V. ;L' APOCALYPTIQUE
niques l'emportera sur celle de l'Édeii. Ce tafeieau avait déjà été tracé par l'aneienne prophétie avec une valeur symbolique (i). Il est surchargé jusqu'au grotesque et avec le désir d'une crasse réalité dans les Apocalypses. La prophétie parlait de cieux nouveaux et de terre nouvelle, où la paix régnerait même avec les bêtes féroces. L'A-poealyptiquie énumérera ks grappes des raisias grossis et multipliés, les accouchements qui se succéderont sans terme et sans mesure (2).
Entre un passé embelli et un avenir de merveilles, le présent était sans <^oulears, ou dépeint sous des couleurs très sombres, mais indécises. L'auteur ne pouvait y faire que des allusions voilées, pour ne pas trop se découvrir. Toute incursion dans le domaine des réalités, toute invective trop caractérisée, tout geste trop vif, lui auraient fait perdre le bénéfice du mystère. On ne peut être à la fois entre ciel et terre et jouer un rôle sictif parmi les siens. L'inspiration divine et leur génie ont bien servi Daniel et saint Jean. Le caractère pratique et le but religieux immédiat de ces admirables apocalypses éclatent en dépit du genre et leur donnent une valeur de vie. Aussi peut-on assez facilement reconnaître les circonstances où se plaçaient leurs auteurs. Il en sera ainsi d'Esdras, la plus belle apocalypse après ces deux chefs-d'œ livre, et en partie aussi de Baruch, conçu presque sur Je même thème, de l'Assomption de Moïse... Dans beaucoup d'autres cas, il est extrêmement difficile, quelquefois impossible, de savoir quand les auteurs ont vécu, et dans quels événements ils veulent intervenir. Le secret qu'ils s'étaient imposé les couvre encore.
Ils ont même eu la précaution de détourner les recherches. Le dernier mot de toutes ces cachotteries fut une théorie formelle de l'apoealypse apocryphe ou cachée. Esdras écrit sous l'inspiration divine tous les livres saints perdus. Les uns sont livrés au public, et ce sont les livres canoniques ; les autres sont réservés et ne seront manifestés que plus tard. On ne s'étonnera donc pas de les voir apparaître, datés d'une époque ancienne, quoique personne n'en ait eu connaissance. Mais comment des livres, composés depuis des siècles, étaient-ils parvenus aux mains de celui qui les produisait au grand jour? Les anges avaient veillé sur eux, pour les révéler, en temps opportun, à un dépositaire sûr, — l'auteur lui-même! — chargé de les communiquer à des « hommes fidèles et qui me sont agréables, et qui ne prononcent pas mon nom en vain, » dit le Seigneur (3).
Le livre du voyant, fût-il censé antédiluvien, était donc lu, en grand mystère, à un cénacle d'hommes choisis, partageant; la même foi et les mêmes espérances, crédules ou complices : il s'adressait à des initiés.
(1) Is., XI, 6-10.
(2) Nous aurons à revenir sur ce point.
(3) Hénoch slave, texte A, xxxv, 3.
Pouvait-on, par ce procédé, enseigner des choses vraiment nouvelles? On ne pouvait, en tout cas, s'écarter trop ouveriement de la doctrine reçue, et il n'eût pas été prudent d'enregistrer des découvertes récentes.
C'est une erreur très répandue, mais une erreur quand même, de se représenter l'apocalyptique comme le véhicule d'idées scientifiques. Même lorsqu'ils se mêlent de science, nos auteurs sont aux antipodes de la nature et de l'observation. Le livre d'Hénoch contient toute une partie destinée à expliquer le système du monde. M. Martin a été assez indulgent pour y voir (c un précieux témoin des premiers essais de construction scientifique » (1). Rien de plus précieux en effet, si cette construction reposait sur une analyse attentive, ou du moins sur le simple enregistrement des faits. Mais le livre astronomique d'Hénoch est tout autre chose, et plutôt, comme M. Martin lui-même Fa très bien vu, le résidu des traditions surannées de l'Orient ancien, un amalgame de légendes populaires mises au service d'un calendrier lunaire que l'auteur voulait faire prévaloir comme seul orthodoxe.
Une vieille controverse était ainsi censée tranchée d'avance. Et Ton écrivait ces billevesées au temps où déjà Ératosthène avait fondé la géographie scientifique, et où Hipparque découvrait la précessîon des équinoxes (2) et mesurait presque exactement la distance de la terre à la lune (3). Loin de favoriser le progrès de la science on en arrêtait l'envolée en la figeant dans des formules soi-disant révélées. Le judaïsme se faisait illusion en insérant dans des apocalypses, pour la rendre canonique et sacrée, une routine dépassée; on ne lui reproche pas de n'avoir pas eu l'esprit scientifique des Grecs, mais d'avoir confondu des choses distinctes. En mettant dans un ordre à part « le royaume de Dieu «t sa justice », Jésus-€hrist a porté un coup mortel à cet amalgame de sacré et de profane, il a laissé la carrière ouverte aux recherches de l'esprit humain. L'apocalyptique lui barrait la route, réglant tout sans aucun sentiment des réalités de la nature.
