‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 166 sur 198 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

(4) XVI, 12 : àpxÉffet {Aot to So9év. Non pas le don de la force morale (VUeau), car c'est après •que l'âme est fortifiée que le dôii lui suffit, c'est-à-dire un don estimé médiocre; le contexte indique des biens temporels, plutôt qu'un don spirituel.

(5) XVI, 9 : Ta épya twv -/eipwv (jiou xaTei56uvov èv TÔniù [/.o-o. Le dernier mot a paru intraduisible ; ■c'est peut-être pour eî? Tdrcov \lo\), vers le lieu où elles seront gardées comme, dans un trésor, ou simplement : partout où je suis.

(7) XVI, 10 s.

des Bénédictions {Berakoth). ViàèQ, au premier abord, ne parait pas heureuse, carlaMichna de ce traité passe en revue la confession du Chma, la prière quotidienne des dix-huit bénédictions, puis les prières avant et après le repas ou dans d'autres cas, non point pour inviter à l'attention ou à la dévotion, mais pour déterminer le temps convenable, la posture à prendre selon les circonstances, enfin toute une casuistique. On nous dira encore que nous ne devons attendre rien de plus de la casuistique, dont l'utilité n'est pas douteuse. Nous répondons toujours : pourquoi nous offre-t-on seulement de la casuistique? Dans le premier écrit sur la prière chrétienne, Origène n'a pas omis les préceptes nécessaires, mais il les a rejetés à la fin. Cependant l'ordonnance extérieure est parfois dans la Michna l'occasion d'un excellent avis pour l'intérieur (1) : Ceux qui se tiennent debout pour prier ne doivent le faire que sérieusement (2). « Les hommes pieux d'autrefois attendaient une heure avant de prier, afin de diriger leur cœur vers notre Père qui est au ciel. Si le roi avait salué l'un d'eux, il n'eût pas rendu le salut ; même si un serpent se fût attaché à son talon, il ne se serait pas interrompu. » C'est très beau, peutêtre un peu trop beau pour être pris à la lettre. R. Éliézer b. Hyrcanos disait plus simplement (3) : « Quand vous priez, sachez devant qui vous vous tenez. »

Naturellement les docteurs de la Guémara de Babylone et de celle de Jérusalem enchérissent de subtilité, multiplient les cas bizarres, citent l'Écriture à tort et à travers pour se donner raison. Dans ce fatras on a relevé de belles prières. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire celles que M. Perles a tirées de la Guémara de Jérusalem (4). La première est une addition d'Éléazar rapportée par Pedath (5) à chacune des trois récitations de la Prière : « Que ce soit ton bon plaisir, Seigneur, mon Dieu et Dieu de mes pères, qu'aucun cœur d'homme ne nourrisse de haine eontre nous, et que notre cœur ne nourrisse de haine contre personne; qu'aucun cœur ne nourrisse de jalousie contre nous, et que notre cœur ne nourrisse de jalousie contre personne ; que ta Loi soit l'occupation de tous les jours de notre vie, et que nos paroles valent des supplications devant toi. » R. Hiya bar Aba (6) ajoutait encore : « et que lu unisses nos cœurs <ians la crainte de ton nom, et que tu nous tiennes éloignés de ce que tu hais, et nous approches de ce que tu aimes, et fais nous justice (ou

(1) BeraL, v, 1.

(2) tirN*"! laiD "jiriD nSx, Uttér. « si ce n'est du milieu d'un poids de tête ». Nous donnons la traduction généralement reçue^ mais ce pourrait être : sinon la tête penchée ou voilée.

f3) Berak., 28^

(4) J. Berak., 79.

(5) A.U nom de R. Jacob b. Idi, au m* s.

(6) Tanuaïle de Palestine de la 5" génération.

