àv^ Jl-G», il y avait utië^tëiidancë à pélrdi'e' ce c'oritàbtaVe'cBîeUdàris- son' temple^ si chéri aux âiiciensfkraélitë'^/Ôn se 'le figurait habitant au ' ciel, déséeîidànt sut" la tèrfé pour y ex:èrcër ses'jù'geïliëHtêdaUs'la' sévérité ou' la mi^éi^i^ cordfe; alorsil étgcit' erï visite (9)' cotnme unepersoniieéloigiiée. Et asâùrémeïif Ik" peïiséë du' Biëu^ qui est dans le ' ciel ■ u'ëmpêclie pas- le coiîtkct' le plïts tendre, comme ou' le' volt' dans' l^ËV"à%ile de saiîif Bïatthieii'; mais alors ce contact était établi par le Fils venu dit' ciel J euseigûant à; prier le Père', ânnoïïçafït' qUë dé^ôïiiia:is le Pèi?é, lé' l^'iis et le Saiiit-ÉspritVlfen-
(1) ir^n'ij xxvv 5i'
(2) Hévi., xc, 29.
(3) ^Hén.,y, 1.
(4) 3 Hén., VI, 1.
(5) 3 Hén., I, 6 ; xviii, 4.
(7)'xviii; 111