Elle n'avait même pas, dans ses divagations, l'excuse d'un emportement poétique. Volontiers on imagine ces voyants cédant trop facilement à leur fantaisie, mais, à cause de cela même, originaux et nenfs. Rien de plus inexact. Gomme leurs frères les commentateurs et les copistes, ils sont les hommes des livres. S'ils n'ont point les yeux ouverts sur la nature, ce n'est pas pour s'abandonner à l'inspiration intérieure d'un Têve créateur, c'est pour s'absorber dans l'étude. Quand ils sortent de la
(1) Le livre d'Hénoch, p. xxiv.
(2) On prétend aujourd'hui qu'un babylonien, Kidinnu, vers 314, a fait cette découverte ; cf. SCHN4BEL, Berossos, p. 227 ss., cité par Bousset, Die Religion des Judentums, 3^ éd. p. 503.
(8) Hipparque a fait ses observations vers 146 av. J.-G. Le livre astronomique d'Hénoch est probablement antérieur à 135.
80 V. l'apocalyptique.
tradition, ce n'est que pour tenter d'autres combinaisons, rarement heureuses. Ces visionnaires sont les plus livresques dés hommes. Il est facile de constater, en comparant par exemple Ilénoch à la Bible, à quel point ils sont dépourvus d'invention, jusque dans le choix des expressions,
M. Auguste Sabatier n'a pas exagéré en écrivant que « l'apocalypse est à la prophétie ce que la Michna est à la Thora ». Il a dit aussi très finement : w C'est l'idée abstraite qui toujours crée l'image. Celle-ci n'est grotesque qu'au point de vue de l'art plastique. Jugée du point de vue rationnel où elle a été composée, elle est ingénieuse comme une allégorie soutenue. Vous vous croyiez emportés dans le domaine de la poésie féerique; vous n'êtes que dans celui de l'abstraction historique (1). » Ajoutons seulement : et des thèmes traditionnels, que l'érudition moderne poursuit jusque dans les documents cunéiformes.
Le style devait être en harmonie avec ces conditions du genre littéraire. On le comparerait volontiers au style révolutionnaire, singulier mélange d'enthousiasme pour les temps nouveaux et de citations pédantes, passionné, convulsif, enivré, dirait Platon, du vin pur de la liberté, et hérissé d'allusions classiques à l'histoire des Grecs et des Romains. Encore le monde nouveau des sans-culottes était-il déjà commencé; celui des apocalypses devait descendre du ciel. Le voyant veut être sublime, puisque son sujet l'exige, et il n'est souvent qu'emphatique ou érudit. Il y a de tout dans ce style, sauf le naturel et la simplicité. Il n'est tout à fait sincère que lorsque Thomme se découvre sous l'auteur, ému de sentiments vrais : la haine, souvent atroce, envers ses ennemis, une ardente sympathie pour ses compatriotes, ou seulement pour ceux de sa secte, l'anxiété d'une foi qui veut demeurer inébranlable. Parfois même, mais seulement dans l'apocalypse d'Esdras, il atteint à une vraie beauté, lorsque, au lieu de décrire froidement les cercles du ciel, il s'arrête, frémissant, devant le mystère insondable du mal. Les apostrophes enflammées du Coran sont bien l'écho des apocalypses, de leurs menaces irritées et sauvages, l'écho aussi de traditions anciennes, répétées par les chameliers du désert; mais heureusement pour son art, Mohammed n'avait rien lu.
En parcourant, au ciel et sur la terre, les voies tracées par ces rêveurs, dans une atmosphère de combinaisons factices plutôt que de libre inspiration, on a l'impression d'un gigantesque effort dans le vide, on éprouve la nostalgie du pays du réel, où les choses sont ce qu'elles sont, fussent-elles laides. Et l'on voudrait cingler vers le cap Sunium pour
(1) L'apocalyptique juive et la philosophie de l'histoire, dans la Revue des éludes juives
(t. XL, p. LXXr-LXXXVl).
aborder en Attique. Mais les dieux de l'Attique étaient trop mêlés à la nature, trop semblables à ceux qui les avaient conçus. L'apocalyptique avait du moins un sentiment religieux élevé, elle tendait vers l'infini ; dans son cauchemar il y avait une poursuite de Dieu.
Pourquoi chercher? Nous avons la simplicité et le naturel de l'Évangile, si sur de posséder Dieu.
§. 2. L'esprit et les doctrines de F apocalyptique.
