AVANT LA CAPTIVITÉ
Solidement installé dans ses montagnes, pauvre et obligé à un travail plus persévérant pour tirer sa nourriture d'un maigre sol, en revanche riche en vin, Juda s'était aguerri par de longs combats contre les iPhilistins. La monarchie était née de la nécessité d'avoir un chef de guerre, inaugurée dans Benjamin avec Saûl, grandie par l'élévation du judéen David, roid'Hébron, puis conquérant de Jérusalem, la royauté ayant fait ^es preuves et organisé sa capitale s'était imposée facilement à toutes les tribus. Le règne glorieux de Salomon, bâtisseur du Temple, avait scellé l'unité. Mais le joug de Juda parut trop dur. Dépourvu de richesses naturelles, il les prenait où il les trouvait; il extorquait les ressources indispensables au luxe du palais royal, à l'entretien d'une armée.
Les autres tribus se lassèrent d'une contrainte qui ne parut plus nécessaire après une paix prolongée. Pourtant le temps de la dispersion des •clans nomades était passé à jamais. Une concentration se fit au profit td'Éphraïm, situé en face de Juda au nord, dans une région moins haute et plus fertile, guère moins féconde en vin, plus abondante en huile et en blé. A ce groupement constitué en hostilité contre Juda, il fallait un centre religieux et une capitale. Le centre religieux était indiqué par la 4;radition : Béthel, célèbre par la vision du patriarche Jacob, parle sanctuaire qu'il avait institué en oignant une pierre sacrée. Le Dieu était donc toujours le Dieu de Jacob-Israël, mais on était plus près de la Syrie, où régnait Hadad, dieu de la foudre, de la tempête et de la pluie, dont l'énergie était figurée par l'image d'un taureau. Il n'y eut pas seulement ■schisme, refus d'adorer au temple de Jérusalem, fondation d'un culte distinct avec ses sacrifices et ses prêtres sacrificateurs. Il y eut violation formelle de l'alliance par la fabrication d'une image sensible du dieu : lahvé était encore invoq^ué, mais il se devait de rejeter comme sacrilèges les prières adressées à un taureau.
: Ce péché, qu'on nomma chez les Grecs une idolâtrie ne fut pas le seul. L'antique peuple de Canaan, plus ou moins expulsé ou soumis à la corvée, avait conservé son indépendance le long des côtes, surtout à la hauteur de Tyr et de Sidon. Le commerce avait enrichi prodigieusement ces grandes cités maritimes. La pourpre qu'elles fabriquaient était le symbole de leur luxe. L'Egypte, comme nous le savons mieux depuis les fouilles récentes, leur avait appris les commodités de la vie et l'art des lettres, surtout à Byblos.
Ces villes florissantes avaient pour les rudes agriculteurs de Zabulon et de Nephtali, sises au-dessus du lac de la Harpe (1), le mépris des civilisés
(1) A cause de sa forme, ce nom [Kinneretli en hébreu) avait été donné au lac que nous nommons « de Tibériade ». »
iO I. LA IPONDA!ri0N DU JUDAÏSME.
|>0!Uir des barbares. Les barbares ont souy<eint répondu par des agcessioas^ a?épétées à un dédain insolent. €eux d'Israël s'estimaient heurenx de conserver un pays qu'on leur laissait, la mer étant une source inépuisable deiprofits. Le sentiment de leur infériorité les inclinait surtout devant leséemplps où s'entassaient les trésbrs, où l'on adorait des idoles de métaux précieux, revêtues de pourpre, Seigneurs redoutables comme un Melqart, mystérieux comime nn Ecbmoun, secourables comme la Dame de OébaL Quand Achab, roi d'Israël, eut obtenu d'épouser Jézabel, fille d'Ethbaal,, MÛ des Sidioniens, il s'empressa de bâtir au baal étranger un temple et un ;autei dans sa propre capitale- Cette ville, créée (1) par son père 0mri, était Samarie. La royauté de l'Israël du nord avait d'abord été nomade. Ce fut le trait -de génie d'Omri de découvrir un site bien supérieur par son allure et sa, défeuse facile à Jérusalem elle-même. Au sein des collines enehevètrées qnis'étendent des montagnes de Juda à la grande plaine d'où émerge am Nord la Galilée, une éminence oblongue est détacliée comme un promontoire qui regarde de loin vers la mer. Vraiment elle domine, comme un trône au point calmin^mt d'un amphithéâtre. On n'y parvient du nord et: du sud que par des cols escarpés, faciles à défendre : seule une bande deterre étroite la relie au plateau oriental.
