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LE MESSIANISME

le cas. Ainsi qu'il lui arrive souvent, il emprunte à la philosophie ses conceptions et se sert d'elle pour se débarrasser des mythes païens, sans conclure en tout de la même façon. L'Hadès de la mythologie lui déplaît : il dira donc volontiers qu'il n'en est pas d'autre que l'existence du méchant sur la terre (1) :

Dieu chasse l'âme injuste et athée loin de lui dans le pays des plaisirs et des désirs et des injustices. C'est le pays qu'il faut nommer proprement le pays des impies, ©t non pas l'Hadès de la mythologie; car le véritable Hadès est la vie du misérable, vengeressse et sujette à toutes les malédictions; c'est là son mauvais -génie.

Il parlera aussi de celui qui s'est élevé des passions de l'Hadès vers le choeur olympien de la vertu (2). Mais rien n'indique une allusion à une seconde vie. De la première descente de l'âme dans le corps il écrit (3) positivement que Dieu ne l'a pas abandonnée de façon qu'elle fût brûlée par les vices et les flammes des désirs qui sont le véritable Tartare; car iMui a donné un secours.

Il exclut donc l'Hadès mythologique : comme les Pythagoriciens il voit le véritable Hadès dans la vie abandonnée aux sens, mais ne l'envisage pas comme un châtiment. L'âme est descendue dans un corps ijeut-être pour un bon motif; elle désire recommencer l'épreuve, libre à elle : elle s'expose à un véritable enfer sur la terre. Toutefois les grands coupables seront punis dans un lieu de supplices qui ne sera pas moins redoutable pour ne pas porter le nom d'Hadès, discrédité par le mythe (4),

Il va sans dire que ces opinions pythagoréo-platoniciennes de la préxistence de l'âme, enchaînée dans le corps comme dans une prison, et attirée par lui au péché, de sa délivrance par la prédominance de l'intelligence, de son retour dans l'intelligible, — n'étaient pas compatibles avec la résurrection des corps, surtout telle qu'on l'entendait en Palestine. Philon ne pouvait la considérer ni comme un dédommagement, ni comme une récompense : il n'en parle pas.

§ 7. — Le Messianisme (5).

Si Philon n'avait obéi qu'à la logique de son système, il n'aurait fait aucune allusion au Messie. Les Grecs n'en avaient pas besoin, confiants dans le progrès de la raison. Si déjà une tendance de plus en plus netle portait les esprits à recourir au divin pour la révélation de la vérité, on

(1) Decongr. erud. gratia, bl.

{2) De post.. G. 31.

(3) Qu. in Gen., IV, ccxxxiv.

(4) Il est cependant employé dans ce dernier sens aux dernières paroles de Moïse : ôpû...

ÇtôvTKÇ àvôpwTCOui; sic a8ou xaTspxoixévou;.

(5) Le Messianisme..., p. 28 ss.

S72 XXI. PHH.ON B'ALEXAM)RIE.

regardait vers le passé, et l'on composait de nouveaux livres sous le couvert de noms anciens vénérés. En Ég-ypte on interrogeait l'anticpie sagesse de l'Hermès Trismégiste (1). Philon lui-même avait la Loi, qu'il enrichissait de ses explications religieuses, morales, psychologiques. Tout autre Juif pieux pouvait compter comme lui sur l'inspiration divine pour continuer cette œuvre. Était-il à propos d'attendre un progrès plus signalé d'un seul docteur? En tout cas il ne l'eût pas conçu plus grand que Moïse, auteur de la Loi elle-même. Quant à parler d'un Juif vainqueur des nations, cela pouvait paraître une provocation inutile, puisque la lumière de la loi devait suffire à convertir tous les peuples au Dieu d'Israël, non sans qu'un très grand honneur en rejaillît sur les Juifs. Aussi bien le Messianisme était pour Israël le dernier effort de la Providence de Dieu sur son peuple, le terme glorieux et sans nuages d'une histoire glorieuse mais tourmentée. Or Philon ne s'intéressait ni aux histoires du passé, •ni aux prophéties de l'avenir. Ce qu'il rencontrait d'historique dans la Loi, il l'interprétait des destinées de l'âme. Quel rang pouvait tenir le Messie dans cette combinaison philosophique?

Aussi le messianisme occupe-t-il une très petite place dans les écrits de Philon. On l'y rencontre cependant dans des écrits plus teintés de nationalisme.

Dans toutes ses élu cub rations, c'est son peuple surtout qu'il avait eu en vue. Il lui rappelle en terminant les récompenses que Dieu lui a promises, les châtiments dont il l'a menacé. Au terme des espérances, la plus radieuse de toutes était le Messianisme que la tradition imposait à l'attention. C'est donc à ce titre seulement que Philon fera allusion au Messie, d'ailleurs sans le nommer (2).

C'est un texte de l'Exode qui sert de point de départ (3) :

Mais si tu écoutes ma voix et si tu fais tout ce que je te dirai, je serai l'ennemi de tes ennemis, et l'adversaire de tes adversaires.

La première récompense accordée par Dieu aux Israélites fidèles sera donc de vaincre leurs ennemis. Sur quoi (4) Philon distingue deux sortes d'ennemis : les animaux sauvages et les hommes. L'hostilité des bêtes est naturelle et perpétuelle. Mais on peut espérer que lorsque les bêtes les plus redoutables, celles de l'intérieur, seront domptées, les autres deviendront plus douces. Lors donc que l'ordre sera rétabli dans les âmes

(1) Quoique les écrits que nous possédons ne remontent pas à une époque aussi haute; cf. RB., 1924, p. 481-497; 1925, p. 82-104; 368-396; 547-574; 1926, p. 240-264, et pour l'opinion très motivée de M. Scott Walter, MB., 1925, p. 432 ss. C'est parce que l'origine de ces écrits après J.-C, nous paraît certaine que nous n'en faisons pas ici d'autre mention.

(2) De praemiis et poenis. De execrationihus (éd., Cohn, V, p. 336-376).

(3) Ex., xxm, 32.

(4) Depraem., 85 ss.

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