4'74 XVI. LA VIE JMïSa-ifiUiE DU aUDAÏSME.

plutôt la charité) à cawse de ton nom »,. Voici ane prière du matin da i'éeole ide H. Yaajinaï (1). » « Lowté :Sois-tu, Seign.eur,, <jui fais reyivr,e les jaiiOsrK -Mon Maître, j'ai pécké devant ioL 0ae ce soit ton bon plaisir, ,Sc%neiur mon Bien, de me donner un ccenr bon, un sort hevLveux .{lUtét\ mne bonne parit|,Tm bon instinet, iune bonne espérance (ou plutôt une b(Mia« ©ompagnifil), une bonne réputa/tioin, un œil exempt d'envie, unse -âme imodesite, un esprit bumble, » M. Perks ne cite pas ce qui suit : k q.ue ton nom ne soit pas profané parmi nous, et que noitis ne devenions pas le sujet des conv^rvations de toutes IfiS créatures, que nous ne finissions pas par être détruits », etc. R. ffiya bar Wawa" « <îue ce «oit ton bon plaisir^ SeigmeuF., notre Dieu et le Dieu de nos pèr^s, de nous mettre au cœur [ie dessein] .de faire devant toi une parfaite pénitence, afin de n'avoir pas à rougir devant nos pères dans le monde à venir. » Ea'fin li. Tancbum b. Isbloustifka (2) : « Que ce soit ton bon plaisir, Seigneur, notre Dieu et le Dieu de nos pères, de briser le joug du maiTvais instinct et de l'éloigner fde notre cœur. Car tu nous as créés p©ur faire ton bon plaisir, «t nous y sommes oblig-és. Tu le veux et nous le vouions aussi. Qui nous en empê€lîe si ice n'est le levain qui est dans la pâte? Tu sais et vois clairement que nous n'avons pas la force de lui résister, si tu n'as pour agréable, Seigneur, mon Dieu et le Dieu de mes pères, de faire cesser ses entreprises contre nous et de le dompter; alors nous ferons ton bon plaisir comme notre bon plaisir d'un cœur parfait. »

€es prières sont belles assurément (3), la dernière surtout, qui relève si fortement rinipuissance de rbomme à dominer ses mauvais instincts sans le secours de Dieu. On peut eonstater, sans les déprécier, qu'elles n'«nt pas la chaleur des psaumes (4). Il est vrai, elles demandent les biens spirituels avant les temporels, mais avec une préoccupation constante de la situation d'Israël. M. Bremond ne les dirait peut-être pas egocentriques, inais sûrement etlmicocentrîques, quoiqne moins nettement que la prière! officielle. F^a révérence l'emporte sur le désir de Dieu. Le Seigneur est pins qu'un roi, cela va sans dire ; il est infiniment plus élevé, fiais si l'âme était vraiment touchée de son insignifiance en présence de l'Infinie-Bonté, elle remplacerait sans doute les démonstrations de respect par un abandon filial. D'autant que certaines marques de respect en réalité suppriment les distances. C'est traiter les anges eomme n'ayant droit qu'aux égards qu'on se témoigne dans la bonne compagnie, que de leur dire adieu en allant à la garde-robe, et de les saluer quand on en revient,

(1) Amora de Palestine de la 1" génération.

(2) Qu'on lit Scolastiqaï, le scolastique (en suppriment bar); époque Inconnue.

(3) On peut en voir d'autres dans MoonE, II, p. 214 ss.

(-i) Qu'on relise aussi Is., xii, 1-6; xxvi, 1-21; hun, 7-rvmy, 1,1 j Datt., ix, 4-19.

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parée q^u'il >est biea entendu qu'ils ne vous aceompagaent pas là-bas Beaucoup de .scrupules, de proteslalions, de façons, n'empêchent pas cependant un« sincère confiance dans le Dieu qui se penclie vers ceux qui ont le cœur contrit.

Tout est prévu, toiat est réglé, toutes les situations ont leurs obligations particulières, et cependant le principe est posé que (2) ,: « Celui qui fait de sa prière un devoir réglé (3), sa prière n'est pas une supplication. »

Le judaïsme a donc conservé la vraie notion de la prière. Une prière, même obligatoire, doit être faite avec ferveur, comme un appel à la miséricorde de Dieu. On dira seulement qu'à force de multiplier les obligations au sujet de la prière il a exposé les âmes à perdre de vue son but principal (4).

Nous trouvons très juste que les rabbins aient insisté sur une prononciation correcte. Mais s'ils se trompaient malgré eux, ils y voyaient un mauvais présage. Au contraire R. Hanina b. Dosa, quand il priait pour les malades disait tout de suite: Tel mourra, tel vivra,; parce que s'il disait sa prière couramment elle était agréée, dans le cas contraire son vœu était rejeté (5). N'est-ce pas attacher plus d'importance aux mots qu'au sentiment? (6) Singulier discernement des esprits !

