C. Le Chemonè ''esré
'^ 'tie. sont les « dixrhuit » bénédictions que. chaque Israélite doit-prononcer trois fois le jour.. C'est bien une prière, et même; la prière [Tephilah) par excellence, prière à là fois commune et privée, récitée par un seul dans la synagogue au nom de, tous, mais que chacun est aussi tenu de dire en son particulier.
Naus donnons, ici lai traduction an. français du texte, de la, recension. palestinienne d'après M. Dalman (l),. Cette recension est manifestement plus, ancienne, que la hahylonienne, surtout sous la forme cjui a prévalu plu s, développée et plus, banale ^
I. Béni sois-tu, I H V H, notre Dieu et le Dieu de nos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'I^aac et Dieu de Jacob; Dieu- grand, héros:^et redx)utable, Dieu très haut, Gréateur du ciel e1î de la terre, notre bouclier et le bouclier d'e^ nos- pères, notre espérance', de' toutfr génération . en . génération;
, Béni sois-tu, I H. V H', bouclier d'Abraham..
II. Tu es un héros, abaissant ceux qui sont élevés, fort et jugeant les oppresseurs, vivant durant les siècles, ressuscitant les morts, ramenant le vent et faisant descendre, la rosée,, entretenant la vie,, vivifiant Les, morts.', en: un. clin d'œil tu fais germer pour nous" le salut'.
Béni sois-tu I H VH> vivifiant les morts.
III. Tu es saint, et ton nom est. redoutable, et il n'est pas de Dieu en. dehors de toi. Béni sois-tu IH V H, Dieu saint.
(1) Nous avons reproduit le lexle, ponctué par Dalman, dans Ze. Messiams?7ie...; p^ 338 s. Découvertdans le puits aux vieux, papiers {gueniza) d'une synagogue du Caire, le texte a été. publié par S. Scliecàter en 1896 dans Jew. Quart. Rev,, X, p. 654-659.
lA PRIÈRE. WT
IV. Accorde-no u'3, notre' P^ere, une- science [éfflarice] d'e toi, et rintelliig'ence e6 la compréhension [émanée] de ta Loi.-
Béni sois-tu, IH VH, qui accordes la science.
V. Ramène-nous, I H Y H, à toi, et nous reviendrons; restaure nos jours comme autrefois.
Béni sois-fu IH Vff, qui- te complais d'ans le repentir..
VI. Pardonne^nous, notre Père,, car nous avons péché, contre toi;, efface nos iniquitéa;, éloigne-les de tes yeux, car teF miséricordies sont, nombreuses.
Béni sois-tu, ï H. V H, toujours prêt à pardonner.
VII. Vois notre affliction, et soutiens notre cause, et délivre-nous en'faveur de ton nom. Béni sois-tu, IH'VH, libérateur d'Israël.
VIII. Guéris-nous, IHVH, de la blessure de notre- cœur; et étoigme de nou^s doBlieur etsoupir; étends la guérison sur nos plaies.
Béni sois-tu toi qui guéris la maladie de ton. peuple Israël,
IX. Bénis pour nous, I H V H notre Dieu, cette année afin qu'elle soit bonne en toutes les espèces de ses produits; et fais approcher prompteraent Fannée finale de notre délivrance, et donne rosée et pluie sur la face de la t^rre, et rassasie Te nïonde' des trésors- de ta bonté, et donne bénédiction à l'œuvre de nos mains.
Béni sois-tu, IH V H, qui bénis les- années.
X. Sonne une grande trompette pour notre liberté et place un étendard pour rassembler nos dispersés.
Béni sois-tu, IH VH', qui rassembles les restes de ton peuple Israël.
XI. Ramène nos juges comme' au commencement, et nos conseillers comme au début, et règne sur nous, toi seul.
Béni sois-tu,. IH VH, qui aimes le jugement.
XII. Qu'il n'y ait. plus d'espérance pour les: apostats ; hâte-toi de déraciner le royaume de l'orgueil de notre temps, et que les chrétiens et les hérétiques périssent en un instant; qu'ils soient effacés du livre de vie, et qu'ils ne soient pas inscrits avec les
Béni sois-tu, I H VH, toi qui courbesi les orgueilleux.
XIII. Que- tes miséricordes s'échaufEent sur les prosélytes- de la' justice, et donne-nous un bon salaire avec ceux qui font ton bon plaisir.
