LE JUDAÏSME EN EGYPTE
Frappé de la maigreur du sol palestinien, un consul allemand à Jérusalem a imaginé que cette Diaspora avait dû se recruter k l'étranger parmi les Phéniciens et les autres Sémites qui se seraient rangés plus facilement que les indigènes à la religion des Juifs, Sémites comme eux. Sans doute y avait-il entre les Sémites un certain rapprochement par les idées et les coutumes ; mais outre que les Phéniciens, par exemple, n'avaient pas oublié une ancienne hostilité plus âpre entre voisins, rien n'indique parmi eux cette tendance au monothéisme que la philosophie attique avait fait naître chez les Grecs (1). Ce sont précisément les pays incapables de nourrir beaucoup de monde qui fournissent les émigrations les plus considérables, comme on le voyait au temps de J.-G. pour les Arabes Nabatéens et comme on le vit plus tard pour les Arabes du Hedjaz.
La Diaspora égyptienne était donc bien composée de Juifs. Cependant nous plaçons en tête de ce bref exposé un établissement des Judéens en Egypte qui a disparu. Rieii n'est plus propre à mettre en relief la portée de l'établissement à Jérusalem et en Egypte d'un Judaïsme fondé sur des bases solides qui se sont révélées inébranlables.
(1) La colonie araméeaae découverte par M. Jéquier au sud, de Saqqara ne trahit aucune accointance avec les Juifs (communication verbale).
De la mâiûrïiisie sur Jéï'usalem par Nabuchodoiiosar dafe l'histoire àe l'établissement des Juifs en dehors de îa terre de Canaan que Dieu leur avait donnée. La dispersion avait commencé après la prise de Samarie, mais sans créer d'abord, dit moinâ à notre eonnaissance, dés foyers durables de la religion et du nationalisme* Elle s'esli prolongée jusqu'à nos jours comme un phénomène de ténacité k ce double principe du Judaïsme. Entre cette dissolution complète et cette préservation, unique dans l'histoire, il faut placer une situation équivoque de Judéens en Egypte. L'Ég-ypte devînt, avant J.-C, Je centre économique et intellectuel de la dispersion. Il est nécessaire- pour comprendre le contact des deux peuples et ses réactions, d'analyser les éléments d'un contraste très accentué entre eux et entre les régions qu'ils habitaient.
Le caractère des Égyptiens dépend, plus que celui d'aucune autre race, de la nature du pays. Hérodote a dit admirablement que l'Egypte est un don du Ml (1). Gela est vrai de l'existence même du sol, puisque la longue vallée qui s'épanouit en Delta est formée par le limon que le Nil entraîne depuis les plateaux de l'Abyssinie. Cela est vrai aussi de la richesse de ce sol. Si gras qu'il soit, il ne produirait rien s'il n'était arrosé par les eaux du Nil, surtout dans la Haute-Egypte où il ne pleut pas. Chaque habitant est libre de plonger dans le fleuve le récipient qu'il en fait remonter par une poulie rustique : de cette manière primitive, les bords seuls seraient humectés. Quand vers le mois de juin les eaux commencent à monter, le fleuve submerge ses berges. Mais cette profusion serait en grande partie inutile si un système bien compris de canaux ne répartissait partout le liquide fécondateur. Les canaux ne peuvent être organisés que par une autorité centrale intelligente, et servie par des milliers de bras. Par ce fait seul toute la vie de l'Egypte dépend d'une autorité bienfaisante. Aujourd'hui encore l'Angleterre essaie de tenir l'Egypte dans sa main en gardant le Soudan, c'est-à-dire le cours du Haut Nil, qui se déverse, grâce au barrage d'Assouan, sur les cultures des céréales ou de.
(1) Hér., I, 1 : owpov Tou NeJXou.
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