EGYPTE ET SYRIE
coton, selon l'opportunité des semences, comme un jardinier élèverait son arrosoir en temps opportun. ,
Peu de commerce, toujours l'agriculture. De ses côtes dentelées et arides, l'Hellène partait à la conquête de la fortune et même de. sa subsistance. La mer suscitait l'effort individuel. Dans sa vallée close, mais plantureuse, l'Égyptien attendait du g-ouvernement le don des eaux, sûr de récolter sans peine les dattes des palmiers et les épis de blé, selon les pratiques ancestrales communes à tous. Elle élevait partout les mains, dans le même geste d'adoration, vers le Pharaon, vers le Nil et vers le Soleil. La vie de l'au-delà, dont l'Égyptien rêvait, ne pouvait être qu'une Egypte encore plus radieuse, plus féconde, où tous les morts, devenus tous des Osiris, seraient à la fois unis au dieu et gouvernés par son sceptre. Les compagnons de la vie des charapg aux bords du Nil, ceux-là même dont on appréhendait les surprises mortelles comme les crocodiles, les oiseaux hardis qui fendaient l'air comme les éperviers, les graves échassiers roses qui bordaient les marais, aussi bien que les précieux amis, comme la vache, ou les types de la force virile, comme le taureau et le bélier, ou le chat, meuble animé des huttes, tout ce mande animal énigmatique qui paraissait dissimuler une intelligence plus sûre que celle des hommes d'atteindre ses fins, était associé au culte du Soleil, dieu des vivants, et d'Osiris, dieu 'des morts.
Ce peuple n'avait pas été toujours uniforme dans ses traits de race, dans sa religion, dans son art. Les savants s'ingénient à relever les traits distinctifs des anciens nomes. Mais quand les Israélites pénétrèrent dans la vallée du Nilvers la fin du vu® siècle, le Maître de la Haute et de la Basse Egypte avait depuis longtemps donné au pays un aspect uniforme. Des pyramides gigantesques, des temples immenses étaient la preuve d'un effort prodigieux. Mais cet effort n'avait eu chance d'aboutir que par le nombre considérable des bras actionnés par le même bâton. Certes l'Egypte n'était pas immobile, ni perpétuellement endormie. Alors comme aujourd'hui, elle était secouée de passions tragiques, mais toujours collectives : elle s'agite comme un seul homme, et le plus souvent sur' le signal d'un seul homme. Ainsi, aux premiers temps du christianisme, les patriarches, Cyrille ou Dioscore, entraînaient avec eux leurs évêques véritable troupeau, pour se heurter aux troupes moins disciplinées des Syriens.^ ,'■./.
La Syrie et l'Egypte ! Antagonisme- millénaire, parce qu'antithèse irréductible. La Syrie est moins aride que l'Egypte, il y pleut en hiver. Mais ce secours est souvent mesuré parcimonieusement; l'eau, non moins nécessaire, n'afflue pas avec la régularité du Nil. Il fallait 'obtenir du Maître du pays, le Baal de la foudre et de la tempête. Et souvent il se
faisait prier, ne cédait que pour récompenser les plus coûteux sacrifices, quelquefois celui des enfants passés par les flammes ou abandonnés au brasier.
Et si l'eau tombe à torrents, le bienfait se chang-e en désastre. Sur les flancs des collines, la terre meuble glisse dans les vallées, le sol cultivable se rétrécit ; il faut arrêter ce dépouillement par des terrasses artificielles, creuser dans ce but le rocher, et conquérir dû même coup quelques parcelles de terre. Chaque domaine est ainsi comme une création du travail indépendant. Chaque région aura aussi son autonomie, car elle devra débattre contre la voisine des intérêts distincts. D'un côté les plaines, de l'autre côté les montagnes, séparées par des fondrières ou des torrents : un assemblage de contrées distinctes que la nature s'est complue à dessiner par des horizons divers, sans que jamais une barrière infranchissable marque la limite d'un monde nouveau. Ainsi s'explique le sentiment qu'ont les Syriens d'appartenir à la même contrée, et l'impossibilité où ils ont toujours été de constituer une seule patrie.
Dans cette masse d'éléments variés, Israël plus que tout autre avait conscience de son individualité, surtout religieuse, fondée sur son alliance avec son Dieu. Cependant nous l'avons vu sensible aux influences des dieux de la plaine, puis des villess voisines enrichies par le commerce de la mer. Damas avait failli l'entrai a er dans son orbite. Les Assyriens étaient apparus au nord comme une force irrésistible; on n'avait pas attendu leurs coups pour implorer leurs dieux.
Quelle serait l'attitude des Israélites en Egypte, perdus dans cet immense milieu très homogène, et donc plus absorbant?
Il fut ce que pouvait faire attendre le contraste que nous avons dû esquisser rapidement de deux tempéraments aussi différents, avec une supériorité marquée d'énergie et d'activité du côté des Syriens, ■ telle qu'on la constatait encore récemment en Egypte.
Lorsqu'Israël descendit en Egypte pour la première fois, au temps où les Hycsos, conquérants asiatiques, avaient laissé dans la vallée une forte empreinte de sémitisme, la contagion aurait pu être redoutable. Ézéchiel, au nom de lahvé, rappelait à leurs descendants une première infidélité : « Ils se révoltèrent contre moi et ne voulurent pas m'écouter. Il ne rejetèrent pas chacun les idoles infâmes de leurs yeux, ils n'abandonnèrent pas les abominations de l'Egypte (1). » Pourtant le prophète ne nomme aucune divinité égyptienne.
Lors de l'Exode, les Israélites demandèrent à sortir pour aller sacrifier à lahvé : le Pharaon l'entendit ainsi et ne songea pas à leur proposer de
(I) Ez., XX, 8.