‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 28 sur 198 · II. LA RELIGION HELLÉNISTIQUE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION HELLÉNISTIQUE

Aussi est-ce contré les dieux d'Homère toujours triomphants que portèrent les coups de la philosophie, lorsque la raison commença de s'exercer sur ce que pouvait être le divin. Elle naquit en lonie, la patrie d'Homère, puisque Xénophane était de Golophon. Cette première attaque fut vigoureuse et décisive : « Homère et Hésiode ont attribué aux dieux tout ce qui est reprochable et blâmable, voler, commettre l'adultère et se tromper les uns les autres (1). »

Il n'y eut jpas à revenir sur cette critique mordante de l'anthropomorphisme; les hommes avaient fait les dieux semblables à eux-mêmes : c'est ainsi que des animaux, s'ils avaient voulu ou su les adorer, les auraient imaginés comme des animaux, et, redressant l'erreur commune,, Xénophane lui opposait : « Parmi les dieux et les hommes il n'est qu'un dieu très grand qui ne ressemble aux mortels ni par le corps ni par la pensée (2)^ »

L'expression est encore incertaine, puisque le Dieu unique est très grand 'parmi les dieux. Pourtant le monothéisme naissant ne pouvait guère s'expriirier plus nettement. L'existence des dieux dans l'imagination des hommes et dans les cultes est un fait historique que l'Écriture elle-même enregistre, sans reconnaître pour cela leur existence comme dieux distincts qu'on doive, adorer.

Mais cette voix demeura isolée dans le monde grec. Elle y étonna tellement que d'anciens apologistes chrétiens ont cru reconnaître dans cette profession de foi l'influence des Israélites, déjà répandus en Orient vers 620 avant Jésus-Christ. Mais Xénophane a pris soin d'indiquer le motif rationnel qui l'a convaincu de l'origine tout humaine et erronée du polythéisme, et c'est sans doute le même motif qui l'a guidé dans son affirmation monothéiste. On ne s'attacha qu'à sa négation, et toujours au nom seul de la raison. L'attaque contre les dieux nationaux colorés d'homérisme^ devenus plus brillants mais dépouillés du mystère qui les rendait redoutables, se produisit à Athènes et y demeura plus radicale qu'ailleurs; Non que les Athéniens aient été moins superstitieux que d'autres. Us l'étaient au suprême degré. Mais Athènes, par son goût des choses de l'esprit, par sa richesse qui lui permettait de payer les maîtres plus largement, attirait les philosophes novateurs, aussi bien que les professionnels de la rhétorique. /

Démocrite mettait une science naissante en conllit avec la religion. Le vulgaire, disait-il, craint les dieux parce qu'il s'imagine faussement que les éclairs, les tonnerres, les conjonctions des astres et les éclipses du

(1) DiELS, Fiagm. 11. ,

(2) DlELS, Fragm. 23 : eTî Bsùç, gv te Ôsotfft otai àvôftoTtoici {isyicrTO;, oute 8é(Aa; OvïjToïaiv ô{toiioç

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