Tout ce que nous avons dit du genre littéraire de l'apocalyptique découle de ce fait que l'auteur n'est plus, comuie le prophète, un homme d'action qui applique la parole de Dieu à des circonstances actuelles, mais un voyant envisageant les choses exclusivement en vision et les exprimant par des images qui souvent ne sont que des symboles. Ce voyant étant censé un homme du passé le plus lointain, les allusions à l'avenir, déjà fréquentes chez les prophètes, sont devenues l'objet propre de l'apocalyptique, si bien qu'elle affecte de traiter les événements les plus reculés du passé sous les apparences du devenir.
Les objets sont donc présentés sous une forme où l'imagination l'emporte sur l'observation. Sont-ce bien les mêmes objets? Ils n'ont pas changé substantiellement, puisque ce sont toujours Dieu, le monde, les nations, Israël en particulier, et que les rapports essentiels entre Dieu et rhomme ne cessent pas d'être ceux du maître et du serviteur. Mais les événements ont amené des préoccupations nouvelles. La scène du monde a été trans formée, et puisque l'auteur est un spectateur, qui est changé lui-même, il n'a pas vu les choses dans le même état, ni avec le même esprit.
Nous l'avons jugé, comme auteur, comme littérateur, si l'on peut dire, insensible à l'influence des Grecs. Leur génie ne s'est pas refusé même au grotesque, même à la Chimère : ils ne s'y sont pas complus, revenant toujours à l'imitation de la nature et de ses lois, dont les voyants se souciaient si peu. Pourtant il semble qu'Israël n'a pu se dérober à l'action des idées nouvelles et des sentiments qui étaient désormais le patrimoine commun de toutes les classes dans les royaumes issus de la conquête d'Alexandre. Quand les cités les plus fières, même Athènes, même Sparte, renonçant à se disputer une hégémonie restreinte, perdaient leur autonomie sous une domination plus vaste, Israël devait cesser de concentrer ses vues sur. les Philistins, sur Moab et sur Édom. L'unique idéal des âmes les plus nobles, la gloire de la cité, ne régnait plus sans conteste depuis que Platon, élève de Socrate, avait mis plus haut encore l'idéal de la justice, même méconnue, même bafouée, même mise au gibet. Les Juifs devaient donc être amenés aussi à reconnaître une nouvelle catégorie
LE JUDAÏSMK AVANT JÉSl'S-CIIRIST. (J
82 V. i;'APOGA.!i¥MlQUË,
d'oppositions, HOU plus celle des fils de Jacob et des étrangers, mais des
justes et des injustes, au sein de leur propre nation.
V Mais on doit y regarder de près avant d'admettre l'hypothèse d'une
transformation complète du judaïsme d'après l'ambiance de ce temps.
Non seulement Israël n'a pas renoncé à régner snr ses vieux ennemis; il
-entrevoit sérieusement le gouvernement du monde. Et quant à l'idée du
monde, il n'avait pas attendu Alexandre pour la concevoir, puisque le
'ciel et la terre avaient été créés par Dieu et peuplés par lui de nations
filles d'un seul ancêtre. En vertu du choix spécial de Dieu, il se dressait
^toujours seal contre elles toutes. A vrai dire une dissension intestine avait
■créé des hainesinexpiablesentre les fidèles et les apostats. Mais elle était
née en Judée de la persécution d'xUitiochus Épiphane, d'un fait domestique
et concret, non de considérations spéculatives sur le Juste etl'Injuste : ce qui
s'affrontait c'était toujours le Dieu d'Israël et sa loi d'une part, et d'autre
,?part les dieux étrangers et leur culte abhorré. Le nationalisme, un moment
'^ébranlé, était sorti vainqueur de ce corps à corps. Lorsqu'on avance que
Jl'aneienne prophétie a pour horizon Israël, et l'apocalypse le monde entier,
--cela n'est vrai que d'une extension de l'horizon politique, cela ne signifiée
"•fiullement que pour un Juif le cosmos remplace décidément la cité djans
ses préoccupations spéculatives, ni qu'il aspire à devenir citoyen du
monde. Philon le dira pour plaire aux Alexandrins : les apocalypses n'ont
pas eu recours à cette précaution oratoire.
Il nous est donc impossible de découvrir dans l'apocalyptique un esprit cosmopolite. Il est incontestable cependant que, parallèlement à l'helléïiisme, les voyants avaieat un horizon plus étendu que celui des prophètes. Quelques critiques (1) ont rédigé cette transformation en une série d'antithèses :
Le prophétisaie rappelait sans cesse lahvé, Dieu, et même Père d'Israël; — ^ le voyant se complaira dans la conception du Dieu du monde, transcendant, presque inaccessible.
Le prophétisme ne songeait q;u'aux destinées d'Israël; le voyant envisage le monde comme nn tout.
Aussi les prophètes menaçaient du jugement Israël et ses ennemis; — ■ le voyant convoque tous les peuples au jugement général.
Le prophète mettait en présence Israël et ses ennemis nationaux; — le voyant prêche la guerre contre les ennemis de Dieu.