Samarie n:avait rien à craindre de la Judée, satisfaite de contracter avec elle une alliance. Damas dans ses jours d'expansion belliqueuse essaya. de la réduire, mais la Syrie, amalgame de petits états plutôt que nation compacte et résolue, était incapable d'un effort persévérant. Le danger vint ée plus loin, lorsque l'Assyrie prit un élan qui devait la conduire jusque dans la Haute Egypte.
Samarie, menacée par les accents formidables d'Amos, avertie par lesinvitations pressantes et pathétiques d'Osée, refusa de se convertir, «confiante dans cette situation unique qui lui permit de résister i;rois ans : enfin Sargon emporta la ville.
Les Assyriens étaient grands adorateurs des astres. Loin de revenir à ïahvé et à sa loi, les Israélites avaient ajouté cette faute de fléchir les dieux de leurs ennemis en adorant toute l'armée des cieux. La prévarication était complète. L'auteur du livre des Rois tire toute la moralité de cette histoire : d'abord un culte qui pouvait passer pour rendu sm dieu des ancêtres, mais en élevant des stèles et des poteaux en bois, « sur tonte colline élevée et sous tont arbre vert « . Puis les veaux en f<5nte, odieuse image de lahvé, enfin le culte des Baals et de toute l'armée des cieux. Et cela en dépit des avertissements des prophètes depuis-
(1) Les fouilles ont prouvé que la yille est en effet d'origine purement israéiite.
les jours 4'Élie, car les Israélites raièirent leur «ou contre lah'vé ieur
Dîeu(i).
Ainsi la ruine avait été annoncée. Son earaclère de châtiment n'était pas seulement imprimé dans les consciences par le sentiment des fauifees commises ; il avait été dénoncé comme tel par i« sceau «jne l^vénement avait mis sur les propMties, Et cependant Israël ne se oonveirtît pas. Bien plus, la destruction de l'état israéîite consomma la décadence religdeiïse. Des gens d'Assyrie furent implantés .dans le pays de Samarie demeuré le point de départ suspect d'nne révolta possible. Us y vinrent naturelàenaent avec leurs dieiux, et s'ils se criarent mhligés., selon la coutume, de rendre quelque hommage au dieu du pays, ce mélange stabilisait une situation odieuse aux vrais Israélites.
Quant à ceux des défenseurs de Samarie que le glaiv« épargna et qui furent transportés en Assyrie, leur loi n'était pas assez ferme pour résister à cette épresuve. Quelques-uns sans doute conservèrent un souvenir attendri de la loi et des Mes des anciens jouirs (;2) : nul groupem<ent ne se forma pour conserver intacts la religion et la cohésion nationale. Dans Juda on ne cessa d'entretenir l'espoir du retour deces exilés (3) : eux ne se sentirent plus rattachés à leur patrie ni à leur Dieu.
Nous in'«n sommes point étonnés. Mabitué à juger des choses d'après un raisonnement purement naturel, l'esprit moderne explique simplemient la catasitrophe de Samarie comme le résultat inévitable de la lutte d'un petit état contre une grande puissance en train de conquêt-es. Il prête volontiers aux anciens ses propres conceptions. Même ceux qui sont disposés à reconuaîtpe dans l'histoire Taction souveraine de ^Dieu se sentent, en vertu même de leur loi, incapables d'en déterminer les buts : les voies de Dieu sont incompréhensibles. Une nation vaincue et suppliciée n'est pas nécessairement une nation châtiée : elle est peut-être supérieure à «es ennemis, religieusement et moralement. Rien n'obligeait les Israélites à se confesser plus coupables que les Assyriens, agresseurs injustes, vainqueurs cruels, maîtres impitoyables.