Prier c'était prendre sur;soi le joug du règne de Dieu. Nous devons nous pénétrer de ce devoir. Mais si le royaume de Dieu est en noius, la prière prendra naturellement le pli de trouver Dieu dans l'âme. Origèue a marqué d'un mot cette transformation à la première pa,ge de son traité sur la prière ; Toute prière a pour but de s'unir àla volonté de Dieu, mais celui qui était un Seigneur s'est changé en un ami (7). Sans parler de l'union à laquelle cet ami appelle les âmes parfaites !

Mais notre dessein n'est pas de comparer la prière juive à celle des chrétiens : nous nous demandons dans quel sens la doctrine et les modèles de l'A. T., agissaient au premier siècle de notre ère. 11 nous parait impossible de méconnaître que le sentiment religieux, s'il avait gagné en respect, avait perdu en intimité; la réglementation a commencé et sera de jour en jour plus complète, ce qui est un avantage pour le grand nombre. On a cru devoir arrêter les termes d'une prière pour tous les Israélites : mais elle est dans l'intérêt national, et la bénédiction des

{i) Jer.'-Berali., Guémara ;sur;ix, C.

(2) Bemlc, IV, 4.

• (3) 5?lp

(4) ScHÛUER, ïf, p. 566-572.

(5) Berak, v, 6.

(6) Ne pas oublier qu'il ne s'agit pas de la validité d'un sacrement, mais du succès d'une prière. On dirait qu'il faut que Dieu s'arrange afin qu'an proaouce mal, sans quoi la prière aurait son effet.

(7) F. G., XI, c. 416 : eîç çîXov it.ztc/Xky.aTovxoc, toÛtoi; wv KOpioî, ■7tp(5T£pov v^v.

uns est accompagnée de la malédiction des autres. Le goût de la prière mentale s'est-il développé? Chez les âmes d'élite, peut-être, mais les <îhefs spirituels de la nation n'y ont pas invité les âmes, ne les ont pas assistées de leurs conseils, ne les ont pas mises en garde contre les illusions ni encouragées dans leur marche vers la lumière et vers l'amour. On ne leur faisait pas entrevoir l'union à Dieu comme le but de la prière.

§. 8. U amour de Dieu.

Ce n'est pas ici le lieu de spéculer sur le pur amour de Dieu. Jésus a dit dans saint Jean (xv, 14) : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » Et saint François de Sales envisageant d'écrire cet admirable traité de la vie mystique qu'est son livre de l'amour de Dieu, se proposait seulement d'en « monstrer la pratique en l'observation des commandements de la première Table (1). »

Le Judaïsme né pouvait oublier que le précepte de l'amour de Dieu est le premier de la Loi promulguée au Sinaï. La meilleure preuve, c'est qu'il est en tête de cette confession de foi que chaque Israélite doit réciter deux fois le jour.

Nous nous demandons seulement si ceux qui se faisaient les directeurs spirituels d'Israël par leurs écrits et leur enseignement ont eu à cœur de développer ce sentiment de l'amour de Dieu daiis les âmes, soit dans les effusions de la prière, soit comme mobile des actions.

Les livres de l'école des purs eschatologistes ne respirent guère ,ce sentiment. Ils sont absorbés par l'attente du jugement qui satisfera aussi leur désir de vengeance. L'amour de Dieu découle de la méditation de sa bonté et de son amour. Or, dit M. Martin (2) : « Le Livre d'Hénoch parle quelquefois de la clémence de Dieu, ou plutôt de sa générosité pour les élus et les justes, mais assez rarement de sa miséricorde proprement dite, du pardon qu'il accorde aux pécheurs repentants. Il célèbre plus volontiers sa justice et sa haine du péché. » Il li' est donc point trop question d'amour..

Les autres livres prononcent le mot, mais semble-t-il par acquit de conscience, du bout des lèvres, sans aucun mouvement du cœur, et sans s'adresser à Dieu lui-même. C'est une recommandation qui se transmet, un devoir dont les justes s'acquittent. Dans les Jubilés, Abraham dit (3) : « Je vous en prie, mes fils, aimez le Dieu du ciel, et attachez-vous à tous ses commandements. »

{1) Lettre à l'arclievêque de Vienne; Œuvres, t. XIV, p. 126.

(2) Op. L, p. XXI.

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