XX
l'amour de dieu. 477
Dans les Testaments Issachar dit à ses fils : « Aimez le Seigneur et le prochain. » Lui-même a donné l'exemple : « J'ai aimé le Seigneur et tout homme de tout mon cœur. » Dan fait la même recommandation : « Aimez le Seigneur durant toute votre vie et aimez- vous les uns les autres d'un cœur sincère (1). »
Si ces passages ne sont pas des interpolations chrétiennes, ce qu'on pourrait conclure du rapprochement des deux commandements, ils ne sortent pas du ton d'un moraliste rationnel, et n'ont certes pas la chaleur d'Épictète.
De même pour les psaumes de Salomon : c'est comme un cliché r « Que ta miséricorde, Seigneur,' soit sur tous ceux qui t'aiment. »
« Béni soit le Seigneur qui fait miséricorde à tous ceux qui l'aiment véritablement. » Ainsi encore dans deux autres endroits (2). Quand l'homme accomplit le précepte d'aimer Dieu, la miséricorde lui répond.
Rien de cet amour prévenant de Dieu (3) : « Je t'ai aimé d'un amour éternel, et c'est pourquoi j'ai prolongé pour toi ma faveur. » Les justes des psaumes de Salomon sont surtout ceux qui craignent Dieu (4). Le Messie lui-même sera fort par la crainte de Dieu (5).
Assurément il ne faut pas entendre ici la crainte servile ; c'est bien plutôt un sentiment de l'âme résolue à faire la volonté de Dieu, à observer ses commandements, ce qui est aussi la loi de Famour. Maisil y a quelque chose de caractéristique à parler beaucoup plus de la crainte que de l'amour, surtout quand on a en vue les justes et les saints.
Il est assez piquant que nous trouvions parmi les docteurs les plus anciens un aphorisme qui semble l'expression d'un service complètement désintéressé. Antigone de Socco, dont on faisait un disciple de Siméon le^ Juste (6), disait (7) : « Ne soyez pas semblables à des serviteurs qui servent le maître dans l'intention de recevoir un salaire; mais soyez semblables à des serviteurs qui ne servent pas le maître dans l'intention de recevoir une récompense, et la crainte du ciel sera sur vous (8).^» •
Voilà une très belle maxime qui remplace le service mercenaire par le sentiment du devoir; elle se concevrait bien dans le système stoïcien.
(1) Iss., V, 2; VU, 2, avec la variante : « J'ai aimé tout homme plus que mes enfants » ; Da7i.,. ^j 3.