ÉPOPÉE ET TRAGÉDIE
nouvelle, d'après Ezéchiel et Moïse (1) doivent donc s'entendre de la vie de la nation.
L'intention première de l'orateur était d'eng'ager ses compatriotes à demeurer fidèles à leur religion (2) : « Israélites, fils et descendants de la race d'Abraham, obéissez à cette loi, pratiquez toute la piété! »
Mais sa seconde intention? Était-ce bien de pousser les Juifs à l'étude delà philosophie? Ne serait-ce pas plutôt d'amener les Gentils à la religion des Juifs? Il était évident pour lui que la règle de vie qui donnait à chacun la vie éternelle heureuse, et à la nation la paix et le bonheur temporel était l'unique nécessaire pour tous. Nous sommes donc obligé de conclure que, s'adressant à des Juifs, il se préoccupait aussi de faire une bonne impression sur les Gentils. C'est bien le propos des apologistes.
Tout indique que nous sommes, non pas à Jérusalem, mais en Egypte, à Alexandrie, où l'assimilation demeura en faveur parmi ceux qui étaient le plus attachés à la Loi. Les Juifs égyptiens n'avaient pas été menacés directement par la persécution d'Antiochus Épiphane, mais le triomphe de leurs compatriotes était le leur. Puisqu'ils en jouissent comme d'un bien chèrement acquis et précieux, on ne peut placer notre conférence après la prise de Jérusalem par Pompée. Elle a pu être composée très peu de temps après la rédaction du second livre des Macchabées.
§ 5. — Epopée et tragédie.
Les hexamètres homériques méritaient un emploi plus décent que de faire parler de feintes Sibylles et ils parurent aptes à donner un attrait nouveau à l'histoire des Juifs. Philon l'Ancien en fit donc le sujet d'un poème épique. Josèphe le prend pour un païen, ce qui prouve qu'il ne s'affichait pas comme Juif. Mais quel Gentil aurait songé au n° siècle environ à intéresser le public alexandrin à une matière étrangère sans y donner le beau rôle à quelque Hercule ou à quelque Jason?
Vers le même temps un certain Théodote fit un poème sur Sichem : il était donc probablement samaritain.
La perle de la poésie grecque, après Homère, c'était la tragédie, qui avait même ajouté à la récitation des rhapsodes, déjà peut-être dialoguée (3), le spectacle d'une action avec ses péripéties et son dénoue-
(1) Ez., XXXVII, 3, dans xviii, 17 : « Ces ossements desséchés vivront-ils? » et Dt., xxxii^ 39 et Kxx, 20, dans xvin, 19 : « Je tue et je fais vivre; telle est votre vie et la longueur des jours ». D'après Heinemann le voisinage du texte de Moïse prouve que celui d'JÉzéchiel est entendu d'une résurrection des corps, parce que Sanhédrin 91 b se sert de Dt. xxxu, 39 pour la prouver. C'est supposer chez l'auteur une dépendance du niidrach (peut-être plus tardif) que le reste de son œuvre n'indique pas.
(2) xviii, 1. '
(3) C'est l'opinion ingénieuse de M. Victor Bérard.