Le prophète annonçait le règne temporel du Messie ; — • le voyant pense surtout au bonheur de l'au-delà.
Les premiers traits sont exacts, mais la dernière antithèse a ses
, (1) Baldensperger, Boiisset, etc.
DOCTBINE DES APOCAI-YPSES. " 83
difficultés. Le tnessiauîsme terrestre a-t-il donc disparu, pour être remplacé par la vie future? Le Messie aura-t4l désormais quelque influence dans l'au-delà?
M. Baldenspei'ger, — un théologien protestant qui s'est beaucoup occupé de l'apocalyptique, -r- a essayé de résoudre ces questions par un.e formule : L'apocalyplique serait « l'attente messianique détachée de l'idéal terrestre politique et élevée à l'ordre surnaturel (1) ».
Deux tableaux.
Le héros de l'ancienne prophétie est: Israël, et le thème du niessianisme 6st sa délivrance des ennemis qui l'ont subjugué. Ces ennemis seront anéantis par le jugement de lahvé qui rassemblera son peuple dispersé et lui fera goûter dans la Terre-Sainte, à Jérusalem, auprès du Temple, plus glorieux que jamais, un bonheur éiernel. Le Messie sera l'agent de toutes ces merveilles.
Dans l'apocalyptique on voit au premier rang l'homme, placé dans le Cosmos pour pratiquer la vertu. Les ennemis des gens pieux sont des méchants. Le jugement de Dieu s'exercera sur le monde en faveur des justes qui jouiront de l'immortalité et de la résurrection. Les. biens de l'au-delà sont promis non plus dans Jérusalem, mais dans le ciel.
Il n'est pas douteux qu'on puisse construire le second tableau. Mais qu'y fait le Messie? Il n'y fait rien. Qu'en est-il d'Israël? On n'en parle pa.s. Nous concédons que quelques fragments d'apocalypses en sont là. Nous les avons qualifiés : esckatologie cosmique transcendante sans Messie (2).
A eux ne s'applique pas la définition de M. Baldensperger : <<: l'attente messianique » n'y figure même pas. Si ailleurs le Messie paraît, le même dont parlaient l'ancienne prophétie et les psaumes, il est engagé dans la prospérité temporelle et nationale d'Israël. Si la scène est vraiment transportée dans l'au-delà, on voit bien paraître un fils de d'homme ou plutôt un Élu comme juge (3), mais qui n'a rien fait pour le salut des hommes. :Si l'apocalyptique avait donné isur ce point capital une solution ferme, ^n iaterprétant l'ancienne prophétie dans un sens uniquement moral et religieux., en substituant le salut éternel des justes au bonheur temporel des Israélites, en identifiant le fils de l'homme de Daniel avec le Messie, iils de David, elle aurait abandonné le terrain du judaïsme; elle ne serait pas seulement un acheminement vers le christianisme, elle serait le christianisme prophétisé.
Or elle n'a fait aucun pas utile au delà du judaïsme ; elle n'a pas même montré la voie.
(1) Die messianisch-apokalyplischen Eïoffnungen des Judenthiims, 3° éd., p. 173,
(2) Le Messianisme.,., p. 63.
(3) Nous moatïerons plus loin que le Fils de l'Iioname des Paraboles d'Hénoch est une interipolation chrétienne.
84 V. l'apocalyptique.
Loin de renoncer aux passions nationales d'Israël, elle les a poussées jusqu'à l'exaspération, tout en demeurant sous l'influence d'aspirations plus hautes. Les justes seront bien récompensés comme justes, et les pécheurs punis comme méchants : mais il va sans dire que les justes sont le véritable Israël. L'ancienne prophétie, loin d'être entendue dans un sens spirituel, a souvent été matérialisée. Le tableau nouveau qui serait la transposition de l'ancienne prophétie dans l'ordre spirituel, en mettant plus en relief par une véritable transformation sa valeur religieuse et morale, c'est celui qu'a tracé le christianisme. Entre l'attrait vers la puissance, le bien-être, la domination, que saint Paul disait charnel, et l'élan qui emportait déjà la prophétie vers les réalités seules dignes de Dieu, l'apocalypse hésite, ou plutôt elle veut tout accorder, c'est-à-dire qu'elle confond tout. Son tableau est comme un cliché photographique tiré deux fois, où les images seraient superposées; tel un bric-à-brac où voisinent des objets de toutes les époques. Et ce n'est pas seulement le rapprochement de plusieurs apocalypses qui aboutirait à ce mélange. Il n'en est pas une un peu considérable qui ne soit une tentative désespérée de concilier des notions que l'auteur ne pouvait embrasser dans leurs rapports, ni ranger dans leur perspective. Le fait même qu'on a groupé dans un seul livre d'Hénoch plusieurs ouvrages distincts relève d'un état d'esprit plus disposé à accumuler les conceptions qu'à les distinguer et à les ordonner.
