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LE NOM DE PÈRE

Déjà les Septante avaient remplacé le mot Jjlasphèrne par la simple prononciaiion (1) du nom divin : cela revenait au même.

Ce n'est donc pas tout d'abord parce que les Juifs appréhendaient que les Gentils fissent un usage magique du nom sacré qu'ils se le sont interdit à eux-mêmes : c'est plutôt parce que les Juifs regardaient ce nom comme Tin mystère redoutable que les païens aimaient à l'employer dans leurs rites magiques (2).

Â.UX temps anciens, c'était le patrimoine commun des Israélites : il ne leur était point interdit. Au contraire, ils le prononçaient avec amour, dans les effusions de la piété. La réserve des temps hellénistiques suppose qne beaucoup d'Israélites étaient devenus trop profanes pour en faire usage. On finit par le réserver aux prêtres en qui se concentrait l'ancienne sainteté d'Israël et enfin au grand prêtre qui ne le prononçait même qu'à voix basse (3).

N^est-ce pas là un indice de plus quant au sentiment d'une sorte de rupture entre Israël et son Dieu, provisoire sans doute, mais qui courbait les fronts dans la crainte et intimidait l'amour? Que l'on compare cette abstention rigoureuse, où Ton voyait une loi de Dien, au goût d'un saint Bernard, si répandu parmi les chrétiens, pour le nom de Jésus, et à la douceur qu'il éprouvait à le prononcer et à l'entendre !

Ce qui prouve bien d'ailleurs que le nom de lahvé était tu par un sentiment exagéré de respect, une sorte de défiance de rapports trop intimes entre Dieu et ses serviteurs, c'est que le nom de Dieu lui-même, qui n'était pas un nom propre, tomba en désuétude et finit par être évité systématiquement. La liste serait longue des substantifs ou des adjectifs, même des petites phrases qui le remplaçaient. On disait : « le Ciel », « le Nom », « le lieu », lé Très-Haut, le vivant, l'éternel, le tout-puissant, le propice, le miséricordieux, le Saint béni soit-il, et dans les Paraboles d'Hénoch, le Seigneur des Esprits. Il est permis de préférer l'ancienne manière : « Je t'aime lahvé... Je dis à lahvé : Tu es mon Seigneur, toi seul es mon bien (4). »

§ 7. — Le nom de Père.

Parmi les noms qui remplacèrent celui de Dieu, il faut compter l'appellation de Père.

(1) 'Ovo[j(,àÇMV Se 10 ôvojia Kupîoy ôavcxTtp ôavaToyffOo).

(2) Avec Bousset, contre Moore. Différentes prononGÎatlons dans les papyrus magiques.

(3) Tradition de R. Tarphon {Qldducliim, 71°) que le chant des prêtres empêchait d'entendre distinctement le nom prononcé à voix basse par le grand prêtre.

(4) Ps. XVIII, 2 ; XVI, 2. ,

Cette donnée remontait aux temps les plus anciens (1). Elle était d'ailleurs générale dans l'antiquité. Le Dieu d'une nation est son père. Les clans totémiques l'ont entendu dans un sens propre et natureL Les Sémites et spécialement les Israélites entendaient par là que Dieu a donné l'existence à la nation, qu'il la nourrit, la protège, la sauve, dans le territoire qu'il lui a donné (2). L'individu n'ayant de rapports avec Dieu que par l'entremise du culte national, s'il est fils de Dieu, c'est parce qu'il est Israélite. Mais dans Israël où la religion imposait avant tout des devoirs moraux, on comprenait bien que des fils pécheurs, des fils indociles, des fils menteurs (3), n'étaient pas dignes du nom de fils. En le leur donnant encore, Dieu les invite à la pénitence. Les véritables fils sont ceux qui lui sont demeurés fidèles au milieu des méchauls : « Si j'avais dit : .Je veux parler comme eux, j'aurais trahi la race de tes fils (4). » Dans la Sagesse, les impies savent très bien que le Juste peut se glorifier d'être fils de Dieu : « Il se flatte d'avoir Dieu pour Père,... Si le juste est fils de Dieu, il prendra sa défense... » et le voyant sauvé, ils s'écrient : « Le voilà donc compté parmi les fils de Dieu, et son sort est celui des saints (5). » Le sens individuel était assez établi pour que le fidèle invoquât Dieu comme Père dans une prière très intime :

<( Je glorifie lahyé : tu es mon Père, mon Seigneur « (6). « Seigneur, Père et Dieu de ma vie » (7).

Cependant ce sont là des exceptions.

Le livre dé la Sagesse lui-même n'oublie pas que le fils de Dieu par excellence c'est le peuple, qui l'invoque comme son père (8). De mêjne le Siracide (9), et le livre de Judith (10).

Que cette tradition, la plus ancienne, ait été maintenue, cela allait de soi. A-t-elle été développée par le judaïsme dans le sens d'une familiarité plus intime de l'homme avec Dieu? Ce n'est pas dans les œuvres que nous croyons antérieures à la prise de Jérusalem par Titus (11). Dans les Jubilés, la grande manifestation de Dieu soudera l'avenir au passé en fai-

(1) La Paternité de Dieu dans l'Ancien Testament (RB., 1908, p. 481-499).

(2) Os., XI, I : « Quand Israël était enfant, je l'aimai, et depuis l'Egypte j'adressai des appels à mon fils » (Trad. Van Hoonacker).

(3) Is., I, 2; XXX, 1. 9.

(4) Ps.. L\xiii, 15.

(5) Sap.. 11, 16-18; V, 5.

(6) Eccli. (d'après l'hébreu), li, 10. Le grec ÈTrîxaXeoàpiV Kuptov uaTÉpa xupiou [xou, rend un son chrétien.

(7) Eccli., XXIII, 4.

(8) Sap., IX, 7; Xl, 10; Xii, 19. 21; XVI, 10. 26; XVUI, 4. 13; cf. Toi. XIII, 4.

(9) Eccli., XXXVI, 17.

(10) Jud., IX, 4. 13.

(11) ///if/ac/i., cilé par Moore et Bousset appartient à l'Egypte.

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