‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 175 sur 198 · TENTATIVES D'ASSIMILATION LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

TENTATIVES D'ASSIMILATION LITTÉRAIRE

Alexandrie était en Egypte le foyer principal de l'hellénisme, on peut dîre son unique centre de rayonnement.

Alexandre avait sûrement songé à tourner ses armes vers l'Occident, Déjà le sud de lltalie était depuis longtemps occupé par dès colonies grecques; La Sicile avait été associée à cette marche en avant dès Hellènes. 11 restait à souder ces postes avancés au grand empire. Ce que le conquérant ne put faire, il le prépara cependant en transformant l'obscure bourgade de Racotis en une cité qui porta son nom. Tournée vers l'Occident, Alexandrie devint la porte de l'Egypte vers ces contrées. De nos jours on a cru que Port-Saïd placé à l'entrée du canal qui conduit aux Indes et à l'Asie orientale avait des chances de supplanter sa rivale. Il n'est demeuré qu'un comptoir. Alexandrie est de nouveau une ville immense. Mais si c'est encore le point où l'Europe s'installe pour pénétrer en Egypte, ce n'est plus un grand atelier de culture scientifique comme au temps des Ptolémées.

^ Alors la cité, presque uniquement grecque, fut dans tout l'empire gréco-oriental la seule qui représentât vraiment l'héllénisme. Pergame, puis Antioche, entreprirent en vain de lutter contre cette hégémonie. Durant les siècles qui précédèrent notre ère, ce fut Alexandrie qui reprit le rôle d'Athènes, surtout dans l'ordre littéraire et scientifique.

La fleur de l'atfcicisme avait disparu à jamais. Elle s'était épanouie sur un sol heureux, dans des circonstances spéciales. L'épopée avait reflété l'esprit aventureux des Ioniens, l'élégance naissante des vieilles aristocraties, jointes au laisser aller et au naturel d'une vie au grand soleil. La tragédie attique s'était inspirée de sentiments plus graves, d'idées religieuses plus profondes, mais Eschyle chantait la défaite des Perses à Salamine, Sophocle nationalisait OEdipe dans le bois de Golone, on entend encore dans Euripide l'écho des préoccupations de la politique d'Athènes et dé sa pensée philosophique. Avec Aristophane, la comédie se plaça résolument et librement sur le terrain des luttes politiques de l'agora. Thucydide ne s'intéressait qu'à Athènes et à Sparte. Démosthène a trouvé les plus beaux accents d'un nationalisme idéaliste

LES GRECS A AtEXANDIlTB. 495'

quoique passionné. Platon conciliait la hardiesse d'une pensée qui embrassait tout l'univers, avec les tours les plus familiers et une grâce adaptée au terroir qui se jouait de la rhétorique des étrang*ers. Ces dons peuvent encore être appréciés partout : ils ne pouvaient naître hors de la contrée que domine le Parthénon, où coulent le Céphise et Tllissos.

Mais déjà Aristote, l'homme de Stagyre, avait rompu cette barrière en fondant la domination de la science qui n'a pas de patrie. Il avait été l'élève en astronomie de l'athénien Calippe, comme Platon avait appris l'arithmétique de Thééthète, disciple de Socrate, mais les conquêtes d'Alexandre avaient ouvert des horizons nouveaux à la géographie et aux sciences naturelles. Dans l'immense horizon politique les constitutions des cités étaient analysées désormais comme des pièces d'archives, les chefs-d'œuvre étaient étudiés comme des modèles incomparables ; l'érndition critique naissait.

Elle fut transportée à Alexandrie, dans ce Musée qui était à la fois une biblid'thèque, un atelier de travail, une salle de conférences. C'est à Alexandrie qu'Eratosthène donna une première idée de la géogTaphie universelle, qu'Euclide fonda la géométrie qui porte son nom. C'est au Musée que les Aristarque et les Zénodote appliquèrent au texte de la vulgate homérique la critique la plus attentive.

La poésie d'inspiration vraiment religieuse, de passion nationale ou, personnelle, d'élan lyrique spontané, était morte. Dans cette société cosmopolite et savante, elle devint ôrudite comme celle de Gallimaque, ingénieusement ingénue avec Théocrite, on dirait volontiers rastaquouère avec Hérondas.

