LES SIBYLLES. S
par une nouvelle inspiration qu'il est difficile de rétablir un ordre chronologique. Mieux vaut admettre qu'elle s'est reprise à plusieurs fois, en variant ses thèmes, peut-être en se complétant, sans prétendre écrire la suite de l'histoire. En quoi elle se conformait à l'obscurité classique des oracles, semblables à des feuilles détachées et dispersées.
La prédiction commence par iine vue sur le règne de Salomon (162), puis aussitôt les Macédoniens sont vaincus par Rome (175 s.), représentée par le Sénat, pouvoir de têtes blanchies vers la mer occidentale (1). Puis vient l'Exode des Hébreux, le Sinaï, le don de la Loi, le peuple puni de son idolâtrie, le temple détruit, le pays dépouillé de ses habitants pendant soixante-dix ans (280). Dieu enverra un roi qui permettra la construction du second Temple, grâce aux secours des rois des Perses.
Les oracles qui suivent (295 ss.), sont consacrés aux Gentils. Malédictions sur Babylone, î'Égypte, Gog et Magog, l'Ethiopie, la Libye, sur des villes nombreuses, Chalcédoine, Cyzique, Rhodes, la Lydie, Carthage, les Galates(485).
Après une pause, la parole du grand Dieu retentit de nouveau dans son cœur (489 ss.), et les malédictions recommencent contre la Phénicie, la Crète, les Galates et la Grèce, réduite en servitude, ce qui s'entend de la défaite de Persée.
Selon le mode prophétique, après les catastrophes la conversion est annoncée. L'appel pathétique à la Grèce sera entendu. Et l'on ne peut qu'admirer la foi confiante de ce Juif presque isolé dans un milieu si arrogant. Il espère que cette fois leur orgueil va être abattu : « Alors vous reconnaîtrez la face du grand Dieu » (557). Les Grecs viendront immoler des holocaustes à ce grand Dieu, repentants de leur idolâtrie, et seront sauvés. Cependant la Sibylle hésite à fixer un temps qu'elle pressent encore lointain.
Mais l'occasion est bonne de faire l'éloge du peuple pieux qui doit servir d'exemple et de modèle.
L'auteur n'est point de ceux qui attachent peu d'importance aux sacrifices, dans l'esprit d'Amos, d'Osée, d'Isaïe et de certaines psalmistes. Au contraire, il célèbre l'assiduité de la race pieuse à ces immolations auxquelles il convie les Grecs. Un trait intéressant dénote son zèle pour les purifications continuelles (2).
Mais les Grecs ne pouvaient s'en étonner. On les invite à admirer « la race sacrée des hoinmes pieux » (573) adonnés au culte du Très-Haut, seuls doués d'intelligence et de conseil, justes grâce à la loi, qui lèvent vers le ciel des mains pures, pieux envers leurs parents, et surtout chastes,
; (1) V. 175 s. : àpxiô Xsux-ri y.aî uoXOxpavo!; à;p' éiritspioto GaXâauïiç. (2) V. 592 s. : àel )(p6a âyvîi^ovTeç viôxxt.
S08!. xviii. tentatives;; d'assimeation littéraire.
ayant) em hourelir ce; vice conire nature quii déslionore Ifis Phéniciens comme les Égyptiens^ les I^atins comme les Gi?e€s, les. Perses. et'les-Galates, enfin; tonte: l^Asie.
Lors donc que le septième' roi de race grécor-macédoniemief régnera en Egypte (608 »ss;), et qn'un- grand roi;, (t aigle fauve »; viendra, d'Asie pour l'envahir, le: moment sera venn. de se convertir^ et la SihyllOisemhle même: annoncer qu^àlors lèS! Gentils plieront le; genou; devant' ce Dien, si bien qu'ils jbuirontï d'une grandeprospéritë (620-623) .
hû grande roi, aigle fauve,, est AnticTchus IV Épiphanej le septième; roi grec.' est Ptolémée VL Philométor (180-145), si; l'on compter Alexandre^,, mais plutôt Ptolémée; VU son concurrent: de ITO à lil6., II. est aisé' de comprendre; que les espérances des Juifs étaients alors dans: tout leur élan, depuis que les iMacehabées avaient rendu à leur nation une pleine liberté religieuse qui devenait une; complète' indépendance. ' Ile dessein de l'auteur étant de montrer, que la fidélité dii peuple-saint était toujours récompensée par le secours de Dieu, il n'a pas crui devoir insister sur la> triste page des; anciens égarements où; s'alimentaient encore les- controverses religieuses ent Judée;, hes; faits étaient ; sans; douter peucconnus. en Egypte. Aussi iL mont re^ seulement . uni peuple^ qui: ne peut être que les Juifs, fléchissant les genoux devant Dieu, brûlant les idhlès,, et récompensé par une abondance inusitée des; biens de la terre. Ge lui est, un motif d'inviter lesiGentils à oiFriri à Dieu seul leurs holocaustes.
