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S38 XX. RELIGION ÉGYPTIENNE ET JUDAÏSME

Platon lui-même s'est incliné, étaient de pauvres rivaux pour lahvé : On lisait déjà dans Isaïe : ' »•

A qui donc me comparez-vous, que je lui sois pareil? dit le Saint. ,, Qui a créé ces choses?

Levez les yeux en haut et regardez :

Celui qui fait marcher en ordre leur armée et qui les appelle toutes par leur * nom, et à cause de la grandeur de sa puissance et de l'énergie de sa force, pas une ne fait défaut (1).

Mais l'analyse de la Sagesse est plus subtile et suit presque point pour point le système stoïcien :

Ils ont regardé le feu, le vent, l'air mobile, le cercle des étoiles, l'eau impétueuse, les flambeaux du ciel, comme des dieux gouvernant l'univers (2).

On dirait même — et ce trait est nouveau — que l'auteur se prête par condescendance aux raisons qui ont séduit Tâme grecque éprise de beauté, afin de diriger ce noble instinct vers son but véritable :

Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux, qu'ils sachent combien le maître l'emporté sur elles; car c'est l'auteur même de la. beauté qui les a faites (3).

Même l'indulgence va plus loin. Si les stoïciens s'égaraient, ils partaient du moins d'un sentiment louable : ils cherchaient partout le divin (to oatjjiviov) et prononçaient volontiers le nom de Dieu, qu'ils profanaient en rappliquant à la nature et à ses divers éléments. La Sagesse leur tient compte de leur bonne intention :

Ceux-ci pourtant encourent un moindre reproche, car ils s'égarent peut-être en cherchant Dieu et en voulant le trouver (4).

L'auteur n'est même pas insensible à cette ardeur des recherches scientifiques qui s'est emparée de l'esprit grec depuis les jours lointains de Thaïes, qui anime surtout l'école d'Alexandrie, et qui est sa seconde caractéristique avec le goût du beau, la seconde voie qui devrait le conduire à Dieu, auquel on va par le vrai comme par le beau :

Occupés de ses œuvres, ils en font l'objet de leurs recherches, et s'arrêtent à l'apparence, tant ce qu'ils voient est beau ! D'autre part ils ne sont pas non plus excusables, car s'ils ont acquis assez de science pour arriver à connaître le monde, n'en ont-ils pas connu plus facilement le Maître? (5).

(1) h., XL, -25 s.

(2) Sap., MU, 2.

(3) Sap., xm, 3.

(4) Sap., XIII, 6.

(6) Sap., xiu, 7-9.

Avec quel tact ce Juif pénétré d'admiration pour les arts et la science -des Grecs rend hommage à leurs dons! Il n'en condamne que le mauvais usage. Cette apologétique insinuante est certes plus souple que l'attaque directe des prophètes hébreux. Elle ne dit pas encore nettement, comme saint Paul, que les païens « ont connu Dieu (1) », mais elle le; suppose, puisqu'elle leur reproche seulement de ne l'avoir pas connu plus aisément, entendant sans doute connaître au sens sémitique d'une connaissance effective qui ne va pas sans amour.

L'auteur inspiré, si soigneux de ne pas condamner pêle-mêle la recherche da vrai et du beau avec l'erreur religieuse, retrouve toute la vigueur impitoyable des anciens Hébreux pour réprouver l'idolâtrie :

Mais ils sont bien malheureux, ils mettent leur espérance en des objets sans vie, ceux qui ont appelé dieu des ouvrages de la main des hommes, de l'or et de l'argent travaillés avec art, des figures d'animaux ou une pierre inutile (2).

Encore est-il qu'il s'abstient de l'ironie dont Isaïe accablait le misérable artisan fabriquant une idole avec le déchet du bois brûlé pour cuire son pain. Il ne méconnaît pas la séduction de l'œuvre d'art qui est devenue un des attraits de l'idolâtrie, alors qu'autrefois la piété païenne s'enflammait de préférence pour des morceaux de bois [xo aria) k^eiriQ dégrossis, même dansTHellade.

Et à ce propos il découvre une des causes de l'idolâtrie dans le culte d'un mort devenu dieu. Ne dirait-on pas qu'il a été témoin attristé d'un cas semblable à celui de la jeune Bérénice, enlevée vierge à l'amour de ses parents, les dieux Évergètes? Ne peut-on voir une allusion à un décret comme celui de Ganope dans ces lignes mordantes :

Un père accablé par une douleur prématurée a façonné l'image d'un fils qui lui a été trop tôt enlevé, et cet enfant qui était mort, il s'est mis à l'adorer comme un dieu, et il a institué parmi les gens de sa maison des rites pieux et des cérémonies (3).

Et ce n'est pas assez, l'aberration va plus loin, le prince est adoré de son vivant et de tout son royaume, grâce aux images, le Juif ne l'ignore pas :

On façonnait une image visible du roi vénéré afm de rendre à l'absent des hommages aussi empressés que s'il eût été présent.

Erreur lamentable en vérité, mais d'autant plus qu'elle comportait

(1) Rom., ir, 21.

(2) Sap., XI, 10.

(3) Sap., XIV, 15.

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