XX. . RELIGION ÉGYPTIENNE ET JUDAÏSME
Orientaux qui se souvenaient des honneurs divins rendus aux rois de Ghaldée : c'est depuis peu d'années que l'on a trouvé dans le sépulcre des rois d'Our les restes des victimes humaines immolées pour leur rendre dans là tombe les mêmes hommages qu'ici-bas. L'œil toujours fixé sur Athènes, le roi macédonien craignait le sourire ironique et les sarcasmes des gens d'esprit; ils ne lui furent pas épargnés en secret. Les Égyptiens n'eurent pas de ces scrupules.
L'adoration du roi prit un développement à rendre jaloux l'antique Amon-Râ et Sarapis lui-même. ©
Créature du souverain, Sarapis aurait eu mauvaise grâce à lui disputer ses fidèles. D'autant qu'en Egypte on accordait plus facilement la prérogative divine. Les qualités personnelles du souverain, l'exercice du pouvoir, n'étaient pas nécessaires pour participer à la divinité. Le roi grec éprouvait quelques scrupules à dire aux gens : Adorez-moi, je suis votre Dieu. Alexandre avait fait parler l'oracle d'Araon. Chaque Ptolémée laissait faire les prêtres. Il était d'autant plus intéressé à soutenir leurs privilèges que ce clergé était le sien, celui qui faisait connaître au peuple quelles cérémonies on lui devait consacrer.
Ce fait de l'apothéose d'un vivant a été mis en pleine lumière par la découverte déjà ancienne du fameux décret de Canope (1). Il est daté de la neuvième année de Ptolémée III (239/8 av. J.-C). Déjà Alexandre a son prêtre, Ptolémée Soter aussi, et aussi les dieux adelphes, Philadelphe et Arsinoé. A ce moment Ptolémée III et Bérénice sont proclamés dieux à leur tour. Le décret est émis par les grands prêtres et les prophètes et ceux qui pénètrent dans leur sanctuaire secret pour la vestition des dieux, par les Ptérophores, les Scribes sacrés et les autres prêtres (2).
Ce grave personnel est d'accord pour rappeler tout ce que Ptolémée et sa femme-sœur ont fait pour les dieux du pays. On a résolu d'augmenter les honneurs qui leur sont rendus, et aux dieux frères leurs parents, aux dieux sauveurs leurs grands-parents. On célébrera donc très solennellement la fête du dieu Ptolémée Évergète le 5 et le 25 de chaque mois en souvenir de sa naissance qui fut cause de tant de biens pour tous les hommes, et de son accession au trône; de plus, une fête le 9, probablement à l'anniversaire de la reine. Une fois par an, au lever de l'astre d'Isis (Sirius), une grande assemblée sacrée aura lieu dans tout le pays
(1) En 1868; les hiéroglyphes en haut, le grec en bas, le démotique sur le côté (Dittenberger, Or. graeci., i, 93, n" 56) ; on a découvert depuis deux autres exemplaires.
(2) Ces termes nous renseignent sur le vocabulaire employé par les Septante pour traduire la Bible hébraïque. Les prophètes étaient ceux qui expliquaient les oracles et les légendes sacrées, les hiérogrammates rédigeaient les inscriptions; on ne sait quel était l'offlce des Ptérophores, peut-être ceux qui agitaient de grandes plumes pour préserver des mouches les dieux portés en procession.
durant cinq jours avec un ensemble de rites qui marquent bien un hommage rendu à des dieux : procession la tête couronnée, sacrifices et libations, enfin tout ce qui sied en pareil cas.
Voici maintenant un trait particulier d'apothéose. Les prêtres ajoutent que la princesse royale Bérénice a passé chez les dieux étant encore vierge; on la proclame déesse et on institue un culte en son honneur comme pour Tafnè la fille du Soleil; on lui consacre une idole, c'est-^- (lire une statue dorée et ornée de pierres précieuses qui sera établie dans le sanctuaire de chacun des temples du premier et du second rang.
La jeune Bérénice, assimilée par le culte à la déesse Tafnè la fille du Soleil, c'est un exemple assez complet du syncrétisme qui mêlait non seulement les divinités entre elles, mais aussi les principes eux-mêmes des cultes naturalistes et des cultes rendus à la personne humaine.
Grâce à ces combinaisons, Grecs et Égyptiens étaient donc d'accord pour adorer les forces de la nature et les personnes dé race royale auquelles les prêtres avaient décerné l'apothéose.
§ 2. — La réaction du Judaïsme,
Cependant une classe d'hommes protestaient.
Le Juif fraîchement arrivé de Palestine, échappé d'un pays pauvre où les sciences n'étaient pas cultivées, où l'art était interdit par la religion, se sentait supérieur pourtant à ceux qui l'entouraient par sa foi religieuse. Instruit par ses prophètes, il savait qu'il n'existe qu'un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, auquel seul était du un hommage profané à ses créatures. Il résolut d'attaquer l'erreur de front, et il le fit avec la même énergie que les anciens hommes de l'esprit dans Israël. Non pas cependant avec la même rudesse, car il ne pouvait méconnaître ce que le monde gréco-égyptien contenait de valeurs rationnelles. Il s'agissait donc de ne point paraître irréductible au progrès, de s'assimiler plutôt ce qu'il avait de légitime, précisément pour en poser le fondement solide dans une saine connaissance de Dieu. C'est en particulier ce que fit l'auteur du Livre de la Sagesse qu'on a attribué à Salomon, mais qui est l'œuvre d'un Juif vivant en Egypte avant Philon. On n'aurait pas dû s'y tromper, si l'on avait suivi avec attention la parfaite adaptation de la polémique monothéiste à l'état religieux de l'Egypte sous les Ptolémées.
C'est en effet l'explication stoïcienne, telle que nous l'avons indiquée, qui est prise à partie. Les prophètes n'avaient pas manqué de relever cette erreur grossière qui consistait à rendre à des créatures l'hommage qui n'était dû qu'au Créateur. Les astres, devant la divinité desquels