Cependant voici un autre registre en^partie double:. De nouvelles guerres; éclatent, la Grèce est saccagée par; des.: barbares, les montagnes: s'emplissentide cadavres abandonnés aux oiseaux de proie^ la terre demeure inculte. Puis soudain; la; péripétie : (f Alors », comme toujours> pour désigner un avenir encore voilé (1):
« Alors Dieu enverra de l'Orient (2) un roi qui délivrera toute la terre de là guerre détestable, tuant les uns^ faisant avec lès autres une- alliance fidèle. Gé -n'est pas- par ses propres desseins qu'il fera toutes ces choses, mais en se confiant' aux- arrêts excellents du grand Dieu. »
Gè roi; dbnt la Sibylle annonce la venue était-il encore pour l'auteur dans les brumes dé l'avenir, le dépositaire des promesses, un vague Messie attendu? On l'entend ainsi d'ordinaire, mais il' nous semble que lés ttaits de sa physionomie sont trop précis et trop sobres pour ne pas signaler un personnage connu.
Il ne faut pas démander de noms propres à l'auteur. Nous osons prononcer celui de Jean Hyrcan, venu de l'Orient après son expédition
(2) au' iizkmo, liltéraleraent « du soleil ». Mais le Dieu d'Israol n'habite pas dans le soléiU c'est donc « venant d'où vient le soleil », de l'orient.
A1ES.SIBTÎÙLES. 'S09
ï€pnti^.les Pai^hes avec. Aintiochus Sidétès, et doftt le^suriio^m^^ ilàsie orientale. -Le Roi a fait régner la paix enitout pays, soit par des guerres .heureuses , soit (par i des itraités, ce fgiii iprouve ibien- quJil; n'était (pas maître du monde, et eeifut bien le cas deXeaniHyrcanjirdèle à ântiochus Sidétès et tensuite à Démétcius III, après ila capitulation de Jérusalem qu'il n'étaitjpas opportun àe irappeler, conquérant de rMâdaha, de IMaFissa et de Samarie. lEn tout cela «il suivait les vues de Dieu (1), et Byrcan fut en effet tenu pour prophète,
Avec ce roi, le Temple (2) recouvre sa splendeur. Troisième double péripétie. Les rois^se/remueni; de nouveau et viennent. assiéger ie sanctuaire du peuple saint, chaque ;;roi ; siégeant sur son trône. •C^est donc tune eonspiration de toute Ja ^terre leontre Dieu. ^ On n'entend fpas seulement le iracas des batailles; ^Dieu Jfait vretentir sa voix ipour juger, ©es fëpées tombent da;ciel, desllampesîenlflamniéeséblouissent 'les mortels. iLes bêtes et les poissons, les oiseaux sontseGOués, la terre tremible (3), tout est pleûide cadavres, ilerciel îait ipleuvoirila grêle lét le soufre.
Cependant, par un prodige semblable à celui qui préserva lesHébreux des plaies d'Egypte (4), les fils du grand Dieu vivront en sécurité autour du temple : Dieuiles protégera comme un -mur de flammes. Et de même qu'après l'extermination des premiers nés les (Ég-^yptiens Teconnurent iquilsraël était iils de:Dieu:(5), lemonde des lies et des villes reconnaîtra eombien l'Éternel airne ses: saints (6). Les peuples s'exhorteront les luns les autres à reconnaître Ile Très-Haut, A (envoyer ; leurs miessagers à Uéru-r salem, à lire et à méditer la Loi (7). Puisque tel est ,1! arrêt de Dieu, communiqué à la Sibylle, et quiiie saurait (manquer de s'accomplir, elle ^ invite leS! Gentils à nepas attirer sur eux cesimalheurs en envoyant fcontre la ville sainte un peuple, insensé (8).
Puis l'auteur revient à son thème principal : après la conversion, la paix. Paix des hommes entre eux et avec les animaux qui vivent aussi dans la .concorde (9), fertilité du sol, fontaines de lait. Dans l'ordre moral, même loi pour tous, donnée par^ Dieu, qui ne peiït être que celle donnée au peuple des prophètes, qui sont les juges des morfcéls et de 'justes
(1) Ge ,passagef n'est. pas sans i analogie avec Jo., v, ;19, .mais, sans l'accent d'mti.mité> entre le Père et le Fils.
(2) -Gonjecture, mais nécessaire 'au lieu de Xadç, conservé par Charles (v.'657).
(3) Ez.j xxxvui, 20.
(4) Sap., XVIII, 1.
(5) îSap., 'XVIII, 13.
(6) 702 ss.
(7) Pour la conversion des îles et des -Gentils en général, cf. Js., xeix, 1 ss, li, 5; surtout Is., II, 2 ss.
(8) ■ C'est ainsi que nous comprenons 732 à 735, où 'Cliarles propose de voir une allusion'à la ;pTise de l'Acra: par Simon.