Cependant pour les Jnger nous devons tenir compte de leur croyance en la conduite spéciale de ïahvé, qui n'était pas leur Dieu à la façon â&s Seigneurs des autres peuples, par un lien naturel qui l'obligeât à les défendre, s'il le pouvait. Leur Dieu était tout puissant ; il les avait choisis librement pour ses fidèles, eux l'avaient reconnu et s'étaient engagés envers lui à obéir à sa loi. Moyennant quoi il se faisait fort de les sauver d^un désastre tota/l, 'de d'anéantissemeni;. Les prophètes étaient ses
(1) Il Rois, xvir.
(2) Le livre de Tobie.
(3) Ezéchiel, xxxvii, 19 etc.
organes, qui indiquaient la voie du salut pour la nation, qui menaçaient de fléaux en cas de prévarication. Le fléau frappant dans ces conditions précises et comme à point nommé,, se présentait comme un châtiment dans une entière clarté.
Il y eut une contre-épreuve.
Il plut à Dieu de montrer l'insuffisance du raisonnement naturel de la balance des forces en sauvant Jérusalem dans des circonstances non moins critiques que celles où Samarie avait sombré-
Sennachérib n'était pas moins puissant que Sargon, et son dessein de s'emparer de Jérusalem avait été hautement proclamé par ses envoyés, avec un défi insultant au Dieu protecteur de Juda : « N'écoutez donc pas Ezéchias, car il vous abuse en disant : lahvé vous délivrera. Esfc-ce que les dieux des nations ont délivré chacun leur pays de la main du roi d'Assyrie?... Ont-ils délivré Samarie de ma main? » (1).
Et cependant, quand tout était désespéré, Isaïe avait promis le secours de lahvé. Jérusalem avait été miraculeusement délivrée. Dans la grande inscription où il raconte en détail sa campagne de Palestine, Sennachérib célèbre Jérusalem assiégée et tout le pays saccagé : il ne dit pas qu'il l'ait prise...
Cette délivrance imprévue exalta aux yeux des Judéens la Toute-Puissance de lahvé. Ils en conclurent qu'ils n'avaient plus rien à craindre. Il ne les abandonnerait pas. Ils étaient ses hommes. Leur salut dépendait de Lui, mais son honneur dépendait de leur existence. S'il était conscient de sa dignité, il se devait de les délivrer de ceux qui insultaient à la gloire de son nom. Le jpetit temple de Jérusalem qui était le sien devenait ainsi leur sauvegarde. A toutes les menaces de Jérémie ils répondaient : Nous avons le Temple de lahvé!
Et cependant Jérusalem fut détruite comme Samarie, et cette ruine fut le point de départ d'iine restauration qui réparerait les fautes du passé. Cette conversion est beaucoup plus étonnante que l'obstination de Samarie. Comment fut-elle opérée?
Il serait aisé de s'étendre sur cette histoire, car il n'est pas d'époque dans l'Ancien Testament où l'action de Dieu ait été plus suivie, plus émouvante, avec un souvenir précis conservé dans les prophéties des deux organes de Dieu, Jérémie et Ezéchiel. Rappelons seulement les faits principaux.
Pour que laleçon soit plus claire, imposée à une réflexion devenue plus attentive et surexcitée par une angoisse toujours croissante, la tragédie se produisit en plusieurs actes douloureux.
(i) II Rois, xviii; 32 8s.
AVANT LA Captivité. 13'
La sagesse politique était dans un embarras cruel. 1\ était impossible de lutter à la fois contre l'Egypte et contre le nouvel empire babylonien, héritier de la puissance assyrienne. Fallait-il donc opter et joindre la fortune de Juda à celle de l'un des potentats qui se disputaient ce petit pays> éternelle balle que chacun d'eux ramenait tour à tour dans son camp?
