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LES NOMS DE DIEU

prononciation ancienne ait été aussi ïaho (1), est le seul usité dans la Bible comme le nom propre du Dieu d'Israël. Il tendit progressivement à céder la place à Elohim, le nom ordinaire de Dieu, déjà dans les écrits bibliques. Il ne paraît pas dans les dialogues de Job, et cela s'imposait, puisque les personnages étaient en dehors de la sphère d'Israël. Mais il n'est pas employé non plus dans l'Ecclésiaste, trois fois seulement dans Daniel. Dans plusieurs Psaumes, le nom tetr.agrammaton avait été remplacé par Elohim. Lorsque les livres hébreux furent traduits en grec, le nom sacré fut traduit par « Seigneur » (/.tiptoç), probablement parce que déjà dans la lecture liturgique on prononçait Adonaïy Seigneur, ce qui était écrit I H W H. On sait que les voyelles d'Adonaï, appliquées aux consonnes I hwh ont donné Jéhova. Philon et Josèphe affirment que ce nom ne doit pas être prononcé (2), et la Michna a enregistré cette défense : Abba Saul vers 150 excluait du monde à venir « celui qui prononce le nom d'après ses lettres (3). » C'eût été une véritable apostasie : « Celui qui rejette le joug de la Loi, qui détruit le lien de la circoncision et prononce le Nom d'après ses lettres (4). »

Il y avait quelques exceptions; pour le grand prêtre quand il donnait la bénédiction solennelle (5) {Num., vr, 24-26), et quand il prononçait la confession des péchés au jour de l'expiation, et même pour un témoin obligé de r.épéter les paroles d'un blasphémateur (6). La règle universelle fut si bien observée que la vraie prononciation disparut, et celle de lahvé ne fut révélée à Théodoret (7) que par des Samaritains, qui d'ailleurs le remplaçaient ordinairement par « le Nom ■».

II. — Le fait étant constant, confirmé par telles ou telles anecdotes, on a pensé communément que c'était une preuve des sentiments nouveaux des Juifs à l'égard de Dieu, qu'on ne pouvait plus désormais nommer sans déroger à son essence très pure.

Assurément il ne faut point exagérer cette transcendance, mais on ne saurait opiner avec M. Moore que l'abandon du nom propre de Dieu s'est fait en vertu d'une évolution dont on avait à peine conscience : quand le monothéisme juif était en conflit avec le polythéisme, il fallait affirmer que lahvé est le seul Dieu; « mais le propre signe de son triomphe fut qu'il suffisait de dire Dieu (8). »

(1) RB., 1903, p. 371; 1913, p. 129.

(2) Voir plus loin, p.. 458.

(3) Sanh., X, 1.

(4) Toseft. Sanh., xii, 9.

(5) Déjà dans Eccli., l, 20, on dirait bien d'un privilège : xal èv ôvôfjiaTt aOroù xau^âorôa'..

(6) Str.-Bill., II, p. 311 ss. Ce dernier cas paraît une exigence du droit assez chimérique, puisque la prononciation du nom n'était plus guère connue.

(7) QvaesL XV in Exodïcm. Le nom sacré fut nommé UTlISan D^.

(8) Op. l., I, p. 425. r ... ..

4i58 XVI. LA VIE MYSTIQUE DU JUDAÏSME.

Cette Ixitte n'a pu être inconsciente. On dirait donc volontiers qu'on s'est servi du nom de Dieu, sur lequel on était d'accord, pour obtenir l'avantage, sans compliquer la situation par l'antagonisme de lahvé contre Zeus. C'est ce que semble dire Bousset (1) : quand on croit au Créateur du ciel et de la terre, on n'a pas besoin de lui donner un nom propre. Il n'a plus besoin de se distinguer d'êtres semblables. Et cela explique bien comment dans les livres destinés aux Gentils — comme leur traduction de la Bible — , les Juifs devaient s'abstenir de prononcer le nom qu'ils donnaient à leur Dieu.

Mais pourquoi ne pas le prononcer entre eux? Était-il donc indifférent qu'il ait pris lui-même ce nom, l'ait révélé à son peuple au moment où il l'a choisi pour contracter avec lui une alliance? Loin que le nom divin soit tombé en désuétude par une sorte d'indifférence, jamais les Juifs ne lui ont montré plus d'attachement qu'en ne le prononçant pas. C'était le sceau de ralliance, ce qu'il y avait de plus sacré dans le culte du tTai Dieu. Plus il était avéré qu'il était le seul Dieu, plus son nom était sacrosaint. Nous avons donc ici un cas signalé du contraste entre le sacré et le profane. Le sacré ne doit pas être contaminé par le profane : d'après les idées anciennes il se défend en détruisant celui qui rapproche (2)^ C'est au profane à se mettre en garde en évitant un contact dangereux, et cette appréhension se colore de révérence et de respect (3). C'est d'ailleurs la raison que donne Philon. Le sens du nom n'est pas caché aux Grecs: on aime à leur dire que Dieu est l'Être, littéralement l'Étant (k). Mais si l'idée ne peut être qu'avantageuse, le nom, prononcé ou entendu, est interdit aux profanes, et en dehors du lieu saint (5).

Jôsèphe sait qu'il ne lui est pas permis de parler du nom nouveau révélé à Moïse (6). Il a conscience d'un secret semblable à celai que les païens doivent garder s'ils sont initiés aux mystères. Comme un précepte si redoutable devait avoir été écrit dans la Loi, on supposa que quiconque prononce le nom divin le blasphème, et le blasphème était puni de mort (?).

(1) Op. l, p. 307.

(2) E. Hanina b. Teradion moûmt béroïquennent âûf le bùchef au tëtnps d'Hadrîeiï. Plus (afd on y vit un châtiment divin pour avoir prononcé le nom sacré {Aboda zara 18'').

(3) Ce (fui prouve bien qu'on ne chercliaït pas à cacher le nom aux païens, c'est quAquila transcrivit les lettres dans sa traduction, ce qui faisait aux Grecs Teffet de niïïl. Mais dn craignait la vertu du nom prononcé.

(4) De vita Mosis, II, 132 : « au-dessus est la feuille d'or, sur laquelle avaient été imprimées les ciselures des quatre lettres qui signifient, dit-on, le nom de Têlre, car il n'est pas admissible qu'aucun des êtres subsiste sans l'invocation de Dieu ». — Cette invocation muette consiste dans la présence des lettres sur le costume sacr^ du grand prêtre.

(5) De vita Mosis, II, 114 : 8 {J.6vol;, toîî wta ym\ yXûTTav ffoficç xsza6àp(/,avoiç Qsfjwç àxonisiV )caî Ur^eiAt àv dcyt'oiç a>lu} S'oOSevl tô ■reapâiïav o08a{ioû.

(6) Ant., 11, XII, 4 : zal ô 9ebç aÛTt? ovi(Jt.aîv2t xyjv «ûtoù WfJoff/iYopiwv o*j ■Jtpdxîpo-A sic àvSptàîtouç TtapsXOoîiffav, Ttïpc v]? o^ f'O^ ÔEfJtfcbv slîteïv.

(7) Lcv., XXIV, 16. M. Moore a nié que les Juifs aient mal appliqué ce verset (0^). 1.^ p. 427). Cela est diflicile à nier de R. Lévi (vers 300) cité par Str.-Bill., IV, p. 92î,

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