, Nous concluons donc que les apocalypses n'ont pas abordé des sujets plus hauts que ceux de l'ancienne Écriture, et que si elles se sont complues dans le mystérieux et l'inaccessible, elles n'ont pas égalé le profond sentiment i'eligieux des prophètes.
C'est ce qu'il nous faut voir de plus près, à propos de Dieu, de l'homme et du Messie.
On dit volontiers que le Dieu de l'apocalypse est plus transcendant. C'est là un terme fort vague. Il n'est ni plus puissant que le Dieu d'Isaïe (1), ni plus sage que le Dieu de Job (2), ni plus juste que le Dieu d'Abraham (3), ni plus miséricordieux que le Dieu de Moïse (4), ni plus longanime que le Dieu d'Élie (5). Mais il est moins à la portée de la prière. On a essayé de le rendre plus imposant et plus sublime, et pour cela on n'a trouvé rien de mieux que de le placer très loin et très haut. Il ne convient plus à sa Majesté de venir converser parmi les hommes; quand on veut
(1) IS., XI, 15 ss.
(2) Job, xxYi.
(3) Gen., xvHi, 22-33.
(4) Ex., XXXIV, 6,
(5) I Rois, xlx, 9 ss.
le trouver, il faut faire un long* voyage. Encore le plus souvent ne daignet-il pas parler lui-même, ou par un ange qui parle en son nom (1): il a ordinairement un interprète qui n'est qu'un de ses ministres. Hénoch; enlevé parles anges, approche d'un palais en pierres de grêle, entouré de flammes, habité par des Chérubins. Ce n'est qu'un corps de, logis pour les gardes, ce n'est pas encore là demeure du Roi. Il arrive enfin devant un édifice bâti en langues de feu, et si excellent en magnificence, en splendeur et en grandeur, qu'il renonce à le décrire : « Son sol était de feu; des éclairs et le cours des étoiles formaient sa partie supérieure, et son toit, lui aussi, était de feu ardent (2) ». C'était encore relativement simple; dans l'Hénoch slave (3) et dans l'apocalypse d'Abraham, l'itinéraire est beaucoup plus compliqué.
La religion chrétienne, la première, nous a habitués à l'adoration d'un Dieu présent partout, mais surtout dans les âmes, non seulement proche dé nous, mais en nous, sans que cette pénétration intime porte atteinte à sa transcendance. Les Israélites avaient du moins conscience de posséder leur Dieu parmi eux, toujours disposé à accueillir leurs hommages et à exaucer leurs prières. Si la religion a pour but d'unir l'homme à Dieu, cette religion était plus parfaite que celle de l'apocalyptique.
Il ne semble pas cependant que cette transcendance soit un emprunt à la théorie d'Aristote sur le premier moteur, tellement distinct du monde qu'il ne l'a pas créé et ne le connaît même pas. Les voyants n'ont point oublié l'enseignement des Saints Livres. Leur Dieu est toujours le Dieu d'Israël, unique, créateur du monde, tout-puissant, très sage, juste et rémunérateur. Même l'attribut de justice est fortement mis en lumière par l'attente assurée du grand jugement. Ils ont été choqués du polythéisme dont l'idolâtrie était le degré le plus bas, par le mélange de la divinité avec le bois et la pierre. Ils ont réagi avec vigueur. Le livre des paraboles d'Hénoch nomme avec emphase Dieu le Seigneur des Esprits (4), 'moins sans doute pour se rapprocher du spiritualisme immatériel de Platon et d'Aristote que pour donner à entendre que lalwé Sebaoth, le Dieu des armées, était le Dieu des anges, êtres qui ne prenaient un corps que pour apparaître aux hommes. Mais c'est précisément parce que Dieu est esprit qu'il est présent partout et qu'il agit en tout. Les apocalypses n'ont pas su le comprendre : elles ont privé le cœur de la satisfaction de posséder Dieu tout proche, sans donner gain de cause à l'intelligence qui exige la transcendance, mais sait la concilier avec celte union.
(1) Comme l'ange de lahvé, déjà un inlemédiaire ; cf. RB., 1903, p. 212 ss.
(2) tiénoch élh., xiv, 7,
(3) VIII, XXII. Jusqu'au diiièrae ciel.
(4) Voir plus loin, p. 257.