La sagesse inspirée des prophète's conseillait une politique d'attente ^ confiante dans le secours de Dieu. Le pieux roi Josias avait été mal inspiré en barrant le chemin à Néchao, roi d'Egypte, montant à la rencontre des gens du nord (1). Depuis que Nabuchodonosor, roi de Babyloncy avait inauguré un règne irrésistible, il n'y avait qu'à se tenir cois, acceptant la sujétion inévitable qui serait relativement douce. Le roi de Juda Joakim l'avait d'abord compris. 11 se révolta, fut enchaîné et conduit à Babylone avec un premier lot de captifs, vers l'an 604 av. J.-G.
Fidèle aux anciennes traditions, Nabuchodonosor laissa régner Joachin, âgé de dix-huit ans, fils du roi vaincu. Révolte de Joachin au bout de trois mois, nouvelle intervention des Ghaldéens; Jérusalem se défend mollement, elle est prise et pillée (598 av. J.-G.) ; dix mille captifs sont traînés en Babylonie (2).
Le jeune téméraire fut remplacé par son oncle, Mathanias, que Nabuchodonosor nomma Sédécias. Gelui-ci se tint tranquille durant neuf ans. Puis il se révolta. Le siège de Jérusalem commença aussitôt et dura deux ans. Les Judéens le soutinrent avec intrépidité, à la fois confiants aveuglément dans l'aide miraculeuse de lahvé et sourds à la parole de son prophète Jérémie. Le désastre fut complet. La ville prise, le temple et le palais incendiés, après lés premières exécutions l'élite de la nation fut emmenée en Babylonie. Le gros du peuple resta en Judée sous le commandement d'un gouverneur, instrument de la domination étrangère.
Godolias, un judéen, s'installa à Maspha (3), d'où il pouvait surveiller les ruines de Jérusalem et les confins de l'ancien royaume du nord. Mais des nationalistes forcenés le massacrèrent avec sa garde de Ghaldéens et d'Israélites soumis. Après ce coup désespéré, ils s'enfuirent en Egypte, entraînant avec eux Jérémie, suspect de pactiser avec les Babyloniens. Ge n'est pas de cette bande, renforcée de chefs militaires et d'un peuple nombreux, que devait venir la restauration. Nous les retrouverons plus tard en Egypte pour juger, à la mesure de cet échec, le caractère extraordinaire et vraiment divin de la création du Judaïsme par les réfugiés et les captifs de Babylone.
(1) II Rois, XXIII, 28 ss,
(2) II Rois, XXIV, 10 ss.
(3) Aujourd'Jbiui Tell Nasbeh, à 13 Icilom. au nord de Jérusalem.
M l. LA F0NI»AlJiON lïiU fUIMJSME.
§ 2. — La préparation des dmes en BaBylome.
Les captifs emmenés à BabyJfone sous^ loatim et soiis Joachm ne vaïaîent pas mieux: que ceux qm s'^enfuirent en Egypte après la chute définitive de Jérusalem sous Sédécias. On doi^ seurement conjecturer que c'étaient des forces plus actives, des natianiaKstes plus déterminés, une élite estimée par les Chaïdéens plus; redoutable qi^e ceax qu'on ne jugea pas â propos de déporter. Leur attitude religieuse était la même, sinon pire, car Ezéchiel, leur compagnon de captivité, n'ignorait pas qu'il y avait des idolâtres parmi ceux qui venarent le consulter, avec une soumission feinte, comme s'ils étaient fidèles à îahvé (1).
La première leçon reçue par Jérusalem et dont îl's avaient été les victimes ne leur avait rien appris : l'idolâtrie glorieusement florissante à Bàbylone ne pouvait qu'ajouter ses sêductions^ au scandale de la défaite de labvé. Comme leurs pères, ils hésitaient entre leur Dieu et des dieux étrangers, entre ïe concept d'un Dieu supérieur à toute la nature, et des dieux qui y étaient mêlés par l'image, entre un ordre social religieux qui tenait étroitement unis tous les fils d'Israël dans la pratique de la circoncit sibn et du sabbat, et le laisser aller qui les assimiTait aux autres.
