VIII AVANT-PROPOS
faut joindre les faits aux doctrines, afin d'expliquer, s'il se peut, comment les faits ont transformé les doctrines, par influence directe ou en provoquant une réaction, et comment les doctrines ont donné aux faits un Cours différent. C'est l'admirable principe d'Aristote, qui nous a toujours guidé : « Si l'on observait dès le principe le devenir des faits, ce serait, comme toujours, la meilleure manière de bien voir » (1).
Donc ce que nous offrons au public n'est ni une histoire complète des Jiiifs deux siècles avant J.-C, ni une analyse complète de Jeurs institutions et de leurs doctrines à cette époque. Nous avons seulement essayé de reproduire assez d'histoire pour comprendre le développement des doctrines, en rangeant les faits et les idées selon une marche parallèle. Les faits agissent sur les idées; les idées donnent leur portée aux faits. On ne comprend ni les uns ni les autres en les classant dans des compartiments séparés, mais seulement en suivant leur développement et leur connexité au cours des âges.
Les faits n'y perdent rien. Les idées non plus, en théorie; il y a cependant cette difficulté que les idées sont contenues dans des livres, et les livres que nous rencontrons étant de date incertaine, quelques-uns composés d'ouvrages écrits à des temps différents, le risque est de se tromper sur la date des livres, ce qui ferait tomber en ruine toute la construction.
Il nous a paru cependant qu'il fallait courir ce risque. A proprement parler il n'y a ^as de cercle vicieux à dater un livre doctrinal d'après les faits et les idées que reflètent lès livres des historiens et à s'appuyer sur cette datation pour mieux comprendre les histoires.
On peut seulement objecter que la date de plusieurs livres ou sections de livres étant malgré tout controversée, il nous a fallu beaucoup d'audace pour les insérer dans une époque donnée. C'est pourquoi nous avons été engagé dans des discussions épineuses qui font contraste avec l'exposé historique.
Mais c'était le seul moyen de poser le problème avec clarté. Citer un passage quelconque d'Hénoch pour une doctrine quelconque, c'est argumenter dans le vague.
Autre audace, non moins reprochable. On sait très bien que les Juifs étaient divisés en sectes ; on étudie ces sectes. En fait, pour les meilleurs critiques, le judaïsme c'est uniquement, dirait-on, la doctrine pharisienne qui a prévalu après la ruine du Temple; c'est la seule dont on cherche la trace dans les écrits. Nous avons osé attribuer aux Esséniens
(1) El 8ri Ttc èÇ àpx*iç '^à «pàyt*'*''^* «puôjjLEva p>i4'etev, &tsnsp èv toïç aXXot; xat èv xoutoiç y.àW,i(TT' àv oû':w eswp7)creiev {Pol, I, 2, 1252 A).