Béni, sois-tu, I H V H, confiance pour les justes.
XIV. Fais-nous miséricorde, rHTH notre Dieu, selon tes nombreuses miséricordes •sur Israël ton peuple-, et sur Jérusalem ta cité et sur Sion demeure de ta gloire,- et sw ton tenif le et sur ta demeure et: sur le royaume de la maison de David,- l'Oint de ta justice.
Béni sois-tu, IH VH,, Dieu de David, fondateur de -lérusalem.
XV. Écoute> IHVH notre Dieu, la voix de notre prière, et fais-nous miséricorde, car tu es un Dieu clément et miséricordieux.
Béni sois-tu, IHVH, qui écoutes la prière.
XVI. Prends tes; complaisances, liH VH notre. Dieu, et habite dans Sion,, et que tes serviteurs! servent dans Jérusalem...
Béni sois-tu IH V H,; car nous te servons avec crainte.
XVII. Nous te rendons grâce, [tu es] IHVH notre Dieu et le Dieu de nos pères, pour toutes les bontés, là faveur et les raisérfcordes que tu as accomplies et que tu as exercées envers nous, et envers nos pères avant nous; et si nous disons : « notre pied chancelle »; ta faveur, IHVH, nous conforte.
Béni sois-tu, III VH, auquel il est bon de rendre grâce.
XVIII. Établis ta paix sur Israël ton peuple, et sur ta cité, et sur ton héritag-e, et bénis-nous tous comme un seul.
Béni sois-tu, I H VH, qui fais la paix.
Cette belle prière est bien une bénédiction. Car l'idée principale de chaque strophe est reprise par une bénédiction qui est comme un refrain toujours varié. Les deux premières strophes sont une invocation des fils d'Israël d'abord au Dieu des Pères, leur bouclier dans le passé et dans la suite des temps, puis au Dieu fort toujours vivant et donnant la vie, même aux morts, par où il faut probablement entendre la restauration de la nation, comme dans Ezéchiel (xxxvii), mais aussi la résurrection individuelle après la mort, car la rosée est une allusion à cette rosée divine dont parlait Isaïe : « Tes moris vivront, leurs cadavres ressusciteront... car ta rosée est une rosée de lumière (1). » Vient ensuite une série de prières.
On demande l'intelligence, et la connaissance de la Loi, le retour à Dieu,
regardé comme l'œuvre de Dieu, selon le beau texte des Lamentations (2)
et le pardon. Cette condition préalable acquise, on implore le salut, la
guérison des blessures du cœur, qui ne sont point l'angoisse de l'âme
meurtrie par ses passions, mais la douleur causée par les souffrances
de la nation. On demande les biens de la terre pour cette année, qui
évoque l'idée de la grande année de la délivrance, sans doute parce que
la terre a eu à souffrir des dévastations. L'horizon n'est pas seulement
celui de la Terre sainte; dans le monde il y a des Israélites : que Dieu,
avec la grande trompette d'isaïe (3), donne le signal du rassemblement!
La restauration sera un retour à l'époque des Juges, quand Dieu seul
régnait sur Israël : ni les rois, ni les grands prêtres ne sont nommés : l'idéal
est le régime le plus lointain.
Le grand obstacle, c'est l'apostasie de quelques fils d'Israël, c'est le royaume de l'orgueil, Rome sans doute; que périssent avec eux les. chrétiens [noserim] et ces Juifs mal afïermis dans la foi qu'on nommait lesminim; qu'ils soient maudits dans ce monde et dans l'autre.
Quelques gentils cependant sont sympathiques à Israël et disposés à être reçus dans son sein; que Dieu les récompense puisqu'en cela ils accomplissent sa volonté.
On entrevoit alors l'épanchement de la miséricorde de Dieu sur Israël son peuple, sur Jérusalem, sa cité, sur Sion la demeure de sa gloire, sur la maison de David, représentée par l'Oint de la justice, le Messie. AjJrès ces douze demandés, il n'y a plus rien à souhaiter. Mais la prière.
(1) /s., XXVI, 19, Trad, Condamin,
(2) Jer., XXXI, 18.