La prédication d'Ézéchiel à Babylone. était au fond la même que celle dé Jêrémîe à Jérusalem. Ne rendre un culte qu*à îalivé seul, et sans le diminuer par une image, se serrer autour de sa M. Là était le vrai principe de la cohésion nationale que la domination des Ghaldéens ne mettait- pas en pérît. Moins d'aspirations, en fait irréalisables, vers^ une indépendance absolue ; plus d'attachement à ce qui était en réalité la sauvegarde de Fexîstence distincte dlsraêl parmi les peuples.
Les deux prophètes faisaient les mêmes menaces, évoquaient les mêmes promesses d'un glorieux avenir. Eais leur situation différente faisait de Jêrémîe le prophète du malheur imminent, d'Ézéchiel ïe prophète de la restauration future.
Assurément la situation de Jêrémîe est plus dramatique et plus douloureuse. Dans Fangoisse du siège, une fièvre de lutte acharnée s"est emparée de tout un peuple; tous les cœurs battent â runîsson, les esprits sont emportés par la même noble folie. Rôle ingrat que celui de l'homme qui a mission du Seigneur de prêcher une sagesse qui paraît inspirée par la crainte ! Aussi Jêrémîe est-il demeuré le type de l'homme des douleurs, dont les paroles sont inutiles, qui ne sert son peuple que par sa passion et sa mort, du patriote qui ne sera compris qu'après que son sacrifice aura été consommé, vainement en apparence.
(1) Ez., XIV, 3.-
LA PBÉPARAIIOPf DES AMES A BABYLONÉ. t5
A Babyîone,, plus con.'SGÎeH'fe âe la fopmMable force qu'ails avaienlr jadis ÎjravêeiEniprttcleÉïiimeTit, les déportés avaient niOTn s d^'illusions, sans perdre toat k faiit Fesperanee. Ils s'enÛammaient atrx prenniers indices d^une révolte possible, puis, ppochaine, puis réalisée. Impuissants, réduits à. dïSsinidÈ'er, ck.uclïotant entre eux les bruits venus à travers le dessert. Les nouveltes reçues de JéFusalem, commentées autour d'e'ux par letEPS maîtres', taisaient sur ces? exrMs' une impression plus- porg'nante encore' <ju;e des commumcfraés lus dans un pays élrang^er, parmi une foule indiffé?-rente au foostile.
ImpIacaMe en apparence, parce qu'i! voulait tes sauver, É'zéeMel ne se lassa pas;, avant même* que la guerre ait ewmaîencé^ dès la cinquième année de la déportation du roi Joachin, c'est-à-dire dès la: cinquième anmée'de Sé)d'écias> d'aceumnler meniaees snr menaces. ComKïepour' rendre Mansxiêlé ptus cuisant© par \itne? visio® pks sensible, il desaina sur un*© bri'que, longtemps! d'avance, Jériisalemi assiégée avec la place des eovfs d'armiée des assaîManiîs, des; terrasses et. des béliers frappant les murs-.
Mat conscients; de leur ingratctude^ ei âe leur indignité, les Juifs espérajient^il malgré touilj dans; le secours de labvé', à cause dn Temple?' L*£maginatîefn ardente du proplaèlîe', ©nievée par l'Esprit, pénétrait; dans l'enceÎHîte de lérusatem'. Ami eoeispr' même du sanctuaire, séjonr imnaïdaMe" de leur Dieu qu'Isaïe (vi, 1 ss.) y avait vu susr um trône, fandis; que les ^âraephiîns le voilaiea4 de leiirs ailes,, ÊzécMel découvrait nne idole' rivale, an naxrd de la porte de l'anM (1;). M perçait la mnraille,, et voi-câ touîles sortes de igures de reptiles et d'animaux immondes, et tofites les abominations de- la m'aison dl'IsraSt dessinées sur la murailïe, encensées pair vme assemblée; sacrilège de soiîxante-dou'ze vreiltards, pendant qu® des^ fëramies assisesï à la porte du septentrion plenradent ïe ^eui Tammouz et que, dans le; parvis intérieur, vingt-cinq hommes,, tournant le dos à la maison de labvé, se- prosternaient devant le soleil levant (2S)..