86 V, l'apocalyptique.
Moins vivant, moins agissant que le Dieu des patriarches, moins mêlé à là vie d'Israël, le Dieu des voyants est plus soucieux des destinées individuelles de chacun. C'est le contraste le plus frappant entre l'ancienne prophétie et l'apocalypse ; celle-ci toutefois ne faisait que suivre la doctrine supposée par l'histoire des patriarches, si tendrement protégés par Dieu : doctrine exposée explicitement par Jérémie et par Ézéchiel. Au Sinaï Dieu s'était accordé pai' contrat avec la nation tout entière. Mais à cette alliance écrite Dieu devait^ d'après Jérémie, substituer une alliance imprimée au cœur de chacun (1). Cette parole rompait avec le collectivisme de l'ancienne solidarité, et manifestait le lien direct et personnel qui existe entre chaque âme et son Créateur. Les Juifs sentirent, aux jours du châtiment, l'insuffisance du régime légal. Us vinrent se plaindre à Ézéchiel de l'injustice de Dieu qui, disaient-ils, punissait les enfants pour les fautes des pères : « les pères mangent du raisin, et les dents des fils en sont agacées ». Le prophète ne pouvait abolir toute la loi de la solidarité humaine : il dépend des pères d'améliorer le sort temporel de [leurs enfants ou de le rendre pire. Mais chaque âme a sa destinée, et Dieu est juste pour chacun : « Je suis vivant, dit le Seigneur lahvé; vous n'aurez plus à répéter ce proverbe en Israël. Toutes les âmes sont à moi; l'âme du fils comme l'âme du père est à moi; l'âme qui pèche sera celle qui mourra » (2).
Si admirable que soit l'expression « toutes les âmes sont à moi », la doctrine d'Ézéchiel n'était pas complète. Ne faisant aucune allusion distincte à la rémunération dans la vie future, elle pouvait laisser croire que toute justice serait rendue à l'individu dès cette vie. C'était bien l'opinion des amis de Job (3). Mais le problème une fois posé, il suffisait d'un regard jeté sur le monde pour s'apercevoir qu'il n'est pas résolu ici-bas. La conscience morale, pleinement confiante en la justice de lahvé, exigeait une rétribution après la mort, au cours de cette survivance dont les Israélites n'avaient jamais douté. Et l'espérance du pieux Israélite avait encore un fondement plus assuré que la justice de son Dieu : son amour. Pondant cette vie, il avait cherché lahvé de toute son âme, et il l'avait trouvé. lahvé à son tour le prendrait avec lui dans sa gloire. C'est la confiance du psalmiste (Ps. lxxiii, 23 s.) :
Pour moi, je suis toujours avec toi;
tu m'as pris la main droite, tu me conduiras selon tes desseins, et après tu me prendras en gloire.
(1) Jer., XXXI, 31-34.
(2) Ez., xviii, 3 s.
(3) Voir Le livre de Job, parle R, P. Dhorme, p. ci ss.
DOCTRINE DES APOCÀLyPSES. 87
Les andeiis écrits inspirés contiennent plus d'une effusion de cette tendresse de cœur pour Dien qui est le Criiit le plus exquis de la religion (1). Or nous n'avons pas su en trouver dans les apoealypses un seul accent vmîment spontané. La justice est exaltée, et aussi la miséricorde. Les justes, même les pécheurs pénitents, seront donc récompensés selon leurs, mérites. Leur bonheur sera parfait : ils seront auprès de Dieu, ou plutôt chez Dieu, bénis par lui^ comblés de biens, inondés de sa lumière. Mais le soupir de l'àme vers son Dieu, le désir passionné de lui être uni, sont absents de ces livres, comme aussi l'assurance de le posséder ici-bas. On lit une seule fois du bonheur des justes : « ils seront tous à Dieu (2) », de même qu'il est dit dans le livre de la Sagesse : « leur récompense est dans le Seigneur » (3).
Mais ce trait est isolé, et il serait fort exagéré de parler d'union à Dieu dansles descriptions paradisiaques, même les plus relevées et spirituelles. C'est beaucoup assurément que la vie future soit la vie par excellence, une vie glorieuse, dans la lumière divine, un festin qui n'est qu'une image du rassasiement parfait. Les apocalypses sont, ici encore, dans le courant le plus orthodoxe de la révélation, mais il ifaut constater que toute cette lumière enflamme peu le cœur. Quelle folie, semble dire Barucb,, de perdre son âme en préférant le monde présent au monde futur ! Car,, dans ce monde futur, la curiosité intellecluelle sera pleinement rassasiée ;, les élus, parvenus aux sommets du monde, semblables aux anges, pourront se transformer au gré de leurs désirs, égaux aux natures stellaires(4). Cette curiosité de l'esprit, ces appétits de l'intelligence, ne sont pas sans analogie avec l'hermétisme, qui est la religion de l'intelligence (voîSç), et accusent peut-être une influence grecque surtout par cette possibilité panthéistique des métamorphoses. Le sentiment religieux en est moins pur que celui des psalmistes. Seul, comme souvent, Esdras, héritier avec les rabbins de la tradition scripturaire, semble faire exception : « les élus du septième degré se hâtent de voir le visage de celui qu^ils ont servi durant leur vie, et dont ils vont recevoir une glorieuse récompense (5).
(1) Voir plus bas, p. 4âS ss,
(2) Hén., I, 8 : xaî ëcovrat TtàvTsi; tou ôsoîl. Encore d'après le conlextâ s'agit-il d'être sous la Providence et la lumière de Dieu, plutôt que d'être à lui. Cf. dans Hén. xxxviu, 4; xlt, 4; tvnr, 6, au livre des Paraboles.