L'histoire se transforma: elle s'intéressa à tout pays, aux faits anciens comme aux modernes. Déjà Hérodote avait donné l'illustre exemple d'une curiosité universelle. Il était allé partout, en Egypte et en Babylonie, s'informant de tout ce qu'on racontait daos les temples et sur les places publiques, épris du savoir^ en Grec qu'il était, et pour la même raison assez sceptique sur la valeur de ses autorités. Ces vieilles histoires avaient tant d'attrait, flattant les amours propres des villes et des pays, enseignant à tort et à travers une morale colorée de religion, humaine toujours! Les neuf livres de l'historien passèrent pour l'œuvre des neuf Muses : ils nous charment encore.

Mais au Musée on ne contentait plus d'entendre les bonnes gens; on voulait s'instruire sur l'histoire des Barbares d'après leurs documents, car il se trouvait que ces barbares avaient beaucoup écrit, et dans un temps où les Grecs ne possédaient sans doute pas l'écriture, puisqu'ils ne pouvaient produire aucune inscription très ancienne. Ce fut en Egypte le succès de Manéthon de pouvoir dresser une série des vieilles dynasties

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avec la durée de chaque règne. La liste de Séti P' à Abydos, le papyrus de Turin, nous indiquent quelles pièces il a pu consulter. Les découvertes de l'assyriologie ont prouvé un peu plus tard que si Bérose est fabuleux, il n'invente pas, il reproduit de vieilles fables. On s'informa donc alors, dans les empires grecs, et spécialement sous les Lagides, des origines authentiques des peuples qui composaient le monde nouveau.

Parmi ceux-ci les Juifs occupaient une place à part.

Déjà installés en Egypte sous les Perses, ils comprirent très vite quelle place ils pouvaient occuper dans la grande capitale grecque, comme petits commerçants, et bientôt comme fonctionnaires. Sous les Perses ils avaient su, nous l'avons vu, se faire une situation avantageuse en mettant au service des maîtres étrangers leurs rares qualités. Rien ne les inclinait à prendre fait et cause pour les Égyptiens. D'autre part, dans cette première période, ils ne se sentaient pas enclins à se mêler aux Perses qui demeuraient en Egypte une caste distincte. Quand les Grecs entreprirent une occupation qui serait dans une plus large mesure une fusion, ils se sentirent appelés au rôle de courtiers, complaisants et utiles.

Des Égyptiens ils continuèrent à faire peu de cas. Les Grecs leur imposèrent ce respect qui, dans les premiers temps de la conquête, fit baisser le front à toutes les cultures orientales. Cependant, élevés depuis de longues années dans le monothéisme, les Juifs se sentaient nettement supérieurs aux Grecs aussi bien qu'aux Égyptiens par leur croyance en un Dieu unique : nous verrons avec quelle force ils ont opposé leur foi aux explications incertaines des penseurs païens pour justifier les cultes traditionnels. Nous verrons aussi quelle sincère admiration pour les recherches scientifiques et pour les chefs-d'œuvre de l'art se mêlait à leur revendication inflexible.

De ces deux sentiments naquit, plus ou moins consciemment, un état d'âme hardi. Supérieurs aux Grecs par la religion, s'ils leur devenaient supérieurs dans l'ordre des connaissances humaines, ou du moins leurs égaux, il leur serait possible d'imposer leur idéal religieux, et de se faire les directeurs intellectuels de ces Gentils dédaigneux, et par là-même les véritables héritiers de la large politique d'Alexandre, les bénéficiaires de son œuvre.

Une ambition si haute ne fut sans doute pas commune. Elle ne fut affichée par aucun Juif. Mais aucun ne fut indifférent aux bénéfices qu'on pouvait escompter : se préserver du mépris insolent des Grecs pour tou^ les barbares, éviter les avanies de la plèbe, conquérir l'estime des savants, se frayer un chemin vers les emplois honorables, se rendre dignes de la faveur royale (1). Que les Juifs aient nourri ces espoirs,

(1) C'était déjà beaucoup de gagner des sympathies, et ce fut toujours la tactique des Juifs.