lie Efeien d'Israël s'obstinerait-it k défendre un.' temple profané? Ézêchfel! l'avait vu, en recevant à& Im sa mn'ssion de; sentinele- d'Israël, sous mie' forme; indéindssable, oui plutôt manifestant par cet am^algame îaouï d'^anrmanx et de roues portés an gré de l'esprit quii les anim*ait, que- celui' qiaiî siégeait naguière sîur- les Ghér^iMïns était désormais appliqué à réaliser d'anjires desseins, par vm& action incompréhensible, mais souverainement libre et efficacev
L'objet de cette providence, sans cesse en mouvement^ comme si elîe poursuivait uq objet nouveau, ce n'était plus le Temple, ni les gens de Jérusalem, mais ceux qu'il choisirait parmi les exilés. Et cette parole
(1) Éz., vm, 5.
(2) Éz., VIII, 10 ss.
étonnante, qui prélude à rÉvangile : « Ainsi parle le Seigneur lahvé : Oui, je les ai éloignés parmi les nations, je les ai dispersés parmi lespays ; mais je serai pour eux un sanctuaire (1). » Il a quitté son palais depierres, sa demeure sera désormais chez les captifs.
Toutefois ce n'est pas encore la formule décisive de Jésus à la Samaritaine : « Ce ne sera ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem que vous, adorerez le Père... Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité » (2). L'heure n'est pas venue. Aussi le prophète ajoute : « Je serai pour eux un sanctuaire pendant un peu de temps, dans les pays où ils sont allés... Je vous rassemblerai du milieu des peuples, je vous recueillerai des pays où vous avez été dispersés, et je vous donnerai la terre d'Israël (3). »
La Jérusalem qui se débat sous les serres de Nabuchodonosor est condamnée parce qu'elle s'obstine dans sa résistance. Aux déportés, déjà frappés, déchus de tout espoir, il appartient de réfléchir, de comprendre que son erreur est son idolâtrie, que le peuple entier doit enfin choisir entre le Dieu des pères et les dieux de ses tyrans. Ceux-ci d'ailleurs ne ' sont pas invincibles, il s'en faut. Et avec une maîtrise assurée par la foiy Ézéchiel promène ses oracles dévastateurs sur tous les ennemis d'Israël, les anciens et irréconciliables voisins, comme Ammon, Moab, Édom, presque des frères, sur les Philistins, et aussi ceux qui avaient apparu dans l'histoire comme des puissances d'argent prestigieuses, Tyr et Sidon, enfin l'Egypte, le monstre formidable accroupi dans les roseaux du Nil.
Volontiers le peuple se pressait autour du prophète. La parole de lahvéf si souvent méprisée, si souvent victorieuse, n'avait pas perdu son ascendant. On s'en entretenait « le long des murs et aux portes des maisons (4) »,. pour ne pas éveiller les soupçons des Ghaldéens. L'attention étaiit captivée par les gestes bizarres, mais évocateurs, du voyant, piar les postures pénibles qu'il conservait comme une gageure, et qui faisaient de lui un associé aux souffrances des assiégés. Gomme il s'accompagnait d'un instrument et que sa voix était belle, on écoutait ce chanteur agréable le soir, entre compatriotes et les portes closes. Puis ces petites gens qui gagnaient leur vie en trafiquant avec les gens de Babylone retournaient le lendemain à leur commerce. En somme, ils n'étaient pas inquiétés ; « leur cœur poursuivait leur gain », et ne se souciait pas de pénitence.
Mais en dépit de leur aveuglement, le signe avait été décrété. Dieu avait donné sa parole à son serviteur, condamné à subir tant d'avanies :
(1) Éz., XI, 17.
(2) Jo., IV, 21-24.
(3) Éz., XI, 16 s.
(4) Éz., xxxiii, ao.