(3) Sap. Y, 15.
(4) Apoc. Baruch, ti, 8 ss, trad. Frïtzscbe : VMebunt enim mnndum qui invisibilis est eis nune,et videbimt tempus quod nunc oceuliatum est ab eis..^ in excelsis enim illms mundi habilabunt, et assiinilabuntur angelis, et aequabuntur stellis, et erunt transmutati in omnern formam quam txiluerinf...
(5) IV Esd.,, vn„ 98. Septinms ordo... fèstinant enim videre vuUum eiu& citi servierunt viventes et a quo incipient gloriosi meixedem recipere. — Texte de Yiolet confirmé par la versiOQ syriaque : oa voit par vu, 87, qu'il en était de même des mécliaints.
88 V. L'APOCALYPTIQUEi
Dans les autres apocalypses trop d'objets se présentent à la vue et font oublier le principal, l'unique objet de l'amour, Dieu.
Avec le commandement d'aimer Dieu, l'Israélite avait reçu celui d'aimer soQ prochain. Ce prochain était Israël lui-même. Dévots à un même Dieu, protégés par lui, combattant ses guerres, membres d'une seule famille religieuse, les Israélites avaient une raison de s'aimer qui n'était pas seulement dans le lien du sang, quoique, dans leur pensée, la descendance d'Abraham, d'Isaac et de Jacôb fût le fondement de cette relation elle-même. On fait honneur à l'apocalyptique d'avoir agrandi l'ancien horizon, et comme le Dieu d'Israël était devenu plus expressément le dieu du monde, l'humanité aurait remplacé l'image absorbante du peuple élu. Gréés par le môme Dieu, tous les hommes devaient être appelés par lui au même salut. Si l'on entendait par là que l'Apocalyptique avait inauguré l'apostolat auprès des Gentils, cela serait évidemment faux. Le Serviteur de lahvé, dans le recueil d'Isaïe, avait pour mission de convertir toutes les nàlions au culte de lahvé. Est-il vrai du moins que les voyants aient conclu de la notion de l'individu à une sorte de fraternité universelle, ou se soient préocupés beaucoup d'associer les Gentils à leurs rêves d'avenir? Leurs sentiments envers tous les hommes étaient-ils plus fraternels, et inspires par leur propre attitude envers Dieu?
La réponse à ces questions n'est pas aisée.
Constatons d'abord que rien ne décèle chez eux une dépendance des spéculations, déjà familières aux sophistes, sur l'autonomie de la personne et sa dignité comme monade indépendante. Ces considérations, â vrai dire, ne conduisaient guère à la fraternité, car, si la philosophie reconnaissait dans tous les hommes la même nature, elle ajoutait que la race, l'éducation, l'entraînement de la volonté et de l'intelligence créaient entre eux des différences. Un Grec était en tout cas supérieur à un Barbare, et se sentait né pour la domination. De même le Juif en vertu de l'élection divine et de la supériorité du sentiment religieux.
Mais, comme nous l'avons déjà dit, Alexandre, homme d'action, dépassa sur ce terrain l'analyse philosophique. L'Asie conquise par la Grèce, il lui parut plus noble d'unir les peuples entre eux que de réduire les vaincus en servitude. Les Juifs durent éprouver quelque chose des sentiments nouveaux. Pourtant les Gentils ne sortaient pas pour cela de leur infériorité religieuse, ils ne devenaient pas leurs frères selon Dieu. La persécution d'Antiochus devait, semble-t-il, creuser davantage le fossé. Cependant il y eut des Juifs infidèles qui embrassèrent la cause des Gentils. Leur crime n'avait pas l'ignorance et la tradition pour excuse, c'était l'apostasie, pire que l'idolâtrie ancestrale. Des Juifs qui dissimulaient leur circoncision pour paraître dans les gymnases, ou qui même brûlaient de
l'encens sur l'autel sacrilège de Zeus Olympien n'étaient plus des Juifs, mais les pires ennemis de Dieu. Et si l'on rencontrait parmi les Gentils -des âmes droites, des hommes honnêtes et tolérants, à l'occasion bienveillants pour les Israélites fidèles, n'était-il pas souhaitable de les convertir pour remplacer les damnés d'Israël? Les guerres civiles religieuses ont produit ici leur effet naturel, de rapprocher chacun des partis nationaux en guerre de ceux des étrangers qui partageaient leurs sentiments. L'antithèse n'était plus JuiFs et Gentils, mais justes et pécheurs, fidèles •et renégats, quelquefois d'une façon très concrète, Pharisiens et Sadducéens.