* LES ,Q REGS /A' ,. ALEXANDRIE . - 49 7

c'est ce que prouve leur tentative elle-même, poussée si loin qu'ils en vinrent à faire plaider leur cause par les autorités les plus respectées de ce monde hostile dont elles étaient l'orgueil.

Ce qui ei\t été pure chimère dans l'air transparent de l'Attique où Sdcrate, Aristophane, Alcibiade, Agathon s'étaient trouvés réunis au môme banquet, ne parût pas impossible dans un milieu où tous les éléments étaient mêlés, où les Juifs, étroitement unis entre eux, imposaient déjà leurs prétentions au nom de livres certainement anciens, qu'ils étaient seuls à comprendre.

Les "Jaifs d'Egypte tentèrent donc de rivaliser avec les Grecs ou du moins d'acquérir assez de connaissances humaines pour se faire entendre du public cultivé (1).

Pourtant ilTallciit choisir. Les Grecs avaient cultivé l'art : l'architecture où ils avaient été peut-être les élèves des Égyptiens (2), la sculpture et la peinture. Mais les Juifs ne pouvaient songer à bâtir d'immenses édifices; la Loi leur défendait de représenter les hommes ou les animaux. Ils n'essayèrent rien dans l'art des formes. La musique charme, elle ne démontre rien.

Les sciences sont démonstratives. Mais ce qui prouve bien que les Juifs agissaient plutôt par zèle religieux national que pour contribuer à la recherche de la vérité humaine, c'est le peu d'attention qu'ils ont donnée aux sciences, mathématiques ou naturelles. Elles n'avaient pas alors le prestige dont elles jouissent aujourd'hui, grâce surtout aux applications utiles et fascinantes dont elles sont le principe. Archimède se rendit célèbre par ses machines, et excita un véritable enthousiasme par sa défense de Syracuse. Mais les savants n'étaient pas comme aujourd'hui les maîtres de l'heure. Les Juifs de Palestine ne semblent même pas s'être doutés des progrès de l'astronomie, du moins à enjuger par les extravagances puériles du livre d'Hénoch. Aucun des passages .qui nous sont parvenus ne témoigne d'un goût quelconque pour les sciences spéculatives. L'histoire naturelle ne les intéressait pas davantage. Quant à la géographie, -on ne voit pas qu'ils aient pris part aux explorations ou aux périples.

M. Pallier e a raconté comment il M détourné de son dessein d'embrasser le judaïsme par' le célèbre rabbin Élie Benaraozegh 'de Livourne : un rabbin de plus ne valait -pas à ses yeux un chrétien complètement dévoué aux intérêts des Juifs (Le sanctuaire inconnu, wja « conversion y> au judaïsme, Paris'MOMXXVI, p. nsss.).

(1) Les principaux textes ont été réunis dans Fragments from Graeco-Jewish Writers, côllected and edited witli brief introductions and notes by Wallace Nelson Stearns, "Ph. D., OMcago, 190S. — Un recueil plus complet, traduit et commenté rendrait les plus grands services.

(.2) Le problème a pris une base de discussion surtout depuis la découverte à Satiqarah des -colonnes dites proto-doriques.

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§ I. — L'histoire.

Il en est tout autrement de l'histoire. Encore les Juifs alexandrins ne se sont-ils guère intéressés qu'à la leur.