(3) Is., XXVII. 13.
ayant pris son élan, revient sur ce qu'elle n'a obtenu qu'en espérance, pour promettre à Dieu un service fidèle, lui rendre grâce, et obtenir la tranquillité de ce bel ordre, c'est-à-dire la paix. Le dernier mot est caractéristique : Bénis-nous, chacun de nous, comme si nous ne formions qu'une seule personne, comme en réalité nous sommes ton peuple, assuré de ton secours.
Cette prière est donc éminemment une prière collective, officielle, la voix de la nation. Le Pater aussi est par excellence la prière liturgique de l'Église; chacun prie pour tous : « Notre Père »... jusqu'à « délivreznous du mal ». Mais l'objet de la prière dans le Pater est à la fois universel, quand il parle de la sanctification de Dieu et de l'accomplissement de sa volonté, et particulier puisque le don imploré répond aux besoins individuels de chacun. Il n'a rien de national, tandis que les Dix-huit bénédictions sont le cri d'un peuple qui implore sa délivrance et sa restauration. La connaissance de la Loi et la pénitence sont moins l'objet d'un désir individuel que les conditions du salut pour le peuple (1).
Il saute aux yeux que la situation est lamentable. Le plupart des critiques pensent à la catastrophe de l'an 70, qui détruisit le Temple et riiit fin au culte. Et en effet la xvi"* bénédiction invite le Spgneur à habiter dans Sion, afin que ses serviteurs l'y servent: le culte aurait donc été interrompu.
On a tenté d'objecter que cela n'est pas dit, et on sait que sous le coup d'une calamité on met les choses au pire, sans penser qu'une ruine plus complète pourrait être le fait de l'avenir. La prière des Dix-huit suppose uu grand deuil national : elle n'a pas cependant l'accent désolé d'Esdras IV et de Baruch, après que la ruine de la ville a été consommée. Mais aussi le but de la prière n'était pas de se lamenter, mais de raviver l'espérance.
M. Israël Lévi a comparé « les dix-huit bénédictions et les psaumes de Salomon » (2), écrits en Palestine au moment où Pompée profana le Temple par son inquisition indiscrète, où déjà le royaume d'orgueil commençait d'imposer son joug. Les Psaumes de Salomon connaissent la trompette qui doit rassembler les dispersés (xi, 1 s.); ils maudissent les hypocrites (iv, 6) et les pécheurs (xii, 6); ils envisagent la résurrection des morts (m, 16), le règne du fils de David (xvri, 21), qui purifiera Jérur^ salem des nations qui la foulent et la perdent (xvii, 25). Les Dix-huit bénédictions n'ont rien dit d'aussi fort. Et pourtant elles supposent un temps plus récent, surtout parce qu'elles ne manifestent pas la même
(l) Pour la connaissance, cf. Osée, iv, 6; pour la pénitence, les prophètes et les rabbins. ^2) lîcvue des éludes juives (1896), p. 111-178.
^,10' XVI. LA VIE lMÏSTJQUjE DU JUDAÏSME.
Miae du ,par;ti âqs Sadducéens. JPUitôt elles %iioi\ent.le;SaGerdoce, ee qui s'enliendrait mie,ux après la cessation du culte.
Il n'y a fias d'ailleurs de doute , sur l'origiiie pliarisienne de ila Prière par .excellence. JLa vigvueur des malédictions en est une preuve. Ge n'est point remportement d'une âme exaspérée par un choc violent ; cela se répète pieusement de sens rassis trois fois par jour, et la malédiction prend le nom de bénédiction. Cette malédiction porte spécialement constre les clirétiens. La recension palestinienne a prouvé sur ce point la véracité des auteurs chrétiens (1). Il est vrai que les Nazaréens ont disparu du textiC courant : ils sont suffisamment compris dans les Minim. Les ïalmuds admettent sans hésiter que la Prière est l'œuvre des hommes de la Grande Synag'ogue (2) ; tradition qui tombe avec la Grande Synagogue elle-même. Mais le Talmud de Jérusalem pourrait bien avoir conservé un souvenir quand -il dit que la bénédiction (!) contre les minim di été formulée à Yabneh, où se reforma le conseil des docteurs après la prise de Jérusalem (3). Les « chrétiens » ont peut-être été ajoutés plus tard, sauf à être rayés définitivement par prudence.
Vers la fin du premier siècle, Gamaliel II tenait pour robligation stricte de réciter toute la Prière. Josué et Aqiba se contentaient d'un résumé. H y avait des causes qui excusaient : les femmes, les enfants et les esclaves étaient obligés (4).