Toutefois le rapprochement avec les Gentils, avec les Romains par •exemple dans les premiers temps macchabéens, ne suppose l'égalité que dans les relations diplomatiques. Encore moins peut-il être question d'une véritable fraternité, en l'absence d'un lien religieux. Les Juifs comprennent mieux désormais que l'humanité a les mêmes destinées ; ils ne peuvent plus, quand ils envisagent la fin du monde, se concentrer dans le seul Israël. On conclura à un certain universalisme dans leur intelligence; le cœur n'est pas devenu plus large. Les Gentils sont toujours des idolâtres, et leurs pratiques fort déréglées. On méprise leurs mœurs, on condamne leur religion et leur culte; ils sont réprouvés d'avance.
Il leur était licite de se convertir et d'obtenir leur pardon, mais on avait trop souffert de leur dureté ou de leur dédain pour désirer sincèrement une conversion générale qui les eût rendus dignes d'être heureux. Ce sont toujours des êtres d'une nature morale inférieure. Quand l'apocalypse daigne s'occuper d'eux, ou bien elle les condamne en bloc, ou bien elle les traite comme ils ont traité Israël. Dans certains cas ils sont associés à la félicité du peuple élu, mais on doit toujours supposer que c'est à titre de serviteurs, puisque les textes l'entendent ainsi quand ils sont clairs. Us n'ont aucun moyen d'opérer leur salut, s'ils ne participent à la bénédiction d'Israël en entrant dans sa maison pour le servir.
Ce qu'on peut dire, c'est qu'ils ne sont plus le premier objet de la haine, qui s'acharne avant tout contre les persécuteurs et les renégats. Une partie de la félicité des justes consistera à se venger de leurs adversaires, ou de moins à se réjouir de leur châtiment-: « Lès rois et les puissants, en ce temps-là périront et seront livrés aux mains des justes et des saints (1). » « Je les livrerai aux mains de mes élus; comme la paille dans le feu et comme le plomb dans l'eau; aussi ils brûleront devant là face des saints, et ils seront submergés devant la face des justes (2). » Les
(1) Jlén. éth., xxxviii, 5.
(2) Hén. éth., xlvui, 9.
9Ô T, L'APOeAEYPTlOUE.
justes dé l'apocalypse d'Abraham cpacheat à la face de leurs ennemis et se réjouissent de leurs tortures (1).
Oa est toujours enclin à faire une exception pour Esdras, parce qu'il est plus hiimain, on dirait volontiers ému et pathétique. La pensée d uneorigine commune de tous les hommes en Adam lui est familière. Il sait que Dieu aime les âmes qu'il a créées; la perte de ces âmes le touche et même raceable. Lui-même cependant reg'arde comme le deuxième degré de la félicité de voir les tourments des impies (2) . Aussi bien son saisisse» ment en songeant à la perte du plus grand nombre est-il surtout spéculatif '^ il ne comprend pas l'incroyable pullulation du mal qui dqit fatalement entraîner les hommes à la damnation, et cependant il prend soin de nous, dire que Dieu aurait pu se contenter de la fidélité d'Israël, si Israël avait conseuti à lui donner cette satisfaction. Au fond, il ne s'intéresse qu'à Israël, à l'instar de son Dieu, qui avait tout créé en vue d'Israël. C'est pour ce peuple choisi qu'il iaterroge trois fois, et les trois allégories ne s'occupent que de lui. 11 n'envisage pas pour Israël la gloire de sauver Je monde en» ramenant rhumanité à son Créateur. Non, il faut seulement qu'Israël,, toujours vaincu, soit enfin vengé de ses ennemis. Le cœur de l'auteup^ aigri par la souffrance, est fermé à la charité.
Même chez Esdras, nous sommes loin de la mission du Serviteur de lahvé, lumière et apôtre des Gentils. Encore moins l'apocalyptique estelle entrée dans la vue sublime d'isaïe sur l'expiation par la souffrance (S)- Le temps des Macchabées n'offrait-il pas cependant une illustration de ee thème? Nous avons donné la preuve qu'on en eut alors le sentiment par ces paroles d'un martyr : « Quant à moi, ainsi que mes frères, je livre mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, suppliant Dieu d'être bientôt propice envers son peuple... et puisse, en moi et en mesfrères, s'arrêter la colère du Tout-Pùissant, justement déchaînée sur toute; notre race l (4) »
Mais ce sentiment était trop intérieur et trop mystique pour attirer rattention des voyants. Il était réservé à Jésus-Christ d'en faire le cœur de sadoctiine.
A cette revue rapide sur les doctrines de l'apocalyptique il manq;ue,. peut-on dire, le point essentiel, la grande vue de l'avenir, le règne de- Dieu et le Messie. Nous en verrons le développement selon les phases de? l'histoire.
{\) Apoc. d'Abi\, XTiix; \Tixa.
(2) vu, 24.
(3) Is., un.
(4) II Maccli., va, 37 s. ; cf. IV Macch., vi, 28 s. ; xvii, 20-23.
GHiPITRE VI