Ils étaient là sur leur terrain puisqu'ils possédaient une histoire sacrée qui marquait l'origine de leur nation à un moment donné du développement de l'humanité sortie d'un seul couple. Aucune histoire grecque n'avait cette prétention. Mais ils ne se contentèrent pas de cet avantage : il leur plut d'exalter leur race bien au-dessus des Égyptiens au point que la civilisation de l'Egypte entière eût été l'œuvre des anciens Hébreux, Il est possible que cette audace singulière ait été une contreattaque désespérée pour répondre à des calomnies. Josèphe croyait lire dans Manéthon (1), qui écrivait de 270 à 250 av. J.-C, que le roi Aménophis n'avait été admis à voir les dieux qu'à la condition de chasser d'Egypte les impurs. Il rassembla donc quatre-vingt mille lépreux dans les carrières à l'orient du Nil, puis leur accorda de s'installer à Avaris, l'ancienne capitale des Hycsos. Là ces malheureux prirent pour chef un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsiph, qui leur donna des lois et leur enjoignit de ne pas adorer les dieux et d'immoler les animaux sacrés pour s'en nourrir. Avec l'aide des Hycsos de Jérusalem, laissés là par le roi Touthmès et appelés par eux, les lépreux envahissent l'Egypte, pendant que le superstitieux Aménophis, pour respecter un oracle, s'enfuit en Ethiopie. Excès des gens de Jérusalem, mêlés à ces Égyptiens scélérats : ils pillent les temples, font immoler les animaux sacrés par les prêtres et les prophètes, jusqu'à ce qu'enfin tous soient expulsés. Le chef des lépreux lorsqu'il devint le chef de la race nouvelle prit le nom de Moïse.

Rien n'était plus propre que cette contrefaçon de l'Exode à rendre odieuse une race dont les ancêtres n'auraient pas été un peuple comme

(1) Dans le contre Apion (i, 14-16) il cite Manéthon sur les Hycsos et ensuite un passage sur les Juifs, qu'il introduit ainsi : « Jusqu'à cet endroit il a suivi les documents; ensuite il a mis en œuvre des discours sans autorité, en laissant voir qu'il se permettra d'écrire ce qu'on avait inventé et ce qu'on racontait sur les Juifs » (i, 26). Schûrer tient le passage qui suit pour l'œuvre de Manéthon, et cette réserve comme une preuve d'esprit critique dont un remanieur se serait bien gardé pour ne pas rendre son addition suspecte. — Je croirais plutôt que Manéthon, très absorbé dans une histoire soigneusement documentée, n'aurait pas quitté ce genre sérieux pour rapporter des niaiseries qui sont la quintessence de la polémique antijuive. Celui qui a inséré ce passage comprenant qu'il faisait tache aura pris une précaution oratoire. Cependant le nom d'Aménophis que Josèphe a tort de rejeter comme supposé, celui de Touthmès et celui d'Avaris indiquent un auteur bien renseigné ou un mélange des textes, et peut-être le désir du roi de voir les dieux est-il une allusion à Aménophis IV, toujours représenté dans l'attitude béate d'un dévot inondé des rayons du disque solaire son dieu. — Contre l'authenticité : C. Muller, Fragm. hist. graec, II, 514''; Théodore Reinach pense que le grand morceau sur les Impurs procédait d'une source ennemie des Juifs, non de Manéthon, tandis que l'assimilation des Hycsos aux Hébreux serait d'un auteur ami des Juifsj (Contre Apion, p. xxvi).

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un autre, mais un ramassis d'hommes impurs unis aux anciens ennemis de l'Egypte. Ces étrangers et leurs institutions sont opposés à tout ce que l'Egypte adore et pratique (1). C'est une nation d'athées.

L'auteur, quel qu'il soit, de cette pièce de polémique, travestissait l'Exode des Hébreux.

A l'autorité réelle ou supposée de Manéthon, un juif crut pouvoir opposer celle d'Hécatée d'Abdère, contemporain d'Alexandre et de Ptolémée Lagos. Il avait parlé des Juifs; on lui prêta un ouvrage sur Abrahapi, dans lequel il louait sans restriction leur fidélité à leur religion, à leurs souverains, célébrant Jérusalem et le Temple (2). Ce pseudo- Hécatée est si franc dans sa sympathie qu'il s'était rendu suspect même dans l'antiquité. Ou ce qu'on lisait des Juifs n'était pas d'Hécatée, ou Hécatée était devenu Juif, comme disait Herennius Philon (3).

Le pseudo-Hécatée est antérieur à la lettre d'Aristée, donc probablement à l'an 200. Vers le même temps, sous Ptolémée IV (222-205), un annaliste chronologiste, nommé Démétrius, écrivait : « Sur les rois de Judée (4) », d'après le Pentateuque en grec. Josèphe l'a confondu avec Démétrius de Phalère, mais Eusèbe et saint Jérôme ont reconnu qu'il était juif. Si ses calculs ne sont pas tout à fait exacts, du moins il s'appuyait sur ses sources sans les transformer. Les embellissements d'Eupolemos (158 av. J.~G.), qui était peut-être de Palestine, ont servi d'arme à Josèphe, pour relever sa nation par le témoignage d'un païen, mais Eusèbe et saint Jérôme ont reconnu le Juif.

Artapan, antérieur à Alexandre Polyhistor (80 av. J.-C), pousse à son comble l'effronterie. Josèphe se fit sa dupe bénévole. On serait étonné qu'Eusèbe ait pris au sérieux de pareilles billevesées, si l'on n'était obligé souvent de constater l'incroyable empire des témoignages juifs sur les chrétiens, il faut dire ici des impostures les plus maladroites.

L'histoire sacrée est tout entière refondue à la glorification des Juifs : les Égyptiens leur doivent tout. Moïse est le même que Moiisaîos, le maître d'Orphée. Il à fondé toute la civilisation, ayant inventé la navigation, l'architecture, l'art militaire, l'administration du pays divisé en trente-six provinces. H est le même qu'Hermès, car il est le fondateur de l'herméneutique sacrée (5). Tout cela était aisé à affirmer. Mais le culte des dieux était la plus grande part de la vie de l'Égyptien, avec celui des animaux sacrés. Gela aussi venait-il de Moïse? Moïse avait du. enseigner à adorer Dieu, et pourtant il fallait aussi qu'il eût organisé le

(1) Fragm. Hist. qraec, II, 579 : en résumé : (/.àXicria m? AlY^iïtioiq âôiutAoïç ÈvaVTioujjLsva.

(2) Fragm. Hist. graec, II, 384-396,

(3) 11» siècle ap. J.-C, dans Origène, Contra Cels. i, 15.

(4) Clkm.-Al., Strom., I, 21, 141.

(5) 8tà Ty)v Twv lepwv Ypa(ji,(ji,âxwv lp[*rive(av.

c;8©0 XVIII. TENTATIVES iDkîSSIMILATION LITTÉRAIRE.

(eulte ' d«s dieuix et des animaux! Antapan n'est pas net, et d'ailleurs (Ëusèbeme fait que le irésumei?. Il est 'probable icfu'il se itenait à dessein dans le vague . , Sèhïiper pense que s'il avait ; pris un raasqae palïen dl eùt fait chois d!un nom plus (retentissant qu'Artapan, qu'il ^eùt ftag^èllé Iles dieux du pag'anisme avec non moins de vigueur que les Sibylte's ou Ârisltée. Mais il se peut 5 aussi qu'il fait tenu davantage à caéiier son jeu. Ou bien il a en effet parlé en Juif, et il pouvait nommer les animaux sacrés comme consacrés â Dieu, évitant de dire que "Moïse avait fondé le polythéisme. De toute 'façon il faut noter ce hardi renversement ées rôles. Tandis que la tradition pBilestinienne telle qu'elle est exposée par saint'Étîenn^ admet sans difficulté que Moïse a été « élevé dans toute la sagessse des'Ég'yptiens fl) », par une absiM;ce complète de sens historique, Artapan suppose que toute l'organisation égyptienne est sortie du génie d'un enfant juif, supposé fils du roi parce que'la reine Merrhis n'avait pas d-* enfants (2).

. § 2 . — La Philosophie .

L'histoire était le meilleur terrain de la controverse avec les Gentils, le principal appui de l'apologie du Judaïsme. Telle que les Juifs la tenaient de leur tradition, elle était, aux orig'ines, étroitement mêlée à la législation religieuse et sociale. Moïse qui racontait les débuts de l'humanité avait fait de ses récits le prologue de ses lois. Aussi avonsnous vu les questions religieuses s'immiscer dans des œuvres sur le passé dupeuple. Lorsqu'on les traitait plus directement pour elles-mêmes, c'était encore à propos des mêmes documents. Mais on affectait de les envisager à la grecque, comme des doctrines piliilosqpliiques. Rienhlmportaît plus que de gagner l'estime des philosophes. On aimait à dire qu'Aristote lui-même avait témoigné de l'estime pour un Jiiïf . Jos'èphe citait à ce sujet Gléarque de Soles, enChypre, disciple d'Aristote. Le maître aurait dit de cet étranger : « îl était hellénisé, non seulement par sa langue, mais encore dans l'âme... Ayant eu commerce avec beaucoup d'hommes instruits, il sut donner encore davaxLtage » (3).

C'est une expression si juste, mais anticipée, de tout l'effort juif Ters une assimilation destinée à devenir dominatrice, que l'on se prend à douter de rauthenticité du propos. Aristote aurait-il si facilemeiït rendu les armes à un barbare? D'ailleurs les Juifs avaient du goût pour la

y (1) Act., vu, 22.

(2) Praep. ev., ix, 21- ,

(3) 'EXXyivi-xo; ^v, où T^ISiaXsv.TCp lidvov, àXXà xal t^ <Î'"X^'" w; Se ircoXXoï; Twviwiratôsto crav.ipjteieùiiro, TtapeôîSou Ti [JiaXXov Sv eTy^ev (Fr. Hist. graec, II, 323 s.)

LA JmiWSOWElE,. SQlî

philosophie péipipaiéticienne; : elle dut, leur plaire par; son dûrmaàiom sii ndtie du premier motCiUr, Dieu, qui se contemple lui-môme^, et aussîi par/' sa; morale .si tempérée^ exempte; du mysticisraer platonicien qnîl répugna; le plbs souvent à; leur rationalisme tempérée De sorte: qu;ils; commencèrent où s'arrêta la recherche ; chrétienne: avee saint Thoma» d'Aquin,. eu; faisant élection,, du péripatétisme' et en, s'eii'èrçant de: le, mettre d'accord avec la révélation.

C'est presque la formula dont s'est, servi i Clément; d'Alexandrie; à propos d'Aristobule : « II, a;composé des livresi assez: nombreux^, pour montrer que; là philosophie péripatéticienne; dépend; soiti de- la, loi de Moïse, soit, des autres prophètes » (1). L'un dé ces livres était unei « explication des lois saintes »,, ou plutôt un résumé avec une explication; philosophique, adressée auj roi. Ptolémée Philométor (180-l/i.5) av?. J,.rC)., Dansiles deux fragments que nous a fait connaître ; Eusèbe, (2), il a moinS; à cœur de faire prévaloir là philosophie d'Aristote que de; prouyer lài dépendance de l'hellénisme par rapport à Moïsci Pythagore, Socrate^, Platon lui ont emprunté, et déjà Homère et Hésiode. Pour que? la^ thèse ait. une apparence de possibilité, il fallait imaginer une antique traduction, grecque de la, Bible, antérieure: à celle, des Septante qu'on, devait: à l'influence de Démétrius de Phalèrei Pour lui conférer plus de certitude; Aristbbule trouvait dans Homère' et dans tinu s une allusion au sabbat', institution caractéristique dès Jiiifà et qui leur était tant reprochée (3).

Nous avons pensé qu'un des disciples d'Aristobule, sinon lui-même, s'est^ rendu coupable d'un camouflage plus discret en écrivant le traité « du monde », sur lequel on s'est appuyé souvent pour établir le monothéisme d'Aristote (4).

Un Juif aurait, essayé:, en adressant, son; œuvre à* Alexandre^ de se faire passer pour Aristote lui-même, sans cependant, le dire ouvertement, pour ne pas adresser à la critique alexandrine un défi qu'elle aurait peut-être relevé. Son intention n'était pas de combattre le polythéisme de front et par le ridicule, puisqu'iL gardait le masque d'un païen, mais; de le laisser bénéficier de l'explication stoïcienne, tout en le réduisant à un rôle très subordonné sous l'empire du seul vrai Dieu. Dans ce dessein, l'auteur recourt à une distinction entre; Dieu et la vertu divine, qui va en; s'atténuant à mesure qu'elle s'éloigne, de son principe. Et ce fut précisément le fait d'Aristobule. Attaquer l'anthropomor^

(1) 'AptaToêoûXtp..-. êiSkia TrsTtotriTai Ixavà, ôt'wv àTToSeîxvua-t friV itepinaTETW/iv 9t)iOcroçiav è'^- t£ Touxatà Mwuasa vojxou y.al tôv âXXwv vjpt^aOtet irpoçYinrcâv {Strom., v, 14.97).

(2) Prœpt ev:, viii, 10 et xiii, 12.

(3) Homère : « "EêSofAov •^(Ji.ap Iriv ocal cto -ztxiKzaxo ôcTcavta. Linus' : èëh'o\f.à-z-r\ o)\ o\ xzxzktay.é^xi: •KÔsvxa, TÉTUxxat dans Eus., prœp. ev., xiii, 12,10-11 {P. G. XXI, c. 1164).

(4) Nous avons tenté cette preuve dans la Revue Thomiste, mai-juin 1927, p. 202-213.

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phisme païen, c'était s'exposer à des répliques : la Bible n'est-elle pas remplie de ces tournures qui parlent de Dieu comme on ferait d'un homme, par exemple : il a parlé, et tout a été fait. Il fallait d'abord éliminer cette objection. La création, ce point si difficile delà philosophie, est-elle donc le résultat de la parole articulée ? — Non, disait Aristobule (1 ) , entendez-le de la vertu de Dieu comme ont fait Orphée et Aratus. Voilà donc Orphée et Aratus (2) qui entrent en scène.

Gomment un philosophe a-t-ilpu se former la conscience et a-t-il été assez imprudent pour alléguer en faveur de sa thèse de pareils textes? Cela nous paraît si étrange, qu'on a excusé Aristobule en imaginant qu'il s'était laissé tromper par d'anciens faussaires (3). Il faudrait qu'il eût été fort léger, car dans bien des cas il ne s'est pas donné la peine de comparer ses citations avec le texte des auteurs anciens. Dans un seul cas il s'est montré assez fidèle, c'est lorsqu'il cite Aratus (4). Même alors il a remplacé deux fois Zeus par Dieu (5). Et il ne s'en est pas caché. Il a même prétendu justifier son procédé, donnant la théorie du faussaire pour le bon motif :

Je pense avoir montré clairement que la puissance de Dieu est partout. Mais, comme il le faut, nous avons mis les choses au point en enlevant des poésies les deux formes du nom de Zeus : en effet leur pensée nous conduit à Dieu et c'est pourquoi nous nous sommes exprimé de la sorte. Car tous les philosophes conviennent qu'on doit avoir de Dieu des conceptions saintes, ce que notre confession (6) recommande au mieux.

Ainsi c'est rendre service aux poètes, c'est entrer dans leur pensée que de la conformer à la règle de foi des Juifs, et au besoin de les renvoyer très discrètement à la révélation mosaïque (7).

C'est si fort que M. Elter n'a pas voulu y croire. Il a remplacé quelques falsifications par une falsification d'ensemble. Tout Aristobule aurait été composé au iii° siècle après notre ère (8). N'est-ce pas se jeter à l'eau pour éviter la pluie ?

D'ailleurs Aristobule n'était pas le seul à jouer ce jeu dangereux.

(1) Prœp.ev., xn, 12, 1-8.

(2) Vers 260 av. J.-O.

(3) Opinion de Freudenthal {ffellenist. Sludicn, I, p. 167 s.).

(4) Phénomènes, i, 1-9.

(5) Il a laissé Zeus à la première ligne, mais au lieu d'écrire « que nous les hommes, ne laissons jamais de célébrer », il a très subtilement mis : « que les hommes ne laissent jamais » ètofftv au lieu de èôifjiEv.

(6) ri xa6 ' :ri(Ji.ôt; aipso-ti;.

(7) Le passage attribué à Orphée est conservé, d'après 0. Kern {OrpMcoruM fragmenta, t^. 255 ss.), sous une triple recension. Celle d' Aristobule a effacé le nom de Zeus et ajouté un renvo à l'homme hé de l'eau (ûSoyev^ç correction nécessaire. de OXoyevy;;), c'est-à-dire à Moïse.

(8) Dans Akad. Progr. Bonn 1894. Voir dans Pauly-Wissowa ïàvivçXQ AristobxUos, de Gercke, qui place le philosophe vers l'an 100 av. J.-C

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